‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 200 sur 279 · ACCORD, RÉPÉTITION ET PLACE · texte numérisé non relu

ACCORD, RÉPÉTITION ET PLACE

de l'Artiole.

L'article servant à modifier, à déterminer le mot auquel il est joint, doit s'accorder toujours avec ce mot qu'il accompagne. Exemples :

Il suffit que le mensonge soit mensonge pour ne pas être digne d'un homme qui parle en présence des dieux, et qui doit tout à la vérité : celui qui blesse la vérité offense les dieux, et se blesse luimême, car il parle contre sa conscience.

(FÉNELON

Élégante à la fois et simple dans son style, La ferme est aux jardins ce qu'aux vers est l'idylle. Ah! par les dieux des champs, que le luxe effronté De ce modeste lieu soit toujours rejeté !

(Delille.)

Quand on emploie Varticle, on doit le répéter avant tous les substantifs, sujets ou régimes, parce qu'il sert à déterminer la signiiication de chaque substantif.

La fraude, la violence, le parjure, les prochs, les guerres, ne font jamais entendre leur voix cruelle et empestée dans ce pays chéri des dieux»

(Fénelon.)

Le cœur, l'esprit, les mœurs, tout gagne à la culture.

(Voltaire.)

Ap'ès la prière et le sacrifice, on lisait auéro'i, dans les saints livi'os, les actions et les conseils des grands hommes, afin qu'il gouvernât son état par leurs maximes. (Bossuet.)

Quel carnage de toutes parts!

On égorge à la fois les enfants, les vieillards, Et la sœur et le frère, Et la fille et la mère, Le fils dans les bras de son père.

Que de corps entassés 1 que de membres épars!

(Racine.) Il n'y a aucune exception à ces deux règles.

Nous sommes de Itvis de Giraiilt- Du vivier, quand il condamne, comme incorrectes, ces phrases :

Les préfet et maires de Paris ont présenté leur hommage au roi. — Les phre et mère de cet enfant. — Les lettres, paquets et argent doivent être affranchis.

La Grammaire exige : Le préfet et les maires; le père et la mère de cet enfant; les paquets, les lettres et l'argent doivent être affranchis.

Mais c'est pousser bien loin le rigorisme de cette règle que de nous dire qu'elle s'applique même à tous les roots qui tiennent Heu de Varticle. Nous convenons encore qu'il vaut mieux dire son père «t sa mère qu<e se» père et mère; cependant, il nous semble que son père et sa mère est plus traînant que ses père et mère. Quoi qu'il en soit , son père et sa mère est la seule locution admise par le bon usage. Néanmoins , on peut dire ses frères et sêeurs, parce que ses s'applique également aux deux substantifs pluriels.

Quand les adjectifs unis par et modifient un seul et même substantif, de manière qu'on ne puisse pas en sous-entendre un autre, Varticle ne doit pas être répété ; ainsi l'on dira avec les Grammairiens modernes : le sage et pieux Fénelon a des droits bien acquis à l'estime générale; et avec Boileau :

A ces mots il lui tend le doux et tendre ouvrage; (Le Lutrin, chant V.)

parce que, dans l'une et dans l'autre phrase, le substantif déterminé est unique ; parce que c'est la même personne qui est sage etpieuse, et le même ouvrage qui est doux et tendre.

Mais , lorsque deux adjectifs unis par la conjonction et, ont pour motif, le 1", un subst.ex-

DE L'ARTICLE

primé, et l'autre un substantif sous-entendu, ïarticle doit se répéter.

h'hi&toire ancienne et la moderne.

Les philosophes anciens et les modernes.

Le premier et le second étage.

11 V a deux histoires, deux étages, des philosophes anciens et des modernes; l'un exprimé, et i'aulre, à la vérité, sous-entendu, mais indiqué par un qualificatif qui lui est propre exclusivement; donc il faut répéteV V article.

(DoMERGUE, Solutions grammaticales. )

Cette règle sur la répétition ou la non répétition de Y article, s'applique même aux adjectifs pronominaux : mon, ma, mes , et aux pronoms démonstratifs : ce, cet, cette. •

Voici cogiment Wailly établit la règle : t L'ar- » ticle se répète avant les adjectifs, surtout lors- » qu'ils expriment des qualités opposées. »

C'est là une règle, copiée par le plus grand nombre des Grammairiens , et qui est, comme le fait observer Domergue, absolument fausse.

