LISTE DES NOMS
SB COITTBÉES, DB VIZXES ET DE UE0X PARTICULIERS qui conservent toujours l'article.
L'Inde.
L'Iudostan.
Le Malabar.
Les Indes.
La Chine.
La Ni^ritie.
La Guinée.
La Côte-d'Or.
Le Congo.
La Cochinchine.
Le Pégu.
Le Tunquin.
Le Thil)et.
Le Japon.
L'Abyssinie.
Le Mogol.
Le Monoinotapa.
Le Magrcb.
La Cafrerje.
Le Zanguebar.
Le Mississipi.
L'Acadie.
La Cityenae. La Gui H ne.
La (]iiroline.
La Barbade.
La Jamaïque.
Le Mary la ad.
LaPeasylvanie.
La Virginie.
La Martinique.
La Guadeloupe.
La Havane.
Le Pont-Euiin.
Le Péioponèse.
Les Philippines.
Lcd Muluques.
Les Antilles.
Le Caire.
Le Levant.
La Haie.
Le Spitzberg.
Le Groenland.
L'Algarve.
L'Anjou.
L'Artois.
Le Maine.
La Marche.
Le Perche.
La Gapelle.
Le Catelet.
Le Cateau-Canabré-
La Fère. La Ferté.
La Charité.- Le Havre-de-Grace.
La Flèche.
L'Aigle.
LeBlAuc
Le Mexique.
Le Paraguay.
Le Chili.
Le Pérou.
Le Brésil.
Le Canada.
La Louisiane.
La Mecque.
L'Abruize.
La Pouille.
Le Mantouan.
Le Milanais.
Le Parmesan.
La Corogne.
La Hougne.
Le Mans.
Le Plessis.
Le Puy.
Le QuesBoi.
La Bocbelle.
La Floride.
CAS DANS LESQUELS L ON NE DOIT POINT FAIRE USAGE DE l'article.
Règle I'«. On ne met point Yarticle devant les noms communs, à, en les employant, on ne veut désigner ni un genre , ni une espèce , ni un individu, ni une partie quelconque d'un genre ou d'une espèce; c'est-à-dire quand on ne veut rien déterminer sur l'étendue de leur signification.
Les chemins y sont bordés de lauriers, de grenadiers, de jasmins, et d'autres arbres toujours verts et toujours fleuris. Les montagnes sont couvertesôe troupeaux qui fournissent des laines fines, recherchées de toutes les nations connues. (Fénelon.)
Les flottes de Salomon, sous la conduite des Phéniciens, faisaient de fréquents voyages dans la terre d'Ophir et de Tharsis,d'oùeUes revenaient, au bout de trois ans, chargées d'or, d'argent , d'ivoire, de pierres précieuses, et d'autres espèces de marchandises. (MlLLOT.)
Des ministres du dieu les escadrons flottants Entraînèrent, sans choix, animaux, habitants, ArhreSy maisons, vergers, etc.
(La Fontaine.)
Pour bien entendre cette règle, on doit distinguer deux choses dans les noms communs ; la signification, et l'étendue de cette signification. La signification est ordinairement fixe, car ce n'est que par accident qu'on change quelquefois l'acception du mot : mais l'étendue de cette signification varie selon que les noms expriment des idées générales, particulières, ou singulières ; et, dans ces trois cas, elle est déterminée. C'est par rapport à cette étendue, disent MM. de Pori-Royal, qu'on dit qu'un nom est indéterminé; etil est indéterminé toutes les fois qu'il n'y a dans le discours rien qui marque qu'on doit le prendre généralement, particulièrement ou singulièrement, comme les mots: grenadiers, lauriers, jasmins, troupeaux, or, argent , ivoire , pierres précieuses , bergers , cabaneStdes exemples que nous avons rapportés : aussi ne sont-ils pas précédés de Yarticle.
