‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 240 sur 279 · ACCORD DES PARTICIPES · texte numérisé non relu

ACCORD DES PARTICIPES

§ler.

Participe présent et adjectif verbal.

» Tai vu ces enfants intéressant leurs maîtres, tremblant de leur déplaire, et pleurant quand ils en recevaient le moindre ref/rorhe.

Dans cet exemple, les mots intéressant, tremblant, pleurant, expriment des actes, des actions instantanées, c'est-à-dire d'une durée courte, limitée : dérivés des verbes intéresser, trembler, etc., ils en conservent la signification et le caractère, et peuvent être remplacés par une autre formç

verbale, sans que la pense'e en soit altérée : J'ai vu ces enfants qui intéressaient leurs maîtres, qui tremblaient de leur déplaire, et qui pleuraient quand ils en recevaient le moindre reproche.

C'est dans cette circonstance qwe la forme verbale en ant prend le nom de participe présent, et reste toujours invariable, comme verbe au mode indéfini; on dira donc : une fille caressami sa mère; des enfants obéissant avec promptitude; des personnes souffrant cruellement, etc.

Nota. Le participe présent est traduisible par un verbe précédé du pronom qui, ou d'une conjonction telle que comme, quand, puisque, parce que,

Véies résistant à toutes les forces romaines, fut surprise plutôt que vaincue. (De Ségur.)

Les peuples empressés aux bords de l'Aréthuse, Plevrant de son départ, admirant sa beaulé, Chargeaient le ciel de vœux pour sa félicité.

(Voltaire.)

Voilà sesports, ses murs, renaissant de leurs cendres.

(Delille.)

Ici sont des infoi'tunés palpitant encore sous des ruines. (Florian.)

Leur ambition croissant avec leurs richesses, de marchands ils devinrent conquérants.

(Voltaire.)

Accompagnée d'une troupe de nijmphes courant dans la plaine, elle mourut d'une blessure qu'un serpent lui fit au talon. (Fontenelle.)

Toutes ces idées , roulant à tout moment dans cette âme farouche, lui inspiraient une rage muette et cachée, (La Harpe.)

GRAMMAIRE FRANÇAISE

Voit de sa légion tous les chefs indomptes Sons le glaive et le feu mourants à ses côtés.

(Voltaire.)

— Les rues sont remplies de ces enfants intéressants, tremblants de froid, mourants de faim, et sans cesse pleurants.

Ici le mot intéressants n'exprime plus un acte, une action momentanée, mais bien l'état, la manière d'être de l'objet qu'exprime le substantif, et dont il désigne une qualité inhérente.

Quoique les mots tremblants, mourants et pleurants, réveillent davantage l'idée d action, ils n'en sont pas moins dans la même analogie, parce que cette action, n'étant plus instantanée, se présente à l'esprit comme permanente, continue ou prolongée, et constitue alors un état, une noianière d'être.

D'ailleurs, sous ce point de vue, l'emploi du mot variable fait image, fixe l'attention et appelle l'intérêt.

Le jeune d'Aubeterre

Il pleurait de dépit, et il alla trouver Calypso^cr' rante dans les sombres forêts, (Fénelon.)

Ces angles , ces fossés , ces hardis boulevarts , Ces tonnerres d'airain grondants sur les remparts.

(Voltaire.)

C'est dans cette circonstance que la forme verbale en ant prend le nomd'adjectif verbal, et varie comme l'adjectif qualificatif, par lequel il peut être quelquefois remplacé, comme : tremblant de froid f par transi; mourant de faim, \)3Lr affamé; pleurant par éploré , etc. ; l'expression est différente, mais l'idée est au fond la même.

Cet enduit forme une pâte molle, mais solide et résistante au feu, (Voltaire , )

Pleurante à mon départ, que Philis était belle!

(Tissot.)

Par sa voix appelés , renaissants tour à tour, Tous les siècles rangés venaient former sa cour.

(Thomas.)

Tant d'infortunés palpitants, immobiles, au milieu des flammes, {Idem.)

L'empereur commençait à redouter l'autorité croissante des pontifes romains. (De Ségur.)

C'était au plus deux mille livres de la monnaie de France, courante de nos jours.

(Voltaire.) '

Ces étoiles sont autant de soleils dont chacun a des mondes roulants autour de lui. {Idem.)

U adjectif verbal diffère encore du participe pré' sent, en ce qu'il peut être précédé d'un des temps du verbe être, comme dans ; une fi'de caressante; des enfants obéissants; des personnes souffrantes; c'est-à-dire une fille qui est caressante, etc.

On dira donc :

avec le participe pré- avec V adjectif verbal : sent :

Ces hommes qu'on Ces animalcules, im-

croit si sauvages sontdes perceptibles à la simple

êtres\\s'ànt comme nous, vue, sont des êtres vi-

c' est-à-dire : qui vivent vants comme nous, c'est'

comme nous. à-dire qui sont vivants.

