‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 243 sur 279 · DEUXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME OBSERVATION

Participes passés suivis d'un adjectif ou d'un autre participe.

On les a crus coupables parce qu'on les a vus embarrassés.

On a cru qui? eux ou les. On a vu qui? eux ou les. Le pronom les est évidemment ici complément direct des participes passés crus et vus : on a cru ces hommes coupables.

Le sens figuré du verbe croire ne peut empêcher ici l'accord du participe passé , sur lequel l'adjectif suivant n'exerce aucune influence. L'usage à cet égard n'est plus partagé.

Ils poussèrent des cris de joie en nous voyant, comme en revoyant les compagnons qu'ils avaient crus perdus. (Télémaque.)

Bossuet, parlant de Vâme, dit : Dieu l'a faite à son image, et l'a rendue capable de l'aimer et de le connaître. (Sermon pour le jour des Morts.)

Faut-il faire accorder le participe eu dans cette phrase : j'ai envoyé ma lettre à la poste, aussitôt que je l'ai eu finie? La plupart des Grammairiens sont pour l'inaccord ; et c'est , nous pensons , avec raison.

J'ai eu fini, présente pour la pensée un seul verbe, comme j'avais fini, je finissais.

Or si, dans la phrase en question, on faisait accorder eu, il y aurait dans le même verbe, un double accord pour un seul complément direct, une seule cause et deux effets.

Dans ces sortes de phrases le participe eu, employé comme un simple signe d'antériorité, doit rester invariable.

Mais on écrira : Cette lettre, je l'ai eue écrite de la main même du roi; parce qu'ici eu n'est plus auxiliaire.

Les Grammairiens qui n'admettent pas de verbes auxiliaires ne partagent point cette opinion.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

TROISIEME OBSERVATIOîf.

Participes passés suivis du sujet du verbe AVOIR.

— Rien ne peut suppléer la joie qu'ont ôtée les remords.

Les remords ont ôté quoi? la joie, mot représenté par le pronom conjonctif que, dans la proposition où se trouve le participe ôtée, qui s'accorde conséquemment avec lui.

Le sujet rejeté après le verbe ne peut nullement empêcher cet accord, comme l'ont avancé quelques anciens Grammairiens. Le seul mot qui exerce une influence sur le participe passé est son complément direct, lorsque celui-ci le précède.

II ne peut rien offrir aax yeux de l'univers, Que de vieux parchemins qu'ont épargnés les vers. (BoiLEAu , Satire V.)

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