DE L'USAGE
Avant de traiter de Vorihographe , nous avons si souvent occasion de parler de Vusage, (\u\\ nous semble naturel de donner une idée précise de ce qu'on doit entendre par ce mot. Pour cela , nous avons besoin de remonter à la source de l'influence qu'il a sur les lan^^ues , et de reconnaître, pour les déterminer, les bases et les limites de son autorité.
Nous l'avons dit, les signes adoplés dans chaque langue pour représenter les sons et les artictUations , la formation des syllabes, et tout ce qui concerne le matériel des mots, est purement arbitraire. Un peuple tout entier n'ayant pu s'assembler pour délibérer là-dessus, et pour adopter telle combinaison de lettres plutôt que telle autre, il est évident que l'adoption des mots ne s'est Faite que successivement et à la longue, par Vusage donc, qui n'est autre chose que le consentement tacite d'individus qui parlent et comprennent le même langage.
On peut définir une langue, dit Estarac : la totalité des usages propres à une nation pour exprimer la pensée par la parole.
Mais cet usage, ajoute-t-il, qui exerce une autorité si étendue, si vaste, si absolue sur les langues, à quoi le reconnaîtrons-nous? Faut-il adopter sans discernement les termes employés par tous les hommes d'une nation pour exprimer telle ou telle idée? Il est à peu près impossible de recueillir l'universalité des suffrages. Faut-il se contenter de la majorité? Mais, outre la difficulté de s'assurer de cette majorité, il y a, chez toutes les nations, un très-grand nombre d'hommes qui n'attachent pas les mêmes idées aux mêmes mots , qui ne les prononcent pas de la même manière , qui en altèrent et le matériel et la valeur, et qui souvent en l'ont un emploi contraire; et c'est en général le cas de toutes les personnes dont l'éducation a été peu soignée , ou qui n'ont pas fait une étude particulière de leur langue. Faut-il donner k préférence à l'usaoe reçu dans tel département, dans telle province, dans telle ville? Mais nous éprouverons le même embarras pour recueillir soit l'universa-
lité , soit la majorité des suffrages ; et nous trouverons encore dans une ville, comme dans un département, comme chez un peuple entier, des hommes dont le suflrage ne doit pas être compté. Quel moyen nous reste-t-il donc pour constater le bon usage? 11 n'y en a pas d'autre que l'exemple et l'autorité du plus grand nombre des écrivains reconnus pour les plus distingués par chaque nation. Ce sont eux qui, analysant leurs pemsees avec la plus grande précision; qui , étant guidés par un goiit plus éclairé, plus sûr, plus exercé, expriment chacune de leurs idées par le terme propre , afin que leur langage soit l'image exacte et fidèle de leurs pensées; et l'approbation de leurs contemporains, confirmée ensuite par celle de la postérité, est presque toujours uniquement due à cette précision et à cette pureté de langage.
Les langues varient ; le bon usage de tel siècle ne peut donc pas toujours être celui de tel autre. Pour fixer Vusage, relativement aux lanjfues mortes, il faut s'en rapporter aux bons hvres qui nous restent du siècle dont nous voulons reconnaître le bon usage. D'après celte méthode, le plus beau siècle de la langue latine, celui du meilleur usage, est celui qui a produit Virgile et Horace.
Quant aux langues vivantes, il y a deux causes de mobilité toujours Subsistantes : la curiosité, qui, en perfe^ionnant les arts, en reculant les bornes des connaissances, en approfondissant les sciences, en faisant de nouvelles découvertes, fait naître ou découvre sans cesse de nouvelles idées qui exigent la formation de nouveaux mots; et la cupidité, qui, combinant en mille manières les passions, cherchant à varier les jouissances, multipliant les objets de luxe, diversifiant ou perfectionnant les produits de l'industrie, occasionne sans cesse de nouvelles combinaisons de mots, force à en créer de nouveaux , ou du moins à donner une acception nouvelle à des mots déjà adoptés p:ir l'usage. Mais la création de ces mots ou de ces phrases nouvelles doit toujours être assujélie aux lois de l'analogie; et ces locutions hasardées, proposées p;ir quelque écrivain , ne sont censées apjiartenir véri-
GRAMMAIRE FRANÇAISK.
tablement à la langue que lorsqu'elles ont reçu le sceau de l'usage.
