IONS (SYNTAXE
Quoi de plus bizarre et de plus incorrect que d'employer, comme on le fait tous les jours, le déterminatif vis'à-vis, dans le sens de envers, à l'égard, arec!
Ne dites donc jamais ; // s'est montré ingrat visà-vis de moi; au lieu de : Il s'est montré ingrat envers moi. — // était fier et insolent vis-à-vis de ses inférieurs ; au lieu de : Il était fier et insolent à l'égard de ses inférieurs. — // avait soin de se ménager vis-à-vis de ses rivaux; au lieu de : // avait soin de se ménager avec ses rivaux.
Remarque. Une faute non moins repréheusibie, mais plus ordinaire aux poètes qu'aux prosateurs, est l'emploi du déterminatif i;e?-s pour envers:
Et m'acquitler vers vous de mes profonds respects (0-
{Rack\e.}
La mort a respecté 1<'S jours que je te doi, Pour me donner le lemps de m'acquiiltT vers toi.
(Voltaire.)
Parmi ne peut s'employer qu'av^'c un substantif de nombre pluriel, ou avec un substantif singulier qui présente t'idée d'un grand nombre, d'une réunion ; ainsi l'on dira bien : Purmi nous; parmi lis hommes; parmi nosvivgt camarades; parmi le peuple, on rencontra beaucoup de gens imprudents; on dira bien encore : parmi tout cela; parmi les feux ; parmi le trouble, etc. (2). Mais on ne dira pas : Parmi ce plaisir; parmi la gloire ; parmi nous deuxj parmi nos trois camarades; parmi mun frère et ma sœur, etc. ; parce que plaisir, gluire sont réduits à l'unité, et parce que le nombre deux, trois, n'est pas assez considérable. Il faut se servir du déterminatif entre : — On a voulu seiner la zizanie entre nous deux, entre nos trois camarades, entre mon frère et ma sœur. — Au milieu du plaisir, au milieu de la gloire, il songeait à ses amis.
Tous les jours on entend dire : Nous étions sept à huit convives, et tous les jours on lit dans une feuille publique : Il y eut dans l' assemblée quatre à cinq membres opposants. Les gens du monde ne trouvent rien à reprendre à celte faconde parler, qui est très-usitée; mais le vice de celte locution n'échappera pas à celui qui est accoutumé à peser l^ valeur des mots. On ne doit pas dire : Nous étions sept à huit convives; — Il y eut dans l'assemblée quatre à cinq membres opposants ; landis qu'on dira bien : Ils étaient sept à huit cents hommes; — On compte quatre à cinq lieues .pourquoi cela? Parce qu'il y a des divisions possibles entre sept et huit cents hommes, des intervalles réels entre quatre et cinq lieues, et qu'on entend alors de sept à huit.
{{) On ne dit pas s'acquitter de ses respecta. (2) Le poète , plus hardi que le prosateur , pourra dire san. inconvénieut :
l'anni ce bruit coofiis de plaintes , de clameurs.
GRAMMAIRE FRANÇAISE
de quatre à cinq; mais entre sept et huit convives , quaire à cinq membres d- 1' oppositiGn , il n'y a pas de fî-aclions possibles. Il l^aut donc dire : Nuus étions st'jji ou huit convives. — Il y tul quatre ou cinq membres opposants.
Durant est un mot invariable, un vrai délerminatif, qu'il ne faut pas confondre avec le p;trticipe présent du veibe dvrer. C'est donc une faute bien grande, que d*; dire : J'ai Loué cette maison de ville, je la garderai ma vie durante. Il faut dire :
* Je la garderai via vif. durant, ou durant ma vie, pendant ma vie. — Ils jouiront de ce domaine six années durant, ou pendant s'>x années, et non pas six années durantes. ,
Tl n'est pas rare assurément d'entendre dire : J'ai lu cela sur un journal; nou^ avons lu sur la Gazette l'anecdote quon vous a racontée. — Vous lirez cette clause sur le contrat de mariage. C'est employer un mot pour un autre; on pose sur la table , on écrit sur le papier, etc. Mais on lit dans un livre, dans un registre, etc. C'est pourquoi il faut dire nécessairement ; J'ai lu cela dans un journal. — Nous avons lu dans la Gazette l'anecdote qu'on vous a racontée. — Vous lirez cette clause datis le contrat de mariage , dans le contrat de vente, dans le testament de votre père, etc., etc.