1 o U article peut ne pas se répéter devant les adjectifs; et personne ne blâmera ces phrases : l'élégant et fidèle traducteur de Cornélius Nepos, l'abbé Paul. — Le traducteur élégant et fidèle de Cornélius Nepos, l'abbé Paul.

2° L'article peut ne pas se répéter, quoique les adjectifs expriment des qualités opposées; on dit fort bien : le simple et sublime Fénelon; le naïf et spirituel La Fontaine.

5° Enfin Varticle doit se répéter, quoique les qualités (qu'expriment les adjectifs ne soient pas opposées : le second et le troisième étage.

La règle de Wailly manque donc de vérité et d'étendue, et celle de Domergue doit lui être substituée, comme étant très-propre à guider la plume souvent incertaine de nos écrivains.

(GiRAULT DuviviEa.)

La place de Varticle, toutes les fois qu'on l'emploie, est toujours avant les substantifs; de façon que, s'ils sont précédés d'un adjectif, même modifié par un adverbe, il doit se trouver à leur tête, et néanmoins après les prépositions, s'il y en a.

La plus noble conquête que l'homme ait jamais fuite, est celle de ce fier et fougueux animal qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats. (Buffon.)

C'est à la plus sensible et à la plus vertueuse rfe« mères que je dédie cet ouvrage sur l'éducation.

D'un pinceau délicat l'artifice agréable Du plus affreux objet fait un objet aimable.

(BOILEAU

Exception. L'adjectif tout, et ces qualités : monsieur, madame, monseigneur, déplacent l'article; il en résulte que , dans ce cas , il prend sa place entre ces mots et les substantifs. Oif doit

dire : de tout le monde; à monsieur le duc; à madame la pr'incesne, ttc. Il faut observer que monsieur , est le seul nom de qualité qui prenne quelquefois Varticle : avez-vous vu les messieurs dont je vous ai parlé? L'usage de Varticle avec les autres mots serait une faute.

Il n'y a point de.difficitlté pour ces rè{;Ies, ajoute Lévizac;mais il n'est pas aussi aisé de connaître d'une manière précise les occasions dans lesquelles on doit faire usage de Varticle , et celles où l'on ne doit pas s'en servir. Néanmoins , voici un principe qui sera d'un grand secours pour les distinguer , puisque toutes les règles particulières que nous allons donner n'en sont que des conséquences.

Principe génkrvl. On doit employer Varticle avant tous les noms communs pris détermiiiément, à moins qu'un autre mot n'en fasse la fonction; mais il ne faut jamais en faire usage avant ceux qu'on prend indéterminément.

Pour bien saisir ce principe , il suffit de faire attention que les substantifs communs peuvent être considérés universellement , particulièrement, et individuellement.

Dans ces deux propositions : tous les hommes sont mortels; tout homme est mortel ; les substantifs hommes ei homme sont pris universellement ; mais avec cette différence, que, dans la première , la locution tous les hommes exprime une universalité collective, et que, dans la seconde, tout /lommg exprime une universalité distributive: dans toutes les deux, il y a universalité. Ce que l'on d^t en général peut se dire individuellement : les Italiens sont vifs; les hommes à prétention sont insuppDrtahles ; \oi\k deux propositions particulières,^ parce que les Italiens, les hommes à prétention, désignent des individus formant une classe que l'esprit considère comme un individu. 11 n'y a pas de difficulté pour les propositions exprimées au singulier. Dans ces phrases : le roi est juste; l'homme dont je parle est un savant; les substantifs homme et rot ne marquent qu'un individu. Le peuple, l'armée, la nation, sont des collections considérées comme des individus particuliers. Dans tous ces cas, on emploie Varticle ; mais on ne s'en sert pas quand on laisse les noms communs dans toute l'étendue de leur signification, parce qu'alors rien ne marque l'individu. Voilà pourquoi l'on dit : homme est un nom d'espèce; tout homme est animal.

CAS DANS lesquels ON DOIT FAIRE USAGE DE L AR- TICLE.

