‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 6 sur 279 · U NOTIONS DE GRAMMAIRE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

U NOTIONS DE GRAMMAIRE GÉNÉRALE

blesse de s abandonner au vice , tout en louant la vertu. •

« Vnus ave* beau dire et beau faire, vous ne » réussirez pas, » pour tout ce que vous dlies , tout ce que vous faites est beau> mais voilà tout; vous ne réîusirez pas.

*Se bien porter, comment vous parlez-vous? » sont des phrases de noire langue ; les phnises correspond;inies en latin, en anglais, en espagnol, sont bien difféi entes (*).

L'emploi des verbes avoir et être, dans les formes composées des verbes, est commun au français, à i'anfjlais, à l'espagnol et à l'italien, mais avec celle différence que, dans les trois premières langues, on dit également j'ai été; au lieu qu'en italien, on dit je suis été; ainsi un Italien qui, dans sa langue, dirait -.'fai été, ferait un gallicisme.^

t A qui en voulez-vous? où veut-il en venir ? en » vouloir à quelqu'un; en user mal; en agir mal à 1 l'égard de quelqu'un ; on en vint auxmains, etc.,» sont autant de gallicismes.

Nous aurons l'occasion de revenir sur celte malère; aussi ne donnons nous nos idées que sommairement , sans les développer.

Un mot enrore de l'auteur que nous venons de citer, sur le néologisme.

Le néologisme , dit-il , contribue à enrichir une langue, ou tend à la-corrompre , selon qu'il a pour p incipe une hardiesse sage, mesurée, utile, ou uneafftciation puérile et ridicule.

Le molnéologisme, dérivé du grec, signifie nouveau discours. Conséquemment louie expression nouvelle, toute figure in usitée ■ si néologique. Mais si le terme nouveau que l'on hasarde est nécessaire ou uiile; si le ion extraordinaire que l'on veut introduire est plus naii", ou plus doux, ou plus énergique ; si cette association de termes dont on n'avait pas fait usage jusque-là esi plus heureuse, ou p'us expressive , ou plus fif^urée ; si toutes ces nouveautés sont fondées sur un principe de nécessité ou irès-réel , ou du moins uès-apparent, et si elles sont conformes à l'analogie de la langue, alors le néologisme, loin d'être un viced'éiocution , est une vraie figure de construction qui contribue à enrichir la langue.

Mais affecter de ne se servir que d'expressions nouvelles el toujours éloignées de cellts que l'usage a autorisées; créer d»'smois inutiles; eniploytr un tour extraordinaire dans la construction de ses phrases ; associer ensemble des te/ mes qui, comme dit Rousseau , hurlent d'effrui de se voir accouplés; préférer les figures les plus bizarres aux plussiujples, les constructions Ks plus enloriilléesaux plus

(•) Quomodo valet? How do you do? Corne se

hallm-m.?

naturelles ; c'est là un vice d'elocution qui tend à dégrader les langues ; c'est un néologisme blâmable, qui met à découvert le faux goût et les prétentions ridicules du néologue, et l'expose, de la part des personnes éclairées, à tout le mépris et à toute la pitié qu'inspirent des préientious absurdes jointes à la nuUité du talent {*).

11 y a donc deux espèces de néologisme; l'un , utile , hardi avec modération, et se présentant toujours sans orgueil et sans ostentation; l'autre condamnable, dangereux, fondé sur l'orgueil et sur la médiocrité des talents , enfiant du mauvais goûi et du désir de briller. 11 est à regretter que deux choses aussi contraires n'aient qu'un seul et même nom. Usez de l'un avec lant de piécauiion , avec tant de modération, que vous ne tombiez pas diius i'auire,qui n'est que 1 abusou l'excèsdu premier (').

Desfontaines publia en 1726 un Diciionnaire néologique. Il serait infiniment utile d'en publier un semblable de temps en temps ; on y verrait les efforts continuels , et quelquefois imperceptibles, que fait le néologisme pour corrompre le langage ; omy remarquerait les révolutions successives qu'a subies la langue; on y reconnaîtrait les expressions adoptées par l'usage ; on pourrait comparer, au moyen de plusieùis de ces dictionnaires , l'état de la langue à telles époques déterminées; et par comparaison, on s'assurerait si elle s'embellit, ou si elle dégénère; si elle s'enrichit, ou si elle perd. Ces tableaux successifs de la langue seraient piquants pour la curiosité , etlrès-nlértssanis pour l'observateur philosophe qui clierclierait à deviner, par le ton général de la langue , quel éiait l'état des mœurs à telle époque. L'attention publique, périodiquement fixée sur cet objet important, rendrait les écrivains plus réservés, plus circonspects, plus châtiés; et l'usajje, devenu pi s sévère à mesure que la langue se corromprait , et plus éclairé par tous ces différents tableaux de compaiaison, proscrirait impitoyablement tout ce qui tendrait à énerver ou à appauvrir la langue.