Voici et voilàne doivent pas être confondus. Le premier sert à montrer, à désigner un objet qui est proche ;\e second désigne, montre un objet qui est plus ou moins éloigné.
Exemples;
Voici le livre que vous me demandez, prenez-le. — J'aperçois de loin la maison dont vous me parlez; la voilà sur le penchant de cette colline.
Voici et voilà se disent aussi de choses qui ne tombent pas sous les sens. Quand on va énonœr
* une cause, une preuve, un motif, on se sert de voici; quand on l'a énoncé, on se sert de voilà.
Exemples :
Voici ce qui peut le retenir chez lui ; depuis huit ou dix jours il est attaqué d'une fièvre intermittente.
Voici le fait: dcfuiis quinze ou vingt ans en çà. Au travers d'un mien pié certain ânon passa.
— La droiture du cœur, la vérité, l'innocence et la règle des mœurs, l'empire sur les passions : voilà la véritable grandeur et la seule gloire réelle que personne ne peut lui disputer.
Tout ce que j'ai (enté pour m'immoler sa tête , L'oracle révélé, mon dé[)arl qui s'apprête. Ma fierté, ma vertu , cent ouirages récoiils : f^uilà {luur mon devoir des litres surfisauts.
Les déterminatifs voici, voilà, sont formés de l'impératif du verbe voir et des. adverbes ci (pour ici) et là; ainsi nous voilà signifie vois nous là ; me voici veut dire vois moi ici; il résulte de cette étymoîogie généralement avouée, qu'on dira : Le voici qui vient, et non pas le voici qu'il vient, ce qui serait une faute énorme ; — L^-s voilà qui entrent et non pas les voilà qu'ils entrent. Le voici qui vient, les voilà qui entrent signifient voici lui qui vient, voilà eux qui entrent. On peut dire encore,, mais d'une manière moins correcte, vo'wi qu'il vient; voilà qu'ils entrent, r.'est- à-dire voici lui, il vient ; voilà eux, ils entrent.
Remarque. Bien que voici et voiLà ne doivent pas être employés l'un pour l'autr-e, il est permis néanmoins de se servir du déterminaiif voilà pour donner plus de mouvement, plus de force à la pensée, lorsqu'on songe plus à l'effet de l'action qu'à l'action elle-même , quoique le sujet soit proche et s'attache à une action ptésenie ; Te voilà donc, ô mon cher fils, et le ciel permet enfin que tu me sois rendu !
Du côté du levant bientôt Bourbon s'avance : Levoilà qui s'approche , et la mort le devance.
Le génie de notre langue établit une différence entre les déterminatifs avant et devant. Le pre- I mier indique priorité de temps ou d'ordre; le second marque L'ordre des places, et il est opposé au déterminatif après.
// faut étudier L'histoire de La Grèce avant les révolutions romaines.
IL est avantageux pour L'esprit de se Livrer au travail avant le repas du matin.
La victime ornée de bandelettes sacrées avait été placée devant L'autel.
Le corps de la noblesse marchait, à La procession , devant l'ordre du tiers-état.
bevunt signifie encore en présence, ou en face.
f xemples :
Nous parailrofis un jour devant Le juge suprême des naiio7is. — J'ai devant mes fenêtres une riche prairie émailléc de fleurs.
Remarque. L'adverbe avant, signifiant Loin, au-delà, peut être précédé des adverbes plus, moins, si, bien et trop.
Exemples :
Je n'irai pas plus avant. — // est allé moins avant. — On en était venu si avant, qu'il fallait vaincre oumour'ir. — Le fer était entré bien avant dans la poitrine. — Vous allez, messieurs, trop avant.
