PH
Plier.
Emploi,
Employer.
Envoi,
Envoyer.
Appui,
Appuyer.
Ennui,
Ennuyer.
Tri,
Trier.
Ci/,.
Déciller.
Fusi/,
Genti/,
Périt,
Persi/,
Sourci/,
Faini,
Parfu>M,
Train,
Vai/i,
An,
Vaji,
Chagrin,
Fin,
Vin,
3a\ouXf
Don,
Jeun,
Cam/7,
Cham;tj,
Brùpy
Galop,
Danger,
Essor,
Engraw,
Niai*,
Rabais,
Bra-s,
Cadenas,
Pa.9,
Ta«,
Encens,
Sens,
Accès,
Procès,
Progrès,
Avis,
Mépris,
Tapis,
Treillis,
Bois,
Trois,
Dos,
Os,
Repos,
Abus,
Refus,
Pays,
Lai/,
Attenta f.
Climat,
Éclat,
Ma-gistrat,
Prélat,
Reliquat,
Soufflet,
Arrêt,
Chant,
Gant.
GRAMMAIRE FRANÇAISE
Fusiller.
Gentillesse.
Périlleux.
Persillé.
Sourciller.
Affamer.
Parfumer.
Traîner.
Vainement.
Année.
Vanner.
Chagriner.
Finesse.
Vineux.
Jalouser.
Donner.
Jeûner.
Camper.
Champêtre.
Drapier.
Galoper.
Dangereux.
Essorer.
Engraisser.
Niaiser.
Rabaisser.
Brasser.
Cadenasser.
Passer.
Tasser.
Encenser.
S' nsaiion.
Accessible.
Processif.
Progressif.
Aviser.
Mépriser.
Tapisser.
Treillisser.
Boiser.
Troisième.
Dossier.
Osseux.
Reposer.
Abuser.
Refuser.
Paysage.
Allaiter.
Attenter.
Acclimater.
Éclater.
Magistrature.
Prélature.
Reliquataire.
Souffleter.
Arrêter.
Clianter.
Ganter.
Néant,
Cent,
Vent,
Art,
Paît,
Saut,
Crédit,
Dépit,
Lit,
Profit,
Bruit,
Fruit,
Nuit,
Affront,
Pont,
Dispos,
Abricot,
Complot,
Flot,
Sanglot,
Sot,
Trot,
Ressort,
Transport,
Emprunt;
Bout,
Goût,
Affût»
Brut,
But,
Début,
Institut,
Salut,
Scorbut,
Deuo;,
Fe^,
Anéantir.
Centaine.
Venter.
Artiste.
Participer.
Sauter.
Créditer,
Dépiter.
S'aliter.
Profiler.
Ébruiter.
Fruitier.
S'annuiter.
Affronter.
Ponton.
Disposer.
Abricotier.
Comploter.
Flotter (1).
Sangloter.
Sottise.
Trotter.
Ressortir.
Transporter.
Emprunter.
Aboutir.
Goûter.
Affûter.
Abrutir.
Buter.
Débuter.
Instituteur.
Salutaire.
Scorbutique.
Deuxième.
Fezzan.
Nota. C( lie dérivation peut s'appliquer à l'orthographe d'un grand nombre de mots, mais elle subit beaucoup d'exceptions.
C'est ainsi qu'on écrit sou, d'après l'usage, et non plus sol, quoique de ce mot vienne peut-être solde, paie d'un soldat; cou, et non plus col, en parlant de la partie du corps qui va de la nuque à la hauteur des épaules. Cependant on écrit et l'on prononce col, dans : col de chemise ; faux- col; col de la vessie ; col de la matrice ; le col d'un os ; le col du fémur; le col de l'humérus, du radius ; et dans col signifiant un passage étroit entre deux montagnes : dans tous les autres cas, on dit et l'on écrit cou. Nous ferons remarquer que la dernière édition de l'Académie renvoie du mot col à celui de cou : elle veut toujours que l'on dise col et cou. C'est ainsi qu'elle écrit : un cou d'ivoire, d'albâtre;
(") Nous avons déjà fait observer, contre VAcadémie de 1835, qu'on dcvrail éciiro floter, troler, sotise, etc., coninie on ■ écrit comploter.
DE L'ORTHOGRAPHE
n tout à côté : un col de lis, signifiant tous deux un cou de femme très-blanc. Nous ne concevrons jamais que l'Académie propose deux orthographes sans nous dire le pourquoi. Si Y Académie avait admis la raison étymologique, qu'elle repousse dans sa préface avec si peu de logique, elle aurait pu trancher mille et mille difficultés qui l'ont embarrassée elle-même et qui embarrasseront les plus fervents adeptes du bon langage, les philologues les plus portés à vanter et à propager l'idiome national.
Boinvilhers fait sur les mots i'erroui//er etdéverrouiller une bien excellente remarque, que nous ne manquerons p>as de mentionner. Verrouilltr et déverrouiller, dit-il, sont dérivés du vieux français verrouil {orthographe d'autrefois). Or, aujourd'hui Ïy4cadémie écrit verrou; ne devrait-elle pas former le verbe verrouer et déverrouer, comme elle a fait écrouer de écrou ?
Mais l'Académie a bien fait de ne vouloir admettre aucune étymologie, car nous lui demanderions compte de l'orthographe de peindre, de peintre, de peinture, qui se disent en latin pingere, pictor et pictura, mots dans lesquels Vi figure seul ; et cela parce qu'elle écrit pinceau par un i, qui vient du latin penicillus, ou peniculus, où figure un e seul. Mais nous savons qu'on va nous répondre qu'il n'y a rien d'absurde comme l'étymologie eti matière de langue. Nous pourrions bien encore relever l'orthographe des mots cintre et ceinture , qui tous deux en latin se disent cinctura. Mais à quoi bon s'acharner à éclairer l'opinion de l'Académie ? Son Dictionnaire n'est-il pas fait maintenant pour au moins quarante ans ?
Pourquoi écrire brelan, qui vient de brelandier, et non pas breland comme brigand ? Mais vous ne voulez plus qu'on écrive verd, nous rétorquerat-on, orthographe qui sert cependant à former verdeur, verdure, verdir et verdoyer, tous mots dérivés naturellement d^viridis, mot latin dans lequel la lettre d est radicale, s'il y eût jamais une lettre radicale dans les langues; vous voulez qu'on écrive vert ! Nous ne voulons rien : seulement nous dirons à l'Académie qu'elle ne devrait pas écrire verd et vert. Si nous avons écrit vert, c'est à cause du féminin régulier qui donne verte ; à cause de l'adverbe vertement. Nous n'apercevons rien qui eût encore pu empêcher qu'on écrivît académiquement verd au masculin, verde au féminin, et verdement à l'adverbe. Mais nous nous efforçons d'avancer, tandis qu'il ne nous est permis que de suivre, et pas à pas. Nous écrirons donc avec tout le monde, qui fait ici l'usage , vert, verie et vertement, et l'on trouvera dans notre prochain Dictionnaire,comme dans celui de l'Académie, VE RD, voyez VERT.
Parlons de la double orthographe, non pas tolérée ni permise, mais autorisée par la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie. Nous disions,
page 2o, à l'article Voyelles de notre Grammaire, sept semaines avant que les éditeurs, MM. Firmm Didot, eussent produit au grand jour le dernier Dictionnaire de l'Académie ; nous disions que nou^ n'étions pas entièreynent de l'opinion de ceux qui suppriment aujourd'hui l'e muet dans les futurs et dans les conditionnels présents des verbes terminés en ier, yer, ouer ; parce que, dans ces verbes, la suppress'ion de cet e muet dénature en quelque sorte 'l'orthographe primitive du mot; et qu'il ne fallait donc pas écrire, à moins que ce ne fût en poésie : j'oublîrai, je paîrai ; mais j'oubherai, je paierai. Nous ajoutions qu'il est si vrai que cette orthogrctplie est la seule correcte, que dans les verbes en éer, personne , pas même l'Académie, ne s'est encore avisé, soit en prose, soit même en vers, d'écrire : je supplêrai, je crêrais; mais bien ; je suppléerai, je créerais.
Il est vrai aussi que nous écrivions , page 24, dans la conviction que l'Académie trancherait une question aussi importante, aussi indispensable, qu'on supprime cet emuet assez ordinairement, mais qu'on a soin de le remplacer par un accent circonflexe sur la voyelle qui le précéderait immédiatement dans l'orthographe de certains substantifs, tels que : aboiement, enjouement, paiement, qui peuvent s'écrire aboîmt nt, enjoûment, paîment, etc.
Nous lisons dans Wailly , dernière édition de 1821, que si l'e muet ne sonne pas au milieu des mots, il faut néanmoins l'écrire ; et voici son orthographe : « // abfiiera, il essaiera, il remerciera , 'il jouera; l'aboiement, l'enjouement, le crucifiement, le reniement, etc.
