‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 198 sur 279 · DU SUBSTANTIF (SYNTAXE · texte numérisé non relu

DU SUBSTANTIF (SYNTAXE

On écrira donc

Des caprices de femme.

Des tas, des touffes

d'herbe.

Des coups de poing, de

pied.

Des vaisseaiix chargés

de toile.

Des pots de basilic, des

pots de beurre.

Des marchands de plume (pour lit).

Des marchands de paille, de foin, de cidre.

Des marchands de drap y de linge, de toile, de papier, de soie.

Des marchands de musique.

Des marchands de vin, de beurre, de poisson, de morue, de fleur d'oranger.

Une pension de femmes.

Un tas d'herbes médici'

nales.

Un coup d'ongles.

Un vaisseau chargé de morues.

Un pot de fleurs, un \ pot à fleurs [i), un pot d'oeillets.

Un marchand de plumes (à écrire).

Un marchand d'arbres, d'abricots, deraisins.

Un marchand de draps de Louviers et d'Elbeuf, de toiles blanches, de toiles grises.

Un marchand de gravures, d'estampes.

Un marchand de vins fins, de beurres salés et fondus, de harengs, de carpes, d anguilles, d' écrevisses, de fleurs .

Dans tous les exemples de la première colonne, le second nom est pris dans un sens général, indéterminé ; tandis que , dans ceux de la seconde colonne , il est pris dans un sens particulier, dans un sens déterminé.

En effet , des caprices de femme sont des caprices que l'on attribue au sexe en général ; donc le mot femme est pris là dans un sens général, indéterminé. —JJne pension de femmes est composée d'individus : alors le mot femme est pris dans un sens particulier, déterminé.

Des marchands déplume sont des marchands qui vendent en masse de la plume pour faire des lits, des oreillers; là le sens est général, indéfini, indéterminé ; mais un marchand de plumes est un marchand qui vend des plumes à écrire : ici le sens 'est individuel, déterminé.

Des marchands de paille, de foin, de cidre, sont des marchands qui ne vendent pas individuellement une paille, deux pailles, etc. ; mais qui vendent en masse des parties tirées de l'espèce ; donc le sens est général, indéterminé, et un marchand

H) Un pot de fleurs est an pot où il y a des fleurs: et unpot à fleurs est un pot propre à metlre des fleurs.

On dit de même : t»i pol de confitures et «m pot à confitures; un pol de beurre et un pot à beurre.

Observei que l'on dit un pot à Veau, un pot propre « mettre de l'eau ; et non pas pot à co«.

On dit austi un pot au lait, et non unpot à lait.

(UÂCiDÉsiiB, Frracd, Gattel, Trktocx.)

d'arbres, d'abricots, de raisins, vend toutes ces choses par individus, c'est-à-dire que le sens est déterminé, individuel.

Quand on dit des marchands devin ^on n'entend pas qu'ifs vendent des vins, quoiqu'ils en aient de plusieurs espèces; on veut dire^ en général, que ce sont des marchands qui vendent du vin, et non dn cidre, du bois, du drap, ou toute autre marchandise : ces mots du vin sont purement spécificatifis, ils forment un tout, une masse de même espèce, enfin un sens général, indéterminé ; mais un marchand de vins fins, s'entend d'un marchand qui tient différentes sortes de vins : là le sens est individuel, déterminé.

Enfin des marchands de po'isson sont des marchands qui vendent le poisson, le plus souvent, par morceaux, par tranches, comme la morue, le saumon ; qui le vendent en masse ; et toujours ce sont des parties de l'espèce en général ; au lieu qu'un marchand de harengs, de carpes, d'anguilles, vend par individus, c'est-à-dire que ce sont des espèces particulières ou individuelles de ce que l'on appelle poisson.

Quelquefois aussi il s'agit d'extraction ou de composition. — Voyons dans ce cas ce que l'on doit faire.

Il faut examiner s'il est question de choses tirées ou extraites d'une certaine espèce, d'une cerlame classe d êtres, comme des têtes de coq, des queues de mouton, des coulis de chapcn; ou s'il est question de choses faites, composées d jndividu-s de certaines espèces, de certaines choses, comme gelée de groseilles, marmelade d'abricots, coulis d'écrevisses.

Dans le premier cas, le second mot ne prend jamais la marque du pluriel, parce qu'il a un sens indéterminé, et qu'il indique une espèce, une classe, une sorte. Dans le second cas, il prend s , parce qu'il a un sens déterminé, et qu'il signifie des individus d'une espèce, d'une classe, d'une sorte qui entrent dans la composition de la chose.

