‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 245 sur 279 · NEUVIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

NEUVIÈME OBSERVATION

XiUI, XJEUB., eiaployés pour XB, L&, LES, avant un participe passé suivi d'un infinitif.

Cest une affaire que je leur ai laissé démêler ensemble.

Ici l'emploi du complément indirect leur, pour le complément direct les, est généralement en usage, quoiqu'il occasionne souvent des équivoques, comme quand on dit : je leur ai entendu dire cela ; on leur a vu faire des tours ; alors le participe reste invariable, n'étant pas précédé de son complément direct.

Pour nous, nous préférerions employer dans ce cas le pronom les ; mais lui pour le, la, et leur pour /es, sont exigés quand ils sont précédés d'un complément direct, comme dans : je le lui ai vu faire; c'est une chose que je leur ai entendu dire; votre sœur a bu la potion, je la lui ai vu boire; à moins que, prenant un autre tour, on ne dise : je l'ai vu le faire; cette potion, ïavez-vous vue la boire? Encore ne peut-on pas toujours s'exprimer ainsi.

Mais faut-il appliquer cette observation aux pronoms me, te, nous, vous? L'usage à cet égard est partagé , et nous préférons l'accord, considérant ces pronoms comme compléments directs; ainsi nous écrirons ;

C'est une question, messieurs, qu'on vous a laissés démêler.

C'est ainsi que Florian a fait dire à une mère : Voilà, mon fils, le sujet des larmes que tu mas vue verser.

DIXIÈME OfiSERVATIWî.

Participes passés précédés du pronom "EX (partitif) (l).

Des fleurs, j'en ai cueilli ; combien j'en ai cueillies. •

En parlant de fleurs, on dit : je les ai cueillies, si l'on veut exprimer la totalité; et j'en tù cueilli , s'il ne s'agit que d'une partie.

Dans le premier cas, le pronom les est le complément direct du participe^ qui, en étant précédé, s'accorde avec lui. Dans le second, le complément direct n'est point le pronom en; mais c'est un mot, une expression sous-enteudue, comme plusieurs, quelques-unes, une certaine quantité, dont le pronom en, qui signifie de ces fleurs, est le complément déterminatif.

Alors le participe , n'étant précédé que d'une partie de son complément direct, reste invariable :

Hélas ! j'étais aveugle en mes vœux aujourd'hui; J'en ai /ait coutie loi , quand j'en ai fait pour luL

(Corneille.)

Tous les auteurs s'accordent sur ce point.

Mais faut-il écrire, en parlant des mêmes fleurs:

Combien j 'en ai cueillies!

Ici l'usage est partagé; cependant l'accorda lieu plus généralement, et c'est avec raison.

Combien et en composent ensemble le comf>lément direct, et comme l'on écrit : combien de fleurs j'ai cueillies, on doit écrire de même : combien j'en ai cueillies. L'esprit ne se porte plus sur un mot sous-entendu ; l'attention se fixe sur le substantif collectif combien et sur le pronom en, qui en est le complément déterminatif; ces deux mots» for-

(t) Dans cette phrase : Des fleurs, j'en ai cueilli < le prouora en est dit partitif, parce qu'il n'exprime pas la totalité des fleurs, il n'eu désigne quaue partie

QRAMMA1R£

aiant alors le complément direct du participe qui suit, en coramandent l'accord.

On écrira de même : autant de batailles il a livrées, autant il en a gagnées. — Des fautes, que j'en ai commises !

Telle est l'opinion de nos meilleurs Grammairiens, de Domergue, de Lemare, de Bescher, de Vanier, de Bourson, etc., qui s'appuient sur l'autorité de Voltaire, de J.-J. Rousseau, de La Fontaine, de Racine, de Buffon et de Massillon.

Comhien en a-l-on vus, jusqu'aux pieds des autels, Porter un cœur pétri de penchants criminels !

(Voltaire.)

Comhien en ai-je dus , je dis de? plus huppés,

A souffler dans leurs doigts , dans ma cour occupés.

(Racine.) Combien j'en ai déjà passés !

(J.-J. ROUSSRAD.)

Mais pourquoi écrit-on à l'interrogatif : des fleurs , combien gn avez-vous cueilli? Des pages, combien en avez-vous feit ?

C'est qu'il y a ici une espèce d'incertitude sur le nombre de fleurs cueillies, de pages faites, et que le pronom en, expression vague, ne rappelle pas assez le substantif, ne fixe pas assez l'esprit sur lui : l'exclanjation, l'affirmation, appellent l'accord, et l'interrogation et le doute semblent le repousser, du moins dans ce cas ; aussi dira-t-on bien, de même sans accord : ;e ne sais, je ne vois pas, dites-moi combien vous en avez fait. Le mot combien est d'ailleurs ici complément du premier verbe, ce qui établit une différence sensible entre ces phrases et les propositions où l'accord a lieu.