Les bons écrivains ne se méprennent jamais sur l'emploi des expressions tout à coup et tout d'un coup. Si je veux énoncer qu'une chose s'est faite soudainement, est arrivée en un moment, en un clin d'œil , d'une manière brusqxie, je me servirai de l'expression tout h coup. Si je veux faire entendre qu'une chose a eu lieu en même temps, est arrivée tout d'une fois, je me servirai de l'expression tout d'un coup.
Exemples :
Une tempête horrible s'éleva tout à coup, et le^ ondes courroucées faillirent nous emgloulir. — // s'est élancé tout à coup sur son ennemi, et l'a terrassé. — Deux successions leur sont vcJiues tout d'un coup. — Je ne puis vous accorder tout d'un coup une confiance sans bornes. — Le grand jour du jugement arriva'a tout à coup, et lesmorts sortant de leurs tombeaux seront tout d'un coup ju^éa par le Créateur des mondes.
Les façons de parler auprès de et au prix de, signifiant, l'une et l'autre, en comparaison de, sont employées indisliuctemeiit par plusieuis bons écrivains.
Exemples :
La terre n'est qu'un point auprès du reste de l'univers. — Tous les ouvrages de l'homme sont vils et grossiers auprès des moindres ouvrages de la nature, auprès d'un brin d'herbe, ou de l'œil d'une mouche. — L'intérêt nest r'ten au prix du devoir. — Qu'est-ce que celte vie, hélas I au prix de l' éternité P — Tous les anciens physiciens ne sont rien au prix des moda'nes. — Au prix de, qui est une locution adverbiale , nous paraît néanmoins bien préférable, pour signifier en comparaison de , au déterminaiif auprès. Quoi qu'il en soit, ce serait une faute que de dire aujourd'hui ;
Pour vous régler sur eux , que sont-ils prés de vous?
11 fout dir e : Que sont-ils au prix de vous ? Nous insistons sur cette faute, parce qu'elle se rencontre encore chez quelques - uns de nos bons écrivains.
Les déterminatifs en et dans, quoique synonymes en apparence, offrent une signification différente. Dans s'iemploie pour un sens fixe et particularisé, au lieu que en s'emploie pour un sens général et indéfini.
Exemples :
/( demeure dans la 11 demeure en pro- Normandie, v'ince.
Ils logent dans Paris.
Il fait cher vivre dans les pays étrangers.
Il est dans sa chambre.
Ils sont arrivés en France.
C'est en paijs étranger que nous voyagerons.
Il est en chambre garnie.
Jls sont dans les cachots.
Nous logeons daiis la Sorbonne.
Il est dans une pension.
Nous sommes venus ici dans un beau temps.
Dans le même temps je reçus des nouvelles de ma famille.
Les arts fleurissent dans la paix.
Dans la colère on ne se connaît pas.
On a trouvé son corps dans les cendres.
Cet homme est dans la peine (il est malheureux).
Ils sont en prison.
Nous avons étudié en Sorbonne.
Il est en pension.
Vou^ êtes venus en temps opportun.
Venez tous detuc même temps.
en
Heureux les peuples qui vivent en paix !
Je les ai vus souvent en colère.
Le bois se réduit en cendres.
Cet homme est en peine (il a des inquiétudes).
Remarque. Si le substantif, pris dans un sens vague, est suivi d'un adjectif ou de tout autre équivalent, il faut le faire précéder du déterminaiif dans; ainsi l'on ne dira pas : Il couche en prison fort obscure; — // habite en province qui nous est très-connue; on doit dire : Il couche dans une prison fort obscure; — // habile dans une prov'ince qui nous est très-connue. On dit donner en spectacle ; mais il n'est pas correct de dire : // a donné en spectacle funeste, et c'est un ton qu'a eu noire célèbre Racine :
On va donner en spectacle funeste
De son corps tout sanglant le misérable reste.