Ces notions nousont paru néces aires avant d'entrer dans la Grammaire poriicuUère , noire but principal et presque unique. Cependant nous aurons souvent besoin de dévelof p r des idées de Grammaire générale, et c'est pour cela que nous avons viulu, au frontispice de notre ouvrage, en donner un nsumé succinct, el qui servît d'introduction naturelle à l'élude de la langue la plus ré* pandue en Europe.

(*) In dlrettdo vUium vel trinrtiTntini esse à v^tlgaH génère oralionis, atqtie à consuetudine communi abhorrere. (Cic. lib. \.deOrat.,o. <2).

('j in tittuiH ductt culpœfuga, si caret arte.

{Honi., Att.poet.)

'Ai

GRAMMAIRE FRANÇAISE

Nous avons dit qu'une Grammaire particulière & pour objet de rapporter les conventions, ou les institutions , en vertu desquelles a été formée une langue particulière, aux principes généraux et immuables de toutes les langues.

La Grammaire française doit donc se borner à comparer les lois positives établies par l'usage, relativement à notre langue, avec les principes universels établis dans la Grammaire générale; a rechercher en quoi les principes particuliers de la langue française s'accordent avec les principes communs à toutes les langues, en quoi ils en diffèrent, et à nous facditer l'art d'écrire et de parler parfaitement le français.

La Grammaire (') française est l'art d'exprimer conectement ses pensées en français, par le moyen de la parole ou de l'écriture.

Comme dans toutes les langues, les règles du français sont fondées et sur la raison et sur l'usage. Nous l'avons dit dans notre introduction; la raison, en maîtresse souveraine, a toujours le droit de réclamer contre l'infraction dfs lois qu'elle a dû fixer; tandis que souvent l'usage aveugle n'obéit qu'aux caprices de la mode ei à ses bizarreries ridicules : il en résulte qu'il ne peut exercer légitimement son empire que sur ce qui n'est pas rigoureusement soumis à l'appréciation de la raison.

Ordinairement, tous les homiwes d'un même pays parlent le même langage ; tous se comprennent entre eux; mais cela suffit-il? Non. Il ne faut pas seulement parler pour se faire entendre : il faut bien parler; il faut bien écrire, et de manière à être parfaitement compris de tous ceux qui parlent et qui écrivent le plus correctement.

La parole peut être envisagée sous deux rap ports, celui de la prononciation et celui de l'écriture.

La Grammaire doit donc traiter de la parole qui

(•) Le mot Grammaire est tiré du grec y/w/i^we , qui signifie Ititre.

est la science des sons et des mots ; de X orthographe qui apprend à les écrire.

Écrire, c'est se servir de caractères ou signes qui représentent les sons qui composent les mots.

Les mots doivent être considérés ou comme des sons, ou comme des signes de nos pensées.

Si nous les considérons comme des sons, nous les trouvons composés de lettres {*) , dont les signes sont arbitrairement choisis par chaque peuple : seules ou assemblées entre elles , elles peuvent produire des syllabes.

On appelle syllabe, la lettre ou les lettres qui, dans un mot, se prononcent par une seule émisson de voix : a est sy//a6e dans avoir; voir qui achève le même mot est une autre syllabe. Nous appe]onsmonosyllabe, du grec [xovoç , seul, ei «ruXXaoTj, syllabe, le mot. formé d'une seule syllabe; et généralement polysyllabe , du grecitoXoç, plusieurs, et (TuXXaêy), syllabe, celui qui est com[)Osé de plusieurs syllabes; vous est un monosyllabe ; empire est un polysyllabe (^).

Si les lettres représentent des son* simples, on les nomme voyelles , du mot voix, en iatin vox ; parce qu'elles expriment proprement le son de la voix : et celles qui représentent des articulations s'appellent consonnes, des deux mots latins cum^ sonanSj sonnant avec, ensemble; parce que ces articulations ont besoin nécessairement pour former un son d'être réunies à des voyelles. Les lettres composent donc les syllabes , et les syllabes composent hs mots qui sont les signes de nos idées, comme la phrase est le tableau de nos pensées.

Si nous considérons les mots comme des signes de nos pensées , les mof 9 ont des rapports naturels qui les lient et les unissent entre eux : de ce principe découlent les règles de la syntaxe et de la construction , et les lois qui servent à faire ac-

(') Lettre Tient du latin littera, qui a le même sens. (') Les mots d'ssyllabe et trissijllabe , admis par quelques Grammairiens, sont inutiles; le mot po{i/5i/IIafre les remplace.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

corder ensemble tous les mots d'une phrase. Nous avons donc à définir chaque mot pris isolement hors de la proposition, et ensuite nous aurons à l'analyser dans la proposition, pour indiquer la place qu'il doit y occuper, en démontrant l'ordre des mots, et développant toutes les règles de leur union.