C'est lui qui est le vrai , le seul législateur en fait de langage. En remontant à la source de son autorité, nous l'avons reconnue tout à la fois utile et légitime. Elle est aussi le plus souvent à l'abri du caprice, et fondée sur une métaphysique lumineuse : mille façons de parler , qu'on est d'abord tenté d'attribuer au hasard , ou à un pur caprice , sont souvent le résultat d'une analyse exacte qui parait avoir conduit les peuples , comme par instinct et à leur insu , dans la formation des langues. C'est ce dont nous avons eu occasion de nous convaincre ; et nous présumons que celui qui aurait une connaissance suffisamment étendue des langues et un esprit vraiment^naly tique , viendrait à bout de démontrer que la plupart de ces locutions extraordinaires , dans toutes les langues , ont un fondement solide et un motif raisonnable. Ce seraient des spéculations aussi dignes d'un vrai philosophe , qu'elles seraient utiles au perfectionnement des langues. Du moins , les irrégularités que ïusage a adoptées, consacrées, et fait passer en lois, n'ont été introduites que pour donner à l'expressio-n plus de vivacité , ou de grâce , ou d'énergie , ou d'harmonie, et de pareils motifs méritent bien qu'on se soumette à Vusage , lorsqu'il ne se montre pas absurde.
Car , néanmoins , ce législateur suprême , dont l'autorité sur les langues est absolue , dont les décisions souffrent à peine des déclamations même motivées, est sujet à des vicissitudes continuelles , comme tout ce qui dépend des hommes. 11 n'est plus aujourd'hui tel qu'il était du temps de Baïf, de Ronsard et de Dubartas , qui avaient déjà euxmêmes un autre usage que celui de leurs aïeux; et la génération qui viendra après nous altérera encore celui que nous lui aurons transmis, lequel, à son tour, sera remplacé par un autre ('). Au milieu de ces changements continuels, la langue se perfectionne jusqu'à un certain degi'é ; après quoi, elle se corrompt , et elle perd au lieu d'acquérir. Tel a été le sort de toutes les langues; tel est celui de toutes les institutions humaines. Il semble que l'homme, après avoir acquis un certain degré de perfection , ne puisse ni aller au-delà, ni même se maintenir long-temps dans le même état.
Pour empêcher celte corruption funeste, faisons encore quelques réflexions sur Yusage , afin que tous les bons esprits, tous les amis de la gloire littéraire de leur patrie, puissent se réunir contre les efforts d'un néologisme fougueux que proscrit la langue des Fénélon et des Racine ; marquons du sceau de la réprobation ces expressions ampoulées
(•) Omnia, quœ nnnc vetnsUssima creditntiir,nova fntre... Jnveterascet hoc quoque ; et qtiod hodiè cremplis tuemnr, interexemplacrit. (Tacite, Annal., \i, 24.)
et gigantesques, ces phrases entortillées, ces mignardises , ces afféteries , ces locutions barbares , indignes de la langue qui fait depuis long-temps les délices de l'Europe savante.
Dans les langues vivantes , l'usage est quelquefois rfouïeuojj et quelquefois évident. Il est douteux lorsqu'on ignore quelle est ou quelle doit être la pratique de ceux dont l'autorité serait prépondérante dans le cas dont il s'agit. Alors il faut consulter l'analogie, c'est-à-dire comparer le cas en question avec les cas semblables sur lesquels l'usage est bien prononcé, et se conduire en conséquence; car l'analogie n'est que l'extension de Yusage à tous les cas semblables à ceux qu'il a décidés par le fait.
h' usage est évident, quand on connaît positivement la pratique de ceux dont l'autorité est prépondérante en pareil cas.
Mais le bon usage , tout évident qu'il est , n'est pas toujours général; il peut être partagé. Il est général, lorsque tous ceux dont l'autorité fait poids s'accordent à parler, à prononcer et à écrire de la même manière. Quiconque respecte sa langue ne doit jamais se permettre de parler ou d'écrire d'une manière contraire à Vusage évident, c'tsl-àdire général.
Vusage est partagé, lorsqu'il y a deux manières également autorisées de parler ou d'écrire. Dans ce cas, il faut encore consulter l'analogie, comme le seul guide qui puisse éclairer notre choix. Mais il faut s'assurer d'une analogie exacte, discuter les raisons opposées, alléguées par les uns et par les autres, et ne se décider pourl'un des deux partis que lorsque la lumière qui doit rejaillir de celte discussion aura montré quel est celui qui mérite la préférence.
L'usage était partagé, par exemple, entre :je vais et je vas. Ménage donnait la préférence au premier, par la raison que faire et taire font aussi je fais, jetais; mais Thomas Corneille observa que faire et taire ne tirent point à conséquence pour le verbe aller , et que l'analogie ne peut pas conclure de ceux-làkà celui-ci , puisque ces verbes ne sont pas de la même classe analogique.
Girard , au contraire , se décida pour je vas par une autre raison analogique. La première personne du singulier du présent de tous les verbes , dit-il, est semblable à la troisième, quand la terminaison est féminine : j'aime, il aime; je crie, il aie; je chante, il chante, etc. ; et elle est semblable à la seconde tutoyante, quand la terminaison en est masculine: je lis, tu lis; je pars, tu pars; je sors, Ut sors; Je vois , tu vois, etc. ( Vrais princi' pes, tome 2.) Cette analogie est exacte; et, d'après elle, il faut dire : je vas. Il est certain qu'il vaut mieux se décider pour l'expression analogique, parce que l'analogie diminue les difficultés d'une langue, et qu'on ne saurait trop réduire lesexcep-
DE i;USAGE.
lions. La même analogie doit faire donner la préférence à je peux sur je puis (*).
