PHRASES DITES A DIFFICULTÉS
1° PA&TZCZPB SUIVI D'mr AOfECTir.
Le long usage des plaisirs les leur a rendus inutiles. (Massillon.)
Dieu, en créant les individus de chaque espèce d'animal et de végétal, a non-seulement donné la forme à la poussière de la terre, mais il ta rendue vivante et animée. (Buffon.)
Ou voit que l'adjectif qui suit n'empêche pas l'aocord du participe-verbe avec son régime précédent. La vieille école avait fait de cette circon-
stance une règle que quelques auteurs ont suivie ; ou pour mieux dire, elle avait fait une règle d'une faute échappée à quelques auteurs.
âo FAATICIFB PRÉCÉDÉ DE DEUX BÉOIMES.
Aurai-je le bonheur de vous recevoir dans inon palais, et de rotw payer des soins que vous m'avez donnés dans ma jeunesse? (Barthélémy.)
Tout autre aurait voulu condamner ma pensée, Et personne en ces lieux ne te l'eût annoncée.
(Racine.)
Des deux régimes qui précèdent le participe, l'un est direct, l'autre est indirect; ce n'est qu'avec le régime direct qu'ils accorde. Que, lesquels soins vous avez donnés à moi. Le me précédent n'est qu'un régime indirect. Le régime direct d'annoncée est /' pour laquelle pensée ; le personnatif{i) ie est pour à toi. C'est de cette manière qu'il faut analyser les phrases suivantes dont nous faisons un si fréquent usage.
Voici la montre que je me suis donnée ; les livres que ma sœur s'est procurés (2) ; les blessures qu'ils se sont faites ; les inquiétudes que nous a occasionnées cette affaire, etc. (3).
3° PA&TICIPE UTVA&IABXJB PBÉCÉDÉ DE QUE.
On croira que ces jours me durèrent huit siècles; tout au contraire, j'aurais voulu quilsles eussent duré. (J.-J. Rousseau.)
Durer huit siècles , c'est durer pendant huit siècles. J'aurais voulu qu'ils eussent duré pendant les huit siècles. Le participe duré reste invariable.
Que n'a-t-elle pas fait pendant le peu de jours qu'elle a régné! (Fléchier.)
Le içême mot pendant est sous-entendu , dans le second membre, devant le pronom que. Pendant lesquels jours elle a régné. Même analyse dans les exemples suivants :
Oui , c'est moi qui voudrais effacer de ma vie Les jours que j'ai vécu sans vous avoir servie.
(Corneille.)
Toutes les années, toutes les heures quelle a langui, gémi, pleuré, soupiré, lui ont paru des siècles. (Bescher.)
(1) Nous ne trouvons encore ce mot nulle part : il signifie dans cette circonstance : mot qui a rapport à la personne.
(2) Ou encore : que s'est procurés ma sœur. Le sujet, comme nous l'avons remarqué, n'influe jamais sur la variabilité; qu'il soit exprimé avant ou après le verbe, cela n'y fait rien.
(5) On aurait pu dire également : que cette affaire nous a occaiionnées. Que le sujet soit avant ou après, c'est ■ toujours que, pour lesqwlles inquiétudes, qui fait varier le participeverbe.
DES PAKTICIPES (SYJNTAXE).
L'Allemagne a couru les plus grands dangers pendant les années qu'a duré celle guerre.
(De Pradt.)
Je regrette beaucoup les années que fai vécu sans pouvoir m'instruire. (J.-J. Rousseau.)
Toutes les années que vou^ avez croupi dans une honteuse ignorance ont été perdues pour vous.
(Bescher.)
C'est à la même époque que la Clairon a débuté. (Voltaire.)
On dira bien : les maux qu'elle a soufferts, en mettant le participe variable, parce que la pensée est : elle a souffert que, pour lesquels maux. Le que précède , il faut faire accorder. Mais on ne fera pas varier le participe dans la phrase suisuivante : Nous avons plaint cette malheureuse , et elle a été l'objet de nos soins pendant les huit jours qu'elle a tant souffert. La pensée est : pendant que { lesquels jours ) elle a souffert ; le verbe est intransitif. On dira bien : les deux nuits </u'elle a passées ont été bonnes , parce qu'il s'agit ici de passer la nuit. On ne fera pas varier dans : les deux nuits qu'elle a dansé l'ont bien fatiguée; parce qu'ow ne danse pas une nuit , mais pendant une nuit, pendant deux nuits.
4° VABTICZFE niVA&IAB2.E PBÉCÉDé DV PRONOM EST.
Hélas ! j'étais aveugle en mes vœux aujourd'hui; S'en ai fait contre loi quand j'en ai fait pour lui.
(Corneille.)
Je ne hais point les grands , j'en ai vu quelquefois Qu'un désir curieux attirait dans nos bois.
(Voltaire.)
Des fleurs? Il en a cueilli. — Des fruits? Il en a mangé. — De bons auteurs ? Nous en avons lu. — Des robes ? Elles en ont acheté. — Des projets ? \ous en avez fait.
Le mot en^qui signi6e toujours de cela et rappelle l'idée de ce qui précède, n'est jamais régime direct. Toutes les phrases de cette construction sont elliptiques, le régime direct est sous-entendu. Des grands ? j'en ai vu plusieurs sous-entendu. Des vœux? j'en ai fait quelques-uns contre toi , j'en ai fait quelques-uns pour lui. Telle est la pensée.
6» FABTXCIPE VA&XABLB PB±CÉDB DB lEK , C09I- BIESr, etc.
Croyons-le donc comme lui, malgré les raillei'ies qn on en a faites (1). (Voltaire.)
Cassius , naturellement fier et impétueux, ne
(I) QtM, iesqnelies railleries oh a faites. En, de la chose dont il est questioa.
cherchait dans la perte de César que la vengeance des injures qu il en avait reçues (1).
(Vertot.)
Il remarqua beaucoup d'impies hypocrites qtii, faisant semblant d'aimer la religion, s'en étaient servis comme d'un beau prétexte (2).
(Fénelon.)
Combien en a-t-on vus , je disdespius huppés, A souffler dans leurs doigts,dans ma cour,occupés (3).
(Racine.)
Combien en a-t-on rus jusqu'aux pieds des autels Porter un cœur pétri de penchants criminels (4).
(Voltaire)
Nous voyons que l'on doit écrire, combien d^ arbres a-t-ii plantés? — Que d'arbres il aplanies! — Ah! qu'il en a plantés (5)! M. Dessiaux a raison d'écrire :
Quant aux soties gens, plusj'cn ai connus, moins j'en ai estimés (6).
C'est quand il y a une idée bien déterminée de pluriel qu'on met le participe au pluriel. Voyons maintenant le singulier.
6» PARTICIFB INVARIABLE PRiiCÉDÉ D'VNE IDÉE DB QUANTITÉ INDÉTEiaaiINÉB.
Il sait beaucoup de choses, il en a inventé quelques-unes. (Voltaire.)
Les animaux que l'homme a le plus admirés sotit ceux qui ont paru participer à sa nature. Il s'est émerveillé toutes les fois qu'il en a vu quel(|ues-uns contrefaire des actions humaines. (Buffon.)
Tous jurèrent alors d'obéir aux ordres du bâcha sans délai, et eurent autant d'impatience d'aller à l'assaut qu'ils en avaient eu peu le jour précédent. (Voltaire.)
J'en ai connu heav^ovp qui , polissant les mœurs , Des beaux-arts avec fruit ont fait un noble usage.
(Voltaire.)
Le TCiémaque a fait quelques imitateurs, les caractères de La Bruyère en ont produit davantage.
(Idem.)
(0 Que, lesquelles injures il (Cassius) avait reçue$. £n,du* quel César, de lui César.
(2) S'étaient servis. En, de laquelle religiou.
(3) Combien exprime une quantité absolue par lui-même, mais il est détermiué ici par en , de ces gens-là dont on a parlé. Combien en signifie donc combien de ces gens-là on a vus. Il faut le pluriel.
(4) Même analyse que dessus : combien de ces gens-là a-t-on rus.
(5) Que est ici adverbe de quantité , combien , quel nombre, quelle quantiié; mnis cette qiianiité est déterminée par en (des aibrci), et le participe varie, puisque la pensée est de dire qu'il a planté beaucoup d'arbres, et qu'il s'agit en effet d'arbres plantes.
(6) Plus je connaissais de sols, moins je les estimais.
Le glaive a tué bien des hommes , La langue en a tué bien plus.
(François de Neufchateau.)
Ces exemples nous font voir que en ne peut pas être régime direct; car, s'il s'agissait des objets, il faudrait employer le pronom les qui répond à la question qtioi, la seule qu'il faille faire pour avoir ce régime. A-i-il invertie ces c/ioses? Non ; il a inventé quelques-unes de ces choses-là. Telle est la pensée. Faites la même question pour les autres exemples, vous aurez pour réponse : quelques-uns, peu, beaucoup, davantage, bien plus; le pronom en qui précède, détermine donc seulement de quoi se compose chaque quantité. J'en ai vu ne peut jamais signifier, je les ni vus : ne voir qu'une partie, en, desquels objets, et voir les, lesquels objets, sont deux choses essentiellement différentes et faciles à saisir. Des cerises sont là dans une assiette; si vous dites : il les a mangées, c'est qu'il n'en reste plus. Si vous dites : il en a mangé, c'est qu'il en reste encore; alors je sous-eniends une quantité; cela ne peut signifier autre chose. Donnez-moi le pain, et donnez-moi du pain, ne sont point synonymes; nos enfants même ne s'y trompent pas. Le pronom en ne peut jamais être qu'un déterminalif, ou un complément éloigné, et jamais un complément direct. Bescher, et à son instar Bescherelle, en font un régime direct : c'est, à mon sens, une hérésie grammaticale. Quant à moi, je proteste ouvertement contre cette doctrine que MM. Bescherelle et Litais de Gaux professent dans leur Grammaire, à l'article participes; et je déclare que quand je leur ai^donné cet article, j'avais tracé mon plan d'une manière large, et sur le principe fondamental généralement reconnu des deux seules manières de modifier le sujet, l'état ou l'action. Alors il y avait là tout un système; tout roulait sur ce point. Ce n'est pas que je ne reconnaisse en ces messieurs beaucoup de logique, et qu'ils n'appartiennent à lanouvelle école; mais pourquoi donc, après avoir parlé en analystes dans plusieurs endroits de leur GrammairJ, viennent-ils dans larticle participes retomber dans ces minuties de la vieille école ?
« Toutes les'fois qu'un participe passé (disentils, page 509), accompagné du pronom en, est suivi d'un adverbe de quantité, il est invariable : il varie au contraire si cet adverbe le précède, comme dans les exemples de la deuxième colonne. >
Voilà une règle qu'ils nous donnent sous le no 20, et ce n'est pas la dernière. Est-elle exacte? Non; elle est fausse , car, s'il ne s'agit que d'un seul objet, le participe doit rester invariable. Alors ils font une règle sous le n" 45, avec des exemples au singulier, et donnent la règle pour lesingiilier. N'est-ce pas là multiplier inutilement les règles? Poursuivons.
Mais d'où, viennent ces difficultés, si ce n'est du peu d'application qu'on y a donne? (1)
(BfiAUZÉE.)
Malgré le peu d'approbation qu'a eu la saifjnée de M. Le comte, j'ai très-grande foi à La Mâtrie (2). (Voltaire.)
Le peu d'instruction qu'il a eu le fait tomber dans mille erreurs (5). (Marmontel.)
C'est ce qui me paraît difficile à décider, à cause du peu de renseignements que nous ont laissé les anciens (4). (Buffon.)
Les Américains sont des peuples nouveaux; il me semble qu'on n'en peut pas douter au peu de progrès que les plus civilisés d'entre eux avaient fait dans les arts (5). (Buffon.)
Quelques auteurs, mais en bien petit nombre, ont fait varier le participe après un déterminatif singulier.
Je ne parlerai pas du peu de capacité que j'ai acquise dans les armées. (Vertot.)
Je ne crois pas que j'eusse besoin de cet exemple d'Euripide pour justifier le peu de liberté que j'ai • prise. (Racine.)
Ces exemples sont très-rares. Est-ce une inadvertance de l'auteur, est-ce une faute typographique ? Le bon usage généralement suivi est de mettre le singulier mascuhn, parce qu'en effet il ne s'agit point de la chose, mais d'une partie de la chose exprimée par le peu. C'est ce peu là que j'ai acquis; c'est ce peu de liberté que j ai pris, et non la liberté; autrement, si c'est la liberté tout entière, le peu n'a plus rien à faire ici, il faut dire je l'ai prise.
(1 ) Que se rapporte auquel pexi d'application qui a été donné. Ce n'est pas laquelle application, mais ce peu-là. Telle est la pensée.
(2) M^me analyse que dessus. Que, lequel peu donné , et non l'approbation entière.
(3) Même analyse. Que, lequel peu, et non l'instruction pleine.
(4) Quoique le peu soit déterminé par renseignements au pluriel, et qu'on rut pu mettre le joarfiripe an pluriel, il n'en est pas moins an singulier, et fiourquoi? C'est que ce peu là était l'idée prédontinautc de l'auteur.