C'est le lieu de transcrire une dissertation fort savante que nous trouvons dans le traité de l'orthographe du grammairien Maugard , qui la donne lui-même comme l'ayant extraite deBeauzée.

Les éléments delà voix, dit-il, sont de deux sortes, les sons et les articulations. Le son est une simple émission de là voix, dont la forme constitutive dépend de celle du passage que lui prête la bouche. L'articulation est une explosion que reçoit le son, par le mouvement subit et instantané de quelqu'une des parties mobiles de l'organe. Il est donc de l'essence de Vart'wulation de précéder le son qu'elle modifie; parce que le son une fois échappé, n'est plus en la disposition de celui qui parle, pour en recevoir quelque modification que ce puisse être : et l'articulation doit précéder immédiatement le son qu'elle modifie, parce qu'il n'est pas possible que l'expression d'un son soit séparée du son, puisque l'ariiculaiion n'est au fond rien autre chose que le son même , sortant avec tel degré de vitesse acquis par telle ou telle cause.

Cette double conséquence, suite uécessaire de la nature des éléments de la voix, nous semble démontrer sans réplique :

1° Que toute articulation est réellement suivie d'un son qu'elle modifie, et auquel elle appartient en propre, sans pouvoir appartenir à aucun so7i précédent ; et par conséquent que toute consonne est ou suivie ou censée suivie d'une voyelle qu'elle modifie, sans aucun rapport à la voyelle précédente : ainsi les mots or, fer, qui passent pour n'être que d'une syllabe, sont réellement de deux : parce que les sons o et e, une fois échappés, ne peuvent plus être modifiés par l'articulation r; et qu'il faut supposer ensuite le moins sensible des sons, que nous appelons e muet, comme s'il y avait are, fère;

2° Que si l'on trouve de suite deux ou trois articulations dans un même mot, il n'y a que la dernière qui puisse tomber sur la voyelle suivante, parce qu'elle est la seule qui la précède immédiatement ; et les autres ne peuvent être regardées à la rigueur que comme des explosions d'autant d'e muets, inutiles à écrire, parce qu'il est impossible de ne pas les exprimer ; mais aussi rée!s que toutes

les autres voyelles écrites : ainsi le mot fran(;ais scribe, qui passe dans l'usage ordinaire pour un mot de deux syllabes, a léellement quatre sons; parce que les deux premières articulations s et c, qui a le son du k, supposent chacune un e muet à leur suite, comme s'il y avait seke-ribe : il y a pareillement quatre sons physiques dans le mot sphinx, qui passe pour n'être que d'une »j///aée; parce que la lettre finale x est double , qu'elle équivaut à ks, et que chacune de ces articulations suppose après elle l'e muet, comme s'il y avait sephin-kese ;

3° Que ces e muets ne sont supprimés dans l'orthographe que parce qu'il est impossible de ne pas les faire sentir, quoique non écrits : nous en trouvons la preuve non-seulement dans la rapidité excessive avec laquelle on les prononce , mais encore dans des faits orthographiques : 4° nous avons plusieurs mots terminés en ment; et cette finale était autrefois précédée d'un e muet pur, lequel n'était sensible que par l'allongement de la voyelle dont il était lui-même précédé, comme ralliement, éternuement, enrouement, etc. Aujourd'hui on supprime ces e muets dans l'orthographe; et l'on se contente, afin d'éviter l'équivoque, de marquer la voyelle longue d'un accent circonflexe : rallîment, élernûment, enroûment. 2° Gela n'est pas seulement arrivé a^rès les voyelles ; on l'a fait encore entre deux consonnes : et le mot que nous écrivons aujourd'hui soupçon^ est écrit souspeçon avec l'e muet, dans le livre de la précellence du langage français * , par H. Estienne (édition de 1579). Or il est évident que c'est la même chose pour la prononciation, d'écrire soupeçon, ou soupçon, pourvu qu'on passe sur l'e muet écrit avec autant de rapidité que sur celui que l'organe met naturellement entre p et ç, quoiqu'il n'y soit point écrit.

(') Beauzée aurait pu trouver ce mot écrit des deux manières , en 1606, dans le Trésor de la langue française, par INïcot, où l'on voit que soupçon ne faisait que de s'établir, et que souspeçon était encore bien plus en usage. Ou écrivait aussi alors ^erctéef^frté. '

Il aurait pu troi^r aussi beaucoup d'autres exemples semblables, dont fourmillent nos vieux litres. On écrivait au commencement du treizième siècle gueredon (récompense) etpwcredonner (récompenser) ; et environ trois si^ des après on écrivit constamment guerdon et guerdonner. Mais n'avons-uous pas encore beaucoup de mots où uous écrivons un e muet, qui ne se fait pas plus entendre que s'il n'était pas écrit? Caleçon, hameçon, pelote, appeler, chanceler, amener, promener, acheter, haleter, etc. On n'entend pas plus l'e muet dans clairement que dans clarté, où il n'est pas écrit.

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