11 faut donc recourir à l'analogie dans deux cas : lorsque l'usage est douteux, et lorsqu'il est partagé. Dans toute autre circonstance, rien ne peut dispenser de se conformer à lusage, quanta ce qu'il a prescrit d'une manière positive, lors même que ses décisions sont contraires à l'un des principes fondamentaux des langues, comme dans nos phrases : mon amiey ton opinion, son épée. Quelque défectueuses que puissent être ces lois positives, la langue est telle, le mal est fait ; et ses irrégularités, quelles qu'elles soient, n'ont pas empêché que des hommes de génie ne l'aient rendue éloquente et pleine de noblesse, de grâce et de majesté, et qu'elle ne soit devenue la langue de tous les savants de l'Europe.
Quant aux lois négatives ou prohibitives de l'usage, elles n'exigent peut-être pas toujours une soumission aveugle ni entière ; car si telle expression a eu autrefois de la grâce, de l'énergie ou de la naïveté, pourquoi ne pas l'employer aujourd'hui, si elle n'est pas remplacée par une expression équivalente ou meilleure, et surtout si Vusage s'est contenté de la dédaigner ou de l'oublier, sans la proscrire formellement? Si telle expression est bonne en elle-même, si elle est utile, si elle est nécessaire, faut-il que personne n'ose la hasarder, parce qu'on ne l'a pas encore employée? Chaque âge d'une langue a eu son bon usage particulier ; les meilleurs écrivains de chaque époque ne se sont pas toujours strictement conformés aux décisions prohibitives de Vîtsage de leur temps ; ils ont même souvent hasardé une expression nouvelle ; sans cela notre langue serait aujourd'hui aussi pauvre, aussi agreste, qu'elle l'était du temps du Roman de la Rose. Si Malherbe n'eût pas emprunté du latin : insidieux et sécurité, si Desportes n'eût pas naturalisé dans notre langue le mot pudeur,vous n'aurions pas ces trois expressions. Si La Fontaine s'en fût tenu à la décision de Vaupelas, qui regardait : sortir de lu vi0; comme un barbarisme, il n'aurait pas osé employer cette expression, qui fait une si belle image dans ces vers :
Je fondrais qu'à cet âge
On sortît de la vie amsi que d'un banquet (•).
Il appartient donc aux écrivains d'un goût supérieur de hasarder, avec une hardiesse éclairée, ce qui, après avoir déplu peut-être quelques moments, finira par enrichir la langue et par plaire toujours.
Voici un tableau comparatif, que nous donne Marmontel , des progrès des différentes langues.
( ' ) Si l'analogie est poor je vas , je peux : fusage est pour evais, je puis. (') Cur nonulplenus vitce conviva recedis?
(Lucretius.) .
De toutes les langues, dit-il, celle qui a le plus donné à l'ornement et au luxe de lexpression, la langue grecque, a été peu sujette aux variations dé Yusage ; et la différence de ses dialectes une fois établie , on ne s'aperçoit plus qu'elle ait changé depuis Homère jusqu'à Platon. La langue d'Homère semblait douée, ainsi que ses divinités, d'une jeunesse inaltérable; on eût dit que l'heureux génie qui l'avait inventée eût pris conseil de la poésie, de l'éloquence, de la philosophie elle-même , pour la composer à leur gré. Vouée aux grâces dès sa naissance, mais instruite et disciplinée à l'école de la raison ; également propre à exprimer, et de grandes idées et de vives images, et des affections profondes , à rendre la vérité sensible ou le mensonge intéressant; jamais l'art de flatter l'oreille, de charmer l'imagination, de parler à l'esprit, de remuer le cœur et l'âme, n'eut un instrument si parfait. Pandore, embellie à l'envi des dons de tous les dieux, était le symbole de la langue des Grecs.
Il n'en fut pas de même de celle des Latins. D'abord rude et austère comme la discipline, comme les lois dont elle était l'orgaite , pauvre comme le peuple qui la parlait, simple et grave comme ses mœurs, inculte comme son génie, elle éprouva les mêmes changements que le caractère et les mœurs de Rome. De sa nature, elle eut sans peine la force et la vigueur tragique qu'il fallait à Pacuvius, la véhémence et la franchise que demandak l'éipquence des Gracques : mais lorsqu'une poésie séduisante, voluptueuse ou magnifique , voulut en faire usage ; lorsqu'une éloquence insinuante, adulatrice et servilement supplian4e, voulut l'accommoder à ses desseins , il fallut qu'elle prît de la mollesse, de l'élégance, de l'harmonie, de la couleur, et que, dans l'art de prêter au langage un charme intéressant et une douce majesté , Rome devînt l'écolière d'Athènes avant que d'en être l'émule. Ce qu'ont fait les Latins pour donner de la grâce à une langue toute guerrière , est le chefd'œuvre de l'industrie; et dans les vers de TibuHe et d'Ovide , elle semble réaliser l'aJIégorie de la massue d'Hercule, dont l'Amour, en la façonnant, se fait un arc souple et léger.