Ces biens dépendant On a vendu tous les

de la succession, doivent biens dépendants de la

être vendus, c'est-à-dire succession ; c'est-à-dire

parce qu'ils (jépendent. qui étaient dépendants.

Les observations et les exemples précédents suffisent pour établir cette règle :

DES PARTICIPES (SYNTAXE)

— Si, par la forme verbale en ant, comme souffrant, obéissant, on veut exprimer un acte, une action instantanée, pure et simple, et non un état; on emploie le participe présent qui est invariable :

fai vu ces personnes souffrant cruellement.

Si, an contraire, on a à peindre un état, une manière d'être, iinedispositionàa{ïir,plutôtqu'une action ; ou même une action qui, par sa continuité, sa durée, devient permanente, se transforme en état, et n'est accompagnée d'aucune des circonstances ^ui caractérisent une action ; on fait usage de \' ad]ectif verbaly(\\x\ est variable :

J'ai vu des personnes souffrantes et résignées.

L'idée ô^actualité, dit Lemare, caractérise le participe ; celle de permanence l'adjectif verbal.

Nota. En comparant les exemples cités précédemment, on sentira bien la différence qui existe entre le participe présent et l'adjectif verbal.

OBSERVATIONS

1» 11 y a des formes verbales en ant^ qui ne s'emploient point comme adjectifs, telles que ayant, babillant, badinant, étant, folâtrant, gambadant, gesticulant, sanglotant, souriant, soupirant, etc. Les poètes ont quelquefois fait usage de ces mots au pluriel masculin.

Quant au mot appartenant, suivi d'un complément, l'usage le plus général est de le considérer comme participe, quoique l'analogie réclame les deux formes employées par quelques bons auteurs.

2" Quelques participes présents ont pour correspondants des adjectifs dont l'orthographe est différente, comme ; extravaguant, intriguant, fabriquant, fatiguant, vaquant, adhérant, affluant, coïncidant, différant, équivalant, excellant, négligeant, précédant, présidant, résidant, dont les adjectifs sont : extravaaant, intrigant, fabricant, fatigant, vacant, adhérent, affluent, coïncident, etc.

Cet enfant négligeant ses devoirs ne fera aucun progrès.

C'est un enfant négligent.

Ce travail me fatiguant beaucoup, je dois le suspendre. — Il est très-fatigant, etc.

Mais comme le choix entre le participe présent et Y adjectif verbal dépend principalement du point de vue, et que la règle à cet égard ne peut guère être positive, il se présente souvent des cas embarrassants, que chacun ne peut résoudre que selon sa manière de voir ou desentir;de là cette divergence dans l'orthographe finale des formes verbales en ant.

U est bien plus sûr, dit Lemare, de se diriger par l'idée qu'on veut peindre, que par des recettes

qui, exactement suivies, occasionneraient plus de foutes qu'elles n'en feraient éviter.

"Voici cependant quelques moyens faciles de reconnaître le participe présent.

i» La forme verbale en ant est participe, lorsqu'elle a un régime direct, ou qu'elle se trouve modifiée par la négation ne :

Une fille caressant sa mère; des enfants se tourmentant, ne travaillant pas.

Les poètes cependant ont fait quelquefois varier le participe, mais seulement au pluriel masculin et à la fin d'un vers :

Et plus loin des laquais, l'un l'autre s'agaçanis , Font aboyer les chiens et jurer les passants.

(BOILEAD. )

2° Lorsqu'on veut exprimer par cette forme une idée d*' cause ou de motif , alors le participe est traduisible par. une autre forme verbale précédée des conjonctions parce que, comme ou puisque :

Ses c/ieyeuoj, flottant sur ses épaules, attiraient tous les regards. Us attiraient les regards, parce quils flottaient; l'action des cheveux était la cause de l'attention.

Tandis qu'on dit avec l'adjectif verbal : Ces enfants avaient de beaux cheveux flottants sur leurs épaules.

5"» Lorsqu'on veut exprimer une action avec l'idée spéciale du temps, avec une simultanéité de temps :

Voyez ces enfants obéissant à Cenvi, volant audevant des désirs de leur mère.

Je les voyais courant devant nous', c'est-à-dire lorsqu'ils couraient.

Ils se sont blessés en jouant ; — la calomnie va toujours croissant.

Nota. Quand la forme verbale en ant est précédée ou peut être précédée de la préposition en exprimant une action avec le mot suivant, elle est au participe présent.

(Ces exemples sont extraits de l'excellent ouvrage de M. Bescher sur les Participes.)

Regarde ces Drusus s'élança^it vers la gloire , Ces Décius mourant pour vivre en la mémoire.

(De LILLE.)

Mourants de faim , et lassés de chercher, Ils maudissaient la fatale aventure D'avoir vaincu , sans savoir où coucher.

(Voltaire.)

Tremblante pour ses œufs la fourmi déménage.

(La FONTAIUE.)

Combien de phres, tremblant de déplaire à leurs enfants, sont faibles, et se croient tendres!

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