‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 244 sur 279 · QUATRIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME OBSERVATION

Participes passés suivis d'une préposition et d'un infinitif.

— Étudiez la leçon que vous avez oublié d'apprendre.

Étudiez la leçon qu'on vous a donnée à apprendre.

Dans le premier de ces exemples , le participe passé n'est point varié, parce qu'il est suivi de son complément direct. Vous avez oublié ^uoi ? — D'apprendre la leçon ; leçon, mot représenté par le pronom que, est donc complément direct de l'infinitif et non du participe : Vous avez oublié d'apprendre la leçon.

Dans le second exemple, leçon, ou plutôt le que qui représente ce substantif, est complément direct du participe. On a donné quoi? — La leçon à apprendre ; aussi le participe s'accorde-t-il. Tout dépend donc de la manière de poser la* question.

D'ailleurs, quand le complément direct qui précède le participe est le sien , on peut le placer entre ce participe et la préposition.

On a donné la leçon à apprendre.

On écrit de même : Que de difficultés il a eues à surmonter, parce qu'on peut dire : Il a en des difficultés à surmonter, quoiqu'on dise aussi : Il a eu à surmonter des difficultés.

Voilà les ennemis que lareine a eus à combattre, et qiie ni sa prudence, ni sa douceur, ni sa fermeté n'ont pu vainci'e.

(BossuET, Oraison funèbre de la reine d'Angleterre.)

Pour juger de la propagation miraculeuse de la religion chrétienne, il faut considérer les obstacles

DES PARTICIPES (SYNTAXE)

cfn'elleaem à surmonter. (L'abbé de Condillac.) Les combats éternels qu'elle avait eus à soutenir du côté de ses passions sont finis.

(Massillon.) Noos convenons qu'il y a une différence entre : j'ai des devoirs à faire, et j'ai à faire des devoirs,et qu'on devrait conséquemment écrire avec accord ou sans accord, selon ce qu'on veut exprimer : Jes devoirs que j'ai eus ou eu à faire; mais cette distinction est bien délicate, et n'est pas toujours observée par les écrivains.

CINQDIÈME OBSERVATION.

Participes passés suivis d'une proposition qui en est le complément direct.

— Ce sont des choses que j'ai pensé que vous feriez. i

Ce sont des choses que j'ai cru utile de faire.

La simple réflexion fait voir ici que les actions de penser et de croire tombent, non sur le substantif choses, mais bien sur les propositions : que vous feriez et utile de faire. J'ai pensé quoi ? — Que vous feriez ces choses. J'ai cru quoi?— Qu'il • serait utile de faire ces choses.

La lettre que j'ai présumé que vous recevriez, est enfin arrivée. (Marmontel.)

SIXIÈME OBSERVATION. j

Participes passés suivis d'un infinitif sans préposition.

— i" Ce sont des choses que j'ai pensé faire. Ce sont des choses que j'ai cru devoir faire.

Ces phrases sont analogues aux précédentes ; l'infinitif y remplace la proposition. J'ai pensé quoi ? — Faire ces choses, que je ferais ces choses. J'ai cru quoi? — Devoir faire ces choses, que je devais les faire.

Dans ces cas, comme dans le précédent, le pronom que, qui est avant le participe passé , est le complément du verbe faire, et non celui du participe; de là l'inaccord.

Nota. L'infinitif est quelquefois sous-entendu, ainsi que la proposition, comme dans : // a rendu tous les services qu'il a pu {rendre).

S'il avait demandé M. de Fontenelle pour examinateur, je lui aurais fait tous les vers qu'il aurait voulu {que je fisse). (Voltaire.)

Mes parents m'ont donné toute l'éducation que leur fortune leur a permis (de me donner),

— 2° Ces acteurs que j'ai vus jouer, je les ai entendu applaudir.

Dans cette phrase : *

J'ai entendu quelqu'un applaudir les acteurs ; quelqu'un est le complément direct du participe passé. £n sous-entendant ce complément, on peut dire dans le même sens :

J'ai entendu applaudir ces acteurs ;

et, en remplaçant le substantif acteurs par un pronom ;

Je les ai entendu applaudir.

Ce pronom est donc complément direct, non du participe, dont le complément est sous-entendu, mais de l'infinitif qui le suit : on les applaudissait ; j'ai entendu applaudir eux.