Celles de nos langues modernes qui se sont le plus tôt fixées sont l'espagnol et l'italien; l'une à cause de l'incurie des Castillans , et de cette fierté nationale qui , dans leur langue, comme eux-mêmes, fait gloire d'une noblesse pauvre, et dédaigne de l'enrichir ; l'autre,- à cause du respect trop timide que les Italiens conçurent pour leurs premiers grands écrivains, et de la loi prématurée qu'ils s'imposèrent à eux-mêmes de n'admettre, dans le bon style et dans le langage épuré, que les expressions consignées dans les écrits de ces hommes célèbres. De telles lois ne conviennent aux arts qu'à cette époque de leur virilité où ils ont acquis toute leur force et pris tout leur accroisse-
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GIUMMAïaE FRANÇAISE.
ment. Jusque-là rien ne doit contraindre celte intelli{jf nce inventive qui élève l'industrie au-dessus de l'insiinct; et vouloir réduire lesarts, comme on fait souvent, à leurs premières institutions, c'estperpétuer leur enfance. La langue italienne se dit la fille de la langue latine ; mais elle n'a pas recueilli tout l héritage de sa mère : lArioste et le Tasse même, à côté de Vir{jile, sont des successeurs appauvris.
Le même esprit de liberté et d'amMiion qui animait la politique et le commerce de l'Angleterre, lui a fait enrichir sa langue de tout ce qu'elle a trouvé à sa bienséance dans les langues de ses voisins ; et sans les vices indestructibles de sa formalion primitive, elle serait devenue, par ses acquisitions, la plus belle langue du monde ; mais elle altère tout ce qu'elle emprunte en voulant se l'assimiler. Le son, l'accent, le nombre, l'articulation, tout y est changé ; ces mots dépaysés ressemblent à des colons dégénérés dans leur nouveau climat, et devenus méconnaissables aux yeux même de leur patrie.
Nous avons mis moins de hardiesse, mais nous aurions su mettre plus de soin à perfectionner notre langue; et s'il n'a pas été permis de la refondre, au moins aurions-nous pu la polir ; au moins aurionsnous dû lui donner des tours mieux arrondis, des mouvements plus doux, des arùculalions plus faciles et plus liantes: car en môme temps qu'elle a pris plus de souplesse et d'élé{;ance, elle a de mêaie acquis plus de noblesse et de dignité.
Cependant, quelque différente que soit la langue de Racine et de Féoelon, et celle de Baif et de Dubartas, ilest encore possible, sinon de la rendre plus douce et plus mélodieuse, au moins de l'enrichir ; d'ajouter à son énergie , de la parer de nouvelles couleurs, d'en multiplier les nuances ; et plus on en fait son étude, mieux on sent qu'elle n'en est pas à ce point de perfection où une langue doit se fixer.
Nous n'avons pu résister au désir qui nous dominait de mettre sous les yeux de nos lecteurs une aussi belle dissertation sur Vusage, accompapnée de nos restrictions; et nous pensons bien que tous nous en sauront gré.
Nous n'avons plus qu'un mot à dire ; et ce mot concerne les règles et la méthode. Les règles doivent être considérées comme les leçons de l'expérience, comme le résultat de toutes les observations. La méthode est l'art de bien disposer une suite de plusieurs pensées d'après les règles établies.
Sans la méthode^ dit le Dictionnaire d'élfcutior. française, que deviennent les principes les plus solides, les règles les plus justes, et les observations les plus utiles? Ce sont des membres épars qui manquent d'un point de réunion, ou qui, étant déplacés, ne peuvent faire un corps , ou n'en font qu'un dont le jeu est irrégulier, dont la marche est fausse, et dont les opérations se choquent, s'embarrassent et se nuisent mutuellement. Celte méthode consiste surtout dans l'ordre et dans la génération des branches de la Grammaire. Que chaque chose y paraisse à son rang , semble amenée par ce qui précède, et fasse naître ce qui doit suivre. On ne peut s'imaginer combien ce moyen met de facilité dans les choses les plus difficiles; mais il faut en même temps que les définitions soient exactes, que les règles soient justes. Combien de Grammairiens ont manque à ce second point, et plus encore au premier !
Nous avons lu tout ce qu'il y a de meilleur sur la langue française, et nous avons tâché de le lire sans prévention, sans préjugés. Quand nous trouvons quelque chose d'assez bon |)Our ne pouvoir espérer de faire mieux, nous ne sacrifions jamais l'utilité publique à la vanité de ne parler qued'après nous. Quand nous rencontrons des erreurs, nous tâchons de les corriger, et de leur substituer la vérité et la justesse. Du reste, on doit être clair, surtout dans un ouvrage dont l'objet est d'instruire, et dont les premiers éléments tiennent à ce que la métaphysique a de plus abstrait ; et c'est pour cela que nous multiplierons les exemples qui rendent si sensibles les principes auxquels on les applique.
