DE L'AMPHIBOLOGIE
Amphibologie, en grec «/jtpteoAia formé de «/<-?;, autour, et de fi«xxoi, je jette, auquel on a ajouté xoyoi . parole, signifie sews équivoque. Lois qu'une phrase est énoncée de façon qu'elle e.sc susceptible de deux interprétations difterentes, ov. dit qu'il y a amphibologie , c'est-à-dire que le stn^est équivoque, ambigu.
L'amphibologie vient delà tournure de la phrase, c'est-à-dire de l'arrangement des mots, et non de ce que les termes sont équivoques.
Quoique la langue française s'énonce communément dans un ordre qui semble prévenir toute amphibologie, cependant nous n'en avons que trop d'exemples : nos qui, nos que, nos il, nos son, sa, se, donnent aussi lieu fort soiiyenfdï amphibologie.
En voici un exemple r
François i*"" érigea Vendôme en duché-pairie en faveur de Charles de Bowrbon, et il le mena avec
lui à la con(^uêie du dmhé du Milan , où il se comporta vaillamment. Quand ce prince eut été pris à Pavie, il ne voulut pas accepter la régence qu'on lui proposait ; \\ fut déclaré chef du conseil. Il continua de travailler pour sa liberté, et quand il fut délivré, il continua à le bien servir.
Tous ces pronoms rendent le sens de celte phrase tellement amphibologique , qu'il n'est pas possible de le saisir. Dans ces cas-là il vaut mieux répéter les noms.
Oorneille a dit :
L'amour n'est qu'un plaisir, et l'honneur un devoir.
Dans cette proposition , le premier membre est né{îatif, et le second affirmaiif ; et cependant ils sont liés par une conjonction. Cette construction est louche.
L'Académie a remarqué que Corneille devait dire ;
L'amour n'est qu'un plaisir, l'honneur est un devoir.
Gomme le dit avec raison Boinvilliers , la clarté étant le caractère propre de notre langue , la loi fondamentale du discours, nous devons éviter avec beaucoup de soin toutes les phrases ambiguës., i Ce qui n'est pas clair n'est pas fr;mçais », a dit avec raison Rivarol. Toute phrase ampliibologique, équivoque ou louche, est essentiellement condamnable, puisqu'elle pèche contre la clarté, t La clarté, ditd'Alembert, consiste à se faire entendre sans peine. On y parvient par deux moyens : en mettant chaque idée à sa place, dans l'ordre naturel, et en exprimant nettement chacune de ces idées. Ces idées sont exprimées nettement et
facilement , si l'on a évité les iciiiics équivoques, les tours ambigus , les phrases trop longues, trop chargées d'idées incidentes et accessoires à l'idée principale.
Celui qui compose s'entend , et par cela seul il croit qu'il sera entendu ; mais celui qui lit n'est pas dans la même dispositiciti d'esprit ; il faut que l'arrangement des mots le force à ne pouvoir donner à la phrase que le sens qu'a voulu lui faire entendre celui qui a écrit. »
Ce qui rend une phrase équivoque, c'est l'indétermination essentielle à certains mots employés de manière que l'application naturelle n'en est pas fixée avec assez de précision. — Une phrase est louche, quant au sens, lorsque les mots qui la composent semblent , au premier coup d'œil , avoir un certain rapport, quoique véritablement ils en aient un autre, de telle façon que les idées ne sont ni claires ni intelligibles.