‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 23 sur 279 · SE LA CATACHRÈSE · texte numérisé non relu

SE LA CATACHRÈSE

Ce mot, dérivé du grec xaxaj^pTjfftç, signifie abus, extension ou imitation ; et Ton donne ce nom à un trope qui consiste à faire prendre à un mot , par extension ou par imitation , une signification qui n'est pas la sienne primitive. Par exemple, lorsqu'on a établi (usage de clouer des fers aux pieds des chevaux , on a dû naturellement appeler cela ferrer un cheval. Dans la suite, la vanité a imaginé d'y clouer des plaques d'argent, et l'on a appelé cela ferrer d'argent, par imitation, quoique ces deux mots ferrer et d'argent paraissent contradictoires. Aller à cheval sur un bâton , c'est-àdire s'y tenir à califourchon comme sur un cheval.

Parricide ne se disait autrefois que de celui qui tuait son père, ou du crime qu'il commettait en le tuant. Aujourd'hui on donne ce nom , par extension , à celui qui tue sa mère ou quelque persomie sacrée , ainsi qu'au crime qu'il commet en pareil cas.

Vinaigre ne se disait originairement que du vin devenu acide, devenu aigre, comme l'indique l'étymologie de ce mot. On dit aujourd'hui , par catachrèse : du vinaigre de cidre, du vinaigre de poiré.

C'est par la même raison qu'on dit une feuille d'argent, une feuille d'étain, les feuilles d'un paravent^ et qu'on donne le nom de feuille à tout ce qui est mince, relativement à sa longueur et à sa largeur, comme les feuilles des végétaux. On appelle aussi glace tout ce qui est poli et brillant; glaee de miroir , glace de carrosse , glace, composition de sucre et de blancs d'œufs , étoffes glacées, etc.; tandis qu'on ne donnait originairement le nom de glace qu'à une masse d'eau gelée. Toutes ces expressions et autres semblables sont des eatachrèses.

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