Mais ce n'est pas assez de cette méthode , de ces principes et de ces règles , dont un Grammairien doit faire tant de cas; il doit savoir que les langues, fruits de la nature et du caprice tout ensemble, ont, d'un côté, des exceptions aussi nombreuses que, de l'autre, les règles et les principes sont incontestables. Ces exceptions doivent avoir leur place; elles sont qiîelquelois très-importantes. Il y en a même de si générales, qu'on pourrait presque les prendre pour des règles. Il ne faut omettre auclme de celles qui ont quelque étendue, ou qui sont d'un usage frétjuent, et il faut savoir les placer à côté des règles auxquelles elles dérogent.
Telle est la tâche que nous nous sommes imposée.
DE L'ORTHOGRAPHE
On dit orthographier , quoique l'on dise orthographe. Girault-Duvivier prétend, et il peut avoir raison , que l'on disait autrefois orthographie. 11 cite iiiénie cet exemple tiré de l'Abrégé poétique de Ronsard, édition de 1561 : Tu cuiteras toute orthographie superflue f et ne mettras aucunes lettres en tels mots , si tu ne les prononces en les lisant, etc. De là, ajoute Girault-Duvivier, M. Leduc (l'un des rédacteurs du Manuel des amateurs de la Langue française) conclut qu'il serait plus raisonnable de dire orthographie ; car orthographe ne devrait s'entendre que de celui qui enseignerait Y orthographie , comme géographe s'entend de celui qui praiiijue ou enseigne la géographie.
La remarque de Girault-Duvivier est des mieux raisonnées et des plus judicieuses; mais il aurait dû demander à l'Académie, comme nous le faisons, pourquoi et comment. Nous ne comprenons pas , nous aussi , pourquoi l'on dit orthographe et géographie, La b'tx'ième et dernière édition de l'Académie donne bien orthographe et orthographie , mais sous deux acceptions ben dilféi entes. Au mot Orthographe , dans V avant-dernier e édition, l'Académie le définissait : l'art et la manière d'écrire les mots d'une langue. Cette définition disait tout, selon nous ; cependant les éd'iieurs de la sixième édition ont cru devoir la modifier ainsi : Le mot orthographe est la manière d'écrire les mots d'une langue correctement, selon l'usage établi. Mais l'usage s'etabiit pariout d'une manière diflérente; il y a un usage pariiculier pour la cour et pour les , salons , pour la province et pour les halles. Une pareille définition est donc vicieuse. G est à vous, messieurs de L'Académie, à régler, à régulariser (ce qui n'est pas tout-à-1'ait la même chose), ce que vous appelez ri«a</e. Avec ce terme banal, USAGE , que vous définissez tout simplement coutume, pratique reçue , et aussi emploi d'une chose, ajoutant {\uil se dit particulièrement de l'emploi qu'on fait des mots de la langue , et qu'il offre deux sens bien distincis, on cioit pouvoir tout excuser,
mais on n'excuse rien ; car, si j'ai , moi, la coutume et la praf iqfue d'écorcher les mois, qu'en résulterat-il? Supposez-moi maître d'école de village : j'ai le droit de faire recevoir ma coutume et ma pratique , et il n'y a pas de doute ici que je ne la fasse recevoir. Répondez, messieurs : ceserarfe l'usage; cela pourra être du mauvais usage.
Du moment que Yusage appartient à tout le monde indistinctement, il n'appartient à personne en particulier , pourra-t-on nous répondre. Mais encore, où commence, où finit /e Aon usage? Avec ce mot : L'usage seul a fait les langues, on croit avoir tout dit. Mais ne pourrait-on pas régulariser la méthode? Quoi! personne n'osera demander des principes et des règles sans se faire tourner en ridicule! C'est là une calamité vrainjent déplorable. Eh bien ! nous n'aurons pas peur de paraître ridicules à quelques-uns; et nous entrerons fianchement et librement dans la carrière.
(Nota. Toutes les fois quenous aurons désormais l'occasion de mentionner le Dictionnaire de l'Académie, c'est de ta sixième et deunière édition, CELLE DE 1855 , qu'il sera quest'ion^ si nous ne l'indiquons pas autrement.)