(5) L'itiée prédominante étant le peu , le que s'y rapporte. C'est à l'écrivain à exprimer sa pensée. Ainsi, dans ces .«ortes de constructions, ou peut donc, avec un déterminatif pluriel, faire rapporter le pronom que à plus, à peu , à moins, selon qu'on veut maître en avant, non pas l'adverbe , car ce n'en est point un , mais bien le substantif le peti , le plus, le moins, et que c'est ce substantif dont on fait l'idée principale. Que pensez-vous? Il vous est facultJitif de voir dans »e« d'objets, des objets en petit nombre , et d'ajouter sont bons , suffisent comme il vous est facullntif de ne porter votre attention que, sur ce peu d'obiets , et d'ajouter est bon, suffit ou suffira. Encore une fois la langue est la peinture de la pensée; elle doit se prêter à en exprimer toutes les nuances. C'est le mérite reconnu de la nôtre. Ce ne soat f^'iui les Latins qui ont fait nolr« langue; Q'est nom,
DES PARTICIPES (SYNTAXE)
7» PARTICIPE SUIVI D'Ulf IMFIHITir.
(Cas de variabilité.)
Pour être sûr de la vérité de ces deux choses, il faut les avoir vues s'accomplir (i).
(J.-J. Rousseau.)
Quant à son mors, il doit être d'or à vingt-trois carats, car il en a frotté les bosselles contre une ■pierre que jfai reconnue être une pierre de touche (2). (Voltaire.)
A peine Vavons-nous entendue parler (3). (Bescher.)
Je les ai envoyés cueillir des fruits. — Je les ai envoyés chercher de l'eau. —Je les ai priés de m'acheier des livres. — // nous a ennuyés en nous lisant ses vers, et en les déclamant.
L'analyse de ces phrases à double verbe nous fait voir qu'elles sont elliptiques, et que c'est au régime du premier verbe que se rapporte la seconde action. En effet, c'est je, moi, qui envoie les ( pour lesquels gens) ; mais ce sont ces mêmes gens qui cueiUeront les fruits, et non pas moi. J'envoie les gens, première proposition grammaticale. Les gens cueillir des fruits, seconde proposition grammaticale. Je les ai envoyés pour qu'i/« cueillissent des fruits.
Maintenant, si nous passons à la dernière phrase, composée de trois verbes, nous verrons que les deux suivants viennent.se rattacher au sujet du premier. // (le poète) a ennuyé nous ; il lisait ses vers à nous ; il déclamait ses vers à nous. La pensée est donc : il nous lisait ses vers , U nous déclamait ses vers, et cependant il nous a ennuyés, et en même temps il nous ennuyait; car tel est le propre du modati/" d'action, d'exprimer une relation à une autre action, et qui se rapporte alors directement au premier sujet quand on se sert de la préposition en. MM. Bescherelle appellent cela un gérondif, mot barbare en Grammaire française. Une préposition devant un mot peut en modifier le rapport à tel ou tel autre mot; mais elle n'en détruit pas la nature. Que l'on dise : il habite Paris, il demeure à Paris, il se promène dans Paris, ou l'armée marche sur Paris, il n'y a toujours dans le mot Paris qu'un substantif, et rien autre. Ceci s'applique aussi bien à l'infinitif proprement dit qu'au substantif et au modatif : Il vient de, ou il est prêt à partir. C'est toujours l'infinitif partir. Le rôle qu'un mot joue dans la pensée ou dans le discours ne l'empêche pas d'être ce qu'il est, et n'en détruit pas la nature.
{\) Avoir vu lesquelles choses s'accomplir, qui s' accomplissaient.
(2) J'ai reconna que, laquelle pierre, elle était pierre de touche.
(5) Il s'agit d'entendre la {damé) parler. On Ta entendue, file pariait.
s* PARTICIPE 8TTIV1 D'OTT IWWHITiy
(Cas d'inTariabilité.)
Pour être sûr de la vérité, il faut l'avoir entendu annoncer d'une manière claire et positive (1). (J.-J. Rousseau.)
Asservie à des lois que j'ai du respecter. C'est déjà trop pour moi que de vous écouter (2).
(Racine.)
// n'est pas croyable qu Homère et Virgile se soient soumis par hasard à cette règle bizarre que le père Le Bossu a prétendu établir (5).
(Volt AI rb.)
L'alliance que Judas avait envoyé demander fut accordée (4). (Bossuet.)
Ils ne nous ont pas vu l'un et l'autre élever, Moi , pour vous obéir, et vous pour me braver (5).
(Racine.)
Ce n'est point en disant que le pariicipe est construit avec en ou par ou tout autre mot, qu'on aura un principe. Cette manière d'opérer est mesquine. Et quand bien même toutes ces petites règles de position auraient quelque fondement de vérité, elles ne nous diraient pas le pourquoi, et c'est ce que tout esprit droit cherche à savoir. Ce n'est pas non plus en considérant si l'infinitif qui suit est neutre, comme quelques éplucheurs de mots le disent. Cette prétendue neutralité , fille illégitime du préjugé et de la routine, n'a rien du tout à faire ici. C'est en se rendant compte de ce qu'on veut dire qu'on sentira le principe, et qu'on se conformera sans peine à la règle. Si je vois ces mots écrits : elles se sont proposées pour être du voyage; la variabilité du participe m'indique clairement qu'elles ont proposé se , koi , elles-uiêmes. Mais s'il y avait : elles se sont proposé d'être du voyage , le participe étant invariable, et la préposition de remplaçant ici la préposition pour, m'annoncent une pensée différente. Je vois qu'e//e* ont proposé à se, à soi, à elles, d'être du voyage. L'objet de leur proposition est d'être du voyage; voilà ce qu'elles se sont proposé.
({) Phrase tout à la fois inverse et elliptique :II tint aToir entendu annoncer la (Tcrité) d'une manière claire et positive. (Sous entendu par ceux qui l'anuonçaient.)
(2) J ai dû respecter que, lesquelles Uns. Ici l'infinitif a pour »ujet le je qui précède.
(3) Le père Le Bossu a prétendu établir que, laquelle règle bizarre. Le second rerlw , établir, a pour sujet le père Le Bossu.
(4) Judas avait envoyé demander que, laquelle alliance. Par quelqu'un sous-entendu. Ici le second verbe a un sujet étranger au premier.
(5) Ils n'ont pas vu élever nous. Sous-entendu par ceux qui nous ont èlerès. Le sujet du second verbe est lons-eotendu , et ce second verbe ne peut évidemment pas se rapporter à ils , premier sujet Quiconque voit élever des enfants ne les ilèv$ pas. Considérons donc la pensée; voyons ce qu'elle est; c'est toujours là le point essentiel.
GRAMMAIRE FRANÇAISE
Ainsi nous pouvons donc dire, en faisant varier le participe : je les ai vus courir. — Je les ai entendus rire.— Je les ai vus venir. — Je les ai vus nager. Je les ai entendus marcher, etc. ; et nous nous servirons toujours du pronom les, ou du pronom que, lorsque le second verbe est intransitif. Mais lorsque le second verbe est transitif, on peut dire : je les ai entendus chanter cette chanson ; ou : je leur ai entendu chanter cette chanson. Dans le premier cas , c'est entendre eux qui chantent la chanson ; dans le second , c'est entendre chanter cette chan- S071 par eux.
9« DES FARTICIFES FAIT ET ZiAISSÉ SITIVXS D'UN INFIHITIF.
Us étaient punis pour les maux qu'ils avaient laissé faire (1 ) . ( Fénelon. )
Et je vous ai laissés tout du long quereller Pour voir où tout cela pourrait enfin aller (2).
(Molière.)
Quand on laisse là les gens, il y a idée d'abandon , et le participe est variable à cause de les. On pourrait dire aussi : je leur ai laissé faire quelque chose. Laisser à quelqu'un faire la chose, ou laisser quelqu'un faire la chose, présente une nuance de pensée. Le participe fait reste invariable. Ceci est une question qui mérite d'être examinée. Le participe laissé peut être variable ou invariable, selon l'idée qu'on veut rendre, ainsi que nous l'avons vu dans les deux exemples ci-dessus, qui nous donnent la clé des deux sens qui en résultent. Dans ; il les a laissés battre, nous voyons que le sujet à laissé eux battant, ou qui se battaient. Dans : il les a laissé battre, le participe invariable annonce évidemment que le sujet il a laissé battre eux par quelqu'un, sous-entendu, qui les battait.
On trouve dans l'Académie : elle s'est laissée mourir. Les auteurs n'en fournissent pas quatre exemples ; mais les Grammairiens en ont fabriqué. C'est une figure, disent-ils. Mais une figure n'est admissible que quand elle peut se justifier au propre. Peut-on se laisser ? le régime de laisser est évidemment complexe. On ne se laisse pas là pour aller mourir ailleurs; on laisse soi mourir : ces deux mois sont régimes de laisser, aucun d'eux ne peut l'être isolément. Ce verbe, comme le verbe dire, et comme tous les verbes auxquels nous donnons une phrase, un discours même pour complément, réclame impérieusement tous les mots qui entrent dans ce complément surnommé à cet effet complexe. On n'en peut rien retrancher sans altérer la pensée. Il a laissé, quoi? — Mourir.
« ) Ils avaient laissé faire lesquels maux par d'autres qai les faisaient.
(2) 3 'ai laissé tous quereller. Quereller a pour sujet vous tous-euteodu.
Eh bien, dites donc quel est celui qui mourait? c'est lui. Alors on voit un homme qui laisse soi mourir, et non pas un homme qui se laisse là pour aller plus loin. Cette idée de laisser annonce évidemment que l'objet laissé est dans un autre endroit que celui où il devrait être. On peut laisser tout objet qui ri est pas soi ; mais peut-on laisser soi? Où serait-on quand on se laisse? Il est impossible de croire à pareilles choses. Nous trouvons encore dans l'Académie : Cette jeune fille s'est laissée aller. — Je l'ai laissée reposer. — Je les ai laissés aller. — Ces enfants se sont laissés tomber, etc.
Quant au participe fait, il n'est variable que quand le verbe est employé seul, et que le régime précède, comme nous l'avons vu dans l'exemple de J.-B. Rousseau : il les a faits durs et secs {les vers). Par la même raison, si, au lieu de vers, c'étaient des chansons, il faudrait nécessairement dire : il les a faites. Personne ne conteste cela. Mais quand le verbe faire est précédé d'un régime, et suivi d'un infinitif, jamais le participe fait ne varie, et tout le monde encore se soumet à cette règle. Voyons pourquoi :
Les bontés que vous m'avez fait sentir, me donnent le droit de me servir cCun nom si tendre {i )
(Fénelon.)
Le hasard les ayant fait naître dans le même mois, tous deux moururent presque au même âge (2). (Hénault.)
Elle s'est fait aimer, elle m'a fait haïr (3).
(Corneille.)
Dans ce même temps, d'autres généraux de Jui" tinien, sortant d'Arménie, s'étaient fait battre sur les frontières de Perse (4). (De Ségur.)
Grammaticalement parlant , c'est toujours l'infinitif qui suit le verbe faire qui en est le régime. Selon la logique, c'est la seconde proposition tout entière qui est l'objet direct de la première. Cela semble si palpable, que le sujet du second verbe est toujours étranger aU sujet du premier. Et en effet, celui qui se fait haïr est bien celui qui fait, et n'est point celui qui hait soi. Bien plus, et ceci prouve notre assertion, c'est que le verbe faire peut être suivi du verbe faire. Celui qui dit : je vais me faire faire une redingote, entend-il dire
(i) Vous avez fait quoi? me (ou moi) sentir que lesquelles bontés. Moi sentir ces bontés-là est le complément prochain de faire. Vous avez fait que je les sentisse. Voilà la pensée; elle ne peut être autre que cela.
(2) Même construction , même sens , même analyse. Eux naître dans le même mois, Toilà ce que le hasard a fait.
(3) Elle a fait aimer elle, par quelqu'un sous-entendu. Elle a fait haïr moi , par quelqu'un sous-entendu Elle a fait qu'on l'aimât, qu'on me haîl; voilà ce qu'elle a fait. L'objet de faire est toujours complexe.
(4) Us avaient fait battre eux, par d'autres sons-entendu, lli avaient fait que d'autres les battiiéfnt.
DES PARTICIPES (SYNTAXE)
que cest lui qui la fera ? Quand on fait faire, c'est positivement parce qu'on ne fait pas soirtiême. Ceci nous démontre évidemment combien est fausse la doctrine de ceux qui avancent en principe que, dans ces constructions, les deux verbes se confondent en un seul et même verbe qui devient transitif, et que faire mourir est un verbe actif. Mais si faire et mourir ne sont à vos yeux qu'un seul verbe, c'est donc le sujet qui fait et qui meurt en même temps? Quand le ménétrier fait danser les jeunes villageoises, que fail-il pour cela? Je crois tout bonnement qu'il joue du violon, voilà ce qu'if fait, et que ce sont les villageoises qui dansent. Je suis de cette bonhomie-là, et n'ai pas l'esprit assez délié en Grammaire pour souder deux verbes ensemble, et planter, comme le dit M. Bescherelle, une tête sur deux corps (4).
I Oo D£S PABTZCIFES COÛTÉ, VAIiU, PESÉ.
Après tous les ennuis que ce jour m'a coûtés , Âi-je pu rassurer mes esprits agités ?
(Racine.)
Vous navez pas oublié les soins que vous m'avez coûtés depuis votre enfance. (Fénelon.)
Voilà la charmante réception que mon habit m'a value. (Jacquemard.)
Cinquante familles seraient riches des sommes que cette maison a coûtées. (De Théis.)