» Ces substantifs en ment viennent du participe des verbes, en changeant ant ou eant en ement : crucifiant, crucifiement; reniant, reniement, etc.; agréant, agrément; changeant, changement.
» Mais, ajoute-t-il, les auteurs et le Dictionnaire de l'Académie (') varient sur cet article par rapport aux substantifs, aux adjectifs et aux adverbes formés des verbes en ier, uer, ou d'un adjectif terminé par une voyelle. Le Dictionnaire de l'Académie écrivait sans e : châtiment, 'infiniment, poliment, vraiment, remercîment, secoûment, dévoument, éternûment, assidûment, crûment, dûment, goulûment, etc. (nous faisons observer ce dernier mot goulûment) , tandis qu'elle écrivait et qu'elle écrit encore ingénument, sans accent circonflexe, le même Dictionnaire écrivait aussi avec e : aboiement, crucifiement, gaiement, gaieté, reniement , continuement, dénouement, dévouement, enjouement, etc. Il est difficile de se souvenir qu'ici l'on admet l'e, que là on le rejette. Il faut tenir une marche uniforme, et ne pas s'en écarter une fois qu'elle est adoptée. Ainsi, puisque de châtier , remercier^ secouer,
(') ÉdiUon de i 798.
GRAMMAIKE FRANÇAISE.
» éternuet^ infini, wai, assidu, ingénu, etc., VAca- > demie écrit sans e châtiment , remercîment , se- » coûment, etc., on pourra écrire de même sans e I aboimenty crucijiment, et les autres mots où la » syllabe ment est précédée d'une voyelle. »
Ce n'est pas notre avis, parce que cette dernière orthographe fait disparaître absolument l'origine du mot. La question que nous devons poser est celle-ci : Pourquoi Y Académie autorise-t-elle une double orthographe ? Pourquoi écrire payenient, et ajouter que l'usage autorise paiement et paiment ? Si du moins elle nous donnait la prononciation de ces trois mots, nous pourrions peut-être, avec l'autorité de l'usage , trancher la difficulté ; mais VAca(lémîe ne veut pas plus s'occuper de la raison d' orthographe que de la raison d'étymologie. h'étymobgie est absurde , la prononciation est tout à fait inutile ; l'une et l'autre sont une hypothèse et un système qui ne méritent pas la peine d'être examinés, pesés, raisonnes ; c'est une de ces chimères, de ces billevesées (mot que tout lecteur du Dictionnaire de l'académie aurait le droit de prononcer aussi bien bilevezé que biievezé, car nous avons les deux mots bille et bile, qui ne se ressemblent ni par le sens, ni parla prononciation); c'est une de ces chimères, disions-nous, qui n'entrent que dans la tête des fous ou des obstinés, qui veulent marcher, marcher, sans chercher à reprendre haleine, sans vouloir essayer leurs ailes avant de s'élancer follement dans les airs.
Mais rentrons dans la discussion :
Aboyer se conjugue comme employer; essayer comme payer. Remercier n'a pas de conjugaison particuhère, et alors il conserve sa racine, qui est remerc , et sa finale, qui est ier , dans tous les temps. Pourquoi l'Académie écrit-elle remercîment et remerciement? lien est de même du verbe jouer. Seulement nous ne comprenons pas que l'Académie ne permette pas qu'on écrive joû le substantif féminin joue. Il est vrai qu'on ne dit ni joûment ni jouement ; mais nous trouvons une légère compensation dans enjouement , que Y Académie nous donne , en avertissant , par extraordinaire , qu'on prononce enjoûment. Aboiement est bien écrit chez elle aboîment ! Pourquoi ne pas écrire de même enjouement et enjoûment? Pourquoi crucifiement et crucifiment ? Crucifier rentre dans la raison d'orthographe de reniprcier. Pourquoi cuiller et cuillère? lin étranger peut tout aussi bien prononcer kuié que kuière,le mot cuiller : nos infinitifs présents de la première conjugaison terminés en er ne se prononcent-ils pas comme un é fermé? Pourquoi reniement et renîment, qui viennent de renier , et qui rentrent encore dans la règle de remercier? Pourquoi ne pas écrire agrément et agréement, à la façon de tous ces mots ? agrément vient d'agréer. On écrit il agrée, et l'on ne pro-
nonce qu'un e. Agréement serait absurde, mais conséquent du moment qu'il émanerait de Y Académie. Pourquoi? pourquoi? nous ne sortirions pas des pourquoi, si nous voulions demander compte à Y Académie des règles qu'elle a posées dans son Dictionnaire , ou, disons mieux , des règles qu'elle n'a pas posées.
Boinvilliers voudrait qu'on écrivît brasselet, et non point bracelet; et il fait un crime de cette orthographe à tous les dictionnar'istes. t N'est-il pas » ridicule, en effet, ajoute-t-il, d'écrire bvacelet, » l'ornement qu'on porte au bras, et dont la vé- » ritable orthographe (brasselet) est assez claire- > ment indiquée par celle des mots brassard, » brasse, brassée, brasser, embrassement, embras- » ser, etc., qui tous dérivent du mot bras? On écrit » pour cette raison délasser , ôter la lassitude, et » délacer (défaire un lacet). » Cette distinction a un bon côté , et nous n'avons pas la prétention d'attirer à nous l'assentiment de tout le monde sur ce point; mais il y a des motifs étymologiques qui pourraient nous faire pencher pour l'orthographe de bracelet. Nous trouvons la lettre c, ou le ch ou x> ^^ ïst'"! Gt en grec : brachiale, et ppxytxktx^ dont la racine est ^pocyt^v, bras. Le changement du c en s a pu s'opérer dans les vieux temps de la» langue ; nous ne connaissons pas l'époque de cette métamorphose, mais nous n'oserions forcer ici l'opinion. Nous croyons qu'on peut fort bien écrire bras et bracelet; c'est ici la raison d'usage. Nous n'osons pas repousser l'orthographe de brasselet, à cause du mot bras.
Le même Grammairien, que nous allons suivre et commenter pas à pas, parce que c'est celui entre tous qui a le mieux raisonné sur l'orthographe , fait remarquer qu'on doit écrire entreposer, bien qu'on écrive entrepôt; et plafonner, quoiqu'on écrive plafond, mot dont l'orthographe était platfonds au dix-sepûème siècle. — On écrit aussi cicatriser, quoiqu'on écrive cicatrice; rayer, qui vient de radiation; taluter, de talus; velouter, de velours; se vautrer, quoiqu'on écrive veau (nous préférerions se veautrer) ; et vagabonner, de vagabond et vagabondage, h' Académie de 183o donne encore vagabonder et vagabonner ; ce dernier est un vrai barbarisme populaire. L'analogie est ici en défaut, comme on le voit.
Nous trouvons dans Y Académie : grain , grainetier, auquel on a ajouté ; voyez grenetier. Dans l'esprit de son Dictionnaire , la seconde orthographe serait donc préférable à la première ? Mais le mot grainier, grainière, qui suit immédiatement , nous autoriserait à penser le contraire. Du reste, nous trouvons grener, produire de la graine, greneterie, grenetier, grenetis , grenettes , etc. ; égrainer nous renvoie à égrener. Tout cela est un véritable galimathias. Encore une fois.
DE L'ORTHOGRAPHE
si l'Académie reconnaissait l'ctymologie , nous ne rencontrerions pas chez elle ces tâtonnements ridicules. Tous ces mots, et même grenier,défim par ['Académie: la partie d'un bâtiment destiné à serrer les grains, venant du ktin granxim, devraient s'écrire par un a, et non par un e. N'aurait-on pas bien fait aussi de supprimer grainier , grainière, puisqu'on dit dans le môme sens grainetier, grainetière? La double consonnance de grenier et grainier peut induire en erreur.
« Comment, s'écrie Boinvilliers, mu par un
> sentiment de juste indignation, comment peut-
> on écrire dessiller, sur la foi de plusieurs lexi- » cographes, puisque ce verbe tire é#lemment
> son origine du mot cil, et qu'il est de la même » nature que ciller et sourciller? Il n'y a pas de » milieu : écrivons sïller, dessiller et soursiller, ou
> déterminons-nous à écrire déciller, ciller et sour- » ciller. Notre choix peut-il être douteux? »
Hélas ! oui, sommes-nous forcés de répondre : le choix peut même être fort douteux, puisque YÀcadémiede i^^ écrildéciller btdessiller, en renvoyant de l'un à l'autre; mais nous serons justes : au mot dessiller, elle avertit que quelques-uns écrivent déciller, parce que ce mot vient de cil. On ne comprend pas, en vérité, que cette autorité tolère une orthographe aussi absurde, aussi monstrueuse.
h' Académie, en écrivant éiaim (laine cardée), et étain (métal), n'aurait-elle pas mieux fait d'orthographier étaim, le métal, qui sert à former le dérivé étamer, et qui d'ailleurs vient du latin stamnurn; et étain, la partie fine de la laine cardée? car, peu nous importe l'orthographe de ce dernier mot ; il est sans étymologie approuvée. N'écrivons-nous pas affamer à cause de faim? essaimer à cause de essaim? N'écrit-on pas astucieux, d'astuce; capricieux, de caprice ; gracieux, de grâce ; licencieux, de licence; officieux, d'office; précieux, d'apprécier; révérencieux, de révérence; sourcilleux, de sourcil; sentencieux, de sentence; silencieux, desilence; soucieux, de souci ; spacieux, d'espace; vicieux , de vice; captieux, da capfer ; dévotieiix, de dévotion; facétieux, de facétie; séditieux, de sédition; superstitieux, de superstition; équinoxial, d'équinoxe, etc. ?