Nous voici arrivés à l'article le plus important peut-être de la Grammaire, et le plus difficile à raisonner. Si la Grammaire d'une lanj^ue est l'art d'exprimer la pensée, par le moyen de signes parles ou éci ils, et d'après des règles particulières et propres à une nation, il est évident que la manière de combiner ces sij;nes, en les écrivant, ou l'orthographe d'une lan^jue, doit être également l'art de peindre, par écrit, et d'après des règles fixes , ces signes convenus.
h' orthographe n'a rien d'arbitraire, puisque les règles de la Grammaire sont invariables. 11 faut donc, dans la formation des mots, ou dans lesdil^ férents tableaux qu'on en fait, ainsi que dans leur syntaxe et dans leur construction , suivre exactement, et avec une sorte de scrupule , les règles établies par /< bon usage, et quiconslitucnl
GRAMMAIRE FKANCAISE.
une espèce de législation cliez toutes les nations.
Nous nous attendions à une réforme orthographique sage , circonspecte et toujours raisonnée , de la part de nos maîtres en élocution et en littérature ; et nous avons aujourd'hui à déplorer la continuation de la même routine déraisonnable; à gémir sur les erreurs qu'elle entraîne après elle ; à regretter qu elle n'ait pas osé risquer des idées de redressement capables de faciliter l'étude inextricable de l'orthographe vieille et moderne. A ceux qui viendront nous supplier de leur aplanir les difficultés de l'écriture des mois et de la prononciation , nous ne pourrons que répondre : Nom n'avons pas, ou presque pas, de principes généraux à vous donner. . .L'orthographe ne s'apprend que par l'usage ; lisez et remarquez ; vous n'avez que cela à faire. En vain ces mêmes personnes viendront nous dire : Mais tel auteur écrit tel mot de telle façon , et tel autre d'une autre manière , nous serons forcés de les renvoyer à la sixième et dernière édition de l'Académie, sans nous permettre d'essayer même de leur donner des raisons; à cette édition qui écrit toujours, comme autrefois, flotter, trotter, garotier, sottise , qui viennent de flot, trot, garot et sot; tandis qu'elle veut qu'on écrive comploter, qui est formé de complot.
Croira-t-on que l'expression populaire entre quatre-s-yeux a été conservée religieusement, comme une relique sans doute , et par euphonie , dans le nouveau Dictionnaire? comme si l'adjectif numéral quatre pouvait, dans aucun cas, prendre un s! Mais , ainsi que l'a fort bien dit Boinvilliers, il n'est pas plus permis de dire entre quatre-s-yeux, qu'il ne leser.iit de dire entre quatre-s-arbres.
Pourquoi dissonance ei consoi!i!:iance? Le simple de ces deux mots est sonner, par deux n, d'après l'Académie , et d'après nous-mêmes , qui sommes forcés de la respecter. Cependant sonner vient du latin sonare, mot qui est dérivé de sonus. Pourquoi intonafion et entonner? formés de tonare, tonner [orthographe académique). Et qu'on ne vienne pas nous dire que c'est à cause du son qu'on écrit ainsi, car nous ne prononçons pas ton-né, mais to-né. Pourquoi cette bizarrerie d'orthographe?
Pourquoi , au mot assujettir (orthographe de l'Académie), ajouter que plusieurs personnes écrivent assujéiir? De quel droit nous impose-t on une double orthographe? Nous ne pouvons, encore une fois , en matière de langue , reconnaître que deux maîtres souverains , la raison étymologique ou l'usaqe. fl n'y a pas ici de terme moyen.
Vous dites, messieurs de l'Académie, qu'exeat ne prend point s au pluriel; et voici votre exemple ; ' Cet évêque a expédié plusieurs exeat; vous dites cela sans doute en vertu de la règle de principe qui veut que les mots de langue étrangère, orthographiés rigoureusement suivant la méthode étrangère, restent avec leur caractère étranger ; tandis que
vous voulez , messieurs , qu'on écrive des duos avec un s, et, ce qui est plus fort, des errata sans «: ici nous copions encore les deux citations de l Académie : de beaux duos ; les errata sont nécessaires aux livres. Nous concevrions facilement encore la raison qui a déterminé l'Académie à écrire sans s au pluriel des exeat, des deleatur, parce que ces mots sont des verbes , et qu'ils en conservent la terminaison. Néanmoins ce n'est nullement dans lés lettres que consiste un substantif, mais dans le sens qu'on lui donne. Du moment qu'un mot quelconque est employé substantivement , il doit en subir toutes lés conséquences , sous peine de semer la confusion dans le langage et dans l'écriture. Nous ne relevons pas la contradiction des substantifs duos et errata, au pluriel ; elle saute assez aux yeux sans que nous ayons besoin de la faire apercevoir. Mais pourquoi VAcU' rfémie écrit- elle dénoûment, en ajoutant que quelques-uns (c'est la locution continuelle) écrivent dénouement?