Vous dites que cepaquet pèse trente kilogrammes? Il ne les a jamais pesés.
(Tous LES Grammairiens.)
Voilà trois participes qui ont été trois pommes de discorde dans l'école, et cela par suite des troubles qu'a occasionnés la fatale lettre N dont plusieurs de nos verbes sont martelés. Ce fut en 1809 que, ne voulant pas heurter de front l'opinion publique, je voulus, contre mon sentiment intime , justifier qu'une montre qui a coûté trois cents francs a coûté moyennant trois cents francs ; et je faisais alors comme Galilée, lorsqu'il disait en public que la terre ne tourne pas : et cependant cela tourne , se disait-il. Dans la troisième édition de laC le f des participes j'osai me rétracter, et je ne manquai pas, dans le Traité d'analyse logique et grammaticale, de faire tonjber sur ce maudit N toute mon indignation , en faisant sentir combien est ridicule la dénomination de neutre dans nos verbes. Je parlai de conviction à plusieurs de mes
(I) Je regrette de voir un de nos confrères , fort recommindable d'ailleurs, souteuir un tel système , et dire, pour le faire prévatoir, que le verbe actif communique sa vertu transitive au verbe neutre avec lequel il se trouve lié. Mous lui appliquerons ce vers de François de Meufchàteau :
Cest un vivant qu'on lie au cadavre d'un mort.
confrères, et je me souviens très-bien qu'en séance grammaticale. M, Lévi, qui avait partagé mon opinion, la dét«eiidit avec chaleur et avec talent. D'autres Grammairiens ont fait comme lui et moi , et je pense , non pas par une sotte gloriole, mais bien par intime conviction , que nous sommes dans la bonne voie.
I 1 0 VAaTICIFE PRÉCÉDÉ DB FLUSIETTRS MOTS DONT UN SEUL EST RÉGiniE.
Non-seulement toutes ses richesses et ses honneurs, mais toute sa vertu s'est évanouie (1).
(Vaugelas.)
C'est moins son intérêt que votre félicité qui\ a eu en vue (2). (Bescher.)
Dans ces sortes de constructions il y a deux objets comparés, dont l'un l'emporte sur raulr"e; c'est à l'écrivain à savoir ce qu'il veut dire. Sur deux verbes dont doivent se composer ces phrases optatives, un seul est exprimé, et c'est toujours celui qui se rapporte à l'objet auquel on donne la suprématie en plus ou en moins. Bien de plus aisé que cle remplir l'ellipse. Quand nous disons Pierre est plus grand que Jean , cela signifie que Jean est grand, sous-entendu; car pour qu'il soit plus grand, il faut nécessairement supposer à Jean sa grandeur moindre que celle de Pierre. Ce qui a lieu pour le sujet a également lieu pour le régime. Celui qui aime mieux la soupe au lait que la soupe à l'uignon, aime mieux l'une que ( il n'aime ) l'autre. Je trouve la phrase suivante, du même auteur, mieux composée que la précédente :
C'est sa gloire, plutôt que le bonheur de lanationj qu'il a ambitionnée. (Bescher.)
Otons l'incidente, nous aurons : c'est sa gloire qu'il a ambitionnée. Que signifie l'incidente? P/»<ôf que (il n'a ambii'onné) le bonheur de la nation. Cette phrase est construite dans les règles.
1 2o FABTICIPE DES VERBES DITS IMPERSOirNELS.
Lorsque le gouoememcnt fut devenu monarchi' que, on laissa cet abus , à cause des inconvénients qu'il y aurait eu à le changer. (Vertot.)
i\) Après honneurs : il faut sons entendre, se sont évanouis Car la pensée est que non-seulement ces choses, mais encore que 50 vertu s'est évanouie.
(2) Il a eu deux choses en vue, son intérêt et votre félicité: mais il a eu son intérêt moins en vue que rotre félicité. Eu d'autres termes, ce n'est pas son intérêt qu'il a eu en vue, c'est plutôt votre félicité. Vnilà, il faut l'avouer, une phrase de fabrique. Il me semble qu'elle serait mieux sentie si elle était construite ainsi : c'est moins son intérêt qu'il a eu en vue que votre félicité.
Rappelez-vous, Athéniens, toutes les humiliations qu'il vum en a coûté. (Voltaire.)
C'est en Egypte que ton conçut une des idées les vlus utiles à la morale qu il y ait jamais eu.
(Thomas.)
La disette qu'il y a eu cet hiver a causé bien des maladies. (Lemare.)
Les chaleurs excessives qu'il a fait.
(Condillac.)
Tout le monde se conforme à cet usage, de ne jamais faire varier le participe, malgi é le que précédent, lorsque le verbe a pour sujet le substantii représentatif il, pris dans un sens indéterminé, comme quand nous disons: il pleut ; il tonne; il fait beau; il y a du monde; ily a certaines gens, etc. MM. Bescherelle disent que ces participés devraient varier,et que c'est un aveugle usage qui les fait excepter de la règle générale. Cela est possible ; dans tous les cas, conformons-nous-y.
J'a^jitais cette question un jour avec M. Andrieux. Il convenait avec moi que les poètes trouvaient une gcande ressource dans la variabilité du pariicipe, soit pour la time , soit pour donner un pied de plus à un vers. Et comptez- vous pour rien non plus celte douMe idée que nous pouvons exprimer en prose, dans : je les ai entendues chanter (ces dames), et je les ai entendu chanter (ces chansons)? Dans ces sortes de constructions, on a principalement en vue de reporter l'attention sur le régime, quand il précède, pour le distinguer du sujet. Mais dans les \erbes dits impersonnels, c'est toujours le sujet indéfini il, elle régime direct que; cela ne diange jamais; on n'a pas senti la nécessité de l'accord, et on s'est habitué à ne pas faire accorder.
On voit par ce qui précède que la variabilité du participe-verbe n'a lieu que lorsque son régime di rect le précède. Ce n'est donc pas le participe par lui-même qui occasionne quelque embarras, puisqu'il ne s'agit que d'interroger le verbe par la question quoi. C'est la règle des bancs; tous les écoliers la savent; mais tous ne savent pas analyser une phrase, ni ramener certaines inversions à la construction simple, ni remplir une ellipse ; tout cela demande du raisonnement et quelque habitude. J'ai remarqué que c'est presque toujours là que s'enferrent les personnes qui ne se donnent pas la peine de chercher le vrai sens de la pensée dans les constructions où le participe-verbe figure. Voilà cependant ce à quoi il faut avant tout s'attacher.
PU PARTICIPE-ADJECTXf.
J'appelle participe-adjectif celui que nous employons pour exprimer l'état du sujet. Ce que
GRAMMAIRE FRANÇAISE
nous appelons adjectif chez nous est un modatii inerte, qui n'exprime jamais le mouvement physique ou moral du sujet, mais sa qualité. Quelques Grammairiens disent adjectif qualificatif; cette surabondance n'est que pour faire voir que ce n'est pas un modaiif actif. Tout participe employé dans ce sens n'exprime point l'action; il est dons: adjectif, et prend l'accord de genre et de nombre avec le substantif qu'il modifie. Il n'est pas plus p<Msi/" que l'adjectif proprement dit, à moins qu'on ne prenne pour passivité l'état du sujet quand on dit d'une femme quelle est jolie, quelle est aimable; alors, elle est bien faite serait un état passif, ce qui n'est pas soutenable. 11 n'y a pas d'état qui ne soit en général le résultat d'une action, si l'on veut voir les choses de ce côté, comme dans l'ancienne école où l'on disait : il n'y a qu'action et passion. Aujourd'hui ce n'est plus cela. L'état [du latin status), est la manière d'être du sujet; il est là tranquille sous nos yeux avec ses qualités bonnes ou mauvaises, abstraction faite de tout ce qui a pu avoir lieu anlécédemment pour qu'il soit ce qu'il est. Telles sont ces locutions dont nous nous servons tous les jours : voilà un arbre vert; eii voilà un mort, sans que nous allions chercher au-ddà du moment présent ce qui a pu contribuer à rendre l'un si vigoureux, et à faire mourir l'autre. Cela n'exclut pas l'idée que nous pourrions nous occuper plus tard de cette autre question ; mais encore est-il vrai qu'elle ne nous occupe pas d'abord, et que la phrase n'en dit rien. Eh bien, n'est-ce pas la même chose quand nous disons : du drap teint en vert ; deux personnes arrivées ; des dames bien habillées? Les participes teint, arrivées, habillées expriment-ils des actions souffertes par le sujet au moment où l'on parle ? Teint-on les draps ? Arrive-t-on lespersonnes ? Habille-t-on les damesl Rien de cela ne peut se supposer. Les draps sont teints, les personnes sont arrivées; les dames sont habillées-, cela neveui pas dire autre chose. Mais, disent les partisans de la passivité, il a bien fallu qu'on teignît les draps pour qu'ils fussent teints. A quoi nous répondrons qu'il a bien fallu que les personnes arrivassent, pour être arrivées; que les dames s'habillassent, ou qu'on les habillât, pour être habillées ; mais ces sortes d'expressions ont-elles pour but d'exprimer qu'on teint les draps, ou qu'ils sont teints ; que les personnes arrivent, ou qu'elles sont arrivées ; que les dames s'habillent, ou qu'elles sont habillées? Telle est la question qu'il faut se faire. Non, ce n'est point l'action passée, mais l'état présent qu'on exprime là. Quand on dit -.Sophie est charmante; on exprime ce qu'elle est, sa qualité, son éiat habituel. Personne ne nie que la nature, l'éducation et d'heureuses dispositions n'aient concouru à la rendre telle ; mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit; il s'agit de ce (ju'elle est, absliaciion l'aile de ce
qui l'a rendae telle. Sophie est charmanle ne peut signifier autre chose que Sophie est charmante. 11 en est de même des mots ; elle est venue; elle est arrivée; elle est bien ffiite; elle est habillée, qui ne peuvent avoir d'autre signitication que ce qu'ils disent par eux-mêmes. Voir dans une phrase autre chose que ce qu'elle renferme, ce n'est pas l'analyser, c'est la dénaturer.
En général le^jarticipe-adjecûfse construit avec le verbe être, comme tous les adjectifs, et forme ce que nous appelons les verbes (Vétat, improprement appelés verbes passifs dans l'ancienne école. Ainsi : elle est habillée, elle est sortie, elle est indisposée, etc., sont sur la même ligne que : elle est aimable, elle est charmante, elle est jolie, etc. Ce sont autant de propositions toutes formées; ce sont ce que les doctes nomment des verbes concrets.
PARTiaPE-ADJECTlF.
Les mortels, plus instruits (4 ), en sont moins inhumains ; Le fer est émoussé, les bûchers sont éteints.
(Voltaire.)
Dans l'atelier bruyant où règne l'industrie, Du luxe des cités l'indigence est nourrie.
(MlCHAÙD.)
Si la vertu et la vérité étaient bannies de la terre, elles devraient toujours se trouver dans la bouche des rois. (Cité par Boiste.)
(0 Qui sont p'us instruits, ou étant plus instruits. II en e«t du participe comme de tout adjectif. On l'emploie avec le verbe être quand la proposition est elliptique.
Je tiens Sylla perdu si vous laissez unie A ce puissant renfort votre Lusitanie (<).
(CORi\EILLB.|
Jusqu'au terme des temps devenus leur conquête, Voleront, respectés, les accords du prophète (2).
(Soumet.)
Tenez toujours divisés les méchante; La sûreté du reste de la terre Dépend de là (3).
(La Fontainb.)
Tout adjectif s'emploie ainsi, avec le verbe être exprimé ou sous - entendu. Nous disons d'une plante qu'elle semble belle, rare, curieuse ; nous disons de même avec le participe-adjectif, qu'elle semble bien cultivée, ou mal cultivée, trop ou pas assez arrosée, fanée ou desséchée; d'une dame, qu'elle paraît bien habillée, bien chaussée, bien coiffée, comme nous dirions avec tout autre adjectif, qu'elle nous paraît joUe, grande, heureuse, bonne, aimable»
(M. Victor-Augustin Vanier.)
(f) Ici le verbe être ne figure pas. Je le tiens perdu, comme étant perdu. Si vous laissez voire Lusitanie unie à ce puissant renfort. Etant unie ; unie comme elle l'est.
(2) Les accords du prophète , respectés qu'ils sont, voleront jusqu'au terme des temps (qui seront) devenus leur conquête.
(3) Tenez les méchants étant divisés. La pensée est qu'ils soient divisés, que U sûreté du reste de la terre dépend de là. L'état étant une manière d'être, suppose toujours le verbe être. Quand on dit : cette maison me paruit, ou me semble bien bdtie, c'est comme si l'on dirait me semble être, me parait être bien bâtie. Avec devenir, rien n'est sous-entendu, c'est toujours l'adjectif qui figure là. Une femme devient enrhumée, devient dùstraite, ou réfléchie, posée ou évaporée, grandf ou contrefaite.
SYNTAXE DES PREPOSITIONS
Usage de l'Article avec les Prépositions.
Les prépositions, comme nous l'avons dit avec Lévizac, ont nécessairement à leur suite, et «us leur régime, d'autres mots qui en sont le comf»lément, et qui développent le sens en entier. Quel-
ques-unes de ces prépositions veulent que leur complément soit précédé de l'article ; d'autres ne le veulent pas à leur suite : il y en a enfin qui tantôt le veulent, et tantôt ne le veulent pas après elles. Cette admission et celte exclusion dépendent de la détermination ou de l'indéterminaiion de$ mots auxquels elles sont jointes.