Ecrivez faulx, du latin faix, falc'is, l'instrument qui sert à couper l'herbe. Nous regardons comme un vrai barbarisme de l'orthographier, avec l'Académie, comme l'adjectif faux, fausse, signifiant qui n'est pas vrai.
N'est-il pas ridicule dédire, au mot aune, arbre, qui vient du latin alnus, que quelquCvS-uns écrivent aussi aulne ? au mot aunée et aunaie, que quelques-uns écrivent aussi aulnée et aulnaie ? Mais l'Académie, qui ne reconnaît qu'une seule orthographe pour aune, mesure, et pour aunage, mesurage de l'aune, n'aurait-elle pas dû décréter que l'on ne dirait que aulne, arbre, aulnée et aulnaie.
qui sont de la même famille ; et que aune et «ttnage, lorsqu'il serait question de la mesure ? Nous savons bien que aunt, mesure, se disait en latin ulna, où la lettre / figure aussi bi«n que dans al' nus, arbre; mais le sens de ces mois est si différent, qu'il est nécessaire de les distinguer l'un de l'autre au moins par l'orthographe.
On écrit sirop et siroter; ne ferait-on pas mieux d'écrire sirof, par motif d'analogie?
Quelle est la raison de bon sens qui a pu empêcher que sacristaine ne soit le féminin tout naturel de sacristain? V Académie a préféré sacris<in«, mot forgé sous la raison du seul bon plaisir.
Nous trouvons au mot poulain des bizarreries de la même force. D'abord, l'Académie écrit poulain et poulin. De quel avantage est cette double orthographe? L'Académie ne donne pas d'ailleurs de féminin à poulain; mais au motp«/in, elle ajoute pouline, renvoyant aussitôt h poulain et à pouliche, où nous lisons qu'on disait autrefois poulaine et pouline. Nous voilà bien savants ! On ne dit donc plus aujourd'hui pouline? Si l'on ne doit plus le dire , pourquoi le mettre dans le Dictionnaire ? Nous voudrions qu'on ne conservât l'orthographe depow/aew que comme terme de médecine; et que l'on écrivîtpou/in et pow/inÉ?, nom d'un cheval ou d'une cavale de trois ans, parce qu'on dit poulinieret poidinière. Quant à pouliclie, ce mot nous paraît du dernier ridicule ; il n'a pu se dire que par corruption.
Quelques savants voudraient qu'on écrivît essenciel, de essence; différenciel , de différence ; pestilenciel, de pestilence; substancîet, de substance, etc. 3Iais le plus grand nombre écrit essenfie/^ différentiel, pestilentiel, substantiel, etc., et nous approuvons cette dernière orthographe, parce que ces mots ne sont pas dérivés immédiatement de leurs substantifs, mais bien des verbes ou des adjectifs radicaux qui ont eux-mêmes servi à les former, et ce sont : essens, essentis; differens, differentis; pestilens, pestilentis, etc. L'Académie, du reste, donne la seconde orthographe ; et nous devons ajouter qu'elle écrit sans doute , par raison d'analogie , officiel, qui vient d'office, et négociant , de négoce, etc.
Quant à sacramenlaletsacramentel, nous croyons qu'on dirait mieux sacrementel et sacremenlal, à cause de sacrement ; et encore notre avis est que l'un de ces deux mots devient tout à fait inutile, puisqu'ils signifient tous deux la même chose.
Nous ferons observer que l'Académie n'écrit plus le substantif différend , signifiant dispute , que par un d final. Par là, il se trouve distingué, il est vrai , de l'adjectif différent (dissemblable) , mais il n'en reste pas moins évident que l'étymologie des deux mots est la même, et qu'en latin differens, differentis, Yi annonce pas le-rf; et puis l'orthographe de ce mot est seule de son genre, car iu'
grédlent, impatient , etc. n'ont pas de d. Si l'on écrit révérend avec un d final, c'est que le mot se dit en latin reverendiis.
Continuons de faire connaître les sages réformes que propose Boinvilliers, nous réservant toujours de les accompagner de nos commentaires.
On écrit :
Chaux y faîXj perdrix ^ paix, toux, a-oix, noix, poix, voix, reflux, houx, larynx y crucifix, couiroux, phénix, onyx, deux ^ six, dix, lynx, sphynx, Slyx, thorax, borax, index, préfix, doux, jaloux, roux, faux, etc., parce que la lettre x ou la double consonne s caractérise les mots grecs ou latins dont ces mots sont formés. — La raison voudrait que l'on écrivît chois comme bois , puisque l'étymolOgie ne prescrit pas l'emploi du x, et que l'on écrit choisir comme on écrit boiser ; d'ailleurs on écrivait jadis choix avec un 5 (*) : il n'en est pas ainsi.
Écrivez : Faisan, falot, fanal, fantaisie, fantasmagorie, fantôme, faséole, feu, fiole, flegme, frénésie, front, golfe, scrofules et scrofuleux, quoique l'étymologie grecque commande phaisan (l'oiseau du Phase), phalot, phanal, phantaisie, phantasmagorie, phantôme, phrénésie, etc. {^).
Écrivez blé, cherté , chrétienté , confrérie, gageure, mangeure. Rien n'autorise l'introduction du d dans le substantif blé (*). Il est encore permis cependant d'écrire en vers bled; et à cause de cela, et de l'étymologie, toute douteuse qu'elle est, nous aurions voulu que l'Académie écrivît bled, comme autrefois.
Cher appelle cherté; chrétien suppeWe chrétienté.
Clef, qui se prononce clé , prend rigoureusement un /, à cause de clavis , d'où ce mot est dérivé. On sait que nous avons souvent changé en /le V des Latins. Quant à Y Académie, qui permet d'écrire aussi clé, elle n'en donne aucun exemple ; nous conviendrons néanmoins que , par rapport à la prononciation, clé vaudrait mieux que clef, d'autant plus que ce dernier est susceptible d'être mal prononcé, en faisant sentir f, comme dans nef.
Gageure , mangeure , s'écrivent ainsi (et non pas gajure, manjure), à cause des verbes gager el manger.
On a senti l'inutilité de la lettre s dans le mot juridiction, qui, écrit de la sorte, est moins dur à l'oreille que jumrfictton. Négoce est le tronc d'où sont sortis négociant, négociateur, négociation, né' gociable et négocier.
On écrit pied , parce que le d entre dans la
GRAMMAIRE FRANÇAISE
{*) Ils ne r oient pas de chois entre mémoire et entendement. (Essais de Montaigne.)
(') Toute* ces exceptions bizarres proaTcnt combien il est difflcile de donner des préceptes invariables sur l'orlhographe. Tonlefois elles n'auraient pas lieu, si l'on avait égard à l'étymologie, ou si l'autorité posait des règles uniforracs.
(») Le mot bladum est de très-basse et même de très-douteuse latinité.
composition du mol grec et du mol latin. Un double u serait une superfétaiion dans le mot piqûre; mais il ne faut pas oublier l'accent circonflexe, qui le rappelle. On ne dit plus regîive comme chapitre, mais registre; il faut couséquemment écrire rcgistrer, enregistrer, et non plus regîtrer, enregitrer, ces mots dérivant du latin registrum, et non pas regitrum. On n'écrit plusjotisane, qui venait du mol latin ptisana, mais tisane, sacrifiant ainsi l'étymologie à l'euphonie.
Écrivez scie, sciage, à cause du motlatm secare, (et non pas sie, stage) ; seing, signature d'acte (et non pas sein) ; signet, du mot latin signum (et non pas sinet)f'ei teint, qui a formé teinte, teinture, teinturier. Ne confondez pas fil avec file.
Ecrivez seau, vase à puiser de l'eau (et non pas sceau, empreinte ) ; linceul (et non pas linceuil) ; lut, enduit (et non pas luth ni lutte); refrain (et non pas refrein). Suivant Ménage, ce mol vient de l'espagnol refran, que Guyet dérive du latin referre, rapporter , parce que les proverbes se rapportent en quelque façon à toutes les circonstances. — Ce qu'on appelle ridicule , petit sac en forme de réseau, serait plus convenablement dénommé réticule, ce qui retient, réseau; ridicule est une véritable corruption du mot. Quant à spencer, il ne vient pas du grec sphincter, mais du nom de lord Spencer, qui le pcemiera porté ce vêtement.