En rejette le pronom lequel, et l'article défini pluriel les; c'est pourquoi l'on ne peut pas dire : L'argent est l'objet en lequel l'avare concentre toutes ses jouissances ; il faut dire : l'argent est l'objet dans lequel... On ne peut pas dire non plus : En les hommes; en les pays étrangers; en tous les habitants ; en les lieux ; en les temps que vous m'avez indiqués ; il faut : Datis les ho"mes; dans les pays étrangers ; dans tous les habitants ; dans les lieux; dans les temps que... En n'admet l'article défini singulier que dans ces façons de parler : En l'honneur, en la présence, en l'absence de nos amis ; ce procès a été jugé en /a grand' chambre; ces malheurs sont arrivés en l'an 1795; espérons en la miséricorde du Se'igneur
Ne dites pas . En la paix ; en la guerre ; en la prospérité; en la solitude ; en la belle saison; en la personne du roi; en les mains des ennemis; en l'affreuse situation oii nous sommes ; en C abandon , en l'état oîiil est réduit, eic Diies: damlap ix dans la guerre; d'ws la près ériié: dans la slinid : dans la personne du roi; dans la belle saison ; <iam les mains des ennemis ; dans l'affreuse situation ou
GRAMMAIRK
nous sommes ; dans l'abandon ; dans Cétat où il eu réduit, etc.
Remarque. On ne peut pas dire : // est tombé en, ou dans le 'pouvoir des alliés ; on doit dire : Il est tombé au pouvoir des alliés.
On se sert de dans pour marquer le terme; et l'on emploie en pour marquer la durée. Je dois faire un voijage ; si je veux faire entendre qu'if sera de deux mois, je devrai dire : Je ferai mon voyage en deux mois. Si je veux donner à entendre que je ne commencerai de voyager qu après deux mois, je dirai : Je ferai mon voyage dans deux mois. Si je dis : Il arrivera en trois jours, je veux faire entendre qu'il sera trois jours en marche. Si je dis : // arrivera dans trois jours , je donne à connaître qnil tardera trois jours à arriver.
Doit-on dire : Il est en prison ou à la prison? — Si l'on veut parler d'un homme détenu, on doit dire : // est en prison. Si l'on veut faire entendre qu'une personne est alléd à la prison, comme on va à l'église, on doit dire : Elle est à la prison. Enfin l'on dit : Il ou elle est dans la prison , soit qu'on parle d'un prisonnier, soit qu'on parle d'une personne qui est allée volontairement à la prison.
Ce serait une faute, que de dire : // est mort en l'âge, ou dans l'âge de soixante ans. — Nous avons chanté des psaumes en ta louange du Seigneur. — Il a fait un poème en la gloire de Charlemagne. On doit dire : Il est mort à l'âge de soixante ans. — Nous avons chanté des psaimes à la louange du Seigneur. — Il a fait un poème à la gloire de Charlemagne (i).
Faut-il dire : Nous sommes en ville, en campagne, ou à la ville, à ta campagne? — Si l'on veut parler d'une personne qui est hors de chez elle, on doit dire : Elle est en ville. Si l'on veut faire enr«'ad;-^ qu'e//e n'est pas hors de ta ville, on doit • dire : Elle est dans la ville. Eulin, si Yoù veut donner à connaître seulement qu'e//e n'est pas à la campagne, on doit dire : Elle est à la ville.
Si l'on veut parler d'un homme qui n'est pas en ville, on doit dire : Il est en campagne. Si l'on veut faire entendre qu'il ne travaille ni à la ville, ni chez lui, on doit dire : Il travaille dans la campagne. Enfin, si l'on veut donner à entendre qu'il a qvitié la ville pour les champs, on doit dire : Il est À la campagne.