Nous déplorons que rien n'ait été tenté par l'autorité , en matière àî orthographe. C'était une nécessité cependant , une salutaire nécessité. N'est-il pas en effet déplorable d'entendre crier chaque jour à nos oreilles cette vérité, qui est cruelle, mais incontestable, que, de toutes les langues qu'on parle en Europe, il n'y en a peut-être point de plus défectueuse que le langage français , parce que le même son n'y est pas toujours représenté par la même lettre, ou par la môme combinaison de lettres, mais qu'au contraire il arrive souvent qu'une même lettre ou une même combinaison offre des sons tout-à-fait différents? Cet inconvénient, ou plutôt ce défaut réel, a porté plusieurs hommes fort distingués de l'école moderne à proposer des plans de réforme plus ou moins puisés dans la nature. Mais à quoi ont abouti jusqu'à présent les efforts de ces néographes estimables? à marquer la difficulté, et non pas à la faire disparaître; à montrer les abus, et à les corriger quelquefois par des abus plus grands. S'ils avaient tant à cœur de réformer, ils n'avaient pas deux partis à prendre : ils devaient faire comme Ramus, et inventer, à son exemple , les signes ou caractères qui nous manquent, ou se renfermer dans le plan proposé par messieurs de Port- Royal. « Tout ce qu'on pourrait faire de plus rai- » sonnable , disent ces Grammairiens , serait de » retrancher les lettres qui ne servent de rien ni à I la prononciation, ni au sens, ni à l'analogie des » langues; et, conservant celles qui sont utiles, y » met trede petites marques qui fissent voir qu'elles
> ne se prononcent point , ou qui Ossent connaître » les diverses prononciations d'une même lettre.
» En considérant les lettres comme des carac-
> tères, il aurait fallu observer quatre choses pour I les mettre en leur perfection: 1* que toute fi-
DE L'ORTHOGRAPHE
» gure marquât quelque son , c'est-à-dire qu'on » n'écrivît rien qui ne se prononçât ; 2° que tout t son fût marqué par une fifjure, c'est-à-dire » qu'on ne prononçât rien qui ne fût écrit; 5° que » chaque figure ne marquât qu'un son ou simple
> ou double , car ce n'est pas contre la perfection » de l'écriture qu'il y ait des lettres doubles, lors- » qu'elles la facilitent en l'abrégeant; 4° qu'un 1 même signe ne fût pas marqué par des figures
> différentes. » Certainement une langue dans laquelle ces quatre choses seraient exactement observées , serait la plus parfaite de toutes. Mais y en a-t-il une seule où elles le soient^ oiîméme elles aient pu l'être? malheureusement non.
Ce n'est pas assez d'être en état de bien entendre une langue, et d'en posséder tous les principes , il faut encore savoir en écrire les mots, et les prononcer correctement ; et c'est ce que l'on entend par orthographe et par prononciation. L'orthographe française est difficile à apprendre, pour quatre raisons principales.
I. Il entre dans la composition de la plupart des mots français beaucoup de lettres qui ne se prononcent pas. Ainsi monuments, esprits, saints , ils donnent, ils donnaient, etc., se prononcent à peu près comme s'il y avait monuman , espri^ sen, il doney il rfortè, etc.
IL Souvent une même lettre, ou un même assemblage de lettres, est employé pour signifier différents sons. Ainsi « est muet dans retour, et il est fermé dans région , et ouvert dans règne ; ai se prononce comme un e fermé dans j'ai , je chantai; et comme un è ouvert danspalais, dais, raison, etc.
III. Un même son est aussi très-souvent désigné avec des caractères tout différents. Ainsi on prononce le même son an dans diamant, normand, serment, sang, blanc , sens, sans, camp, plan, faon, pao7i, eic; le même son eindwas venin, vain, vin, saitit , peint , dessein , faim, etc.; le même sou ai un peu plus ou moins ouvert, dans procès, arrêt, plaît, fais , promets , connais , écrivaient, etc.
IV. Enfin un grand nombre d'expressions françaises étant empruntées à la langue grecque et la langue latine, elles s'écrivent d'une manière qui en fait connaître l'origine. Ainsi on écrit philosophie, et non filosofi; orthographe, et non ortografe ; phrase, et non frase ; syllabe, et non sillabe; rhétorique, et non rétorique; mystère, et non,mwthre ; prudent, et non prudant; intention , et non intantion, etc., parce que ces mots dérivent du grec ou du latin, et conservent la trace de leur étymologie.
On peut diviser l'orf/iojfrapAe en orthographe de principe et en orthographe d'usage.
U orthographe de principe est celle qui est fondée sur les principes mêmes de la langue, et dont on peut donner des règles générales ; telle est ï orthographe des différentes terminaisons des noms
par rapport aux genres et aux nombres , et des verbes par rapport aux temps et aux personnes.
Oa.ne peut l'apprendre et la posséder parfaitement que par une étude particulière de la Gram-' maire française, et nous croyons que ce que nous avons à dire sur chaque partie du discours suffira pour en donner une connaissance exacte.
L'orthographe d'usage est celle pour laquelle on ne peut guère donner de règles générales , et suivant laquelle les syllabes des mots s'écrivent d'une manière plutôt que d'une autre, sans autre raison que celle de Ymage bu de l'étymologie. Ainsi Yw sage veut qu'on écrive honneur avec deux nn , et honorer avec un seul : cela est absurde , mais cela est. C'est ainsi qu'on écrit fils avec un /, parce qu'il vient du latin filius, etc.
