‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 249 sur 279 · QUATORZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME OBSERVATION

F&rticipes passés précédés de plusieurs substantifs , et ne devant s'accorder qu'avec un seul.

. Il a vu disparaître la foule de flatteurs que sa fortune avait formée autour de lui.

Il a vu disparaître cette foule de flatteurs'que sa fortune avait attirés autour de lui^

Dans le premier exemple, on peut, avant renonciation du participe formée, faire rapporter le pronom conjonctif que aussi bien au substantif flatteurs qu'au substantif /bw/e; mais en cherchant avec lequel de ces deux substantifs il est le plus en rapport d'idée, on trouve que c'est a\ec foule; c'est la foule qui est formée. Le pronom que se rapporte donc à ce substantif, qui commande l'accord.

Dans le second exemple, le rapport du participe attirés a lieu avec flatteurs; de là le masculin pluriel.

Quand un participe passé est précédé de. plusieurs substantifs auxquels il peut se rapporter, il faut chercher, pour l'accord, celui qui est le plus en rapport d'idée avec lui. C'est ce que nous avons déjà observé pour l'accord de l'adjectif et du verbe.

.Voici d'autres exemples dont on reconnaîtra facilement l'analogie avec nos règles,sur l'accord de l'adjectif et du verbe :

Quelle quantité de pierres on a tirées de celle carrière !

J'eus une maladie assez sérieuse, causée par la trop grande quantité de liqueurs que j'avais bue.

(Florian.)

Comment pourrais-je, madame, arrêter ce torrent de larmes que le temps n'a pas épuisé, que tant de justes sujets de joie n'ont pas tari?

(BOSSUBT.)

On écrirait au pluriel :

Ce torrent de larmes qu'il a essuyées.

Que voit-il {le pécheur) dans celle longue suite rfc jours qu'il a passés sur la terre?

(Massillon.)

Quel déluge de maux n'avait-il pas répandu sur la terre ? {Idem.)

C'est sa fille, aussi bien que ses fils, qu'il a déshéritée.

C'est un homme ou une femme qu'on a assassinée.

C'est la moitié du camp qu'on a brûlée.

Turenne est un des meilleurs généraux qu'ait produits la France.

C'est plus le général que les officiers, qu'on a blâmé.

C'est moins le général que les officiers qu'on a blâmés.

— Le peu d'affection que vous lui avez témoignée, lui a rendu le courage.

Le peu d'affection que vous lui avez témoigné, Ca découragé.

On voit encore ici l'application de la règle précédente : l'accord avec le mot dominant dans la pensée.'

Nous croyons cependant devoir ajouter l'observation suivante :

Dans le premier exemple, il s'agit d^affection témoignée, quoique en petite quantité; dans le second, le participe est plus en rapport d'idée avec peu qu'avtc affection ; ce mot peu exprime alors une très-faihle quantité, ou plutôt, par eu phémisme, une idée de manque, de défaut, d'absence totale.

Il est évident que le mot peu aie sens de manque dans les exemples suivants :

Le peu de regret que Louis XV montra à la mort de la marquise de Pompadour, fit juger qu'il se félicitait d'être délivré dune maîtresse impérieuse et insolente. (jMillot.)

Ils sautèrent à terre sans regarder M. le Prieur, ni mndemoistUe sa sœur, qui fut très-choquée du peu d'attention qu'on avait pour elle.

(VOLTAWE.)

Je fus révolté de C obstination d'Amélie, des mystères de ses paroles , et de son peu de confiance en mon amitiq. (Chateaubriand.)

Ces auteurs auraient certainement écrit au masculin singulier :

Elle fut tres-choquée du peu d'attention qu'on avait eu pour elle.

Je fus révolté du peu de confiance quelle avait eu en mon amitié.

C'est dans le même sens que Le Sage a dit :

// ne laissa pourtant pas, en lui donnant des

marques de «"n afftciiun, de lui reprocher le peu

de confiance qu'il avait eu en lui.

Voici quelques exemples analogues :

Mais d'où viennent ces difficultés, si ce n*est du peu d'application qu'on y a donné jusqu'ici?

(Bkauzée.)

Malgré ]e peu d'approbation qu'a eu la saignée de M. le comte, j'ai très- grande foi à La Méiîie.

Le peu de sûreté que j'ai vu pour ma v'ie, à re-

DES PARTICIPES (SYNTAXE). 551

tourner à N aptes, m' y a fait renoncer pour toujours.

(MoLLtRE.)

Le mot peu commande aussi l'accord, lorsqu'il réveille l'idée d'une très-petite quantité, d'une trop faible quantité :

Le peu de chevaux que nous avons eu pour le service de l'artillerie, nous a fait perdre la bataille. Tandis qu'on écrira au pluriel ;

Le peu de chevaux qu'on nous a donnés, étant exténués, n'ont pu nous servir.

Le peu de talents et de connaissances que Christine avait remarqué en lui, ne l'avait pas empêchée de lui confier le so'in de ses affaires,

(D'Alembert.)

Mais si le mot peu ne signifie, ni manque, ni une très petite quantité, une trop faible quantité, il n'attire plus l'attention, et ne commande plus l'accord :

Je ne crois pas que j'eusse besoin de cet exemple d'Euripide pour justifier le peu de liberté que j'ai prise. (Racine.)

Je ne parlerai pas du peu de capacité que j'ai acquise dans les armées. (Vertot.)

Nous avions eu cependant des Montaigne, des Charron, des de Thou, des l'IIospital; mais le peu de lumière qu'ils avaient apportée était éteinte.

QUINZIÈME observation.

Participes passés employés dans les temps composés des verbes réfléchis | où l'auxiliaire ÊTRE remplace l'auxiliaire AVOIH.

Elle s'est blessée, elle s'est donné la mort. Que de peines elle s'est données!

Les fêtes se sont succédé.

On dit : Je me suis, tu t'es blessé, elle s'est blés* sée, etc., pour : je m'ai blessé, tu t'as blessé, elle s'a blessée, etc.

Dans les temps composés des verbes réfléchis, raux.iliaire être remplace donc l'auxiliaire avoir; mais ce changement n'exerce aucune influence sur l'orthographe do participe passé , qui suit la deuxième règle , ou rentre dans les observations qui en dépendent.

11 s'agit seulement de remplacer le verbe être par le verbe avo'ir, dans la question à faire pour trouver le complément direct : elle s'est blessée, elle a blessé qui? se, soi. — Ils se sont succédé, ils ont succédé qui? ou quoi^ — Rien.

Voici une série d'exemples analogues aux diverses observations :

i . Ce domestique nous a fidèlement servis.

Ce livre nous a bien servi.

Ils se sont aidés dan$ leurs besoins.

Il se sont aidé à detcendre.

2. On les a crus cou' pables, parce quon les a vus embarrassés.

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