(1) Un avocat en parlement était autrefois celui qui était reconnu en cette qualité , sans avoir , pour cela , le droit d'avocasser. Un avocat oit parlement était celui qui avait le droit de défendre 'levant le parlement. — Un abbé en manteati court est celui qu'on voit portant à l'heure même un manteau court. Vn abbé à tnanicmi rmirt est celui qui a coutume de porter un matitoau court. ^
Remarque. En parlant des troupe*;, il faut dire: Elles sont en campagne; on le dira de même d'un homme qui est sorti pour découvrir au loin ce qu'il cherche : Il s'est mis en campagne. Nous dirons encore : mettons tous nos domestiques en campagne ^ c'est-à-dire , envoyons-les à la piste ou à la découverte de ce que nous cherchons.
Au lieu de en et de dans, il faut se servir du déterminatif à devant les noms de ville, quand il s'agit de résidence, de station, de voyage , d'arrivée (1).
Il demeure, il s'est arrêté, il est né, il est mort à Amiens, au Mans (à le Mans), à la Flèche, à Toulon, aux îles d' mères {à les îles d'Hières). — L'été prochain, nous irons à Péronne, au Quesnoy [à le Quesnoy), à la Rochelle, aux îles Canaries. — Ils sont arrivés à Lyon, au Havre (à le Havre), à la Ferté, à Bordeaux, aux îles Baléares.
Au lieu de à, servez-vous du déterminatif pour, quand il s'agit de départ.
Exemple :
Il est parti pour l'Espagne, pour Ségov'ie, pour l'île de Madère.
En s'emploie avec plusieurs verbes, et en change la signification.
Exemples :
// en veut à ses juges, c'est à- dire il leur veut du fnal. — A qui en voulez-vous, ou à qui en avezvous ? c'est-à-dire à qui voulez-vous parler? contre qui avez-vous du ressentiment? — Après plusieurs démêlés, on en vint aux reproches, aux injures, c'est-à-dire : on poussa l'aigreur jusqu'à se faire des reproches, jusqu'à se dire des injures. — Après avoir passé en revue les exploits des grands capitaines d'Athènes, on tint à parler de nos généraux français, c'est-à-dire : on s'entretint ensuite de nos généraux français. — Ils ne s'en tinrent pas là ; je ne sais à quoi m'en tenir, c'est-à-dire : ils allèrent plus loin ; je ne sais quel parti embrasser. — Ils tinrent à leurs opinions qu'ils motivèrent, c'est-àdire : ils restèrent attachés à leurs opinions. — Nous 71 en demeurerons pas là, c'est-à-dire : nous agirons ultérieur ement. d'un autre côté. — Nous ne demeurerons pas plus long-temps dans cette ville, c'est-àdire : nous n'y ferons pas un plus long séjour. — Quand on est malheureux par sa faute, on a tort
(1) Lorsqu'on dit: Il loge dans Paris . on çous-cniend le mot rille , c'est-à-dire , il lope dans la rille de Paris. On doit préférer toutefois : Je loge à t^aris, à Amiens, à Lyon, eîc, à : je loge dans Paris, dans Amient, dans Lyon, etc. Mais l'usage fait mieux tonnaitrc que les préceptes dans quelles circonstances il faut employer à , dniis- , en.
DES PREPOSniOlNS (SYNTAXE)
de s'en prendre aux autres, c'est-à-dire on a tort d'imputer aux autres le malheur où l'on est. — Les gens qui se noient involontaireynent se prennent à tout ce qu'ils trouvent, c'est-à-dire : s attachent à tout ce qu'ils trouvent. Un écrivain a donc commis une faute, quand il a dit :
Mon fils , si le Destin t'accable , Tu ne dois pas te prendre à moi.
îl devait dire : Tu ne dois pas t'en prendre à moi.
En n'est qu'un mot explétif dans ces façons de parler : ^
Où en voulez-vous venir? — Je n en attendais pas moins de vous. — Il en est de cela comme de la plupart des choses de ce monde. — // n'eu sera pas ainsi. — Vous en dînerez beaucoup mieux. — Il n'en est rien. — A qui en avez-vous? — La nature en a bien usé avec nous. — i^ourquoi en usez-vous mal avec moi ? — // en est de même des savants. — Il ne f nit pas s'en prendre à tout le monde. — // en impose dans tout ce qu'il dit. — Ils en vinrent aux mains dès l'auhe du jour. — Tenons-nousen là, je vous supplie. — Pourquoi m'en vouloir, à moi qui n'en voulus à personne ?