Remarque. Les noms communs sont souvent de purs qualificatifs; mais alors il faut distinguer le qualificatif adjectif d'espèce ou de sorte, du qualificatif individuel. Dans ces phrases : une table de marbre est belle; une tabatière d'or est précieuse, ces substantifs, de marbre, et d'or, sont des qualificatifs d'espèce ou de sorte , parce qu'à l'aide de
DE L'ARTICLE (SYNTAXE)
la préposition d€, ils ne servent à désigner qu'un ! et de caractères, vous trouvère» partout les mêmes
tel ind'môUyS&yoir: qu'une table, une tabatière, est
d'une telle espèce : on n'a donc pas besoin de Var-
ticle. Mais dans ces phrases : une table du inarbre
qu'on tire de Carrare est belle; une tabatière de l'or
qui vient d'Espagne ; ces mots, du marbre, de l'or,
sont des qualiticaiii's individuels, puisqu'ils sont
réduits à l'individu par les propositions incidentes;
et c'est pour cela qu'ils sont précédés de Yariicle.
De cette conséquence il résulte que les noms communs sont sans article :
i^ Quand ils sont placés en forme de titre ou d'adresse : observations sur l'état de l'Europe; réflexions générales; préface; il demeure rue Piccadillt/, quartier St-James.
2*^ Quand ils sont sous le réfjime de la préposition en : être en ville, regarder en pitié , raisonner en homme sensé.
5" Quand ils s'unissent aux verbes avoir, faire, et quelques autres, pour n'expiimer avec e»x qu'une seule idée : avoir envie, faire peur.
4» S'ils sont en apostrophe ou en interjection :
O rives du Jourdain, ô champs aimés des cieux ! Sacrés monts , fertiles vallées Par cent miracles signalées !
Du doux pays d« nos aieux SeroiiS'nous toujours exilées ?
Ciel! quel nombreux essaim d'innocentes beautés!
(Racine.)
5o Quand ils passent de leur qualité primitive à celle de qualification, ce qui arrive de différentes manières.
Êtes-vous étonnés de ce que les hommes les plus estimables sont encore hommes, et montrent encore quelques restes des faiblesses de l'humanité parmi les pièges innombrables et les embarras inséparables delaroyauiét (Fénelon.)
Notre esprit n'est qu'un soufQe, une oml)re passagère, Et le corps qu'il anime une cendre légère, Dont la mort chaque jour prouve l'infirmiré. Etouffés tôt ou tard dans ses bras invincibles. Nous serons tous alors cadavres insensibles, Comme n'ayant jamais été.
(Voltaire.)
Nous considérions avec plaisir les vastes campagnes couvertes de jaunes épis, riches dons de la féconde Cérès. (Fénelon.)
Dans le premier exemple, le mot hommes est pris adjectivement ; dans le second, le mot cadavres modifie le sujet nous; et dans le troisième, riches dons modifient jaunt^s épis.
6" Lorsqu'ils amènent une réflexion unie par ellipse à une phrase précédente.
Jetez les yeux sur toutes les nations du monde; parcourez toutes les histoires. Parmi tant de cultes différents, parmicetteprodigieusediversitédemœurs
idées de justice et d'honnêteté, partout les mêmes principes de morale, partout les mêmes notions du bien et du mal : preuve évidente qu'il est an fond des amcs un princpe inné de justice et de vertu, sur lequel nous jugeons nos actions et celles d'outrui.
(J. J. Rousseau.)
7^ Quand ils sont sous le régiine des mots sorte, genre, espèce, et semblables.
Le méchant se laisse entraîner dans toute sorte d'excès ;7ar l habitude de ne jamais résister à ses passions.
De cette caverne sortait, de temps en temps, une fumée noire et épaisse, qui faisait une es;.èce de nuit au milieu du jour. (Fénelon.)
S(> Enfin quand ils sont unis par la préposition à ou de à un mot qui précède , pour en exprimer un mode, une manière d'être, comme : cheminée de marbre; tabatière d'or, etc.; table à tiroirs; Ut à colonnes, etc.
Pour bien entendre ceci, « il faut distinguer, » ditDuclos, le quaUficatif d'espèce ou de sorte, du » qualificatif individuel. Dans ces mois : un salon
> de marbre; de marbre est un qualificatif spéci- » fique adjectif : au lieu que a l'on dit : un salon du » marbre qu'on a fait venir d'Egypte, du marbre » est un qualificatif individuel : c'est pourquoi on » y joint Y article avec la^ préposition. >
Remarque. On ne doit pas confondre les phrases dont nous venons de parler avec celles dans lesquelles le goût supprime Y article, afin de leur donner plus de rapidité et plus de feu .