Leur usage es!, d'autant plus fréquent dans une langue, qu'elle a moins d'autres ressources. Les Latins ont dû les employer beaucoup plus rare- * ment que nous : elles étaient souvent inutiles dans une langue où, la difféience des terminaisons distinguant les cas, le rapport des idées entre elles était, dans beaucoup de circonsiances , indiqué d'une marière plus courte, plus commode et plus satisfaisante.
De là il résulte nécessairement que l'étude des prépositions est plus compliquée et en même temps plus importante dans notre langue et dans toutes celh's (ju'on parle en Europe, que lians les langues uiortts qui orii des terminaisons dont les langues rno i.^ rnes sont privées. C'est par l'emploi des prépusuions que nous suppléons aux cas qui nous uian(]ueni en français; par exemple, la préposition de répond souvent au génitif et à l'ablatif des Latins. Le livre de Pierre. — Je viens de Rome. La voilà donc chargée de deux nouvelles fonctions (,ue n'a\ait pas chez les Latins la préposition de, qu'elle représente.
(Demandre, Dictionnaire de l'é locution.)
1" Règle. Les prépositions avant, après, chez, dans, depuis, devant, derrière, durant, envers, exct'pié, hors, hormis, rionobstant, parmi, pendant, selon, sous, suivant, touchant, vers, veulent l'article avant leur complément.
Mais Borée apporta dans les ombres paisibles Ces atomes perçants, ces frimas invisibles, Que lui-même entassa sous le pôle étoile.
(Saint-Lambert.)
Dans l'homme, le plaisir et la douleur phrjsiques ne sont que la moindre partie de ses peines et de ses plaisirs. (Buffon.)
Tantôt dans le silence, et tantôt à grand bruit, A la clarté des cieux, dans l'ombre de la nuit, Chez l'ennemi surpris portant partout la guerre , Du sang des assiégeants son bras couvrait la terre.
Remarque. Sous le régime de ces prépositions l'article n'abandonne que les noms qui, étant déterminés par eux-mêmes, n'ont pas besoin que cette détermination soit annoncée par l'article ; chez vous; dans Paris; sous Henri IV.
ir Règle. Un nom sous le régime de la préposition en est très-rarement précédé de l'article*
On dit être en place; pêcher en eau trouble; cette affaire a été discutée en plein parlement; celte femme est en puissance de mari ; il est en passe de réussir ; il agit en roi qui veut le bien. Nous avons dit très-rarement, parce que en sdlilfre l'article avant le nom au singulier qui commence par une voyelle ou un h muet. On dit Iros-bien: je l'ai fait en l'absence d'un teU ^u s'en sert aussi
dans quelques phrases consacrées par un long usage, comme : en la présence de Dieu; ce procès a été jugé en la grand^ chambre; président en la chambre des comptes, etc. Mais \ Académie observe que cette préposition n'est jamais suivie immédiatement de l'article pluriel les.
lir Règle. Les prépositions à, de, avec, contre, entre, malgré, outre, par, pour, sans, sur, tantôt veulent et tantôt ne veillent pas l'article avant le nom qui leur sert de complément.
Jouer sur le velours. Être sur pied.
S. Paul veut de la su- Un peu de façons ne
bordination enirclàitm- gâte rien entre mari et
me et le mari. femme.
Sans les passions, oh Vivre sans passions,
serait le mérite? c'est vivre sans plaisirs et sans peines.
Ce paquet est venu par 11 ne va que par sa u is
le messager. et par bonds.
Répétition des Prépositions.
r* Règle. On doit répéter la préposition de avant tous les noms en régime, toutes les fois qu'il y eu a plusieurs.
Voyons qui l'emportera de vous ou de moi. Elle a de la beauté, de l'esprit, des grâces et de l'honnêteté.
Eh ! que vois-je partout ? la terre n'est couverte Que de palais détruits , de trônes renversés , Que de lauriers flétris , que de sceptres brisés.
(Racine fils.)
Remarque. Les prépositions à et en, ainsi que la plupart (les prépositions monosyllabiques, sontelies, comme l'assurent quelques Gramuiairit.ns , assujélies à la même règle? Nous pensions qu'il est mieux, en général, de les répeter, a moins que la synonymie des noms ne &oit très-mai quee. Ainsi la répétition de à est nécessaire dans cet exemple :
Je l'apporte en naissant, elle est écrite en moi. Cette loi qui m'instruit de tout ce que je doi A mon père , à mon fils , ù ma femme , à moi-même.
(Racine fils.)
L'oreille ne serait pas satisfaite si la préposition en n'était pas répétée dans cette phrase :
On trouve les mêmes idées et les mêmes préjuges en Europe, en Asie, eu Afrique, et jusqu'en Amérique,
La répétition de sans n'est pas moins nécessaire dans ces vers :
Un misérable peuple égaré dans les bois , Sans maîtres, sans étals, sans villes et sans lois.
(Racine FILS.)
Mais noas avons trouvé des exemples conlraires pour à et pour sans. Nous ne nous rappelons pas en avoir vu pour en.
ir Règle. On doit ordinairement répeter les prépositions avant les mots qui signifient des choses tout à fait différfntes.
Rien n'est moins selon Dieu et selon le monde que d'appuyer par d'ennuyeux serm^ts tout ce qu'on dit dans la conversation : — tous les sentiments excessifs sont sujets à se relâcher et à se démentir dans la prati' que.
Mais on ne les répète
tions essentielles, afin de prémunir le lecteur contre les fautes qui se commettent journellement. Boinviiliers est entré dans tous les détails qu'on peut désirer sur cette matière ; nous ne pouvons
,■ ■ ^ ^ ,\ que suivre un aussi bon euide.
pas ordmairement avant ^ , , . . î? ,,
les mots à peu près synonymes.
Un jeune homme doit parler avec beaucoup de discrétion et de retenue; — il perd sa jeunesse dans la mollesse et la volupté; — notre loi ne condamne personne sans C avoir entendu et examiné.
Place des Prépositions.
Les prépositions n'ont pas une place fixe dans la langue française. Tout mot gouverné par une préposinon se met tantôt au commencement, tantôt à la fin, quelquefois même au milieu des phrases. Ce mot exprime ordinairement une circonstance d'un autre mot, et le modifie. Il doit donc être placé de manière qu'on ne puisse pas se méprendre sur le rapport qu'on a en vue, et qu'il marque; c'est la netteté du sens qui l'exige : mais s'il y a de la clarté dans la phrase, quelque place qu'on lui donne, c'est alors l'oreille qui doit en décider.
Règle. Les prépositions qui, avec leur régime, expriment une circonstance, doivent ordiuaire- Bientëlre rapprochées, autant qu'il est possible, du mot dont elles expriment celte circonstance.
La plupart des personnes se conduisent plus par habitude que par réflexion : vuilà pourquoi on voit tant de gms qui, avec beaucoup d'esprit, commettent de très-grandes fautes. — J'ai envoyé à la poste les lettres que vous avez écrites. — Croyezvous pouvoir ramener pur la douceur ces espiiis égarés ?
Qu'on change dans ces phrases la place des prépositions, il y aura équivoque. Aussi Bouhours a-t-il trouvé de l'équivoque dans cette phrase : il faut lâcher qu'ils placent tout ce qu'ils entendent dire dans leurs cartes; par ce qu'il semble que dans leurs cartes se rapporte à entendre dire, et non pas à qu'ils placent : et c'est ce qu'on éviterait en disant : il faut tâcher qu'ils placent dans leurs cartes tout ce, etc.
L'emploi de la préposition, pour être traité d'une manière complète , demanderait des volumes. Nous ne pouvons donc présenter que les observa-
Le mot préposition , il l'appelle avec quelque raison déierminaiif, parce qu'il détermine réellement le rapport qui existe entre deux termes, dont l'un est l'antécédent, et l'autre le conséquent, comme : la puissance de Dieu ; ayons sans cesse les yeux tournés vers le ciel, notre commune patrie, etc.
Lorsqu'un substantif est sous la dépendance d'un substantif ou d'un infinitif qui précède, il se lie immédiatement à lui par le déterminatif de.
Exemples :
Le spectacle de la nature m'enchante.
J'admire la grandeur des ouvrages de Dieu.
J'honore la puissance du roi des rois.
La plupart des hommes entendent mat leurs in' térêts; au lieu de la tranquillité, ils recherchent les honneurs f qui détruisent le repos de la vie. {Du est employé par contraction pour de le; des est une contraction de ces deux mots de les.)
Les grands ont autour d'eux quantité de courtisans et de flatteurs qui ne cherchent que les moyens de les perdre, quand ils ont la faiblesse de prêter l'oreille à leurs adulations mensongères.
Remarque. C'est par abus qu'on écrit : une infraction contre la loi. Ne dit-on pas enfreindre une loi; violer, transgresser une loi? Or, si l'on dit, une violation, une transgression de la loi, ne faut-il pas dire une infraction de la loil C'est à la loi seule qu'il doit rendre compte des infractions de la loi même. (Le chanceher d'AcuEssEAU.) Quelques personnes disent encore abusivement, une infraction à la loi ; en parlant ainsi , elles confondent le mot infraction avec le mot contravention.
Quand l'adjectif précède le substantif pluriel à sens restreint, il faut employer le déterminatif rfe, sans article, soit que ce substantif remplisse les fonctions de sujet, soit qu'il remplisse celles de complément.
Exemples :
De nombreux troupeaux erraient dans la pla'ine, — On voyait àejtunes bergères assises à C ombre de hauts peupliers. — De riantes campagnes environnent notre petit ermitage. — On ne désire pas de grands biens, quand on sait se contenter du nécessaire. — Des femmes de la société, de graves philosophes avaient leurs chaires d'incrédulité.
Les substantifs indéterminés quelque chose, quoi, quoi que ce so'it et rien, exigent (jue l'adjectif qui les accompagne soit précède du déterminatif de, comme dans ces propositions : // a
quelque chose dé majestueux. — Quoi de plus noble que cène conduite ? — Je n'ai pu obtenir - rf'eux quoi que ce soit de bon. — Je ne connais rien de plus délicat. Molière a donc eu tort de faire dire par Sosie ;
GRAMMAIRE FRANÇAISE
Quoique le dëîerminatif de s'emploie souvent à la place de pamà, ce dernier iiiot néanmoins ne doit pas être employé pour de : par exemple, il ne serait pas permis de dire avec un de nos savants :
Je crains fort pour mon fait quelque chose approchant.
Lorsqu'un nomi)re cardinal a pour antécédent le pronom personnel en, l'adjectif ou le participe qui suit ce nombre doit être précédé du déterminatif de.
Exemples :
Sur trente batailles qui furent livrées, il n'ij en eut pas une de perdue. — Sur trois cents jeunes gens qui ont étudié, il n'y en a pas trois d'habiles à composer en latin.
Mais si le nombre cardinal est suivi, non pas d'un adjectif, mais d'un substantif, il faut rejeter de, et employer un autre tour.
Exemple :
Sur deux cents habitants, on crt compta cent trente qui se firent soldats.
On ne pourrait pas dire : ...on en compta cent trente de soldats.
De est souvent employé pour le déterminatif parmi, comme dans ces phrases ; De vingt écus que ton nou^ remit, il s'en trouva quinze de faux (c'est-à-dire parmi vingt écus, il s'en trouva quinze faux. ) — Un de mes amis est parti pour l'Amérique. — Pas un de ces passagers n'a péri. — Qui de vous cra'indrait les fureurs de Neptune? — Lequel des deux a vu le roi (des pour de les.) — Personne de nous n'avait prévu ce fortuné retour. — Qui que ce soit de vous qui obtienne un aussi grand avantage, est-il quelqu'un de vos amis qui puisse s'en plaindre? — La plupart des hommes sont sourds au cri de l'infortune. — Caton passait pour le plus sage des Romains; Cicéron, pour le plus éloquent de tous.
De s'emploie encore dans le sens du déterminatif avant.
Exemple :
Je ne crois pas qu'il vienne de huit jours, c'est-àdire : je ne crois pas qu'il vienne avant huit jours.
On fait encore usage du déterminatif de dans cette expression familière : En voici bien d^un autre, et, pour le dire en passant, nous préférons en voici bien d'un autre à cette façon de parler en voici bien d'une autre.
En voici bien d'un autre ! eh ! dis-moi , je te prie.
(Grksset.) j
Moi , femme !.. oh ! pour le coup, en voici bien d'un autre. |
(Cuabànon.) 1
Parmi tous les caractères que je viens de décrire, le meilleur est lasuveur.
L'habitude d'écrire, la connaissance des délicatesses que renferme imtre lanjj^ue, lui aurait su(jgéré ce tour de phrase, qui est bien plus convenable :
De tous les caractères que je viens de décrire, le meilleur est la saveur. — De tant de romms qui ont paru depuis bien des années, je n'en ai vu aucun qui nous ait plu autant que Don Quichotte.
Il faut faire usage du déterminatif de après l'adverbe plus ou moins, lorsque le terme de comparaison qui suit l'adverbe de quantité est quelque mesure précise et positi\e de cette même quantité.
Exemples :
Ce caveau paraît plus long d'un demi-pied. — Cet homme était moins grand de louie la lêie. — Ce livre ne vaut pas plus de neuf francs. — Cette chambre n'a pas moins de vingt pieds de longueur, et six de hauteur.