Écrives angar , du mot latin angarium, et non pas hangar; ankyloglosse et ankylose, de leur nom grec ; baptême, du mot latin baptismus; ermite, du mot grec ï,or;/ioç , désert; pin, du mot latin pinus; psaume , du mol latin psalmus.
N'ôtez jamais la lettre p du mot temps, qui vient de tempus. Écrivez rhapsodie , de son nom grec ; thjm , de thymus , en latin ; de ôu/:xoî , en grec.
1/ Académie écrit impromptu et in-prompiu ; le premier sans irai l-d' union, et le second avec un trait-d'union. Selon nous, la seconde orthographe est la meilleure , parce que l'étymologie de in promptu, qui signifie sur-le-champ, dans un moment, veut l'emploi de la syllabe in, comme dans in-folio, in-quarto, etc. La syllabe im, que semble préférer Y Académie, n'est nullement dans le génie de notre langue, ni même de la langue latine ; mais ce qui est plus curieux encore, c'est que nous Usons dans les exemples qu'elle cite : Personne ne fait mieux que lui des impromptu, sans s; et faire des impromptus, avec un s.
Pourquoi écrire appui-main et essuie-main ? Ne devrait-on pas écrire appuie-main ? n'est-ce pas, en décomposant ces mots, ce qui sert à appuyer la main, comme ce qui sert à essuyer la main ?
Écrivez porreau de préférence à poireau, à cause du mot latin primitif porrum , et du dérivé porracé; margelle, de préférence à marrfe/fe, à cause du mot latin primitif margo. — On écrit sébile ,
DE L'ORTHOGRAPHE
petit vase de bois; mais ce mot a sans doute été corrompu, car il vient du mot latin cïbilla, employé par Varron pour signifier un petk vase y d'où il résulte qu'on dirait mieux cibile ou cébille que sébile.
Orthographiez ainsi : cru et nu^ par la raison qu'on écrit au féminin crue et nue. V Académie écrïi CRU, terroir oii quelque chose croît; cru, crue» qui n'est foint cuit; cru , crue, participe du verbe croire; et enfin crû , crue , du verbe croître. Nous considérons ces deux derniers comme bien orthographiés, parce qu'ils sont parfaitement distingués l'un de l'autre par l'absence ou par l'addition de l'accent circonflexe. Mais pourquoi n'avoir pas mis ce même accent sur crû , substantif, signifiant terroir oit quelque chose croît? On peut, à la grande rigueur, ne point le placer sur crue, substantif féminin , qui veut dire augmentation , en parlant des rivières , des ruisseaux, etc. , parce que ce mot, en tant que substantif, est seul de sa nature : il ne peut donc être confondu avec aucun autre; mais les deux autres doivent être indispeosablemenl distingués. Pour ce qui concerne l'orthographe de CRU , crue , dans le sens de qui n'est pas cuit, nous dirons à l'Académie que" nos bons devanciers,qui étaient bien aussi savants que nous , écrivaient en ce sens crud , par respect pour l'élymologie latine crudus, comme ils écrivaient nud, qui vient denudus, et dont ils avaient formé crudité ei nudité, que nous avons conservé. Pourquoi n'aurait-on pas dit mule, et crude au féminin? N'avons-nous pas le moiprude? Cette terminaison n'est pas anti-nationale ! Cependant nous conviendrons que l'inconvénient n'est pas aussi grand du côté de nud que du côté de crud, à cause des quatre ou cinq mots de sens différents qui se ressemblent tout à fait dans la prononciation.
11 Académie veut toujours qu'on écrive grecque quoiqu'on écrive caduque, publique , turque , dont les masculins se terminent par la consonne c de même que l'adjectif grec. Ces quatre mots, étant de la même famille, devraient avoir la même forme finale au féminin.
t Oa écrit avoine , dit Boinvilliers , et l'on pro- )) nonce aveine. Ne vaudrait-il pas mieux suivre » celte dernière orthographe, que deux raisons 9 commandent : l'étymologie et la prononciation? B En effet, le substantif aveine vient du mot latin » avena, et ceux qui parlent bien le prononcent comme s'il était écrit aveine. » Nous répondrons •1 ce Grammairien qu'on n'écrit pas avoine pour prononcer aveine. Ceuxj^ui écrivent avoine doivent prononcer avoène , et ceux qui écrivent aveine prononcer avène; mais nous aimons mieux, avec Boinvilliers , et à cause des raisons qu'il donne , aveine que avoine. Cependant généralement, dans la haute classe, on dit avoine; il n'y a guère que les gons de la campagne qui disent de l'aveine.
Écrivez terrein, et non pas terrain; écrivez aussi
souterrein; ces deux mots tirent bien leur origine du latin terra, mais on dit terre en français, et les composés de ce mot doivent en suivre l'orthographe. — On devrait écrire bierrê (cercueil), et bière (boisson) ; goiite (maladie), et goutte (petite partie d'un liquide). Mais on ne peut que proposer de semblables réformes.
Le Dictionnaire académique donne toujours oignon et ognon, en avertissant seulement que Vi dans le premier ne se prononce point , mais qu'il sert à mouiller le g. Voilà une explication bien hasardée. Comment! la lettre d'une syllabe qui précède influerait sur la syllabe qui la suit! Mais alors, en admettant ce principe, il faudrait prononcer oguenon le mot ognon écrit sans i. Pour ce qui est d'oignonet et d'oignonière , el!e ne l'écrit que de cette seule manière. Nos lecteurs ne se contenteront certainement pas de cette double orthographe ; ils attendent notre avis , et nous allons le leur donner. Ognon a pour étymologë le mot latin unio; cette étymologie ne nous apprend malheureusement rien pour l'orthographe ni pour la prononciation du mot ; mais , ce qu'il y a de certain , c'est que tout le monde prononce ognon f comme s'il n'y avait pas d'i. Pourquoi n'écrirfons-nous pas toujours ognon ? et les dérivés agnonet et ognoniere? Il faut souvent écouter et subir la loi de l'usage , et même celle de l'oreille.
Faisons observer que, bien qu'on éciive savant, savoir, qui viennent du mot sapere; on écrit cependant science, sciemment et scientifique, parce que ces derniers sont formés de scientia, qui dérive incontestablement de scire.
Ecrivez aujourd'hui soûl, soûle, sotiler, quis'orihographiaieot autrefois saoul, saoule, saouler. L'Académie conserve cependant les deux orthographes dans son nouveau Dictionnaire. Nous préférons la première à la seconde , parce que nous n'avons jamais entendu prononcer sa-oul, mais soûl, comme s'il n'y ava't point d'à. ,
Ecrivez exorbitant ( et non pas exhorbitant) ; cet adjectif est formé des deux mots latins ex et orbitâ, hors du cercle ou de l'ornière , parce qu'en effet tout ce qui est exorbitant sort du cercle de la sphère ordinaire. — Ecrivez scholastique, schoUaste, scholie, plutôt que scolasiique, scoliaste, scolie, à cause de leur primitif grec. On n'écrit cependant (\u'école. On distingue scholie de scolie Voy. les Dict.
Ecrivez : linge plain, plain-chant, plaine, campagne, plain pied , velours plain (et non pas plein ou pleine), parce que, dans ces exemples, l'adjectif plain signifie uni, ras , du latin planus. — Écrivez coasser (du latin coaxare), en parlant des grenouilles; et croasser (du latin crocitare) en parlant des corbeaux. — Ecrivez cou-de-pied (et non pas coude' pied), parce que c'est la partie la plus élevée, le penchant du pied : en italien collo del piede. — Écr'vfez pied-droit (et non pas pied-de-roi) ^ cette
GRAMMAIRE FRANÇAISE
partie du jambage d'une porte ou d'une fenêtre, qui comprend le chambranle, le tableau, la feuillure, l'embrasure et l'écoinçon. Pied-de-roi est une mesure de douze pouces.
Écrivez fond pour signifier l'endroit le plusbas, le plus éloigné, le plus retiré : le fond d'un puils; le fond d'un bois; aller jusqu'au fond; couler à fond; être ruiné de fond en comble; dans le fond, c'est un Itomme dangereuse; on ne peut pas faire fond sur lui. Mais écrivez fonds pour signifier, au propre, le sol d'un champ, d'une terre, d'un héritage, etc. ; une somme d'argent quelconque, un capital ; et, au figuré, en parlant de l'esprit, du caractère, de la capacité d'un individu : j'ai un fonds qui est trèsproductif; ne placez rien à fonds perdu ; il a un grand fonds d'esprit ; il a un grand fonds de malice, etc. — Écrivez fonts de baptême, à cause du mot latin fons ; génitif, fontis, fontaine.
De même qu'on a conservé l'œ dans Œdipe, fœtus et œsophage^ nous devrions le retrouver dans le mot œconomie, car la raison de l'œ dans ces cas est imposée par l'oi des Grecs ; cependant tout le monde écrit économie par un é, et tous les dérivés de ce mot.