I« Règle. L'article accompagne essentiellement les noms communs par lesquels on désigne toute une espèce de choses, ou une des cbuses déter*

GRAMMAIRE FRANÇAISE

minées ; c'est-à-dire un genre, une espèce, un individu :

Dieu, source unique de toute lumière et de toute intelligence^ régit l'univers et les espèces entières avec une puissance infinie ; l'homme, qui n'a qu'un rayon de cette intelligence , n'a aussi qu'une puissance limitée à de petites portions de matière, et n'est maître que des individus. (Buffon.)

Dans cette phrase, i homme désigne une universalité collective : c'est le sujet d'une proposition universelle.

Les hommes à imagination sont exposés à faire bien des fautes -.presque toujours hors d'eux-mêm.es, ils ne voient rien sous son vrai point de vue ; ce qui fait qu'ils prennent souvent des chimères pour des réalités.

Les hommes à iwagfinaf ion désignent ici une collection qui forme une classe distincte parmi les hommes : c'est le sujet d'une proposition particulière.

La nature est le trône extérieur de la magnificence divine : l'homme qui la contemple, qui l'étudié, s'élève par degrés au trône intérieur, de la toute-puissance. (BuFFON.)

Dans cette dernière phrase, l'homme ne désigne qu'un individu par la restriction de la phrase incidente » qui la contemple : c'est le sujet d'une proposition singulière. La nature forme aussi un sens individuel , et le trône est une chose déterminée , puisque c'est celui de la magnificence divine.

Remarque. On voit par ces exemples que la des- 4ination de ['article est bien de marquer la détermination ; et c'est tellement là sa fonction, que toutes les fois qu'il entre dans les vues de l'esprit de substantifier un adjectif, un verbe, un adverbe, une préposition, et même une conjonction, l'article qui les précède annonce celte destination qui leur est étrangère.

Heureux qui dans ses vers sair, d'une voix légère, Passer du grave au doux, du plaisant au sévère!

On dit de même : le manger est plus nécessaire que le boire ; — cet homme voudrait savoir le pourquoi et le comment de tout; — il y a des personnes qui soutiennent le pour et le contre, sans autre motif que celui de contredire; — il est assommant avec ses si, ses car^ et ses mais continuels.

Ile Règle. Varticle accompagne les noms pris dans un sens partitif; mais il les abandonne s'ils sont précédés d'un adjectif ou d'un mot de quantité.

Nous ne pouvions jeter les yeux sur les deux rivages sans apercevoir des villes opulentes, des maisons de campagne agréablement situées, des terres

qui se couvraient tous les ans d'une moisson dorée, sans se reposer jamais; âf^sprairiespleines de troupeaux ; des laboureurs qui étaient accablés sous le poids des fruits que la terre épanchait de son sein; des bergers qui faisaient répéter les doux sons de leurs flîiies- et de leurs chalumeaux à tous les échos d'alentour. ■ (fénelon.)

Dans cette période, les mots villes , maisons , terres , prairies , laboureurs, et bergers , sont pris pour une partie de l'étendue de leur signification; et l'on voit qu'ils sont précédés de l'article.

Celui qui n'a point vu cette lumière pure est aveugle comme un aveugle-né. Il croit tout voir, et il ne voit rien ; il meurt n'ayant rien vu; tout au plgis il aperçoit de sombres et fausses lueurs, de vaines ombres , °qui n'ont rien de réel. (Fénelon.)

Ici, les mots lueurs et ombres ne sont pas précédés de l'article, parce que les adjectifs sombres et fausses se trouvant avant le premier, et l'adjeciif vaines avant le second, ils n'ont pas besoin d'une marque de détermination, puisque ce sont des adjectifs qui les déterminent.

Remarque. Il y a des Grammairiens qui soutiennent qu'au singulier on doit mettre l'article avant les noms pris dans un sens partitif, quoique ces noms soient précédés de l'adiectif, afin d'éviter l'équivoque dans le nombre du nom et de l'adjectif . Si l'on entend prononcer, disent-ils, de bon pain, de bonne viande, on ne saura si bon pain et bonne viande sont au singulier ou au pluriel, inconvénient qu'on éviterait en disant du bon pain et de la bonne viande. Mais nous leur répondrons que, quand même cette équivoque ne serait pas presque toujours levée par ce qui précède ou par ce qui suit, ce ne serait pas une raison pour chercher à l'éviter par une faute réelle, et que , dans ce cas, on doit prendre un autre tour. y

C'est donc avec raison que.l'abbé d'Olivtit a censuré ce vers de Racine : ^

Qui sait si ce roi

N'accuse point le ciel qui le laisse outrager, Et des indignes fds qui n'osent le venger?