Ce serait une faute que de dire ;
Ce livre ne vaut pas plus que neuf francs. — Cette chambre n'a pas moins que vingt pieds de longueur, et six de hauteur.
On dira encore ;
Vous êtes plus grand que moi de beaucoup.
On doit employer le déterminatif de après le que, conjonctif, qui suit immédiatement le compara'jf adverbe plutôt.
Exemples :
Je renoncerai à la vie, à ses douceurs, plutôt que de commettre une pareille injustice. — Que les Dieux me fassent périr plutôt que de souffrir que la mollesse et la volupté s'emparent de mon cœur [\). — Ceux qui nuisent à la réputation ou à la fortune des autres, plutôt que de perdre un bon mot, méritent une peine infamante.
Un de nos écrivains a donc commis une faute eu disant :
(I) Il y a ici uoe amphibologie; on ne sait si l'infinitif souffrir se rattache plutôt au mol Dieux, qu'au pronom persouucl HIC. Fénclou a-t-il voulu dire; « Que les Dieux me fassent périr plutôt qu'ils souffrent, ou plutôt que je souffre, etc. » Ou duii éviter avec soin ces sortes de constructions embarrassées.
Les habitants étaient déterminés à mourir plutôt (iuà se rendre ; il fallait : étaient déttrminés à moU" rir plutôt que de se rendre.
— Il xj en eut trente de tués, et cent soixante de blessés. — Si j'étais de vous, je ne souffrirais jos cela. — Le mois de septembre est riche en fruits de toute espèce. — Le fleuve du Rhône est très-rapide.
— Il Cit glorieux de saa-ifier ses ressentitments au bien de l'Etat. — C'est un crime, que de ne pas reconnaître, un service rendu. — Quoique vous de-
II vaut mieux étouffer un bon mot qui est près ' î'«^» venir, ne laissez pas de nous écrire. — Quoi de de nous échapper, que de chagriner qui que ce soit
Cette expression il vaut mieux^ qui a une si {grande affinité avec plutôt que, réclame également ie déterminaiif c(e; c'est pourquoi l'on doit dire:
— Jl vaut cent fois mieux s'exposer à faire des ingrats, que de manquer aux devoirs de l'humanité.
Ne dites pas : // faut penser avant qu'agir : cette locution n'est plus d'usage. Ce serait encore une faute très-grossière, que de dire ; il faut penser auparavant que d'agir. Dites : il faut penser avant que d'agir. C'est pourquoi Fénelon a dit ;
Je vous ramènerai dans l'île d'Ithaque avant que d'aller en Epire.
Massillon :
// faut payer ses dettes, le salaire des artisans, les gages des domestiques, avant que de faire des charités.
El Boileau :
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
On demande s'il vaut mieux conserver que de supprimer le conjonctif çue après le déterminaiif avant. Nous renvoyons l'examen de cette question à l'article de la syntaxe des conjonctions.
C'est par une négligence rëpréhensible que beaucoup d'écrivains omettent le dëterminatif de dans ces façons de parler : de peur de, de crainte que. Dire, avec un écrivain connu : Ne jugeons pas les autres avec trop de sévérité, crainte qu'ils ne nous rendent la pareille, c'est faire une faute qui dénote une très-grande inattention. 11 faut dire : Ni: jugeons pas les autres avec trop de sévérité, de crainte qu'ils ne novts rendent la pareille. On doit dire également avec les bons auteurs : L'orgueilleux napjrouve rien,de crainte de se soumettre. — Charles VII s'abstint de manger, par la crainte d'être empoisonné, et se laissa mourir, de peur de mourir.
De n'est qu'un mot explétif dins un grand nombre de locu lions, parmi lesquelles nous citerons les suivantes : Un honnête homme de père. Vn drôle de corps. Un saint homme de chat (1). On aurait dit d'un démoniaque, quand il récitait ses vers.
(f) Ces expressions sont empruntées du latin. On lit dans PlaiitPi firdus riri , mnnstrum mulieris, etc.
plus beau que de vaincre ses passions! — J^e suis pas si fou , que d'ambitionnei' les grandeurs. — C'est une grande misère, que d'avoir des procès. — Vous êtes bien cruel de le traiter de la sorte. — C'est peu que d'être clair, il faut encore être précis.
Quand Racine fait dire à Andromaque :
Je ne l'ai pas encore embrassé d'aujourd'hui;
De est encore là un terme explétif.
Il y a une grande différence entre ces deux locutions ne faire que... et ne faire que de... ; cependant il arrive quelquefois qu'on les confond, fiaute d'en connaître la signification. Deux exemples en rendront la différence très-sensible ; Elle ne fait que sortir de la maison, signifie elle sort perpétuellement , elle sort à tout moment de la maison. — Elle ne fait que de sortir de la maison, signifie elle est sortie de la maison dans l'instant , tout réremment. Autres exemples de signification différenie ; Vous ne faites que chanter, au lieu de travailler. — Nous ne fainont que d'achever celte lecture, quand vous êtes entré.
Les expressions rendre justice, avoir tort, avoir raison, perdre courage, et autres sensblables étant prises dans un sens absolu , on doit, pour cette r aison , dire et écrire : Vous vou^s rendez peu jîistice; j'ai plus tort que lui; ils ont bien raison d'estimei' la science ; nous perdrions moins courage, si, etc., etc. ; et non pas vous vous rendez peu de justice; j'ai plus de tort que lui; ils or:t bien de la raison d'estimer la sc'ience; nous perdrions moins de courage, si, etc.» etc. Le judicieux d'Alembert n'a donc pas eu raison d'écrire : Il faut excepter ces derniers temps oii L'autorité ecclésiaS' tique et séculière a rendu plus de justice à cette congrégation. Le savant académicien aurait dû dire : a rendu plus justice (ou a mieux rendu justice).
C'est à tort que plusieurs écrivains admettent le dëterminatif de dans les gallicismts suivants, qui servent à exprimer la différence morale qui existe entre les choses ou les personnes : // s'en faut bien ou beaucoup que... — Combien s'en fautil que... — Il s'en faut peu que... Ne disons pas avec la plupnrt d'entre eux : // s'en faut de beaucoup qu'on ait tout dit sur cette matière. — De combien s'en faut-il que les historiens modernes égalent Hérodote et Tite-Liveï — îl s'en est fallu de peu
GRAMMAIRE FRANÇAISE
qu'ils ne perdissent leur procès. Dites ; Il s'en faut beaucoup qu'un ait tout dit sur cette matière. — Combien s'en faut-il que les historiens modernes égalent Hérodote et Tite-Live ! — // s'en est peu fallu qu'ils ne perdissent leur procès. Voltaire a dit : Il s'en fallait beaucoup, avant Pierre-le-Grand, que la Russie fût aussi peuplée qu'elle l'est de nos jours. Il n'est pas plus permis de dire : Il s'en fallait Ëe beaucoup..., qu'il ne le serait de dire : // s'en fallait de bien... — Il s'en fallait beaucoup signifie beaucoup s'en manquait. — L'analyse gram- .maticale de : // s'en fallait beaucoup que la Russie fût peuplée; est : il (ceci) beaucoup (une grande abondance [i), un long intervalle) se fallait (manquait) en (de ceci) à ce que la Russie fût peuplée, etc.
Observations. Quand il s'agit d'exprimer que la quantité ou la grandeur physique qui devrait être dans un objet ne s'y trouve pas , on doit foire usage du déterminatif de.
Exemples :
Vous croyez m'avoir tout rendu, il s'en faut de beaucoup. — Si je ne suis pas aussi grand que votis, il s' en faut de peu. — Il ne s'en fallait pas de beaucoup que ce vase ne fût plein. — Il s'en faut de peu que celte page soit terminée» — De combien s'en faut-il que la somme y soit? Ici l'on interroge pour savoir quelle quantité manque.
Ne dites pas , conformément au langage habituel ; « Lequel des deux fut le plus intrépide de César ou d'Alexandre? » L'analyse qui suit démontre le vice de cette locution très-usitée, mais essentiellement absurde. Dans cette phrase : Lequel des deux fut le plus intrépide de César ou d'Alexandre? nous distinguons trois propositions : La première : lequel fut le plus intrépide? La deuxième ; César fut-il plus intrép'ide qu'Alexandre? Celte deuxième proposition est elliptique. La troisième : Alexandre fut-il plus intrépide que César ? Cette troisième proposition est encore elliptique. César et Alexandre sont donc , chacun , le sujet d'une proposition ; or le sujet d'une proposition ne saurait être précédé d'un déterminatif, il doit être énoncé purement et simplement; d'où il résulte qu'on doit dire : Lequel des deux fut le plu^ intrépide , César ou Alexandre? Gétaii ainsi que parlaient les Latins ; c'est ainsi que parlent, de nos jours, les Anglais , les Italiens , et tous les peuples qui ont une langue raisonnée.
Le déterminatif de, que nous avons conservé, à tort , dans ces sortes de locutions , ne peut être regardé comme euphonique; c'est un terme né de
l'ignorance de nos devanciers : l'usage l'a sanctionné ; mais la raison, plus forte que l'usage, le condamne et veut qu'on le proscrive.
On dira, par exemple : ZJu^ue/ des deux les historiens ont-ils le plus honorablement parlé, de Trajdn ou de Marc-Aurèle? parce que la proposition sous-entendue est celle-ci : ont-ils parlé plus honorablement de Marc-Aurèle que de Trajanf Ainsi, de ce que dans cette phrase : Duquel des deux les historiens ont-ils parlé le plus honorablement, etc., \e déterminatif de n'est emp'ioye que pair la raison que le terme interrogatif duquel des deux est lui-même précédé du déterminatif de (1), on doit conclure que, dans la phrase : leqwd des deux fut le plus intrépide, etc., on ne doit pas employer le déterminatif de , parce que le terme interrogatif lequel des deux n'en est pas précédé.
Rien n'est plus ridicule que de piacer le déterminatif de au commencement d'une phrase dont le sujet est un infinitif; on doit donc regarder comme vicieuses les deux phases qui suivent, quoiqu'elles appartiennent à un prédicateur justement célèbre ; De vouloir sonder le cœur des souverains, ce serait entreprendre sur le droit de celui qui a la clef des abymes. — De donner-des bornes à son pouvoir, c'était en donner à la félicité de cette juonarchie. Il fallait dire : Vouloir sonder le cœur, etc. Donner des bornes à son pouvoir, etc. N'allez pas confondre ces deux phrases avec la locution suivante : De manquer à sa parole , tout homme devrait avo'ir honte. Le de qui précède l'infiniiif est commandé par le verbe avoir honte; c'est comme si l'on avait dit : Tout homme devrait ai air honte de manquer à sa parole. (Ce tour est brillant j mais ici rin\ersion est un peu forcée.)
C'est mal s'exprimer, que de dire avec une in» finité de personnes : Prenons cette allée de trw verse. Une telle locution, qui a cours dans un grand nombre de provinces, est formellement réprouvée par la Grammaire. On ne peut pas dire ; Une allée de traverse, comme on dit une allée de peupliers, une avenue de lilas, etc. Il faut dire : Prenons celte allée qui traverse, ou nneux encore : Prenons ce passage.
On s'énonce mal en disant : Vous avez manqué d'un peu de jugement, au lieu de : Vous avez manqué un peu de jugement.
Pour les adjectifs qui demandent après eux le déterminatif de. (Voyez la page 462.)
Les participes passés accusé, chargé, chéri, comblé, ennuyé, fâché, fatigué, ravi, rempli, etc., qu'il
(1) Beaucoup vient du latin bella copia, grande abondance. (1) Duquel des deux est pour de lequel des deux.
ne taui pas confondre avec les adjectifs, réclament après eux le délerminatif de.
Observations. On dira fort bien : La jeunesse est siiscepiible de toute sorte d'imp-essions; mais il ne faut p;is dire : Cette personne est suscfpiible d'une charge, d'une grâce, etc., pour dire qu elle a les qualités nécessaires pour l'obtenir.
Pour les adjectifs qui demandent après eux le délerminatif à, voyez à la page 460.
Les participes pasMS adonné, exercé, exposé, permis , etc., qu'il ne raut pas confondre avec les adjectifs, réclament après eux le délerminatif à. Vous direz né pour...
Exemple :
Alexandre était né pour le malheur des rois ses conlemporaïns.
0« dit irrité contre...
Exemple :
Les nations voisines étaient irritées contre lui.
Il ne faut pas confondre prêt à avec près de. Ce serait donc une faute que de dire : Nous sommes tous prêts de verser noire sang pour le maintien de la tranquillité publique; au lieu de prêts à verser.
Les adjectifs hardi, ingénieux, téméraire, ne peuvent avoir pour complément qu'un verbe à l'iniSnitif.
Exemples :
Voiis êtes hardis à entreprendre tout ce qui est aurdessus de vos forces. — Nous sommes ingénieux à nous créer des peines. — Vous êtes bien téméraires desolliciler un emploi auquel vous ne convenez pas.
Quant aux adjectifs qui preffiient un régime différent, voyez à la page 465.
Après les participes accoutumé, déterminé, disposé, résolu, etc., employez à, et non pas de; ainsi yardez-vous de dire avec deux écrivains politiques : Les rois ne sont pas accoutumés d'entendre la vérité. — 11 était déterminé de mourir plutôt que d endurer un pareil traitement. On doit dirf • Les rois ne sont pas accoutumés à entendre la vérité. — Il était déterminé à mourir plutôt que d'endurer un pareil traitement (|).