Nous ne serons pas de l'avis de Boinvilliers, qui veut qu'on écrive simultanée au masculin et au féminin : un mouvement simultanée; une action simultanée; et qu'il en soit de même de ignée, momentanée, instantanée, spontanée, célucée, porraçée, herbacée , cutanée , sébacée, éihérée , etc. , etc. « Les terminaisons des mots, continue-t-il , ne » sont pas indifférentes aux yeux des Grammai- » riens observateurs. Ard désigne la hauteur, l'in- » tensité; tion marque l'action; té indique l'é- » tât; ment, l'intention, la manière; ant dénote » un être agissant [aimant, cliangeant) ; é, dans les » participes passés, exprime une attribution pas-
> sive (aimé, changé). La terminaison en ée, lors- 1 quel'e muet n'indique pas le féminin, signifie I qui est de la nature de. Ainsi un mouvement si- » mu/fanée est un mouvement de la nature d'un » temps qui coïucide avec un autre temps. Un » corps ignée est un corps de la nature du feu. » Un plaisir momentanée ou instantanée , est un
> plaisir de la nature d'un moment ou d'un in- » stant. Un effort spontanée est un effort de la na- » lure des choses qu'on exécute de plein gré. Des » animaux célacées sont des animaux de la nature » delà baleine. L'orthographede ces différents ad- » jectifs est fondée en outre sur l'analogie ; en » effet, ils s'écrivent avec deux e, parce qu'ils
> viennent des mots latins terminés en eus; or,
> tous les substantifs et les adjectifs formés du latin » ou du grec, qui ont un e ou œ devant us, os, » um, etc., prennent dans notre langue un e muet # après l'é fermé. Pour cette raison même on de- « vrait écrire jubilée (et non pas jubilé), parce qu'il » vient du latin jubilœus. »
Notre opposition à ce savant Grammairien nécessite de notre part un commentaire. Nous ne consulterons pas" l'Académie sur ce point, parce que l'Académie ne se montre pas d'accord avec ellemême; c'est ainsi qu'elle écrit simultané au mascuhn, et simultanée au féminin , en terminant toutefois son article par cette détestable locution , que plusieurs écrivent encore siinultanée au masculin. Du reste, tous les exemples qu'elle donne sont pour la finale é au masculin, pour la finale ée au féminin : mouvement simultané, action simultanée , etc.
Continuons d'examiner chez les éditeurs de l'Académie les autres mots précités : nous trouvons igné au masculin , et ignée au féminin ; momentané au masculin , et momentanée au fé- ; instantané au masculin , et instantanée
minm :
au féminin ; spontané au masculin, et spontanée au féminin , ce dernier mot seulement escorté de l'éternelle petite phrase inconséquente de : plu. sieurs écrivent encore spontanée au masculin. Nous ne rencontrons plus que cétacé au masculin, et cétacée au féminin. Quant diumoi jubilé, nous ne le voyons nulle part écrit jubilée. Nous ne chicanerons pas l'yàcadémie en lui demandant pourquoi elle ne tolère pas qu'on écrive au mascuUn ignée, momentanée, instantanée et cétacée, comme elle permet l'orthographe de simultanée et de spontanée au masculin ; mais examinons l'opinion qui a poussé BoinvilUers à nous dicter son orthographe. « C'est, dit-il, parce que simultanée vient de » l'adverbe latin simul, ensemble ; ignée, du latin » ignis , feu; spontanée, de spontaneus, \olon- » taire; cétacée , de cetus, baleine; teslacée, de » testa, écaille; porraçée, de poirum, i)orreau » (avertissons pour mémoire que l'académie écrit » poracé et porracé , et qu'elle préfère poireau à » porreau) ; herbacée, de herba, herbe ; cutanée, ^ de cutis, peau; sébacée, de sébum, suif; élhérée, » de œiher, partie de l'air la plus subtile. »
Mais depuis quand la terminaison d'une langue impose-t-elle sa terminaison à une autre? Les langues n'ont d'alliance entre elles (|ue par l'éiijmologie; et l'étijmologie, c'est le radical; la terminaison ne peut rien en pareille occurrence. Le génie d'une langue ne consiste, la plupart du temps, que dans ses terminaisons. Nous ne saurions d'ailleurs jamais écrire nous-mêmes : un mouvement simultanée, pas plus que nous n'écririons : une action simultané. Il est inconcevable qu'on se soit plu ainsi à courir après des difficultés. N'en avonsnous donc pas assez, sans nous évertuer chaque jour à en créer? Tranchons : nous considérerions comme faute, et faute des plus lourdes, la manière d'écrire au masculin simultanée et spontanée; nous ne mentionnons plus que ceux-ci, parce que l'Académie semble encourager, par son pernicieux RM», à écrire un raascuUn avec une terminaison
DE L'OR rUOGRAPHE.
iG)
féminine, ce que nous regardons comme mlolérable.
1 Écrivez, dit encore Boinvilliers, solennel (et non pas solenmel). Un jour solennel est un jour anniversaire, un jour qui, dans la révolution annuelle du soleil, répond à celui dont on veut conserver le souvenir. Nous avons appelé, par extension, solennelj tout ce qui est revêtu de formes extraordinaires, de formes semblables à celles qu'on, emploie dans ies fêles anniversaires ; de là les mots solennité, solennïsation^ solenniser, solennellement; de lu aussi ces expressions : un acte solennel; U7i mariage solennel; une promesse solennelle; une fêle solennelle. Le mot solennel ne vient pas de sol omnis : une pratique solemnelle serait celle qui aurait lieu tous les jours, tandis que solennel est formé de sol annuiis, qui signifie: jour anniversaire, jour annuel.
Rappelons la dissertation de notre Dictionnaire sur ce mot. Nous copions, disions-nous, une excellente remarque que nous trouvons dans la Grammaire de Girault-])uvivifcr, et qu'il a luimême extraite d'Urbain Domergue, page 595 de ses Solutions grammaticales. Il y a des personnes qui écrivent solemnel par mn, à cause de soleimiis; d'autres qui écrivent solennel avec deux n , à cause de solennis. En effet , les Latins ont solemnis et solennis. Le premier, qui vient de sol omnis, tout le soleil, signifie ce que l'on (ait, ce qu'on a coutume de faire tons les jours. Pline a dit : hoc solemne habeo facerc; je fais cette chose tous les jours , j'ai l'habitude de faire cette chose tous les jours. Suétone a employé ce mot dans le même sens. Solennel, dérivé de sol annuus , soleil annuel, exprime ce qui se fait tous les atis. Celte seconde signification a seule passé dans notre langue; et jour solennel, en français, signifie proprement jowr anniversaire , jour qui , dans la révolution annuelle du soleil, répond à celui qu'on veut rendre mémorable. Ainsi, parmi les chrétiens, Noël, Pâques , etc. , sont des fêtes solennelles, des jours distingués tous les ans des jours ordinaires par la cessation du travail et par la pompe des cérémonies de l'Église. Tel est le véritable sens de solennel y solennité , solenniser, sens auquel l'usage a donné de l'extension ; car solennel signifie aussi ce qui est accompagné de cérémonies publiques, extraordinaires, ce qui est revêtu de toutes les formes requises, comme cela se pratique dans les fêles anniversaires. De ces observations il est aisé de conclure que notre mot solennel et ses dérivés ne venant pas de solemniP, sol omnis, mais de solennis, sol annuus , on doit adopter le double n. Si solennel par deux n, conforme à l'étymologie , ne l'est pas à la prononciation , solemnel parnm n'est conforme ni à la prononciation ni à l'étymologie. Nous terminerons en disant que la sixième édition de l'Académie adopte solennel, qu'elle ordonne de pronon-
cer, ainsi que tous ses dérivés, en fajsant Y a bref, comme s'il y avait solanel ; mais elle avertît encore que plusieurs écrivent solemnel, et de même pour les dérivés. Donner toujours une double orthographe , c'est ne pas en donner du tout.
L'Académie écrit : je fais , tu fais, il fait, nous faisons, vous faites, ils font; je faisais, etc. ;j'ai fait, je ferai , etc. ; je ferais , etc.; et faisant. C'est aussi notre orthographe, quoique nous ne nous rendions pas compte de la manière excrpiionnelle d'écrire :je ferai, ni je ferais. Nous savons bien qu'on nous répondra que c'est en raison de la prononciation ; mais nous ne comprenons pas trop pourquoi on ne prononcerait pas;c faisais , et non pas je fesais; on ne dit pas dans le discours : une personne bienfesante , mais bienfaisante , avec le son de l'è; on ne dit passât bienfé, mais un bicnfè. A quoi aboutissent toutes ces bizarreries? A accumuler difficultés sur difficultés , pas autre chose. Bon Dieu ! qui nous délivrera de tout cela? Quand nous servirons-nous, pauvres hommes que nous sommes, de notre gros bon sens? Autrefois on écrivait je fesais et fesant, et c'est sans doute ce qui a fait conserver la prononciation lourde de fe, car aujourd'hui tout le monde écrit je faisais et faisant; et c'est aussi à cause de cela que tout le monde écrit bienfaisance, malfa'isance et bienfaisant , malfaisant , ces mots étant dérivés de bieyifait et de méfait.