Il faut d'indignes fils. Racine le fils prétend que son père avait mis deux ; mais si la chose est vraie, pourquoi trouve-t-on des dans toutes les éditions?

Le pauvre a peu d'amis; le malheur n'en a pas.

(Voltaire.)

Jamais tant de beauté fut-ell« couronnée?

(Racine.)

Que de variété, que de pompe ei d'éclat! Le pourpre, l'orangé, l'opale, rincarnat, De leurs riches couleurs étalent l'abondance.

(Delille.)

Dans le premier vers, amis est sans article, parce qu'il est précédé du mot de quantité peu ; dansle second, tantes la même influence sur teauf^/

DE L'ARTICLE (SYNTAXE)

et dans le troisième, que, étant mis pour combien, exclut également Yarticle.

f II faut observer, ditduMarsais, que ces mots:

> beaucoup, peu, pas, point, rien, sorte, espèce, » tant, moins, plus, (jf{ie,lorsque ce dernier vient de » quantum, ne sont point des adverbes : ce sont de » véritables noms, du moins dans leur origine ; et » c'est pour cela qu'ils sont qualifiés par un simple

> qualificatif indéfini, qui, n'étant pas pris indivi-

> duellement, n'a pas besoin d'un article. Il ne lui

> faut que la simple préposition pour le mettre en » rapport avec beaucoup, -peu, point, etc. »

Exception. Bien, mis pour beaucoup, veut être suivi de l'article : la raison en est, selon du Marsais, que bien est toujours adverbe. Ainsi, l'on doit dire : cet homme a bien de l'esprit; cette femme a bien de la grâce.

On considère comme mots de quantité les adverbes infiniment, extrêmement, etc.; en conséquence, on dit : il a infiniment d'esprit ; mais si l'on place infiniment le dernier, on dira : il a de l'esprit infiniment.

Remarque. Pas et point, employés seuls avant les noms, ne sont jamais suivis de l'article : point d'argent, point de Suisse; mais, accompagnés de la négation, tantôt ils sont et tantôt ils ne sont pas suivis de Yarticle. Ils n'en sont pas suivis, quand ils sont modifiés par un qualificatif indéfini, comme: il n'a point d'enfants ; il n'a point d'argent. Mais ils en sont suivis , lorsque le mot qui vient après eux est pris dans un sens défini, comme : il n'a pas un sou de l'argent qu'il avait. — Les langues ne sont pas des sciences. C'est donc avec fondement que Racine , l'abbé d'Olivet et Delille, ont dit : { le premier ) Je ne vous ferai point des reproches frivoles; ( le second ) pourvu qu'on ne coupe point des mots inséparables, le substantif en apostrophe se place où l'on veut (et le troisième) :

Des contradictions ne sont pas des contrastes.

Nous avons vu qu'il y a des noms composés d'un substantif et d'un adjectif. Ces substantifs et ces adjectifs forment un sens indivisible : ils équivalent à un seul mot, et doivent par conséquent être précédés de Yarticle , quoiqu'ils soient employés dans un sens partitif, comme: des petitsmaîtres et des petites-maîtresses sont des êtres insupportables dans la société; — j'aimangé des petitspâtés. Mais si le substantif et l'adjectif ne forment pas un sens indivisible, alors c'est une faute de les faire précéder de Yarticle. Ainsi, c'est avec raison que Bouhours a condamné ces phrases : devenons comme des petits enfants, sans orgueil, sans déguisement et sans malice; —le prophète Osée leur avait prédit ce malheur, lorsqu'il leur dit qu'ils seraient comme un prophète, et comme un homme qui auiait po-du le sens, c'est-à-dire comme des faux prophètes. Il faut dans la première phrase

de petits enfants, et dans la seconde, de faux prophètes. Cette décision de Bouhours fut approuvée par T. Corneille.