Citoyens, étrangers, ennemis, peuples, rois, empereurs , le plaignent et le révèrent. (Fléchier.)
anglais. Français, Lorrains, que là fureur assemble , Ârançaient, combattaient, frappaient, mouraient ensemble.
€ Il fout avouer, dit encore Duclos, qu'il y ^
> beaucoup d'occasions où Yarticle pourrait être » supprimé, sans que la clarté en souffrît; ce n'est
> que la force de l'habitude qui ferait trouver bi- » zarres et sauvages certaines phrases dont il serait » ôlé, puisque, dans celles où l'usage l'a supprimé, » nous ne sommes pas frappés de sa su|)pression;
> au contraire le discours n'en parait que plus vif,
> sans en être moins clair. Tel est le pouvoir de » l'habitude , que nous trouverions languissante » cette phrase : la pauvreté n'est pas un vice, en » comparaison du tour proverbial : pauvreté n'est
> pas vice. Si nous étions familiarisés avec une in- » finité d'autres phrases sans article, nous ne nous » apercevrions pas même de sa suppression. » Gela est vrai , mais ce ne serait que lorsque la détermination des noms serait suffisamment connue par la nature de la chose ou par les circonstances.
Règle II* On ne met Yarticle ni devant les noms précédés des adjectifs pronominaux : mon, ton, son^
notre, votre, leur, ce, nul, aucun, quelque, chaque, tout (mis pour chaque), certain, plusieurs, tel; ni devant ceux qui sont précédés d'un nombre cardinal sans rapport quelconque.
Une coutume nouvelle éiaitnn prodige en Egypte; tout s'y faisait toujours de même : aussi ny eut-il jamais de peuple qui ait conservé plus long-temps ses usages et ses lois. L'ordre des jugements servait à entretenir cet esprit. Trente juges étaient tirés des principales villes pour composer la compagnie qui jugeait tout le royaume. On était accoutumé à ne voir dans ces places que les plus honnêtes gens du pays, et les plus graves. (Bossuet.)
Vaucluse, heureux séjour, que sans enchantement
Ne peut voir nul poète, et surtout nul amant!
Dans ce cercle de monts qui, recourbant leur chaîne ^
Nourrissent de leurs eaux ta source souterraine,
Sous la roche voûtée, antre mystérieux,
Où ta nymphe^ échappant aux regards curieux,
Dans un gouffre sans fond cache sa source obscure,
Combien j'aimais à voir ton eau, qui, toujours pure,
Tantôt dans son bassin renferme ses trésors,
Tantôt en bouillonnant s'élève; et de ses bords
Versant parmi des rocs ses vagues blanchissantes,
De cascade en cascade au loin rejaillissantes,
Tombe et roule à grand bruit; puis, calmant son courroux,
Sur un lit plus égal répand des flots plus doux.
Et, sous un ciel d'azur, par vingt canaux féconde
Le plus riant vallon qu'éclaire l'œil du monde !
(Delille.)
Ces pronoms et ces noms de nombre excluent V article, parce qu'ils en font eux-mêmes la fonction. Ils annoncent leurs substantifs, et désignent des individus déterminés dans l'esprit de celui qui parle. Aussi quelques Grammairiens leur donnentils le nom d'articles. On doit néanmoins observer, relativement aux adjectifs de nombre, comme dit duMarsais, t que si l'adjectif numérique et son » substantif font ensemble un tout, et que l'on » veuille marquer que l'on considère ce tout sous
> quelque vue de l'esprit, autre encore que celle » du nombre, alors le nom de nombre est précédé » de l'article ou prénom, qui indique ce nouveau » rapport. Dans le miracle de la multiplication des
> pains, les apôtres dirent à Jésus-Christ : Nous » n'avons que cinq pains et deux poissons ; yoilk les » cinq pains et les deux poissons dans un sens nu- » mérique absolu. Mais ensuite Tévangéliste ajoute
> que Jésus-Christ, prenant les cinq pains et les » deux poissons, les bénit, etc.; voilà les cinq pains
> et les deux poissons en rapport avec ce qui pré- » cède. > Dans ce cas il doit être toujours précédé de l'article.