On écrira donc : des queues de cheval, des crins de cheval, de l'huile d'olive, du suc de pomme, des gigots de mouton, de l'eau de poulet, du sirop de groseille, de la gelée de viande, de poisson; de la conserve de mauve, de violette; de la fécule de pomme de terre ; des morceaux de brique ; parce que les queues, les crins sont tirés de l'espèce d'aninial nommée cheval ;\es olives n'entrent pas individuellement dans la composition de l'huile, mais Xhuile en est tirée, extraite ; le suc est extrait de l'espèce de fruit nommée pomme; les gigots sont tirés, sont séparés d'un animal de l'espèce des moutons; l'eau est tirée de l'espèce d'animal que l'oa nomme poulet; le sirop est tiré, est extrait de !a groseille, et ce fruit n'entre pas individuellement dans sa composition ; la viande, le poisson, n'entrent pas comme individus dans la composition de

GRAMMAIRE FRANÇAISE

cette gelée; la mauve, la violette^ est tirée, est extraite de l'espèce appelée mauve, violette ; là fémle de pomme de terre est tirée, est extraite de la pomme de terre, qui y entre comme espèce et non comme individu ; enfin la brique est tirée de l'espèce de pierre factice que l'on nomme brique.

Dans le second cas, on écrira : une troupe de chevaux; nn baril d'olives; une assiettée d'olives; une marmelade de pommes; un troupeau de moutons; une fricassée de poulets ; de la gelée de groseilles, de la conserve de pistaches, de citrons, un ragoût de pommes de terre ; une muraille de briques; parce qu'une troupe de chevaux est composée de plusieurs individus de celte espèce ; l'assiettée, le baiil d'olives sont com|X)sés d'un nombre d'individus de l'espèce de fruits isommée olive; les pommes entrent individuellement dans la composition de la marmelade; le troupeau de moutons est composé de plusieurs individus de cette espèce ; la fricassée de poulets est composée de plusieurs individus qui portent ce nom ; les groseilles entrent individuellement dans la composition de celte espèce de confiture appelée gelée; la conserve de pistaches, de citrons, est composée d'un nombre d'individus, de choses appelées pistache, citron; enfin un ragoût de pommes de terre est fait avec un nombre d individus que l'on appelle pomme de terre; et une muraille de briques est faite avec un nombre de pierres appelées briques.

Nous écrivons avec le pluriel : cette mer célèbre ennaufuages (l) :

Tu vas donc, égaré sur l'océan du monde, Affronter cette mer en naufrages féconde; (Delille.)

parce qu'une mer ne serait pas féconde pour un seul naufrage (2).

£n voilà assez pour mettre le lecteur en état de

(0 Boileau avait dit dans la première édition de ses œuvres (Epître au roi ) :

Regagne le rivage ; Cette mer où tu cours est célèbre en naufrage.

Mais ses amis lui conseillèrent de mettre au pluriel célèbre en nmifrages et regagne, les rivages. Cependant, comme les rii-ages au pluriel n'est pas une expression tout à fait juste, il changea entièrement le premier vers, et écrivit :

Sais-tn dans quels périls aujourd'hui tu t'engages? Cette mer où tu cours est célèbre en naufrages.

Observez qa'avec les adjectifs abondant, célèbre, fécond, formidable, fertile, fameux, stérile, accompagnés d'un régime, le substantif qui suit ce régime doit toujours être mis au pluriel. On verra l'application de ceci lorsqu'il sera question du régime dout chacun de ces adjectifs doit être suivi.

Si) De voleur à voleur on parle probité: L'injustice en appelle à ses droits légitimes ; Mais elle invoque l'équité Pour elle, et non pour «es victimes.

(FnANroi» DE NcurcDATKiC.)

reconnaître lui môme quel est le nombre qui convient à un nom précédé d'une préposition ; et il a pu remarquer qu'en général c'est le singulier qu'il doit employer, et qu'il ne doit faire usage du pluriel que dans le cas ou le sens réveille une idée précise de nombre, de quantité.

Girault-Duvivier, continue M. Ballin, dit qu'il ne connaît que trois Grammairiens qui aient traité cette question : MM. Lemare, Frévilie et Ballin; et il rapporte exclusivement et presque en entier l'article fait par ce dernier en i813 pour \e Manuel des amateurs de la Langue française ; c'est celui que nous avons reproduit aujourd'hui avec des améliorations et remarques ducs en partie à Laveaux, qui, dans son Dictionnaire des difficultés de la Langue française , s'est depuis occupé de la même question , mais sans entrer dans tous les détails nécessaires pour l'éclaircir.

M. B. a terminé cet article en consignant quelques observations qui ne nous paraissent pas sans intérêt.

Laveaux écrit gelée de groseilles, et sirop de groseille, parce que, dit-il, les groseilles entrent in-

né larrons à larrons il est bien des degrés. Les petits sout peudus.et les graiids sont titrés.