Nous ne pouvons encore passer sous^silence une remarque que fait le nouveau Dictionnaire académique, qui écrit bienfaisance, et qui nous dit qu'on prononce dans le discours ordinaire : bienfesance , bien fesant; mais qu'au théâtre (i) et dans le discours soutenu^ on prononce bienfcsance , bienfesant. Toujours deux prononciations pour un même moi? Il est vrai qu'aux articles malfaisance et malfaisant elle ne parle point de prononciation. Alors nous pensons qu'on doit prononcer malfaisance , malfaisant , bienfaisance et bienfaisant tout simplement comme on prononce malfaiteur et bieti' faiteur.
hedoublemeut des gohsonhes.
Nous avons déjà ébauché cette partie à rarlicle des consonnes; nous nous contenterons de rappeler sommairement en tableau les mots les plus usuels dans lesquels les consonnes se redoublent. On conçoit aisément qu'il faudrait transcrire ici
( i ) Comme si , en 1 835 , il y avait liea encore à citer la pro- DODciatioa de nos théâtres ! Mais rien n'est plus pitoyable ! On ne prononce pas mieux aujourd'hui aux Français qu'à l'Opéra. Écoutez-les dire rezeioir pour recevoir, dire Israël pour Israël , etc.
grammairï: française.
tout un dîctîonnctire pour êlre complet; et ce travail ne -serait que fastidieux et inutile. Au resle, nous ne donnons point les tables qui suivent comme un type rigoureux d'orthographe , puisqu'à la suite nous discutons l'orthographe de ces mots en général. Notre but principal est d'avertir le lecteur de se tenir continuellement sur ses gardes , et de le porter , en lui faisant sans cesse envisager les dilticullés, à recourir souvent au Dictionnaire, seul bon guide en matière d'orlhographe et de nomenclature.
Il est redoublé dans :
Abbatial. Âbbesse. Sabbat.
Abbaye. Abbeville. Sabbatine.
Abbé. Rabbin.
On le redouble dans les mots commençant par ace, acca, aeco, accr, accu, occa, occu et suce :
Accabler. Acclimater.
Accaparer. Accointance.
Accéder. Accolade.
Accoler.
Accommoder.
Accompagner.
Accomplir.
Accord.
Accoster.
Accélérer.
Accent.
Accepter.
Accès.
Accident.
Acclamation.
et tous leurs dérivés.
On excepte :
Accoucher.
Accourir.
Accoupler.
Accroître.
Accumuler.
Occasion.
Occuper.
Succomber.
Succulent , etc.
Acabit.
Acataleptiqne.
Acrostiche.
Acacia.
Acolyte.
Acrotère.
Académie.
Aconit.
Oculaire.
Acajou,
Acre.
Oculiste.
Acanthe.
Acrimonie.
Sucer.
Acariâtre.
Acrobate.
Sucre, etc.
Acarne.
et les dérivés de ces mots.
On ne le redouble que dans :
Adda , rivière.
Additionnel.
Adducteur.
Addition.
Additionner.
Adduction.
Doublez cette lettre dans les
mots qui commen
cent par aff,
eff, off, diff, souff
et suff:
Affabilité.
Effet.
Différencier.
Affable.
Efficace.
DifGcile.
Affadir.
Effiler.
Difformité.
Affaiblir.
Effort.
Diffusion.
Affaire.
Effrayer.
Souffler.
Affaissement.
Offenser.
Souffleter.
A'famer.
Offertoire.
Souffrir.
Affecter.
Office.
Suffire.
Affermer.
Offrande.
Suffoquer.
Affirmation.
Offrir.
Suffrage.
Affranchir.
Offusquer.
Suffusion,etc.
ElTacer.
Diffamer.
Et dans :
Biffer.
Chiffon.
Greffe.
B;)uffi88ure.
* Chiffre.
Griffe.
Bouffon.
Coffre.
Piaffe.
BufQe.
Echauffaison.
Truffe, etc.
ChauffM*.
Etoffe.
On excepte :
Afin. Calife.
Africain. Carafe.
Afrique. Mufie.
Agrafe. Pontife.
Cafard. Préfet.
Café.
et tous leurs dérivés.
F est encore simple dans les mots en defet en
ref :
Défaire. Refaire.
Défaut. Réfectoire.
Défendeur. Refend.
Défendre. Refendre.
Défense. Référé.
Défenseur. Référendaire.
Déférence. Référer.
Déférer. Réfléchir.
Défiance. Reflet.
Défoncer. Réflexion.
Défunt. Reflux.
et leurs dérivés.
On ne redouble le^ que dans :
Agglomération. Agglutiner. Aggraver.
S'agglomérer. Aggravant. Suggérer.
Agglutination. Aggrave. Suggestion.
L se redouble dans les substantifs et adjectifs féminins terminés en èl par le son , comme
Rafraîchir.
Safran.
Soufre , corps combustible.
Tartufe, etc.
Réforme.
Refouler.
Réfractaire.
Réfraction,
Réfréner.
Réfrigérant.
Refuge.
Refus.
Réfutation , etc.
Bagatelle.
Cervelle.
Dentelle.
Ëcuelle.
On excepte :
Marc-Aurèle.
Clientèle.
Cybèle.
Érysipèle.
Ficelle.
Querelle.
Belle.
Cruelle.
Mortelle.
Nouvelle.
Nulle.
Rebelle, etc.
Fidèle. Poêle.
Grêle. Praxitèle.
Modèle. Zèle , etc.
Parallèle.
L est aussi redoublé dans les mots en al :
Alléluia. Alliance. Allumer.
Allonger. Allure, etc.
Allouer.
Allemagne.
Aller.
On excepte :
Alambic.
Alarme.
Alègre.
Alêne.
Alibi.
Alicante.
Aliéner.
et leurs dérivés.
Alignement.
Alinéa.
Aliquote.
Alité.
Aloès.
Aloi.
Alors.
Alouette.
Alourdir.
Aloyau.
Alumeile.
Alun, etc.
On le redouble , par exception , dans :
Illégal.
Illégitime.
Illicite.
Illimité.
Illinois.
Illuminer.
Illusion.
Illustre.
L se double encore lorsqu'il est suivi d'une syllabe finissant par un e muet dans les verbes.
Cependant l'Académie n'accepte cette orthographe que pour un fort petit nonibre de verbes, et nous ne pouvons discuter ici toutes les variations des verbes tels que appeler , chanceler , épeler, etc.
DE L'ORTHOGRAPHE
On écrit :
J'appelle. Ils appellent. J'appellerais , etc.
Tu appelles. Que j'appelle.
11 appelle. JappfilcTai.
Enlin on le redouble dans les mots suivants :
Balle. Halle. Stalle.
Dalle. Intervalle. Il emballe.
Galle , excroissance Malle. Il installe , etc.
qui vient sur les Salle.
reuilles.
îilais on écrit ga/e, maladie, et sale, adjectif signifiant ^è.t est malpropre.
On redouble m dans les mots qui commencent par comm , par mim :
Commander. Commission. Inamémorial , etc.
Commerce. Immédiat.
et dans les mots <jfi-amme, décagramme , myriagrammCf elc.
( )n excepte :
Comédie. Comi:e.
Comt slible. Comité.
Comète. Comus.
Comices. Image.
et leurs dérivés.
On le redouble dans :
Gomme. Sommaire.
Homme. Somme.
Pomme. Sommeil,
et dans leurs dérivés.
Cette consonne se redouble dans les mots qui commencent par conn, et dans ceux qui finissent en onner (orthographe de Y Académie); tels sont:
Aposter.
Apostiller.
Apostolat.
et leurs d( rivés.
Opaque.
Opéra.
Opération.
Opiat.
Opimes.
Opiner.
Opiniâtre.
et leurs dérivés.
Apothéose.
Apothicaire.
Apozème.
Apurer, etc.
Opium.
Superbe.
Supercherie.
Superféiatioa.
Superficie.
Superflu.
Supérieur.
Sfjperlatlf.
Superposition.
Superstitieux.
Suprématie.
Suprême , etc.
icuia ucrivea.
On écrit grappe , grappiller, grapper, grippe gripper. Mais écrivez groupe et grouper. R.
R se redouble dans les mots en arr, irr et corr.
Imaginer.
Iman.
Imiter, etc.
Sommet ,ete.
Connétable. Connaissance.
Connexion. Couronner.
Connivence. Donner.
On excepte les mois :
Cône. Donateur.
Conoïde. Donation.
Détrôner. Honorer.
Donataire. Intonation.
Sonner.
Tomier, etc.
National.