Comme la plus grande partie des mots français sont tirés du grec et du latin , ceux qui savent ces deux langues ont un grand avantage pour écriiç les syllabes de ces mois, suivant les étymologies. Mais à l'égard de ceux qui ne savent que la langue naturelle, ils doivent, après avoir appris l'orthographe de principe par l'étude de la Grammaire française , recourir aux Dictionnaires et à la lecture des bons livres, comme au seul moyen d'écrire correctement tous les mots sur lesquels on ne peut établir de règles immuables ni certaines.
Nous ne devons donner ici que des idées générales sur Y orthographe , nous réservant, pour jeter plus de lucidité sur la matière ingrate qui nous occupe, de la traiter distinctement à chaque partie du discours.
Ce n'est pas que nous demandions que les lettres, étant naturellement instituées pour représenter les éléments delà parole, se conforment absolument à la prononciation , bien que ce dût être là l'unique fondement de la véritable orthographe. Mais, par l'abus qu'il est si aisé d'en faire , elle serait bientôt le prétexte du néographisme (*) : nous voulons dire de cette liberté réfléchie que prennent quelques auteurs, de suivre, dans leur manière d'écrire, un système différent de celui qui est autorisé par l'usage de la plus nombreuse partie des gens de lettres.
t Si l'on établit p^r maxime générale, dit l'abbé
> Desfontaines, que la prononciation doit être le » modèle de Y orthographe, le Normand, le Picard,
> le Bourguignon, le Provençal, écriront comme
> ils prononcent : car, dans le système du néo- » graphisme, cette liberté doit conséquemment
> leur être accordée. » Il nous semble que l'abbé Desfontaines abuse lui-même de la critique, en s'é-
{ *) Ce terme vient de l'adjectif grec v«oî, noms ( nonveaa ) et do Terl)e ypapco, scriéo (j'écris ); comme le mot orthographe est composé de l'adjectif grec opûoi, r«cti«( régulier), et du même verbe ypapo>. ,
GRAMMAIRE FRANÇAISE
levant contre l'abus que l'on peut faire de la maxime qu'il censure; il lui donne un sens trop étendu ; et, dès lors, il ne combat plus qu'un fantôme qui est le fruit de sa propre imagination. Rendons justice aux néographes : ce n'est point toute prononciation qu'ils prennent pour règle de leur manière d'écrire ; ce serait proprement écrire sans Bqjle: ils ne considèrent que la pjononciation autorisée par le bon usage, qu'ils reconnaissent pour l.'^jislaieur exclusif dans les langues, relativeuif nt à la création et au choix des mots, au sens (|ui doit y être aiiaché, et aux .alliances, pour ainsi lire, qu'il leur est permis ou défendu de contracler, etc. Ainsi le Picard n'a pas plus de droit d'écrire giam/^e, cat, moizon , pour jambe, chat, maison, t]ue le Gascon d'éciire hure, par consqnetit, pour heure, par conséquent y sous prétexte que l'on prononce amsi dans leurs provinces.
Nous ne saurions trop répéter que nous ne présentons ici nos idées que comme un essai sur la manière d'envisager l'exactitude de ïorthographe ei les vues de Vanalogie; nous n'oserions dire comme un projet à exécuter. Nous connaissons les droits imprescriptibles de Yusage sur l'orthographe , et le besoin indispensable de son autoriié sur tout ce qui en fait partie ; et c'est ici que l'on peut, sans mériter aucun reproche, ou que l'on doit même, pour éviter tout reproche , être dans le cas de dire :
Video meliora, prohoque :
Détériora sequor.
Mais si tous les aveux que nous faisons ici nous font souhaiter d'avoir une orthographe moins embarrassée, plus simple, plus uniforme que la nôtre, nous ne croyons pas pour cela qu'il soit permis à chacun d'en établir une à son gré , quelque grands qu'en puissent être les avantages. Nous trouvons, au contraire, qu'on fait en cette occasion un très-grand abus de cette maxime dont on veut se prévaloir : qu'il faut écrire comme on parle; car, qu'est-ce qu'écrire comme on parle, sinon peindre les sons que l'on prononce parles lettres que l'usage a destinées à cette peinture? Or, sil'usafje a destiné, par exemple, les letlresain pour écrire le son ain dans ceriain; ei n pour le même son dans dessein; a i m pour faim^ et i w pour fin, peut-on due qu'on emploie les caractères marqués par l'usnge, si l'on détiuit, ou si l'on renverse l'orthographe reçue de ces mots différents?
Concluons. Ce n'est que par l'observaiion que l'on peut parvenir à écrire les mots selon les règles de la bonne prononciation et de l'orthographe: grâces en soient rendues à notre Académie !