‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 246 sur 279 · ONZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

ONZIÈME OBSERVATION

Compléments avec lesquels une préposition est sousentendue.

Que d^ années il a vécu !

On dit : Vivre cent ans; dormir dio; heures; marcher deux jours.

Dans ces expressions, il y a évidemment une ellipse, celle de la préposition durant : vivre durant cent ans, etc.; de sorte que cent ans, dix heures, deux jours, ne peuvent être considérés comme compléments directs des verbes vivre, dormir, marcher; aussi écrit-on sans accord : Les cent ans qu'il a vécu ; les dix heures quil a dormi; les deux jours qu'il a marché ; c'est-à-dire : les cent ans durant lesquels il a vécu, etc.

Oui , c'est moi qui voudrais effacer de ma vie Les jours que j'ai vécu sans vous awir servie.

Il nous semble qu'on doit écrire de même : Ces années, il les a vécu dans l'infortune. — Je n'ai

dormi que deux heures,' mais je les ai dormi sans interruplion.

C'est ainsi que M. de Jouy a dit :

J'ai encore quelques jours devant moi, je veux les vivre tout entiers,

(Ermite de la Chaussée-d'Antin.)

J.-J. Rousseau a écrit :

Oncroira que ces huit jours me durèrent huit siècles : tout au contraire, j'aurais voulu qu'ils les eussent duré «i effet. (Confessions, livre V.)

OBSERVATION

On a sans doute dit aussi par ellipse : Ce ballot pèse cent livres.

Ce livre coûte vingt francs.

Ce cheval vaut cent louis.

Les prépositions moyennant ou avec ont pu être sous-eniendues, et l'on apu écrire conséquemment sans accord :

Les cent livres que ce ballot a pesé.

Les vingt francs que ce livre a coûté. Les cent louis que ce cheval a valu.

Mais aujourd'hui ces expressions ne sont plus dans l'analogie des précedeutes, où l'ellipse est fa^ cile à remplir ; ici elle est tellement effacée, que la phrase sans ellipse ne serait pas française, el on peut douter même qu'elle l'ait jamais été.

Ces verbes peser, coûter, valoir, sont donc entièrement passés à l'état de transitifs, et doivent être considérés et orthographiés comme tels ; «insi l'on écrira ;

Au sens propre :

Les cent francs qu'il a coûtés.

La somme qu'il a value.

Et au sens figuré

Les pleurs qu'il m'a coûtés.

La considération qu'il m'a value.

Cinquante familles seraient riches des sommes ' que cette maison a coûtées. (De Théis.)

Que de pleurs son départ m'aurait coûtés! (J.-J. Rousseau.)

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