‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 25 sur 279 · DE L'HYPERBOLE · texte numérisé non relu

DE L'HYPERBOLE

Ihjperbole, mot formé du grec uTOpSaXXstv, surpasser beaucoup, signifie excès. Elle consiste à rendre une idée par des termes qui , pris à la lettre , seraient au delà ou en deçà de la vérité ; comme pour exprimer que quelqu'un court légèrement, on dit qu'il va plus vite que le vent; ou lo'sque, pour faire entendre que quelqu'un est très-petit, on dit qu'il est haut commelaboiie. Dans le premier cas, on exprime beaucoup plus qu'on neveutfaireentendre,et,dans le second, beaucoup moins; et on s'attend à ce que ceux qui nous écoutent rabattront de nos expressions ce qu'il faut en rabattre, ou qu'ils y ajouteront, au contraire, ce qu'il convient d'y ajouter, et qu'ils se formeront ainsi dans leur entendement une idée qui sera plus conforme à celle que nous voulons y exciter.

L'hyperbole est la figure favorite des Orientaux, des jeunes gens et de toutes les personnes qui ont

plus d'imagination que de jugement, plus de sensibilité que de raison, et qui, n'appréciant pas les objets avec justesse, avec précision, n'imaginent jamais qu'on puisse dire trop ou trop peu. Malherbe lui-même en a abusé d'une manière ridicule dans les vers suivants :

C'est alors que ses cris en tonnerres éclatent, Ses soupirs se font vents qui les chênes combattent, Et ses pleurs , qui tantôt descendaient mollement , Ressemblent au torrent, qui des hautes montagnes, Ravageant et noyant les voisines campagnes , Veut que tout l'univers ne soit qu'un élément.

Voici un autre exemple de cette exagération ridicule. « Au mois où nous sommes , je cherche

> tous les remèdes imaginables contre la violence

> de la chaleur. J'ai un éventail qui lasse les mains » de quatre valets, et qui fait un vent, en ma cham- » bre, qui ferait des naufrages en pleine mer.,.. Il » y a plus de parfums dans ma chambre qu'en » toute l'Arabie heureuse ; et l'on y verse quelque- » fois si grande quantité d'eau de jasmin , qu'il » faut que nous nous sauvions à la nage, » (Balzac, livre I, lettre 20.)

Toutes les hyperboles ne sont pas aussi ridictrles : il y en a qui sont consacrées par l'usage ; telle est celle-ci :

Il monté un cheval superbe ,

Qui , furieux aux combats ,

A peine fait courber Vherbe

SOus la trace de ses pas, ( Sarrasiiv.)

Si l'on ne parlait qu'en plaisantant, les exagérations seraient plus supportables ; car on passe volontiers ces exagérations, quelque outrées qu'elles soient, à un auteur que l'on voit s'en amuser lui-même, et ne les donner que pour ce qu'elles sont:

Celui-ci se croyant l'hyperbole permise : J'ai vu , dit-il , un chou plus grand qu'une maison ; Et moi , dit l'autre , un pot aussi grand qu'une église. . Le premier se moquant , l'autre reprit : Tout doux ! On le fit pour cuire vos choux.

( La FoiSTAiNE, livre ix, fable 1 .)

L'hyperbole est propre à peindre le désordre d'un esprit auquel une grande passion exagère tout; et c'est le seul cas où l'on doive se permettre cette figure. < Mais, comme dit La Bruyère, les esprits » vifs, pleins de feu, et qu'une vaste imagination

> emporte hors des règles et de la justesse, ne » peuvent s'assouvir d'hyperboles. » {Caractères ^ chap. 1", Des ouvrages d'esprit.

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