Prôner. Sonore , etc.
On redouble
Apparat.
Appareil.
Apparence.
S'apparenter.
Apparier.
Appariteur.
Appartement.
Appartenir.
Appas.
Appauvrir.
Appeau.
Exceptez de
Apaiser.
Apanage.
Aparté.
Apathie.
Apennin.
Apercc\oir.
Apéritif.
le p dans les mots
Appeler.
Appentis.
Appétit.
Applaudir.
Apprrnti.
Opportun.
Opposé.
Opposition.
Oppresser.
Opprimer.
Opprobre.
celte règle :
Apitoyer.
Aplanir.
Aplatir.
Aplomb.
Apocalypse.
Apocryphe, Apogée.
en ap, opeisup
Supplanter.
Suppléer.
Supplice.
Supplier.
Supporter.
Supposer.
Supprimer.
Suppurer.
Supputer, etc.
Apollon.
Apologie.
Apologue.
Apophtliogme.
Apoplexie.
Apostasie.
Apostème.
Arracher.
Arranger.
Arrérages.
Arrestation.
Arrêter.
Arrhes.
Arrière.
Ou excepte :
Arabesque.
Arabie.
Araignée.
Aratoire.
Are.
Arène.
Aréopage.
Arête.
Aride.
Ariège.
Ariette.
Aristarque.
Irréconciliable.
Irrécusable.
Irrégulier.
Irrémédiable.
Irrémissible.
Irréparable.
Irrépréhensible.
Aristocratie.
Arithmétique.
Aromate.
Arôme.
Aronde.
Aruspice.
Irascible.
Ire.
Iris.
Ironie.
Corail.
Coriace.
Irritable.
Correct.
Corrélatif.
CorrespouJanl.
Corridor.
Corrompre.
Corroyeur, etc.
Choriambe.
Coriandre.
Corinthe.
Corollaire.
Corolle.
Coronaire.
Coronal.
Corybante.
Corymbe.
Coryphée , etc.
Doublez s dans les mots où cette consonne a le son dur entre deux voyelles , comme dans :
Assassin.
Asséner.
Bissac.
On excepte :
Désuétude.
Girasol.
Havresac.
Monosyllabe.
Chasser.
Dessin.
Dissimuler.
Parasol.
Polysyllabe.
Préséance.
Présupposer.
Essaim , etc.
Soubresaut.
Tournesol.
Vraisemblance, etc.
Il se redouble : 1° dans les mots en att :
Atlachemeut.
Attiser.
Attrister.
At aquer.
Attouchemant.
Attrouper, etc
Attendre.
Attraper.
Attirer.
Attribuer.
2° dans ceux
qui finissent
par eue et par et
Arietîe.
Nette.
Gavotte.
Cassette.
Sonnette.
Grotte.
Coquette.
Botie.
lîotle.
Dette.
Carotte.
Marotte.
Fillette.
Cotte, jupe.
MoUe.
Musette.
Colt>- d'armes.
Sotte, elc.
Muette.
Crotte.
172 GIIAMIIAIRE FRANÇAISE.
et dans les verbes : il emmaillolte, il flotte y il trotte , etc.
On excepte:
Atelier. Atome.
Atermoiement. J^tonie.
Athée. Atours.
Athénée. Atout.
et leurs dérives.
Atrabilaire.
Aire.
Atroce.
Atropos, etc.
Comète.
Diète.
liipilbète.
Interprète.
Planète.
Anachorète. Comète. Poète.
Arbalète. Diète. Prophète.
Arête. lipilbète. Proicnète.
Athlète.
Centripète.
L'Académie excepte encore les adjectifs féminins:
Inquiète.
Prête.
Replète.
Secrète , etc.
Complète.
Concrète.
Discrète.
Et les mots
Antidote. Galiote.
Côte, o8. Huguenote.
Compote. Linole.
Cote, marque ni>- Note.
mérale. Bigote.
Dans acheter, jeter y cacheter et leurs composés, on redouble le «, seulement quand cette consonne précède un e muet , comme :
Cagote.
Dévote.
Idiote.
Il radote.
11 sanglote, etc.
Je jette.
Tu jettes.
Il jette.
Ils jettent.
Que je jette.
Je jetterai.
Je jetterais , etc.
On ne redouble pas le t dans les mots qui finissent en ate, ite, ute, tels sont :
Aromate.
Tomate.
Parasite.
Automate.
Aréopagite.
Réussite.
Casemate.
Carmélite.
Satellite-
Cravate.
Cénobite.
Suite.
Date, d'une lettre.
Conduite.
Visite.
Disparate.
Élite.
Brute.
Écarlate.
Ermite.
Chute.
Frégate.
Fuite.
Culbute.
Nitrate.
Jésuite.
Dispute.
Omoplate.
Lévite.
Flûte.
Pirate.
Limite.
Minute.
Rate.
Marguerite.
Rechute.
Savate.
Marmite-
Saquebute.
Sonate.
Mérite.
Volute, etc.
Stigmate.
Orbite.
On excepte
Baratte.
Jatte.
Butte.
Balte.
Latte.
Hutte.
Chatte.
Natte.
Lutte, etc.
Datte , fruit.
Patte.
et les verbes :
Qu'il abatte.
Qu'il déballe.
11 lutte.
Il acquitte.
II flatte.
Il quille, etc
Qu'il combatte.
Il gratte.
A l'exception A^ Ottoman , ottomane , il y J» très-peu de mots qui commencent par ott.
Si nous n'avons interrompu cette table par aucune observation, ce n'est pas que les moiifs nous manquaient, comme on va le voir.
Nous poserons en principe que les lettres sont faites pour être prononcées ; et il y en a la moitié que nous ne faisons point sentir. Les Grecs et les Latins doublaient leurs consonnes, mais ils les prononçaient : ils avaient du bon sens ; et nous, il faut bien l'avouer, quoi qu'il nous en coûte, nous avons peu de sens commun en matière de langage. Depuis l'apparition du Dictionnaire de l'Académie y notre Grammaire en est devenue la critique sévère ; mais pouvionsnous nous dispenser de cette critique ? N'eûton pas été en droit de nous demander compte de notre silence? Après tout, si notre critique est sévère, elle est par-dessus tout consciencieuse , puisqu'elle est toujours étayée da raisonnement.
Continuons donc à entrer avec la même franchise dans l'examen des choses, et disons quelques mots de ce que Y Académie aurait , non pas dû ( on n'est jamais forcé ), mais pu faire.
Les voyelles semblables ne se redoublant point , nous n'avons pas à nous en occuper.
Parlons des consonnes. Qu'on n'oublie pas que nous ne donnons que des idées générales , idées auxquelles on ne peut se rendre que lorsque l'autorité suprême, seule compétente , se seraauthenliquement prononcée en leur faveur , si jamais cela peut arriver.
Pourquoi écrire accolade , accroître , accumuler, occasion y occuper, succomber, etc., etc., puisqu'on doit prononcer acolade, acroîlre, acumuler, ocasionyocuper, sucomber, etc., etc.? Pourquoi?
Qu'on écrive accident, accès, accélérer y etc., très-bien ; les deux cse font entendre. Les exceptions mentionnées dans notre table, à la suite de ces mots^ nous donnent le droit de poser cette question .
Orthographier acolade, acroîlre, acumuler, ocasion, ocuper, sucomber yelc, par un seul c nous semblerait être tout à fait du génie de noire langue, puisque dans ces mots une seule consonne se fait sentir. Gomment! au lieu de simplifier, nous allons nous e.oibarrasser de toutes les difficultés d'une langue étrangère , de la langue latine! —On nous répondra, à nous surtout qui proclamons haut et ferme le bienfait de l'élymologie , que c'est à cause de cette étyraologie ! Mais pourquoi apaiser y apercevoir, aplanir, etc., que l'autorité écrit ainsi avec sa raison de bon plaisir, nes'écrivent-ils pas appaiser, apperccvoir, applanir, comme appeler y accourir y accumuler, etc.?
Ge n'est pas que nos intentions soient d'écrire, contre YAccLdémie , appaiset, appercevoiry applanir; à Dieu ne plaise que nous luttions contre elle jusque là, aussi loin! Mais nous donnerons l'élymologie de ces mots , et nous demanderons pourquoi l'on n'a pas formé ceux-ci de la même façon que les autres? Or, apaiser, suivant l'orthographe de Yjécadémie et la nôtre , si tant est que la ndtre
DE L'ORTHOGRAPHE
puisse être de quelque poids en pareil cas, vient, élymologûiuement (') parlant , du laiin ad, à, pour, et paceni, paix; devant un p le t/ se change naturellement en p par attraction ; nous ne citerons que le mot apparaître , du latin apparere, qui est lormé de par are ad , préparer pour ; on a même dit en latin adparare. ( Voyez le Dictionarium de Fr. Noël.)
