‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 242 sur 279 · DEUXIÈME RÈGLE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME RÈGLE

Participe passé construit avec AVOSQ.

— Que de livres nous avons lus !

Nous les avons lus avec fruit.

Nous avons lu quoi? — Des livres.

Dans ces deux exemples, le participe passé construit avec l'auxi'iaire avoir est précédé de son complément direct, qui est livres, exprimé en propres termes dans le premier, et représenté par un pronom dans le second. On voit que, dans ce cas, le participe s'accorde (1).

Quels affronts, quels combats j'ai tantôt soutenus !

(Corneille.)

Le bruit de nos trésors les a tous attirés.

(Racine.)

Je souffre tous les maux que j'ai faits devant Troie.

{Idem.)

— Nous avons lu vos livres.

Nou^ avons lu.

Nous avons ri.

Les froids nous ont nui.

Ici le participe, construit avec avoir, n'est point précédé de son complément direct : dans le premier exemple, ce complément suit le participe;

(1) À proprement parler, le cmnplément direct est celai da terbe dont le pariiciiie roncourt à former un temps composé; ce n'est que pour jilus de brièveié qu'on dii que le participe a uD complément , soit direct , soit indirect.

dans le deuxième, il est sons-entendu ; dans le troisième et le «juatrième, il n'existe pas ; et, dans aucun de ces cas, le participe ne s'accorde.

BiS faits précédents on peut déduire celte règle :

Tout participe construit avec l'auxiliaire avi^^ ne s'accorde qu'avec son cocnplément direct, et dans le cas seulement oîi il en est précédé.

Cet accord a lieu , comme celui de l'adjectif , en genre et en nombre.

11 résulte de là qu'on ne doit jamais faire accorder le participe passé ni avec le sujet du verbe avoir, comme dans : elle a ri; ni avec uii complément indirect, comme dans : il nous a nui; ni enfin avec un complément direct qui neseraitpas le sien, comme dans :Je lésai vu attraper; la lettre que j'ai commencé à écrire; les livres que vou^ avez eu la bonté de me prêter. Ici les pronoms les et que sont compléments directs des verbes à l'infinitif qui suivent les participes.

J'ai vu la mort de près et je Tai vue hcrrible.

(Voltaire.)

L'ignorance a flétri les lauriers du génie.

(MiCHADD.)

Mes amis ont parlé , les cœurs sont attendris.

(Voltaire.)

Tous les participes passés se rapportent à l'une ou à l'autre de ces deux règles; mais l'application n'en étant pas toujours facile, nous allons examiner, dans une série d'observations, les cas qui présentent des difficultés.

première orservation.

Participes passés des verbes qui , selon le sens , ont un complément direct ou un complément indirect.

— Ce domestique nous a fidèlement servis. Ce livre nous a Hen servi.

On dit : sermr quelqu'un et servir à quelqu'un. Servir quelqu'un, c'est, ou être à son service, ou lui rendre service, l'aider : servir à quelqu'un, c'est lui être de quelque utilité, être à son usage, lui rendre un service momentané ; de là la différence d'orthographe entre les deux participes précédents.

Les verbes cirfer, applaudir, commander, fuir, insulter, manquer, et quelques autres, ont également , selon le sens, l'un ou l'autre complément , et Ton écrit : il nous a aidés dans nos besoins; il nous a aidé à descendre.

Il notis a applaudis quand nou^ avons parlé.

Il nous a applaudi et avoir agi de cette sorte.

On nous a commandés pour midi.

On nou^ a commandé de sortir.

L'ennemi nous a fuis.

Le temps notis a fui.

Il nous a insultés grossièrement.

Il nous a insulté par son luxe.

Il nous a visés, et nous a manques.

Le temps nous a manqué.

(Les Dictionnaires indiquent ces diverses acceptions.)

Le temps qui nous a fui ne reviendra jamais.

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