Plusieurs verbes demandent après eux le délerminatif de; un plus grand nombre réclame le déterminatifà. (Voyez à la page 500.)
Observations. Allier demande le délerminatif à.
Exemples :
// sut allier la sagesse à C éloquence, la douceur à
ta grav'ité. — L'élévation peu compatible avec la finesse peut s'allier de la manière la plus touchante à la sensibilité, dont elle augmente l'intérêt. ( D'A- LEMBERT. ) — Elle s'est alliée à une des plus riches familles de Londres ; et non pas,comme un écrivain : Elle s'est alliée d'une des plus riches familles de Londres. Voltaire a dit :
C'est là qu'avec grâce on allie Le vrai savoir à l'erijoument , Et la justesse à la saillie.
Associer est de la même espèce que le verbe allier.
(!) Ce serait une faute que de dire ; plutôt qu'à endurer un pvreil traitement.
Et dans toi la Nature avait associé A l'esprit le plus ferme un cœur facile et tendre.
Avoir affaire à et avoir affaire de sont deux expressions bien différentes. On dira, par exemple : Nous avons affaire à des gens difficiles ; il ne faut pas avoir affaire à une plus forte partie que soi; nous devons prendre garde aujourd'hui à qui nous avons affaire ; s'il m'attaque, il verra à qui il a affaire; ils avaient affaire à combattre.
Consolez-vous, sachez que vous aurez Affaire à moi , quand vous vous marierez.
(Voltaire.)
Avoir affaire de signifie avoir besoin.
Exemples :
Nous avons affaire d^ argent. — Quai-je donc affaire de tous ces parasites ? — Je n'ai point affaire de vous, ainsi vous pouvez sortir.
Leur savoir à la France est beaucoup nécessaire, Et des livres qu'ils font la Cour a bien affaire !
(Molière.) Qu'ai-je affaire d'un bien qui vous est inutile ?
(Corneille.)
On dit et l'on doit dire : Avoir du plaisir à faire telle ou telle chose. Il n'est pas un écrivain qui n'emploie cette expression, qui seule est convenable et correcte. Cependant quelques Grammairiens, invoquant les lois de l'euphonie, au risque de mal parler, prétendent qu'on peut dire avoir du plaisir de, quand le mot qui suit cette expression commence par une voyelle; par exemple : Il y a du plaisir d'être dans un vaisseau battu de l'orage, lorsqu'on est assuré qu'il ne périra point. Pascal a pu se servir de cette expression, parce qu'elle est de soa siècle ; il l'a employée par routine, et non avec intention; pour nous, nous devons dire : Il y a du plaisir à être dans un vaisseau battu de l'orage, lorsqu'on est assuré qu'il ne périra point, comme nous disons tous les jours ; Il y a vraiment du plaisir à obliger un galant homme.
Il est à propos de faire connaître la différence
GRAMMAIRE FRANÇAISE
grammaticale qui existe entre ces deux expressions avoir égard et avpir des égards.
Avoir égard, signifie ^prendre en considération.
Exemples :
Veuillez avoir égard q. mes prières. — On doit toujours avoir égard à L'âge et au sexe des personnes à qui l'on parle.
Aroir des égards signifie avoir du respect.
Exemples :
Un fils bien né a toujours beaucoup d'égards pour ses parents. — Malheur à ceux qui n'ont pas d'égards pour la vieillesse ! On voit que celte expression avoir égard réclame le déterminatif à, et que avoir des égards demande le déterminatif pour. 11 en est de l'expression manquer d'égards comme de celle de avoir des égards; l'abbé Miliot a donc écrit d'Mne manière incorrecte, quand il a dit : Louis XI II reprochait aux chefs du parlement de manquer d'égards à ses ordres absolus; il fallait pour ses ordres absolus.
Changer f signifiant se défaire d'une chose pour en prendre une autre à la place, demande le déterminatif contre, et non pour.
Exemples :
// a changé tous ses meublss contre des tableaux d'un grand p'ix. — Nou^ changerons cette ancienne édition contre une nouvelle [i). — Changea', signifiant convertir, transformer, réclame !e déterminatif en : — Les titres qui nous rendent puissants se ckongent bientôt en des qualités qui nous font paraître aimables. — Vous vous flattez vainement ie pouvoir changer tous les métaux en or.
Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé?
Mais Racine a été moins exact quand il a dit :
Peut-être avant la nuit l'heureuse Bérénice Change le nom de reine au lOin d'impératrice.
Commuer réclame, ainsi que changer, le déterminatif en : Le roi a commué la peine de cinq ans de travaux forcés en celle de cinq ans de prison.
Changer, signifiant quitter une chose pour une autre, veut le déterminatif de.
Exemples :
Changez enfin de langage et de conduite. — Ils ne voulurent jamais changer de sentiment.
Il est plus correct de dire comparer à, que con}<; parer avec. Cette dernière expression offre une sorte de pléonasme (2;. Les meilleurs écrivains
(1) Échanger et Iroqver se prennent nrdiDi)ireii)eiit daq» un sens absolu : échanger des prisonniers: troq^ier d( vUti^ meuhles.
(2) Comparare se compose de parare cum ; or le mot arec, qn'nn traduit en latin par rum, est une répétitioni du premier cum.
emploient la première, comme dans les exemples qui suivent : Quoi! tu n'as pas honte de te comparer au grand roi ! — Comparons les œuvres de la nature aux ouvrages de l'homme. — Il n'y a pas d'église que l'onpuisse comparer à Saint-Pierre de Rome. — Vile créature, quand tu te compares à moi, j'éprouve un sentiment d' humiliation. — On peut comparer les meilleures productions de cette espace à ces jours affligeants de l'hiver, où un brouillard épais, joint à une gelée pénétrante, semble à la fois engourdir et c(u^r'ister tous les êtres vivants, (D'Aj.EMBÇRT.)— Que si le temps comparé au temps, la mesure à la mesure, et le terme au ferma , se réduit à rien, que sera-ce si l'on compare le temps à l'éternité, oii il n'y a ni mesure ni terme?
(BOSSUET
Remarque. On dit par comparaison à, et non en comparaison de; c'est pourquoi vous direz avec un de nos publicistes : // se fit peu remarquer dans les troubles politiques, du moins par comparaison à trois de ses collègues.
Le verbe condamner veut après lui le déterminatif à seulement.
Exemples :
Ils furent condamnés à dix ans d'exil. — On condamna cet impudent calomniateur à trois cents francs d'amende. Ce serait pécher contre la langue que de dire avec quelques personnes mal instruites, ou avec certains avocats routiniers: On condamna cet in\,pudent calumniateur en trois cents francs d'amende. — Ils furent condamnés en dix ans d'exil.
Confier réclame après lui le déterminatif à.
Exemples :
// ne faut pas confier ses secrets à tout le monde. — A quelles mains avez-vous confié ce préx'ieux dépôt? Autrefois on se servait du déterminatif en, lorsque le complément indirect était un objet inanimé; c'est pourquoi Racine a pu dire d^ns Miihridate :
Elle trahit mon père, et rendit aux Romaim La place et les trésors confiés en ses mains.
Aujourd'hui, il faut dire confier à.
Se confier, mettre sa confiance et prendre con- • fiance réclament le déterminatif en.
\ Exeniples :
j Heureux le roi qui aime son peuple, qui en est aimé, qui se confie en ses voisins, et qui a leur confiance! — Celui qui met une trop grande confiance cïL soi-même, s'abandonne à la discrétion des méchants. — Croyez-vous qu'il ait pris confiance en celui qu'il a associé à se^ travauif ?
, Nous regardons comme une faute prendre con-
DES PKÊPOSlTlOiNS (SYINTAXE). 571
fiance à, et nous ne pensons pas qu'il soil permis rassé de l'emploi ou pour l'emploi de mon argent, de dire : J'ai pris confiance à cet homme. — J ai Pour délerminer l'usaf^^e convenable de ces deux pris confiance à cette affaire, expressi ns être embarrassé de, être embarrassé
C'est à toi t que bien des gens disent : Il faut pour, il faut faire attention si l'embarras qu'on se cramponner sur la muraille. éprouve vient immédiatement de la chose, ou s'il
Le verbe cramponner sigmiie attacher, /ie»- avec est le résuliat des circonstances, des suites de la un crampon ; il veut le délerminatif à; c'est pour- chose qu'on a en vue, plutôt que de la chose ellequoi l'on doit dire : Cramponnez-vous au balcon, même. t)ans lé premier cas, il faut dire : je suis — Il faut se cramponner à la muraille. Si nous embarrassé de..., ttdamsle second cùs: jeèuis em-' avoas relevé celte fauie, c'est qu'elle est très-com- barrasse pour. m une. ^ j Exemples:
11 en est de même du verbe grimper, ([ui a la ; signification de gravir (l) ; on dira fort bien : lia' Je ne suis pas emba^assé de mon argent, mais grimpé sur la mur,nl!e, sur la montagne; mais on je suis embarrassé pourT emploi que je dois en faire. ne peut pas dire : Il a grimpé la muraille, la mon- — Je suis embarrassé de celte métairie au point tagne.
Ce n*est qu'au pâhh, dans les administratioBS,
que je serai peut-être aussi fort embarrassé pour trouver des acheteurs. — Je n^ suis pas embarrassé de traduire Juvénal, mais je serais embarrassé pour
et chez les jurisconsultes, qu'on dit délibérer wie j en traduire certains passages devant des personnes
affaire, pour signifier en p'endre connaissance, \ l'examiner. Le verbe délibérer est intransitil'; il appelle le déierminaiif sur, touchant; c'est pourquoi l'on doit dire : Nous délibérerons demain sur cette affaire, ce qui signilie : nous prendrons demain une résolution sur celte affaire, ou tout simplement : nous l'exanàneronS demain. Il s'ensuit que, par la raison qu'il n'est pas permis d'écrire : On doit délibérer aujourd'hui ce point impoi'tant, ii ne faut pas dire : ce point important doit être délibéré aujourd'hui. Pour f)ailer avec pureté, diies : On doit délibérer aujourd'hui sur ce point important; ou bit'U : on doit Cexaminer, le discuttr aujourd'hui.
Les «'crivaius pâ^âissèn( avoir le choix entre (iisiirtguer de et distinguer d'avec. L'Atîademie n'ayaiii fas osé se prononcer sur la nature du compieuieni indirect du verbe distinguer, l'Acadcinif ayant même employé tour à tour de, suivi et non suivi du délerminatif avec, les écrivains ont pu se donner une bien libr« carrière. Psous pensons néanmoins qu'il est plus convenable de dire et d'écrire avec le seul délerminatif de : Sachons dutingaer nos vrais amis de ceux qui ne le sont pas ; c est distinguer la fausse monnaie delà bonne.
B^^li'on a dit : Distinguons la sensation du sentiment; ei Bulïon, en écrivant ainsi, a compté beaucoup d'imiiateurs.
Ce que nous venons d'élablir concernattt le verbe distinguer s'appliijue naturellemeut aux verbes discerner, séparer, écarter, éUigner, distraire, démêler. Cependant on lit dans Boileau : Sacltez d'avec l'ami discerner le Oalleur.
On demande si l'on doit dire : Je suis cmbar-
C<| Le verl)C grimper Nient ilu grec x/x/hkiv, n'appuyer sur.
chastes. — // est embarrassé de vous répondre surle-champ, mais ii tie le sera pas pour vous répondre à loisir.
Remarque. Quand l'embarras tombe plus directement sur la chose mise en question, il faut employer sur, et non de, ni pour.
£x-emple :
Je suis embarrassé sur le parti que j'ai à prendre.
Mais, dans aucun cas, il ne faut dire être embarrassé à; par conséquent ne dites pas : Nous serions bien embarrassés à loger autant de monde; dites plutôt : Nous serions bien embarrassés pour loger autant de monde.
On fait une faute considérable quand on dit se familiariser au crime; on pèche par une fausse analogif', car- on confond ici se familiariser, avec s'accoutumer.
M faut dire : En parlant souvent une langue, on se familiarise bientôt avec les tournures qui lui sont propres, et non pas : on se familiarise bientôt aux tournures, etc.
11 est beaucoup de personnes qui commettent une faute d'un autre genre, mais non moins grave, quand elles disent : // est depuis longtemps familier avec le mensonge. On doit dire : Il est depuis long-temps familiarisé avec le mensonge, ou : Le mens&nge lui est depuis long-temps familier.
Se fier, signifiant ajouter foi, réclame le déterminatif à ;
Monsiettr est uit homme d'honneur, je me fie à ses promesses. — Celui qui se fie à tout le monde veut bien être trompé. — Les Romains se fièrent trop à la générosité du peuple carthaginois.
iNous n'admettons pas le délerminatif en après le verbe se fier, et nous f>en30ûs que ceux qui écri^
vent : /e me fie en sa probité, confondent ici le verbe se fier avec se confier» m
Quand le verbe se fier signifie se reposer, s'appuyer, il vaut mieux employer le déterminaiif sur, que en.
Exemples :
César se fiait sur sa bonne fortune,qui ne L'avait jamais abandonné. — Combien de gens se fient trop sur leurs propres forces !
Le verbe lier, signifiant attacher, s'unit à son complément indirect par le secours du déterminalifà.
Exempfes :
Il fallait lier la chèvre à cet arbre. — Des intérêts majeurs me lient à votre père. — Nous sommes liés au roi par un serment solennel. — J'ai res' pecté L'amitié qui vous liait à madame du Châ' telet.