On ne doit pas confondre le sens partitif avec le sens général ; car , dans ce dernier cas, on doit faire usage de Yarticle : c'est le sentiment des anciens philosophes ; — la suite des grandes passions est l'aveuglement de l'esprit et la corruption du cœur ; — le propre des belles actions est d'attirer l'estime et le respect. Ces expressions : des anciens philosophes, des grandes passions, des belles actions, ne désignent pas une partie, mais une universalité.

III« Règle. On met l'orHc/e avant les noms propres de régions, de contrées, de rivières, de vents et de montagnes.

La France a les Pyrénées et la Méditerranée au sud; l'Allemagne, la Suisse et la Savoie à l'est; les Pays-Bas au nord, et l'Océan à l'ouest.

En voyant V Angleterre, en secret il admire Le changement heureux de ce puissant empire.

(Voltaire.)

Ici le Rhin se trouble, et là mugit î'Euphrate.

(Delille.)

Les rigoureux aquilons n'y soufflent jamais ; et l'ardeur de l'été y est toujours tempérée par des zé' phyrs rafraîchissants qui viennent adoucir l'air vers le milieu du jour. (Fénelon.)

L'Aquilon les emporte au sommet du Taurus, Les assemble en nuage autour de rimaxis, En couronne V Atlas, et de vapeurs nouvelles Nourrit de ces grands monts les neiges éternelles. (Saint-Lambert.)

On excepte : 1° les contrées qui portent le nom de leurs capitales : Naples et Corfou sont despays délicieux; 2° les noms des contrées qui sont sous le régime de la préposition en : il est en Italie ; il vit en France; 5° la même exception a lieu quand ils sont unis par la préposition de à un nom qui précède : vice-roi d' h lande; vins de France et d'Espagne; A» enfin, quand on parle de ces contrées comme en étant de retour : je viens d'Italie ; j'arrive d'Espagne, etc.

Remarques. 1<* Quoiqu'un nom de contrée soit sous le régime d'un nom qui le précède, il prend Yarticle, ou lorsqu'il est personnifié, ou lorsque l'esprit le prend dans un sens défini. On doit dire ; la politesse de la France ; l'intérêt de l'Angleterre; la noblesse de C Allemagne; la circonférence de la " Sicile; les bornes du Portugal, etc.

Selon l'abbé Régnier, on dit indifféremment ; les peuples de l'Asie, les villes de la France; ou les peuples d'Asie, les villes de France. Cette assertion, qui a dû être fondée sur l'usage de son temps, ne pa- ait pas s'accorder avec celui qui a prévalu depuis cette époque. L'emploi de Yarticle esta

GRAMMAIRE FRANÇAISE

présent le plus usùé. Quoiqu'il en soit, on doit toujours (lire les nations de l'Asie.

2° En padant des quatre parties du monde, l'usage paraît avoir prévalu de faire précéder les noms par Yarticle^ même dans les cas où l'on en parle comme en étant de retour : j'arrive de CAmérique,je viens de l'Afrique, etc. Néanmoins plusieurs bons écrivains s'expriment différemment. Avec la préposition en, ils ne prennent jamais \ article.

3° On met Yarticle avant les noms de contrées éloignées et peu connues : j'arrive du Japon, de la Chine, du Pérou, etc.; comme aussi devant quelques noms de villes et de lieux particuliers, qui, formés de noms communs, conservent toujours Yarticle, qui en est une portion inséparable. Tels sont le Perche, le Havre, etc.

4° Par rapport aux noms de montagnes, le plus grand nombre n'offre aucune difficulté : il nous suffira d'observer que quelquefois on dit, par apposition : le mont Falérien , le mont Parnasse, les monts Pyrénées , etc. ; et quelquefois les Alpes, les Cordillières. On dit la montagne de Tarare, etc. , et non pas le mont. Nous ne pouvons que renvoyer à l'usage.

Quant aux noms de rivières, on dit : l'eau de la Seine est bourbeuse ; je bois de l'eau de Seine. L'abbé Régnier prétend qu'on doit toujours dire l'eau de la mer; mais puisqu'on dit c'est du poisson de mer, quand on veut seulement le dis. tinguer du poisson de rivière, l'analogie n'autorise-t-elle pas à dire : l'eau de rivière est douce, et l'eau de mer est salée ? Cette réflexion de l'abbé de Condillac nous paraît juste.

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