La doaleur qui se tait n'en est que plus funeste.
Observation. Quoique l'on dise : en user bien ou mal avec quelqu'un, \\ n'est pas permis dédire: en agir bien ou mal avec quelqu'un ; c'est s'exprimer d'une manière très-impropre.
C'est abusivement qu'on dit au palais et parmi les gens d'affaires : Je crois que, dans l'intérêt des parties, la cause doit être remise à huiifiine; c'est dans vos ivtérêis seuls que j'ai demandé et obtenu cet i^journement.h serait plus naturel et plus correct dédire : Je. crois que, pour l'intérêt des parties, la cause doit être remise à huitaine ; c'est pour vos intérêis seuls, ou c'est dam la seule vue de vous servir, que j'ai demandé et obtenu cet ajournement. Dans l'inttrêt de... est une locution qui a pris faveur au palais, et qui s'est glissée furtivement jusque dans les administrations civiles et militaires.
Les détemiinatifs qui n'ont qu'une syllabe, doivent être répètes devant ch que complémt nt. Ne dites donc pas avec un écrivain célèbre : Ils se jetaient dans le Tibre pour s'entretenir dans l'habitude de nager et nettoyer la poussière et la sueur. MuuieMjuieu aurait dû dire : Ils se jetaient dans le Tibre pour s'entretenir dans l'habitude denager, et pour nettoyer la poussière et la sueur. Au lieu de: Dans les Histoires et les romans. Us faits tiennent lieu de pensées et d'esprit. Il raliait dire : Dans les histoires et dans les romam. les faits tiennent lieu de pensées et d'esprit. Ne dites pas : De l'un et l'autre cêté , on ne peut rien espérer de bon. Je mis étranger à l'un et l'autre, mais : De l'un et
de l'autre côté, on ne peutjien esprrer de bon. Je suis étranger à fun et à l'autre. Dites pareillement : Je suis ami de l'un et de l'autre. — Je ne l'ai fait ni pour l'un ni pour l'autre. — Que peut faire ici une voix de plus ou de moins ? — ISous avons vu de belles et de jolies femmes. — // est allé chez vous et chez moi. — Cette justice est sans règle et sans maxime. — Faëme a fait de savajites remarques sur Catulle et sur quelques ouvrages de Cicéron. — La conversation d'aujourd'hui est tout en saillie, en équivoques, en calembourgs, en jolis riens. — Le jargon supplée à l'esprit, à la raison, à la science dans les personnes qui ont un grand usage du monde. C'est avec raison qu'on a relevé les fautes suivantes : Continuer ez-vous à massacrer, emprisonner, dépouiller, etc. Il fallait faire précéder emprisonner et dépouiller du déterminatif à. De toi l'on apprit l'art D'imaginer sans cesse une sottise rare, Et, gpur se distinguer , tâcher d'être bizarre.
Il fallaiî... de tâcher d'être bizarre.
Il y a une circonstance où les déterminatifs de et à ne se répètent pas; c'est celle dans laquelle l'esprit ne considère qu'une substance , qu'un objet. Je dirai par exemple :
Rien ne prouve mieux que la fable du Loup et l'Agneau, comb'ien les faibles ont à craindre des forts. Si je disais : la fable du loup et de l'agneau, je paraîtrais énoncer deux titres de fables, tandis que je ne veux énoncer que le titre d'une fable. Je dirai ; De tous les romans de l'ant'iquité, c'est à Théagène et Chariclée que je donne la préférence. Si je disais : C'est à Théagène et à Chai-iclée, mon expression annoncerait deux romans^ et trahirait ma pensée, qui ne considère qu'un seul roman intitulé : Théagène et Chariclée. Il y a bien pour cet ouvrage deux noms, mais ces deux noms ne forment qu'un seul titre , qu'une seule chose.