C'est pour la même raison qu'on écrit sans accord :

En parlant de livres ; on les a laissé publier ; D'actrices : je les ai entendu siffler; D'arbres :je les ai vu abattre; D'une dame ; je l'ai envoyé chercher :

Tandis qu'on écrit avec l'accord ;

En parlant des mêmes livres : on les a laissés paraître ;

Des actrices : je les ai entendues chanter ;

Des arbres : je les ai vus croître;

D'une dame : je l'ai envoyée se promener, parce qu'ici le pronom qui précède le participe passé en est le complément direct : on a laissé les livres paraître; ils paraissaient ; entendu les actrices chanter; elles chantaient, etc. On voit que l'objet représenté comme complément direct du participe sert aussi de sujet à l'infinitif, c'est-à-dire qu'il fait l'action du verbe qui est à ce mode; ce n'est que dans cette circonstance que le participe s'accorde.

Au contraire, dans : ces livres, on les a laissé publier; l'action exprimée par l'infinitif suppose deux objets distincts : des livres publiés et ^ue/çu'im publiant; l'un recevant l'action, et complément de l'infinitif; l'autre la faisant, et complément direct du participe, qui, dans ce cas, est invariable, parce que ce complément n'est pas exprimé.

Ce développement des faits précédents nous conduit à la règle suivante ;

— Quand le participe passé suivi d'un infinîkif, sans préposition, est précède d'un complément direct , ou ce complément lui appartient, comme dans :Je les ai vus courir, ou bien il est celui de l'infinitif, comme dans : je les ai vu arrêter.

S'il lui appartient, l'objet qu'il représente peut devenir le sujet du verbe à l'infinitif ; j'ai vu etix courir ;

Je les ai vus

qui couraient ; ils couraient.

C'est dans ce cas que le participe s'accorde avec ce complément , qui est le sien.

Si ce complément est celui de l'infinitif, l'action

de ce verbe suppose nécessairement un autre mot comme actif, comme sujet : je Les ai va arrêter^ c'est-à-dire : j'ai vu quelqu'un arrêter eux, quelqu'un qui les arrêtait.

Alors ce mot, sujet du verbe à l'infinitif, est complément direct du participe ^ qui, n'en étant point précédé, reste sans accord.

On écrira donc,

avec l'accord ; sans l'accord ;

Je les ai laissés par- Je les ai laissé emmetir. ner.

(Ils partaient.j {On les emmenait.)

Je les ai entendus se Je les ai enien du plainplaindre. dre.

{Ils se plaignaient.) (On les plaignait.)

Que de fleurs nou^ Que de fleurs nous avons vues se flétrir! avons vu flétrir. {Elles s^ flétrissaient.) {Quelque chose les flétrissait.)

Mes entrailles, je les Mes entrailles, je les ai senties se décimer. ai senti déchirer. {Elles se déchiraient.) (Quelque chose les déchirait.

Vous que j'ai vus périr, vous , immortels courages !

(Voltaire.)

Guillaume se rendit mattre de cette ville de la même manière qu'il t avait vu prendre.

(Idem.)

Observations. 1" Quand le participe passé est précédé de deux compléments directs, l'un appartient au premier verbe, et l'autre à l'inliuitif.

Voilà, mon fils, le sujet des larmes que tu m'as vue verser. C'est une mère qui parle.

(Florian.)

2» Quand le participe passé suivi d'un infinitif s'accorde avec le complément direct qui le précède, l'infinitif est généralement traduisible par un participe présent : je les ai vus courir, je les ai vus courant.

Celte traduction est un moyen mécanique de recAinaître si l'accord doit avoir lieu.

Voici quelques exemples à l'appui de la règle que nous venons d'énoncer :

Nous les eussiom lais- Ils étaient punis pour

sé&passer tranquillement les maux qu'ils avaient

leur hiver à Paris. laissé faire.

(Marmontel.) (Fénelon.)

Les a-t-on vus mar- La guerre ne se faisait cher parmi vos ennemis? point autrefois comme (Racine.) nous l'avons vu faire du temps de Louis XIV.

(Voltaire.)