Mais le verbe lier, signifiant former une liaison, appelle le déterminalif avec.
J'ai dessein de me lier avec vôtre famille. — Nous sommes liés depuis long-temps avec tout ce qu'il y a d'hommes lettrés en France. — // faut prendre garde de se lier avec des gens qu'on ne connaît pas.
On dit également : Les liaisons avec les gens d'esprit ne peuvent être que profitables.
Les verbes marier, joindre, unir, sont de la même espèce ; on doit dire : Il faut la marier à un jeune homme sage et intelligent. — La vigne se marie très-bien à l'ormeau. — Si vous voulez les unir l'un à l'autre, je joindrai à la dot de la future un riche présent de noces.
Beaucoup d'écrivains sont embarrassés quand ils ont un complément indirect à donner au verbe mêler; tantôt ils emploient le déterminatif à, tantôt ils se servent du mot avec. Mêler veut à, quand il signifie joindre, unir; mais il veut avec, quand il signifie brouiller, confondre, mélanger.
Exemples :
En se mêlant à la foule, on n'est aperçu que d'un petit nombre de personnes. — Il faut savoir mêler Cutile à l'agréable. — La virginité brille aux deux extrémités de la vie, sur les lèvres de l'enfant, et sur les cheveux du vieillard; la tombe aussi lamêle à ses mystères.
Et, sans mé/er à Vor l'éclat des diamants.
Il mêle à tout propos
Les louanges d'un fat à celles d'un héros.
Il faut mêler sa cendre aux cendres de ses pères.
Tes agneaux , à ta voix , prompts à s'y rassembler, A des troupeaux impurs n'iront point se mêler.
Mais on dira : Cetlc soie est mêlée avec le fil. —
GRAMMAIRE FRANÇAISE
// faut mêler l'eau avec le vin, — Il mêla de l'antidote avec le poison.
Une locution barbare s'est glissée dans le langage de beaucoup de gens de la haute volée ; c'est celle-ci : Mettez les chevaux après la voiture. Quiconque connaît bien la valeur du déterminalif après, conviendra qu'une pareille construction exprime l'idée qui suit : Menez les chevaux derrière la voiture. N'est-ce pas ce qu'on appelle vulgairement mettre la charrumxvant les bœufs ? Tout homme qui se piquera de bien parler dira ; Mettez les chevaux à la voiture.
Remarque. On dit encore familièrement, mais très-improprement : Ils sont depuis long-temps après ce grand travail. Tout le monde conviendra qu'il vaut infinin)ent mieux dire : Ils sont depuis long-temps occupés à ce grand travail.
Le verbe occuper se présente sous deux significations.
Quand il réveille une idée de travail, il veut le complément indirect avec le déterminalif à.
Exemples :
// faut secourir le pauvre en l'occupant à des choses utilzs. — Pourquoi vous occupez-vous à l'étude des langues étrangères, avant d'avoir appris votre langue maternelle?
Quand occuper réveille une idée d'attention, il veut le complément indirect avec le déterminatif de.
Exemples ;
Vous vous occupez de tout ce qui se passe dans la ville. — L'avare ne s'occupe que de ses richesses.
On dira de même : Ce jeune homme s'amuse à la lecture des bons livres, tandis que ses camarades s'amusent de bagatelles.
Participer a deux différentes acceptions qu'il ne faut pas confondre. Ce verbe demande le déterminalif à, quand il signifie avoir part.
Exemples :
C'est en quelque sorte participer au crime que de ne pas l'empêcher lorsqu'on le peut. — Les valeureux soldats participent à la gloire du général.
Participer réclame le déterminalif de, quand il signifie tenir de la nature de.
Exemples :
Celte substance paraît participer du feu. — Son entltous'iasme participait de la folie.
Se plaire, qui signifie prendre plaisir, s'emploie avec les déterminatifs à, dans, et en, suivant les circonstances.
Exemples :
Les hommes dont l'esprit est orné se plaisent ù l'étude, ou se plaisent à étudier. — Le vrai philosophe se plait dans la solitude. — L'orgueilleux se plaît en lui-même.
S'il est vrai qu'il faille employer le déterminaiif à, quand le verbe se plaire est suivi d'un infinitif, comme : il se plaît à nuire, vous vous plaisez à être écoutés. Racine a fait une faute, en disant :
Relevez les superbes portiques
Du temple où notre Dieu se plait d'èire adoré.
La mesure du vers a seule nécessité celte infraction de la règle (1). Il fallait : où notre Dieu se plaît à être adoré.
On ne dit pas indistinctement : Je vous prends à témoin, et je vous prends pour témoin. Si l'on veut dire : j'invoque voire témoignage; on doit se servir delà première expression; et l'on doit faire usage de la'seconde, si l'on veut dire : j'accepte ou je produis votre témoignage.
Exemples :
Je vous prends à témoin, messieurs, vous tous ' qui m* écoutez, et qui voyez mes larmes. — Mes amis, ne m'abandonnez pas dans ce jour de disgrâce; je vous prends tous pour témoins de mon innocence.
Il y a encore cette différence entre prendre à témoin et prendre pour témoin, que l'on peut trèsbien prendre à témoin les grands de la terre, et Dieu lui-même; mais qu'on ne peut ni décemment ni raisonnablement les prendre pour témoins.
Observation. Le substantif témoin ne doit pas prendre la marque caractérisiique du pluriel, dans ces feçons de parler :
Je vous prends à témoin, dieux qui m'entendez! — Heuretkx ceux qui, dam les beaux jours du printemps, amassent pour l'arrière-saison, témoin les fourmis laborieuses! Témoin et non pas témoins, parce qu'on sous-entend je prends à. — Elle était assez faible pour croire à la magie, témoin les talismans qu'on trouva après sa mort.
Se ranger a deux significations que détermine l'emploi du mot de ou à. Veut-on faire entendre qu'on embrasse le parti de quelqu'un, il faut dire :
Je me range du parti ou du côté de Monsieur. — Us se rangèrent tous du parti de ces dames.
Mais si l'on veut exprimer qu'on est de l'avis de quelqu'un, on doit dire :
Nous nous sommes rangés à Cavis de monsieur.
(<) Il oonTient mieax de dire l'infraction d'une loi , d'une r^fli/e,que l'infraction contre une loi, contre une règ/e. (Voyez page 565).
DES PRÉPOSITIONS (SYJNTAXE). 573
I — Nous sommes trop honnêtes pour ne pas nous ranger à Vopinion de ces dunes.
Le P. Rapin a fort bien dit :
Cicéron s' étant rangé du parti de Pompée, entreprit la défense de Ligarius, son ami, accusé d'avoir porté les armes contre César.
Mais Gresset a eu tort de dire :
Depuis qu'à ce parti mon esprit s'est rangé....
Son excuse, c'est que/jflr/iveutdireicirêso/MtîOH.
On entend dire tous les jours qu'on a retranché un couplet à une chanson. Cette manière de parler est tout à fait iiiipropre. Quand retrancher signifie retirer, séparer, il faut se servir du déterminaiif de.
Exemples :
On a retranché deux couplets de cette romance.
— Vous devriez retrancher ce mot de votre phrase.
— Chacun retranche aujourd'hui de son train, de sa dépense.
Mais le verbe retrancher signifiant supprime*^, appelle le déterminaiif à; avec la personne :
Il est souvent très-prudent de retrancher la portion à un malade. — // retranchera à ses commis le surcroit de leurs appomiements. — Monseigneur, ne nous retranchez pas notre pension.
Une faute très-ordinaire est celle-ci : Turenne réunissait la prudence au courage.
On dit fort bien unir, joindre une chose à une autre, mais on ne peut pas dire réunir une chose à une autre; on réunit deux choses, ou bien oJiunit l'une à l'autre; d'où il suit qu'il faut dire : Turenne réunissait la prudence et le courage, ou bien : Ce grand homme joignait la prudence au courage.
Il ne faut donc pas dire avec un traducteur du Paradis perdu : Eve, la plus belle des femmes, réunissait la grâce à la majesté; dites plutôt : réunissait la grâce et la majesté.
N'imitons pas non plus cet homme de lettres qui a écrit : Nous exhortons les jeunes gens à lire cet ouvrage, où, la précisioyi est réunie à la clarté; il devait dire : où la précision est unie à la clarté; ou bien : cet ouvrage où la précision et la clarté se trouvent réunies.
Rêver a deux acceptions bien distinctes. Quand il signifie réfléchir, il veut que son complément soit précédé du déterminaiif à.
Exemples :
J'ai rêvé à votre affaire, je m'en occupe. — Rêvons aux moyens d'être heureux, et nous le deviendrons.
Quand rêver signifie faire un songe, il veut que son complément soit précédé du déterminaiif de :
Nous avonsrêvé toute la nuit de combats, — Cette mère infortunée ne rêvait que de supplices et de pro' scriptions.
Observation importante. On dit rêver la gloire, rêver le bonheur, etc., mais cette locution n'est d'usage que dans le style poétique; de plus, ces mots gloire, bonheur, ne sont pas des compléments direcis ; ce sont des compléments illégitimes, comme les mots peines , recherches dans cette proposition : Mon ouvrage m'a coûté des peines et des recherches en tous genres.
Que de contestations se sont déjà élevées sur cette double expressifsa i,aigner du ne», saigner au nez ! Si l'on en croit ceitaines personnes qui prétendent mieux parler que les autres, il faut dire : saigner au nez pour signifier qu'on jeitedu sang par le nez, afin de distinguer cette façon de parler de celle qui suit : saigner du nez, manquer de courage. — On saigne du nez, et quand on n'a pas de cœur, et quand on jette du sang par les narines ; saigner du nez s'emploie au propre comme ai! figuré, et jamais on ne doit dii-e fa/gneraunez, saigner par le nez. Ceux qui pensent qu'il faut, au contraire, dire : il saigne au nez pour signifier qu'il manque de cœur, se trompent également. J.-J. Rousseau a dit : Ce Gauthier, homme insolent et tâche, saigne du net ; et, pour se venger, accuse mon père d'avoir mis l'épée à la main dans la ville. — On prétend, a dit un écrivain, que Duchesne, secrétaire de François I", saignait du ne», quand on lui offrait des pommes.
Bien que les Verbes songer et penser soient en quelque sorte synonymes, et que l'on dise songer à quelqu'un, penser à quelqu'un, ils diffèrent néanmoins entre eux, en ce que : 1" le premier n'a pas de complément direct ; 2° l'un veut que son complément indirect soit précédé du déterminatif à : songer à quelqu'un; au lieu que l'autre exige le déterminatif de avant son complément indirect : penser de quelqu'un.
Les avares ne songent que trop souvent au lendemain. — J'aurais songé plus tôt ^ vous, à l'affaire que vous m'avez recommandée, si j'avais eu le temps de songer à moi. — Le ministre pense de vous mille choses très- flatteuses. — On ne pourrait pas dire : Le miniure songe de vous mille choses très-flattèuses, et parce que le verbe songer est un verbe oblique, et parce qu'il réclame à, ec non pas de.
Soupirer est un verbe obliqn*» qui s'emploie d'une manière absolue dans le sens de pousser des soupirs.
Exemples :
Qu4 de malheureux gémissent et soupirent, sans
GRAMMAIRE FRANÇAISE
I proférer la moindre plainte! Quand il signifie dési^ rer passionnément, rechercher avec ardeur, il a un complément indirect précédé du déterminatif après.
Exemples : [
Vous soupirez après les honneurs, mais valentils bien la peine d'être recherchés (1) ? Quand il signifie aspirer à un bien dont l'absence ou la nonjouissance peut faire naître des soupirs, il réclame le déterminatif pour.
Exemples ;
Les amants soupirent pour le cœur de celles qu'ils adorent.
Remarque. Les poètes emploient d'une manière très-heureuse le verbe soupirer dans un sens actif. Racine et Boileau ont dit :
Toi qui, du même joug souffrant l'oppression , M'aidais à soupirer les malheurs de Sion.
Ce n'était pas jadis sur ce ton ridicule Qu'Amour dictait les vers q%ie soupirait Tibuiie.
Le verbe soîisiraire a ëeux significations différentes, qui exigent une différence dans l'emploi du déterminatif dont son complément indirect est précédé. Soustraire, signifiant dérober, veut le déterminatif à.
Exemples :
Vous ne sauriez les soustraire à la puissance paternelte. — On les a soustraits à la fureur d'une populace mutinée. — Pourquoi voulurent- ils se soustraire à la domination de leur prince légitime ? Montesquieu a donc fait une faute en disant : Quand quelque prince ou quelque peuple s'était soustrait de l'obéissance de son souverain. — Soustraire, signifiant retirer, ôter par ruse, veut le détermiîMtif de.
Exemples :
Qui a osé soustraire eette somme du compte que nous avions arrêté? — On a soustrait quelques effet» de l'inventaire qui vient d'être dressé.
Survivre appelle le déterminatif à, soit qu'on parle des personnes, soit qu'on parle des choses.
