‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 53 sur 279 · DU BARBARISME ET DU SOLÉCISME · texte numérisé non relu

DU BARBARISME ET DU SOLÉCISME

La sîxiènie édition du Dictionnaire de i Académie définit le barbarisme une faute de langage qui consiste , soit à se servir de mots forgés ou altérés, soit à donner aux mots un sens différent de celui qu'ils ont reçu de l'usage , soit enfin à se servir de locutions choquantes et extraordinaires. Quant au solécisme , c'est tout simplement une faute contre la syntaxe. Cette dernière définition nous paraît jusie; mais celle du barbarisme l'esl-elle? Le barbarisme n'est pas seulement une faute de langage , car le solécisme 2l cela, de commun avec lui; mais \e barbarisme est une faute contre le langage, ce qui est bien autrement grave ; parce qu'on ne le commet qu'en se servant de mots inusités et inconnus à la langue, tandis que le solécisme ne consiste qu'à construire , contre les règles de la Grammaire , des mots connus et adoptés par l'usage. Beaucoup de Grammairiens ont confondu ces deux mots. On en sentira mieux la différence d'après l'étymologie grecque et latine, qui, du reste, est historique. Barbarisme, en grec ^apSupanoi , est formé de fiapëapoi ; il signifie imitation des barbares, expression propre aux étrangers. On sait que les Grecs appelaient par mépris barbares toutes les nations qui ne pariaient pas leur langue, ou du moins qui ne la parlaient pas aussi bien qu'eux , sans excepter les Égyptiens, auxquels ils étaient redevables d'une partie de leurs sciences et de leurs arts. Plus tard, ils ne se servirent plus de ce mot que pour marquer l'opposition qui se trouvait entre eux et les nations chez lesquelles la civilisation n'avait pas fait de progrès, qui croupissaient dans l'ignorance, et dont les mœurs étaieht dures et sauvages. Les Latins donnèrent la même acception à leur mot barbarus. Ils nommaient barbares tous les autres peuples, excepté les Grecs, qu'ils reconnaissaient pour une nalion savante et policée, se montrant plus reconnaissants en cela que les Grecs eux-mêmes : Ce sont des peuples barbares qui conquirent l'empire romain. Ainsi le mot barbarisme signifie proprement : mot étranger, barbare, qu'on n'entend pas.

Le barbarisme consiste : 1» à introduire dans une langue des mots inusités , comme : rébarbaratif, pour rébarbatif; nous riàmes, pour nous rîmes; aigledon, pour édredon (duvet de certains oiseaux du nord); la crudétité, pour la cruauté;

écharpCf pour écharde ( éclat de bois qu'on s'enfonce dans la peau); 2o a prendre un mot de la langue dans uu sens différent de celui qui lui est assigné par le bon usage. Exemples : il a pour moi des boyaux de père , pour des entrailles de père. Mon habit est trop équitable, au lieu de trop juste.

Un^e étrangère disaitqu'elleavait une estafilade de cinq pièces d'arrac lie -pied, pour dire U7ie enfilade de cinq pièces de plein-pied. Cette personne , faute de savoir la signification des termes , les confondait en prenant un mot pour un autre , à cause de la ressemblance.

La même disait que sa maison avait la plus belle préface de tous les bâtiments de la ville , pour dire la plus belle façade, etc.

Une autre disait : que son mari était mort d'hypocrisie, pour d'hydropisie, etc. Elle disait encore, lorsqu'elle jouait et qu'on disputait sur un coup : J'en appelle à la brutalité des spectateurs, pour dire : à la pluralité f etc. Le barbarisme consiste encore dans certaines façons de parler, qui ne sont en usage que dans une autre langue ; par exemple : cette soupe a bon visage, au lieu (Je dire: a bonne mine; c'est une fauteque les Allemands font assez souvent.

On voit que nous n'admettons que des barbarismes de mots ; car ce que la plupart des Grammairiens et Voltaire lui-même ont appelé barbarismes de phrases, sont de véritables" «o/écis/nes. En effet, je crois de bien faire, pour je crois bien faire; encenser aux dieux, pour encenser les dieux, doivent être regardés comme de vrais solécismes.

Ce mot, qui se dit en latin solecismus, est tiré du grec toXoixi7fj.os , et dérivé dezoAowoj, habitant de laville de Soles, parce que, dans cette ville, fondée en Phrygie ou en Cilicie par Solon, qui y transplanta une colonie d'Athéniens, la pureté de la langue grecque, s'étant altérée avec le temps, fil place aux locutions vicieuses. Le solécisme consiste donc dans un vfce de construction ou dans une faute contre la Grammaire. // est prêt de vous écouter : Je m'en rappelle, &ont des solécismes , parce que l'on doit dire pour bien parler : // est prêt à vous écouter : je mêle rappelle.

11 y a solécisme, lorsqu'on emploie être pour avoir, ou avoir pour être; lorsqu'on dit: il a entré, pour il est entré dans la maison. J.-J. Rousseau

Page 1