GRAMMAIRE FRANÇAISE

A peine l' avons-nous C'est une comparaison

entendue parler. 11 s'a- que j'ai entendu faire,

git d'une femme. (Florian.) (Fénelon.)

SEPTIEME observation.

Participe FAIT cuivï d'un infinitif, sons préposition.

On les a fait sortir. On les a fait punir.

D'après l'observation précédente , on serait f ;orié à faire varier le premier de ces participes , comme cela s'est fait dans notre ancien lan{îage, et se pratique encore en italien; mais lusajfe s'y oppose, et cet usage est en quelque sorte fondé en raison.

On les a fait sortir ne peut pas se traduire par on les a faits, ils sortaient, comme dans : on les a laissés sortir, on les a vus sortir.

Le participe fait, entièrement détourné de sa signification primitive, forme avec l'infinitif une expression inséparable, du moins dans la pensée ; rinfinitifestnécessairementappeléparleparfidpe. On les a fait sortir signifie: on a fait sortir eux; on a expulsé eux, ou mieux, on â fait en sorte qu'ils sortissent, ou encore, on a fait ceci, eux sortir ; de là le pronom et l'infinitif formeraient le régime direct du participe, qui, n'étant alors précédé que d'une partie de son complément direct, reste invariable.

Quelle que soit d'ailleurs la raison de cet inaccord, on peut s'en rapporter à la règle suivante, donnée par tous les Grammairiens :

Le participe fait suivi d'un infinitif, sans préposition, est toujours invariable.

Ce sont mes sentiments qu'il avait fait entendre.,

(Molière.)

Louis XI fit taire ceux qu'il avait fait si bien parler. (Voltaire.)

huitième observation.

Participes passés suivis d'un infinitif, sans préposition.

(Observations additionnelles à la sixième, j

Les personnes qu'on a crues avoir été grièvement blessées, n'ont reçu que de légères contusions.

Les personnes qu'on m'a assuré avoir été grièvement blessées, n'ont reçu que de légères contusions.

La différence orthographique des participes crues et assuré, dans les deux phrases précédentes, provient de la relation plus ou moins directe de chacun d'eux avec le pronom qui représente le substantif personnes.

Dans la seconde, le participe assuré ne modifie pas ce substantif, ce ne sont pas les personnes assurées ; on ne dirait pas : on les a assurées gric-

Onaassuréçuotf

DES PARTICIPES (SYNTAXE)

vement blessées; elles ont été assurées grièvctnent blessées.

Le pronom ^ue.qui précède assuré, n'est (|ue le sujet de l'expression verhale avoir été blessées, qui forme avec ce pronom le complément direct du participe assuré.

Elles devaient être grièvement

blessées.

Qu'elles avaient été grièvement blessées.

Comme le sens se refuse à ce que ce pronom soit en même temps considéré comme seul complément direct du participe assuré, l'accord n'a point lieu ; c'est ainsi qu'on dit : on les a fait sortir, ce qui sifjnifie on a fait eux soi-tir.

Dans la première phrase, au contraire, \e participe crues , en rapport d'idée avec le sul)sianiif personnes , peut ^ dans la décomposition de la phrase , se construire avec ce mot ou un pronom qui le représente : on les a crues blessées ; elles ont été crues blessées.

Alors le pronom que exprime à la fois le complément direct du participe et le sujet du verbe suivant ; de là l'accord, ainsi que dans :je les ai vus courir ;je les ai entendus rire.

On écrira de même sans accord :

Les paroles quU)n dit avoir été prononcées.

C'est une chose que j'ai pensé devoir me convenir.

Les personnes qu'on a pensé être suspectes; qu'on a supposé être à craindre.

Au-dessus du pupitre une main étrangère, qu'on m'a dit être celle du châtelain du village de Moiiers, a écrit ces quatre vers. (Raoll Rochette.)

Louis XI V avait dans son âme une partie de la grandeur qu'on avait cru jusqu'alors n'être qu'autour de lui. (Thomas.)

Observation. Cependant si ces participes étaient suivis d'un adjectif sans infinitif, l'accord aurait lieu, parce que l'esprit ne se porterait plus sur une proposition ; on écrira donc : cette pierre qu'on a dite fausse, qu'on a reconnue fausse; les personnes qu'on a supposées suspectes.

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