Exemples :
On ne peut vivre long-temps dans ce bas-monde, qu'on ne survive à plusieurs de ses amis. — La gloire d'Homère a survécu aux critiques amères des Zoiles de tous les siècles. — Les femmes des Br aminés croient que c'est une honte pour une honnête
(i) Ne dites jamais : Dépens long-temps on attend après voua; fin aitendari après enx; il fmit dire : Depuis lony-temps on soupire après rnus; on les attendait «vec impatience: OU aspirait « leur relouy, etc., etc.
femme, que de survivre à son mari. Au pa^a^sseu- faillirent d'être égorgés. 3.-3. Roussea?! a dii.ù lement, on donnait, il n'y a pas encore long-ienips, l'exemple des bons écrivains : Je voulais voir s'il
n'y aurait point là quelque jeune princesse avec la^ quelle je pusse faire un roman ;je faillis en commen» cer un dans un état moins brillant, eic.
un coiiiplénient direct au verbe inlransii if sunii-re, comme dans cet exemple : IL a survécu son (ils, sa fcnmie. Toutefois les avocats qui comptent aujourd'hui pour quelque chose la correction du style, ont coutume de dire : Le mari qui survit à sa femme doit à ses enfants un compte exact de^ son*tnes que celle-ci a apportées m mariage.
Rien n'est indifférent aux yeux du vrai Grammairien. Les écriv^iins ordinaires emploient indis
Pour les verbes qui demandent le déterminatif de, voyez à la page o06.
Observations. Le que conjonctif, qui suit le comparatif adverbe mieux, demande ou rejette Ici déterminatif de, selon l'idée qu'on a à expiimer. Aimer mieux, par exemple, signifie tantôt pré/'érer
tinctement tomber à terre et tomber par terre; il y j la chose qui est la plus conforme à notre volonté.
a néanmoins une différence remarquable entre ces deux expressions. Tomber à terre s'entend de ce qui, étant élevé au-dessus de terre, tombe de haut.
Exemples :
L'aréonaute qui ne peut plus maîtriser son ballon tombe à terre. — Les javelots qu'ils lançaient, se rencontraient et s' entrechoquaient de telle sorte, que la plupart tombaient à terre sans effet.
Tomber par terre s'entend de ce qui, étant déjà à terre , tombe de $a hauteur.
Exemples :
Le chêne qu'on déracine tombe par terre, -r- ! Lorsque Jésus leur eut dit,cest moi, ils furent renversés et tombèrent par terrç-
Un verbe à l'infinitif peut restreindre ou déterminer la significa ion d'un autre verbe sans l'intervention ou à l'aide d'un déterminatif. Oq dit sans l'inierveniion d'un déterminatif : Je dois répondre ; je veux me promener; il faut mourir; je vais chasser ; nous pouvons lire ; je ne saurais jouer ; je vous laisserai rire ; il vaut mieux travailler, eic. Mais on doit dire à l'aide d'un déterminatif : Je crains de tomber ; je vous empêcherai de ' sortir: pi'enons garde d'être trop sévères; ilcon- ■ vient de réfmmer ses passions; il ne vous sied pas de parler; noiis leur défendons de rien publier; ils tendent à se soulever, etc., etc.
L^ s verbes penser, faillir, signlQ^nt tous deux être sur le point de, compter^ Cfoir^, s'imaginer, prétendre, rejettent toute espèce de déterminatif. On doit dire ; — Il a pensé choir dans l'eau ; ils ont pensé être surpris au moment où ils s'y attendaient le moins ; — nous avons failli perdre tous nos biens ; — vous avez failli être entraîné dans sa ruine; — je comptais avoir dans peu des nouvelles de madame de Warens ; — nous croyons servir la cause des honnêtes gens ; — ib s'imaginent avancer leur mort, quand ils préparent leur confession ; — vainement prétendez-vous justifier une semblable conduite Quelques écrivains ont donc eu tort de ^dire : // compte de venir lui-même; — Je croyais de pouvoir vous rendre service; — Nous prétendons " de nous justifier; — Il a pensé à être tué ; — Ils
et tantôt p'éférer la chose qui flatte le plus notre goût. Or, la première de ces deux acceptions exige 1 emploi du déterminatif de, et la seconde en réclame la suppression.
Exemples ;
Préférence de vplonté. J'aime mieux mourir que (le me déshonorer . — Nous aimons mieux ne rien avoir que de posséder le bien d' autrui. — J'aimerais mieux vous déplaire que de vous tromper.
Préférence de goût, J'aime mieux lire que jouer. — m aimejit mieux se taire qve parler inconsidérément. — Ma tante aimait mieu^ chanter les psaumes, que veillei' a notre éducation.
Pour les verbes qui réclament le déterminatif à, voyez à la page 500.
La précision du langage permet, surtout en poésie , et en prose dan^ les narrations animées , la suppression du verbe qui dftii être suiyi du dé* terminatif de e% d'un infinitif,
Exemples :
Aussitôt le peuple d'accourir, de demander à grands cris l'exécution de la loi, de menacer les magistrats, s'ils ne retnp lissent pas leur devoir, etc. Le vei be s'empresse est sous-entendu.
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes, Grenouilles de rentrer dans leurs grottes profundep.
La langue française a emprunté de la langue des Romains ces tours de phrase qui abrègent le récit, et donnent au style de la vivacité et quelquefois de l'enjouement.
Hors et hors de diffèrent en ceci que le premier, qui signifie excepté, rejette le déterminatif de, au lieu que le second, qui énonce l'exçkisioq de l'objet auquel il est joint, réclame ce même déterminatif de.
Exemples :
Tout est perdu hors l'honneur [i). — // connaissait tout dfs Anc'isns, hors la grâce et la finesse. —
(i) Ou fors rhoimettr. Ce mot fnrs ^\ surftnoé; il signifiait hors , hormis , excepté.
GRAMMAIRE FRANÇAISE
Hors cela, je suis entièrement de votre avis. — Ceux qui étaient hors du territoire de France, y sont rentres à leur grande satisfaction. — Tous les maux sont depuis long-temps hors de la boite de Pandore; mais l'espérance at encore dedans. Buil'on a dit : Ces choses sont hors de C homme; le style est lliomme même.
Les déterminatifs près, proche et vis-à-vis rëclamentrfeaprèseux; ainsirondoitdire: //demeurep-ès démon jardin, proche de C église; et non pas près mon jardin, proche l'église. On doit dire également : H était résident près de la cour de Borne et non pas pj'ès la cour de Rome. On dira : Je loge vis-à-vis de la barrière, en face de la plaine, et non pas je loge vis-à vis la barrière, en face la plaine.
Remarque. C'est à tort qu'un Grammairien, trèssévère d'ailleurs, permet qu'on supprime de sur les adresses et dans la conversation, comme : Nous demeurons près les Tuileries, proche la fontaine, vis-à-vis le Carrousel ; on ne doit reconnaître et n'admettre qu'une façoa de parler et d'écrire : c'est la bonne ; seule, elle convient dans les livres, dans la conversation, et sur les adresses. Vous direz donc : Nous demeurons près des Tuileries, proche de la fontaine, vis-à-vis du Carrousel.
II y a cette différence entre au cas et en cas, que la première de ces expressions est toujours suivie d'un conjonctif, et la seconde, du déterminatif de.
Exemples :
Nous ne sortirons point, afin gu*ils nous trouvent au logis auras qu'i/s viennent. — Il faut tout prévoir, tout mettre en ordre, au cas que ce malheur arrive. — Mais vous direz : En cas de survie, la femme jouira de tout ce quelle a apporté en mariage. — Laissez quelqu'un dans votre maison, en cas d'absence de votre part. — En cas de mort, j'ai pourvu à toutes nos affaires domestiques. — En ce cas, nous irions implorer la clémence du vai7iqueur. — Vous devrez, en tout cas, rester fermes et tranquilles à votre poste.
Il n'est pas permis d'employer, comme on le fait très-souvent, l'expression à défaut poi^r au défaut. C'est donc une faute que de dire : À défaut des anciens écrivains, nous avons lu les auteurs modernes. Il fallait : Au défaut des anciens écrivains, nous avons lu les auteurs modernes. On ne se sert de l'expression à défaut que quand le substantif défaut est précédé d'un pronom possessif. Exemples :
A mon' défaut, j'enverrai celui qui me représente. — Nous prendrons à votre défaut la personne que nous jugerons le plus capable. — Mais vous direz : Au défaut de la force, il faut user de ruse. — // lui plongea son épéeau défaut de la cuirasse. — Le style de ténelon, au défaut de la force, a de lacorrection et de la grâce.
Quoique beaucoup de savants écrivains emploient l'expression de loin en loin, il n'en est pas moins vrai qu'elle est condatrmable, et qu'il faut lui préférer loin à loin, parce qu'il s'agit d'exprimer un rapport de tendance, et non d'antériorité ; le déterminatif à exprime ce rapport de tendance que l'écrivain a dans l'esprit, quand il dit, par exemple : Ces sortes de hardiesses font un merveilleux effet dans la poésie, lorsqu'elles sont placées à propos et de loin à loin (1). L'auteur du Dictionnaire critique s'est étrangement mépris, quand il a prétendu qu'on peut se servir indiiféremmentde ces deux expressions de loin à loin et de loin en loin. Si l'une est bonne, l'autre est mauvaise ; or nous pensons que l'abbé Maury a employé la mauvaise expression, quand il a dit, en parlant de l'abbé de Radon vitliers ; iV'as/jirera-fi/ qu'à ces succès intermittents que lui offrent de loin en loin vos séances publiques^ — Nous avions toujours continué à nous écrire de loin à loin. (J.- J. Rousseau). C'était, dit M. de Chateaubriand en parlant de Bélisaire, c'était un de ces hommes qui paraissent de loin à loin daris les jours du vice, pour interrompre le droit de prescription contre la vertu.
Ne confondons pas les substantifs rapport à avec rapport avec. Une chose a rapport à une autre, quand l'une conduit à l'autre, ou parce qu'elle en dépend, ou parce qu'elle en résulte, ou parce qu'elle en fait souvenir , ou pour toute autre raison. Par exemple, les sujets ont rapport aux princes ; les effets ont rapport {ou se rapportent) aux causes; Us copies aux originaux. Les actions humaines sont bonnes ou mauvaises, selon le rapport qu'elles ont à une bonne ou à une mauvaise fin. — Une chose a rapport avec une autre, quand elle lui est conforme, semblable, ou proportionnée. On dira, par exemple : En matière de peinture, une copieadurapportavecl'original,si elle luiressemble, si elle en retrace tous les traits ; mais, bien qu'imparfaite, elle ne laisse pas d'avoir rapport à l'original.— La langue italienne a un grand rapport [ou se rapporte beaucoup) avec la langue iatine. — H faut penser, a dit Bossuet, qu'outre le rapport que nous avons du côté du corps avec la nature changeante et mortelle, nous avons, d'un autre côté, un rapport intime avec Dieu, etc.
11 est bon de connaître la différence qui existe entre au travers et à travers ; la voici : le premier réclame le déterminatif de, et le second le rejette.
Je les ai vus au travers Je les ai vus à travers la
de la vitre ; croisée.
On vous a jeté de l'eau au On vous a jeté de l'eau à
travers du visage; travers la figure.
(1) L'Abbé d'OHvet , dans ses remarques sur Racine.
DES PREPOSIT
Bien des gens se méprennent dans l'emploi de ces deux mots,en refusant au premier et en donnant au second le déterminatif de. Nos anciens poètes n'ont eu garde toutefois de s'y tromper. Racine a dit :
Au travers des périls un grand cœur se fait jour. I^ sévère Boileau :
Donne de l'encensoir au travers du visager
Et J. B. Rousseau :
. . . Toujours leurs mains propices A travers les précipices •Conduisent ses pas errants.
Il n'e^l pas inutile de bien déterminer ici la signification propre de ces deux expressions au travers et à travers. — Au travers s'emploie pour désigner un passage qu'on se procure entre des obstacles ; à travers sert principalement à désigner un passage vide.
Exemples :
Onvoil le jour an ira- On ne voyait le soleil
vers des châssis ; qu'il travers les nuages.
Le soldat se précipite Un espion passe adroi-
au travers d'un batail- tentent à travers le camp
' Ion, et l'enfonce ; ennemi, et se sauve.
L'aiguille passe 2iU ira- Le poil de chèvre ou
vers de la peau quelle de chameau passe à tra-
perce; vers l'aiguille qui est percée.
Le déterminatif de est réclamé par tous les mots qui suivent : afin, à force, au lieu, loin ou bien loin, avant, que ou combien, beaucoup, peu, plus, moins, assez, trop, tant/ autant, etc.
Exemples :
Il faut bien vivre afin de bien mourir. — A force à'étiidier, on devient savant. — Au lieu de gémir sur nos maux, il faut les souffrir avec résignation; mais, loin de les supporter patiemment, nous accusons le ciel qui nous punit. — Le sage a coutume de penser avant de parler. — Que de monde! que de fous! — Combien d' égoïstes ! — Beaucoup d'ennemi* , peu de femmes , plus de vieillards, moins d'enfants , assez déjeune* gens , trop de soldats , tant de guerres, autant de malheurs , etc.
Les déterminatifs p-es et auprès ne doivent pas être employés l'un pour l'autre ; en effet, le premier emporte une idée de proximité; tandis que le (•econd exprime une idée d'alentour, d'assiduité. Vous direz donc ; Venez près de moi. — Malheur à qui est près du trône ! — Epheslion se trouvait alors près d'^ lexandre ; tandis que vous direz : Ce jeune enfant est toujours auprès de sa mère. — Les rois ont toujours auprès d'eua; des flatteurs corrompus, — Mes enfants, restez aupièsde moi, et ne m'abandonnez que quand je n'existerai pluspour vous.