FHÀNÇOIS de NEtIFCDiTKAD.

Parce que, pour parler de prolùté entre ro'eurs , il suffît du voleur qui porte la parole, et du voleur qui écoute.

Mais, pour établir bieu des degrés entre les lairons, il faut comparer des larrons avec des larrons.

(LEMÀHE,page 542.) EnQn nous écriront ;

Un lac de cette étendue avait été fait de main d'hoinme , sous un seul prince.

(BossuKT, Histoire universelle.)

C'est mime une des raismis qui m'a fait aller ^ide en main, puisque, etc.

(Racine, lettre 39% à son fils.)

Règne ; de crime en crime eufia te voilà roi.

(COBNEiLLE, Rodogune, acte IV, scéue 4.)

Il vous faudra, seigneur, courir de crhm en crime.

RiciRK, Britannicus, acte IV, scène 2.)

Quant i, moi, j'étais conduit de bdiUement en bâillement damun sommeil léthargique, qui finit tous mes plaisirs.

{MO.MKSQUIEU.)

Le spectateur est comme la confidente, il apprend de moment en moment des choses dont il attend la suite.

( VoLTAiBE, Commentaire sur Rodogune, acte II, scène 2.)

Quittes la régie et le pinceau ; prenez un fiacre et courez de porte en porte; c'est aitisi qu'on acquiert de la célébrité. (J.-J. Rousseau, Emile.)

Ainsi, de piège en pii'ge, et â'abyme en abijme. Corrompant de vos mœurs l'aimable pureté.

{Jthalie, acte IV, scène 5.)

Un lit de plume à grands frais amassée.

( Boileau. leLutrin, chant I.)

On mf craint dans les cours {la Férilé); On m* clusse de vHU eu vUle.

(FRÀMÇOIg DR NSOFCniTEAU.)

DE L'ARTICLE (SYNTAXE)

dividuellemenl dans hgelée^ tandis que le sirop est tiré de la groseille; et en cela nous pensons qu'il se trompe, car on ne considère nullement les individus dans ces confitures, pas même dans celles de Bar, où les grains restent entiers, puisque ce fruit ne se compte jamais par individus ; au surplus, on peut, ce nous semble , employer indifféremment l'un ou l'autre nombre ; le partisan du singulier dira qu'il prend le mot groseille dans un sens générique et indéterminé ; le partisan du pluriel s'appuiera sur ce que l'usage veut qu'on dise : j'aime les groseilles , plutôt que /a groseille; mais nous écrirons toujours au pluriel , comme l'Académie , une compote de groseilles, en parlant du fruit vulgairement appelé groseille à maquereau, parce qu'ki nous avons en vue les individus.

Nous, n'écrirons pas , avec Laveaux ni Girault- Duvivier , une marchande de raisins , parce que , quoi qu'ils en disent, le raxnn ne se compte pas ordinairement par individus, excepté peut-être dans certaines villes du Midi; et si l'on emploie quelquefois le pluriel , c'est par une espèce d'amphibologie, comme lorsque La Fontaine dit que ; ie renard vit au haut d'une treille des raisins mûrs apparemment (1). On dit aussi assez fréquemment des raisins secs.

(i) Faisons remarquer que cet adverbe opparemment, qui,

Le savant Lemare a prétendu quelque part qu'il faut écrire : quatre roulettes de lit , et huit roulettes de /i<.sparce que quatre roulettes appartiennent à un seul lit, et huit à deux. Laveaux l'en critique avec raison , et ajoute qu'on ne se serait jamais imaginé que l'adjectif numéral quatre dût produire un singulier, et huit un pluriel. En effet, le mot lit est ici purement modificatif, et doit rester au singulier, puisque les adjectifs numéraux n'affectent que le substantif roulette ; c'e-t ainsi que nous écrivons : deux, quatre , trente roues de voiture. Par la même raison, nous ne dirons pas avec Lemare : des ciels de tableaux (1) , ni des cordes d'arcs ; d'un autre côté, nous écrirons avec l'Académie : un bouquet de fleurs d'orange (2)^ comme un bouquet de roses, et non de fleur d'orange; quoiqu'il failledire, avecGirault-Duvivier : de l'eau de jleur d'orange , de la fleur d'orange. (A. G. Ballin. Appendice.)

dans l'nsage le plus ordinaire , signifie sans dotife, probablement , est pris ici dans son sens propre , et signifie selon les apparences.

(1) Les artistes disent même souvent tes dels en parlant d'un seul tableau.

(2) Cette expression est généralement adoptée , quoiqu'il soit plus exact de dire :^eur d'oranger, selon l'usage qui commence à s'introduire.

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