J.-J. Rousseau a donc fait une faute, quand il a dit : Je n'oublierai jamais d'avoir vu pleurer beaucoup une petite fille qu'on avait désolée avec la fable du loup et du chien. — Nous ne sommes nullement ici de l'avis de Boinvilliers; il est permis de pointiller, mais pas de la sorte; c'est outrepasser la permission.
Les déterminatifs, soit monosyllabes, soit polysyllabes, doivent être répétés devant les mots qui présentent des significations tout à fait différentes.
// nous a secourus selon nos besoins et selon ses moyens. — L'auteur ne doit rien laisser en arrière, dès sa première réponse, de tout ce qu'il peut dire pour se justifier, s'il a raison, ou pour se corrige)-, s'il a tort. — Le fils de Dieu est venu pour racheter
les hommes, et pour détruire l'empire du démon. Mais lorsque les déterminatifs sont devant des substantifs qui signifient a peu près la même chose, surtout quand ce sont des substantifs accompagnés de l'article ou de quelque autre modificatif, on peut se dispenser de les répéter.
Exemples :
* Le fils de Dieu est venu pour racheter les hommes et les délivrer de la servitude du péché. — Turenne ne perdit pas ses premières années dans la mollesse et la volupté.
On se dispense encore de répéter les déterminâtes, quand il y a une longue énumératiôn à faire :
Toujours logé dans de très-beaux châteaux De princes, ducs, comtes et caruliiaux ,, Il voit partout de grands prédicateurs , Riches prélafs, casuisles, docteurs, Moines d'Espagne et nonuains d'Ilahe.
Eux bien payés consuhèrent soudain En grec, hébreu, syriaque, latin.
Rien n'est plus ordinaire que d'entendre dire : A tout autre qu '^ vous je tairais ces vérités ; mais l'analyse grammaticale démontre le vice de celte expression, qui consiste dans la répétition du déterminatif à. Tout autre que vous s'offenserait de ma franchise, c' est-a-dire, un homme tout autre que vous n'êtes s'offenserait de ma franchise. Celte analyse est applicable à la première phrase apportée pour exemple : A tout autre que vous je tairais ces vérités, c'est-à-dire : Je tairais ces vérités à tout autre que vous n'êtes. On doit dire également : Un pareil langage convient à tout autre que vous ; — De tout autre que lui j'accepterais la somme qui m'est nécessaire, et non pas : Un pareil langage convient à tout autre qu'k vous; de tout autre que de lui j'accepterais... On est donc trompé par une fausse analogie, où l'on est entraîné par un exemple contagieux, quand on dit tous les jours : A tout autre qu'à vous je tairais ces vérités ; — Pour tout autre que pour cette femme, j'aurais fait volontiers cette démarche.
Quand une phrase est composée de deux membres où le même déterminatif se trouve répété, il faut donner à ce déterminatif un complément de même nature. Il n'est ni exact ni correct de dire, par exemple :
La lecture sert à l'ornement de l'esprit, à régler les mœurs, et à former le jugement. — Ils se plaisent à chasser et à la promenade. — Chez les Lacédémoniens, les jeunes gens apprenaient de bonne heure à manier le javelot et la natation. — Nous devons croire à la justice du Très-Haut , et qu'il traitera les bons autrement qu'il n'en usera avec les méchunis. Toutes ces phrases sont disparates; la convenance et la justesse du langage exipent
qu'elles soient construites de la manière suivante : La lecture sert à orner l'esprit, à régler les mœurs, et à former le jugement. — Ils se plaisent à la chasse et à la promenade. — Chez les Lacédémoniens, les jeunes gens apirenaient de bonne heure à manitr le javelot et à nager. — Nous devons croire à la justice du Très-Haut, et penser qu'il traitera les bons autrement qu'il n'en usera avec les méchants. Faut-il écrire ; Un homme plein de vent, avec ou sans s ? Pour apprécier le nombre auquel on doit mettre le substantif précédé du déterminatif de, il faut s'attacher à distinguer le point de vue sous lequel ce i^me substantif doit être envisagé. Vous écrirez, par exemple : Cet homme est plein de vent, et il est rempli de projets. — Cet artiste est plein de talent, et cette jeune personne est remplie de talents. — Cette tête est pleine de grâce, et cette femme est remplie de grâces. — Les vieillards se rx)urrissent de lait, et les jeunes gens aiment à se nourrir de fruits. — La gelée a fait beaucoup de tort à la vigne, et vous avez beaucoup de torts envers moi. — Nous aimons les enfants remplis de bonne volonté, et ils réussissent souvent mieux que les enfants pleins d'heureuses dispositions
D'après cette règle, on écrira : Ily a deux sortes de syntaxe, et non pas de syntaxes ; c'est-à-dire , la syntaxe est de deux sortes, elle se préhente sous deux aspects : or, comme l'analyse amène le mot syntaxe au singulier, il faut l'employer à ce nombre seulement.