Nota. Si l'expression de quantité ne joue pas le rôle de substantif, si elle n'est pas suivie du pronom en, qui la détermine, le participe reste invariable :

J'en ai beaucoup lu; il en a tant -vu ; nous en avons assez fait; il en a trop pris, etc.

J'en ai beaucoup vu qui philosophaient bien plus doctement que moi.

fen ai bien lu.

Les mots beaucoup, tant, etc., sont des adverbes qu'on peut placer après le participe : j'en ai lu beaucoup; il en a vu tant.

On écrira de même, quoique l'adverbe précède le pronom en ; Il se défie des amis, tant il en a vu d'infidèles, parce que tant ne remplit pas ici la fonction de substantif.

OBSERVATIONS

l" lia écrit plus ^ouvrages que vous n'en avez lu.

Le complément sous-entenihi n'est pas toujours fecile à saiiiir, comme dans cet exemple, qui peut être analysé ou expliqué de la manière suivante :

// a écrit plus d^ ouvrages, et vous en avez lu moins, un moindre nombre.

La conjonction et remplace que ; le ne, amené par la comparaison, disparaît, et le complément sous-entendu est un moindre nombre.

On pourrait encore l'expliquer ainsi :

// a écrit des ouvrages en grande quantité, et voMs avez lu (/'autres ouvrages en moindre quantité.

Dans tous les cas, le participe doit rester invariable, le pronom en n'étant pas précédé, dans la même proposition, d'une expression de quantité employée substantivement.

Quelques auteurs ont, par inattention, fait accorder le participe ; c'est une orthographe qu'il est bien difficile de justifier : d'ailleurs les éditions varient sur la plupart des exemples qu'on cite à l'appui de l'accord.

^ Cet homme m'a obligé; les services que j'en ai reçus me pénètrent de reconnaissance.

Il est évident que cet exemple n'est point dans l'analogie des précédents : le pronom en n'y est point partitif ou déterminatif du complément direct; il représente le substantif homme , et signifie de lui. Le complément direct du participe est le pronom que, exprimant les services...

— On écrit généralement au singulier masculm : De cette liqueur, combien j'en ai bu ! Que j'en ai pris ! De la gloire, moins il en a désiré, plus ilen a obtenu, etc.

C'est sans doute parce que l'idée de quantité numérique«s'effiiçant, l'expression devient plus vague; et le participe , en rapport avec le pronom en indéterminé, reste au masculin singulier.

Quand ce pronom précédé d'une expression de quantité représente un substantif pluriel, il exprime une fraction d'un tout qui a des parties distinctes, et l'accord a lieu ; tandis que si le substantif est au singulier, ce même pronom exprime une partie d'un tout unique, et de là l'inaccord, que l'usage admet généralement.

M. Bescher étend cette observation au substantif même, et veut qu'on écrive :

Que de science il s'est acquis !

Voyez que d'herbe il a foulé ï

Autant de sagesse il a montré.

Plus de défiance il a eu, moins de confiance il s'est attiré.

Cependant il y a des cas où l'accord doit se faire avec le substantif, et d'autres avec l'expression de quantité qui le précède ; ainsi je dirais avec Racine :

Jamais tant de vertu fut-elle couronnée ?

(ËSTHER.)

avec Voltaire ; Tant de témérité serait bientôt punie.

DES PARTICIPES (SYNTAXE)

avec J^ Chaussée :

Tant de délicatesse est fatisse ou dangereuse; Mais je dirais aussi :

Comment tant de vertu peut-tl être ignoré I

Jamais tant de vertu n'a été réuni optant d'intelligence; (Charles JVodier.)

Plus de sévérité serait dangereux ;

parce que l'esprit se porte principalement sur les mots tant et plus.

L'accord dans ce cas dépend donc du point de vue (Voy. la quatorzième observation), et il ne serait pas raisonnable de ne consulter que le matériel des mots.

C'est dans le même sens que Boinvilliers a écrit :

Que de magnificence le Créateur a déployée dans ce vaste univers l

Autant de fortune nous avons amassée, autant de sollicitude nous avons eue pour la conserver.

Lemare, qui cite l'exemple de Voltaire, ne le contredit pas.

Volney a écrit :

Comment s' est éclipsé tant de gloire!

Il aurait pu également mettre le participe au féminin singulier.

De tout ce qui précède on peut déduire cette règle :

Le participe passé précédé du pronom en {parti' tif) ne varie que quand ce pronom, complément déterminatif d'une expression de quantité, représente un substantif pluriel, et qu'il ne se trouve pas dans une phrase interrogaiive ou dubitative.

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