Règle III« Les noms propres de divinités, d'hommes, d'animaux, de villes et de lieux particuliers, n'ont point d'article, s'ils sont employés dans un sens limité :
GRAMMAlilE FRANÇAISE.
Au milieu des clartés d'un feu pur et durable , Dieu mit avant le temps son trône inébranlable.
(Voltaire.)
Chaque vertu devient une divinité :
Minerve est la Prudence, et Vénus la Beauté.
Ce n'est plus la vapeur qui produit le tonnerre :
C'est Jupiter armé pour effrayer la terre.
Un orage terrible aux yeux des matelots,
C'est 2Veptune en courroux qui gourmande les flots.
Écho n'est plus un son qui dans l'air retentisse;
C'est ime nymphe en pleurs qui se plaint de Narcisse.
(BOILEÂU.)
La Fable offre à l'esprit mille agréments divers. Là, tous les noms heureux semblent nés pour les vers > Ulysse, Agamemnon, Oreste, Idoménée, Hélène, Mènélas, Paris, Hector, Énée.
(BOILEAU
Rome enfin se découvre à ses regards cruels. Home jadis son temple et l'effroi des mortels, Rome dont le destin, dans la paix, dans la guerre, Est d'être en tous les temps maîtresse de la terre.
(Voltaire.)
Ces mots ne sont point soumis à l'arfic/e, parce que tout nom propre, ne signifiant qu'une chose singulière , est tellement déterminé par lui-même , qu'on ne peut pas se méprendre sur sa détermination. Mais si l'on veut restreindre ce nom, on ne le regarde plus comme nom propre ; on le considère d'abord, dit l'abbé de Condillac, comme un nom commun , qu'on restreint ensuite à un seul individu. Voilà pourquoi l'on dit :
Mais pour nous, bannissons une vaine terreur,
Et, fabuleux chrétiens, n'allons point dans nos songes
D'un Dieu de vérité faire un Dieu de mensonges.
(BOILEAC.)
Deux des plus belles statues qui nous restent de l'antiquité sont l'Apollon du Belvédère et la Vénus de Médicis.
Bien des personnes regardent le Tasse comme l'Homère de l'Italie.
On ne doit point regarder comme une exception l'usage où nous sommes de joindre l'article aux noms des poètes et des peintres italiens. Nous ne le faisons que parce qu'il y a ellipse dans cet emploi ; car ce n'est pas à ces noms que nous les joignons , c'est à un substantif sous - entendu. Nous imitons en ceci l'italien, qui dit : la Malaspina, il Tasso, pour : la contessa Malaspina , il poeta Tasso.
Il y a également ellipse dans le tour de phrase, que nous employons quand notre dessein est de placer la personne dont nous parlons dans une classe sur laquelle on a attaché à tort du mépris, ou pour laquelle on a du moins peu d'estime, comme : la Lemaure soutenait par la beauté de sa voix la plus mauvaise musique; — la Guimard n'était ^^oj moins étonnante par sa légèreté que par sa grâce; — cesl
DE L'ARTICLE (SYNTAXE)
un tour de la Gaussin. Mais l'urbanité française a depuis long-temps proscrit ce tour dans la bonne compagnie , qui le regarderait comme le signe le plus certain d'une mauvaise éducation. Si l'on ne doit pas se le permettre dans la conversation, avec combien plus de soin doit-on l'éviter en écrivant !
Dans les règles que nous venons d'établir , nous avons embrassé la généralité de l'usage sur l'emploi ou sur la suppression de ïarlide avant les substantifs.
Comme l'emploi de Yartide est une des plus grandes difficultés de la langue française, nous allons, à l'exemple de du Marsais, mettre sous les yeux du lecteur une table comparative dans laquelle les mêmes mots seront employés , selon les circonstances , avec V article et sans Yartide. Ces sortes de comparaisons ne peuvent être qu'infini ment utiles pour graver les règles dans l'esprit.