Ce que nous venons de dire des substantifs unis par le déterminatif de, s'applique nécessairement aux substantifs liés par les déterminatifs o, en, sans, avec*
Exemples :
Nous voyageons à pied. — J'ai un coffre à secret. — Achetez des armoires à linge. — Ces fruits sont en marmelade. — Nous sommes sans monnaie, sans ami (1). — Ils sont venus avec canne et bâton, etc. ; tandis que vous écrirez : J'ai un lit à roulettes. — Il sautait à pieds joints. — Fuyez cette bête à cornes. — Sa femme est en couches. — L'ennemi a été taillé en pièces. — // marche sans souliers. — Les soldats partiront avec armes et bagages, etc.
L'infinitif, précédé de à, équivaut à l'infinitif passif.
(t) Quoique le détcrmiaatir sans exclue la pluralité, et qu'on doive dire: Je suis itnns ami, sans enfant, sans arme, sans chemise ; ce qui signifie , je n'ai aiicun aitii, aucun enfant, aucune arme , aucune chemise , il faut dire néanmoins: Cet animal est t^enu au monde sans cornes. Défiguré d'une horrible jnani'ere, cet esclave était sans nei et sans oreilles : parce (]ue le nonjjre singulier supposerait , dans ce cas , que pou» n'avons qu'une oreille, et que les auimaux n'ont qu'une cornQ>
DE L'ADVKRBE (SYNTAXE).
Exemples :
Ce fruit ext bon à mar.ger, c'est-à dire, est bon à être mnngé. Il s'ensuit que l'on ne doit jamais construire de cette manière un verbe qui n'a pas tle complément direct. Ne dites donc pas : Cet abus serait facile à remédier ; à remédier signifie à être remédié; or, on ne dit pas remédier un mal. Ne dites pas non plus : Ces gens-là sont difficiles à vivre; — Cet arbre n'est pas facile à monter dessus ; — Vos enfants ne sont pas à désespérer ; par la raison qu'on ne peut pas donner un sens passif aux verbes intransilifs , tels que remédier , vivre, monter, désespérer, etc. Vous direz : // sev^it facile de remédier à cet abus. — // est difficile de vivre avec ces gens-là. — Il n'est pas facile de monter sur cet arbre. — Il ne faut pas désespérer de vos enfants.
Observation. Le verbe faire combiné avec un infinitifr ne peut jamais êtie précé<ie du délenninatif à. En elfet, par la raison qu'il n'est pas peruiis de dire : Ces hommes ont été condamnés à être fait mourir, on ne peut pas dire non plus : Ils furent difficiles à faire mourir, ce qui signifierait : ib furent difficiles à être fait mourir. — Les phrases : Ces pierres énormes ne seront pas aisées à faire tomber ; — Ces imprudents voyageurs ont été fait venir à lapréfeciure, offrent un semblable vice d'expression; vous devez dire : // ne sera pas aisé de faire tomber ces pierres énormes ; — On a fait venir à la préfecture ces imprudents voyageurs.
Les fautes que nous venons de signaler ici sont très-communes dans les entretiens journaliers.