Passons au mot apercevoir. Nous avons la même ciymologie , et par conséquent les mêmes raisons i alléguer. Kous trouvons apercevoir composé de i rf, à, et de percipere, formé de per et de capere, :) rendre. Nous liions dans le Dictionarium de Noël ) récité, adspy voyez asp; et nous avons aspicere. \ I y avait donc là encore une lettre double. D est i ci changé en s : pourquoi dans notre langue ne le serait-il pas en p, puisque cela rentrerait dans l'analogie générale? Nous n'avons plus à faire le procès qu'à un mot, parce que nous sommes forcés (le nous en tenir là (un travail de ce génie- nécessi-
• eraitla matière de quarante volumes); ce mot est iplanir; or aplanir vient, en effet, de planare;
dplanare ou applanare n'existant pas en latin : ce- :) endant nous lisons encore, dans les mauvais au-
• eurs il est vrai , adplanare, comme nous y trouvons adpertinere, êtrecontigu; adplorare j pleurer auprès, avec; adplumbareoxxapplumbare, souder, sceller avec du plomb. Encore une fois, adplanare ou applanare n'ayant pas été employé dans la bonne latinité, nous ne voulons, nous ne pouvons pas nous en faire ici une arme ; mais nous demanderons d'où les Latins ont formé le verbe planare? Planare vient évidemment de planum, plaine. Les Latins n'auraient-ils pas dû (car nous nous occupons ici de la science des langues , c'està dire de Grammaire générale, en traitant de la composition des mots), les Latins n'auraient-ils pas dû écrire leur mot aplanir, adplana7-e, d'après la racine du mot, comme ils ont écrit adparare ou appararel Voici d'ailleurs un exemple de Justin, in planum montes ducere, que nous trouvons traduit dans Noël par aplanir des montagnes. Ceux qui ont fait des études, les plus médiocres (J.'udes, s ivent qu'en latin in , en matière de composition, évjuivaut souvent à ad, ces deux prépositions signifiant la plupart du temps la même chose. Ne serions-nous pas en droit de demander aux Latins pourquoi ils ne disaient pas adplanare ou applanare?
Ij Académie aurait dû simplifier la langue en la raisonnant; \' Académie n'a pas voulu le faire. Nos lecteurs se contenteront de cet aperçu de I edressement radical qu'on pourrait introduire dans le redoublement de nos consonnes. Mais
(■) Étt/moiogiqrtjcment n'est pas dans le Dictionnaire de l'A- :adcmie; nous avions osé espérer que tous les adjectifs, ou du uioins la plupart , auraient eu leur adverbe en ment.
c'est là un travail spécial , et de Dictionnaire. Notre troisième édition du Dictionnaire des Diction^ naires qui se termine donnera l'orthographe de l'Académie; mais à côté d'elle, ainsi que nous l'avons déjà annoncé , l'orthographe que ['Académie aurait dû autoriser et imposer : nous n'allons plus désormais faire remarquer que tout ce qui peut avoir trait aux bizarreries de notre langage national.
Nous avons affecté, on a dû le remarquer, de ne point donner la liste des mots qui finissent par ôme ou par ème , même avec le soin que nous y aurions scrupuleusement apporté de signaler ceux qui ont eu une lettre supprimée, comme le mot même , qui s'écrivait autrefois mesme. Nous n'avons pas cru plus utile de mentionner les mots qui finissent par ège ou par ége arbitrairement, prenant tantôt l'è grave, et tantôt l'é aigu, quoiqu ils se terminent par les trois mêmes lettres C'est que nous n'avons rencontré partout qu'irre gularité et confusion. L'Académie écrit blasphème et blasphémer, quoique ces mots soient liiés dïi grec fiXftijinfiia; anathème ei anathémathery for m d'ava9vijj.a; système et systématique, etc.
11 nous a semblé que le nouveau Dictionnaire n'admet plus pour mots en ême , par l'accent circonflexe , que ceux qui ont subi la suppression uu s ; comme même, tête, fête, etc.; tous les autres doivent être écrits par ème avec l'accent grave. Nous aurions voulu encore que l'Académie n'écrivît plus collège, mais collège, conservant toujours une syllabe retentissante et grave devant une syllabe muette, suivant en cela le génie de la langue, et la raison même qui lui lait écrire anathème et anathématiser , etc.
Ne serait-il pas plus simple que tous les adjectifs féminins en ète , et les verbes qui ont cette consonnance finale , et qui sont au présent de l'infinitif terminés en eier, elei' , ener, doublassent, sans aucune exception , leur consonne devant Ye muet?
Les verb. en eter ont l'ind. en ette ou en ète: cacheter; je cachette ou cacheté. Mais l'un de ces systèmes admis, le fut. et le cond. doivent s'y conformer : je cachetterai, -rais; o\x je cacheter ai, -rais.
On écrit d'après le nouveau Dictionnaire de l'Académie: allège, barége, collège, cortège , cho' rége , liège , manège , piège, sacrilège, solfège, sorlilége ; et it abrège, j'allège, il assiège, il protège, etc. Est-ce donc la lettre g qui attire cet é? Mais nous écrivons règle , espiègle , interrègne , règne, alègre, intègre, nègre, etc. ; bègue, collègue, il allègue, quoiqu'on écrive alléguer; il délègue, quoiqu'on écrive déléguer; il relègue, quoiqu'on écrive reléguer. Je vous allègue mon auteur, dit l'Académie elle-même dans un de ses exemples ; il est vrai que six lignes plus bas, dans le mên>e mot, elle écrit dans un second exemple : alléguerez-vous
GRAMMAIRE FRANÇAISE
que.... ; mais il y a sans doute faute d'impression dans ce dernier cas ; car il y a contradiction patente et positive.
Pour rester partisan de celte orthog[raphe systématique et difficultueuse en même temps, parce qu'elle sortdesrèglesordinaires, qui veulentqu'une syllabe finale et muette soit précédée d'une syllabe grave, il faudrait avoir bien consulté son oreille, être bien certain que collège, solfège, etc., se prononcent comme ils sont écrits, avec le son de l'e fermé ; nous prétendons, nous, que tout le monde, même ceux qui écrivent collège, solfège, etc., prononcent comme s'il y avait collège, solfège, etc. Il est si naturel de mettre en oubli des exceptions inutiles! Encore une fois n'aurait-on pas dû simplifier tout cela? Était-il impossible de donner des règles {générales? Serait-ce donc enfreindre toutes les lois du bon sens que d'écrire piège et les autres mots soi-disant en éye , comme on écrit pièce ? Il est vrai qu'à force d'entendre dire que Vmage a tout fait, chacun s'est imprudemment persuadé que Xusage seul a dû tout faire. Oui, sans doute, jusqu'à présent cela a été ainsi ; mais cela auraitil dû être ainsi? Répondez , messieurs de l'Académie, répondez ! Le mot usage est par trop vague.
C'est une vérité incontestable et généralement admise, que la langue française est peut-être le plus difficile de tous les idiomes ; et la preuve la plus irréfragable que nous puissions en donner , c'est que peu de personnes la parlent bien , et que moins encore l'écrivent correctement. Plus nous pénétions avant dans cette sublime science des langues , et plus nous apercevons de moyens rationnels pour en aplanir les difficultés. Nous ne craignons pas d'avancer que deux feuilles d'impression suffiraient à contenir toutes les règles de notre langue, et que ces règles, simples, peu nombreuses et surtout générales, pourraient la rendre la plus facile, comme elle est la plus répandue de toutes les langues.
La civilisation a marché à pas de géant dans toutes les contrées du monde ; le progrès a , pour ainsi dire, tout renouvelé, tout recréé ; et le croirat-on? ce qui devait marcher et progresser avant tout , la science , la sublime science de la langue , restera foulée aux pieds ! On rira, on se moquera même du dévouement de ceux qui ont le courage de s'en occuper! En deux mots, nous resterons stationnaires là seulement où la civilisation et le progrès eussent dû apparaître avant tout ! et nous nous montrerons plus indolents qu'on ne l'était au temps des Gharlemagne et des François I*'' I Quoi ! l 'autorité académique ne se réveillera pas de ce sommeil léthargique, ou plutôt de ce sommeil de mort, qui nous est si pernicieux et si funeste! Dans toute l'Europe, dans le monde entier, le langage français est appris et parlé, et nous refusons d'en I^re une langue claire et facile !
Il serait pourtant digne de notre belle France , il serait digne d'un roi des Français, l'accomplissement d'un aussi subhme projet ! Qu'on n'oublie pas que nous ne demandons point qu'on défigure les mots. Si nous appelons des réformes, nous n'appelons que de sages et lentes réformes. Tant qu'on ne mettra pas la main à ce grand œuvre , nous sommes fâchés de le dire , jamais nous ne saurons l'orthographe; et nous serons condamnés, nous, le peuple que l'on dit le plus civilisé du monde civilisé , nous serons condamnés à continuer d'avouer aux étrangers que l'étude de notre langue est impossible , parce qu'elle est aussi déraisonnable que bizarre.