DU TRAIT D'UNION
Nous adoptons ce mot, plutôt que celui de tiret, parce que l'Académie paraît avoir voulu ici trancher la question en avertissant , à l'article tiret, îjue dans le sens de petit trait horizontal qu'on fait au bout de la ligne, quand un mot n'est pas fini, ou dont on se sert pour joindre certains mots, qui proprement sont censés n'en faire qu'un , les Grammairiens disent plus souvent trait-d'union, et les imprimeurs division. Ainsi voilà trois mots ayant trois sens bien distincts et bien différents, qui cependant expriment une même chose d'après ['Académie, qui aurait dû nous en démontrer lanécessilé. Expliquonsnous donc cela à nous-mêmes, et cherchons le mot trait-d'union. Introuvable! il n'existe pas dans l'Académie. Recourons à l'article trait. Trait-d'union : Voyez TraET. Revenons à tiret, et supposons qu'il a la même définition. Nos yeux retombent naturellement sur le mot division, notre unique espérance, et nous lisons : e Division , en termes d'Imprimerie (1), est synon3njîe de tiret, parce que le tiret sert à marquer, à la fin des lignes, qu'un mot est divisé. > Mais, messieurs de f Académie , voilà une définition bien différente de celle du tiret ou trait-d'union. Il nous semble même que ce sont deux choses b*en distinctes. Il peut arriver, il est vrai , que le trait de division des imprimeurs soit en même temps le trait-dunion des Grammairiens. Il peut tout naturellement arriver que le mot faites-moi, par exemple, soit coupé en deux parties, dont l'une finira la ligne supérieure , et l'autre commencera la ligne inférieure ainsi : . . faites-
( \ ) Pourquoi ui^/ majosculfl i iTuprimertef
GRAMMAIRE FRANÇAISE
moi. Il est certain que le tiret du mot faites-moi , exîfjeant un tr ait-d'union , même dans le corps de la ligne, seia tout à la fois et trait-cf union et trait de division; mais, si c'est un mot comme habitation, dans lequel il n'entre point de tiret, qui soit coupé par la moitié , ainsi : habitation : le Grammairien et l'imprimeur l'appelleront-ils trait-d union ? Pas plus le Grammairien que l'imprimeur. Ce n'est donc pas seulement un terme d'imprimerie, comme vous l'annoncez, c'est un terme que l'on doit définir trait ou tiret, nous n'y tenons pas : d'union , quand il sert à lier ensemble deux mots ; de séparation ou de division, lorsquel'abondance des lettres d'une lijjne empêche de donner le dernier mot entier dans cette ligne. C'est dans celte intention que , prévoyant la confusion de ces deux choses , néanmoins si diverses, Girault-Duvivier et quelques autres avant lui, ont adopté un double trait dans les mots qu'on partage à la fin des lignes, au lieu du trait simple qu'on y emploie ordinairement. Au moyen de ce signe, il prétendait empêcher qu'on ne confondit le trait simple avec ce qu'on appelle le trait-d'union ou de division. Nous ferons observer que Girault-Duvivier confond , comme V Académie , le irait-d'union et le trait de division. Nous ne savons pliis*maintenant ce qu'il entend par trait simple ; nous avions conçu qu'il comprenait sous cette dénomination le trait de division en usage dans l'imprimerie; nous disons en usage dans l'imprimerie, car aujourd'hui il n'est plus permis dans l'écriture, même dans un écrit épisiolaire, de se servir du trait de séparation; il faut que l'œil mesure la portée de la ligne pour ne pas couper un mot. Gela n'est plus reçu ; on supporte plutôt un blanc de l'étendue d'un mot ordinaire; telle est la règle du bon usacje. Ce n'est pas que nous voulions dire que ce soit absolument une faute de ne pas se conformer à cette règle, mais c'est un manquement dont ne se rendra pas coupable une personne de bon goût.
Revenons à l'innovation de Girault-Duvivier. Le moyen peut paraître spécieux à quelques-uns; mais nous avouerons que ce Grammairien s'est trompé, ou que nous ne l'avons pas compris. Citons ses propres paroles : t II est question d'imprinier cette phrase : quelles gens sont-ce-là? et soni-ce finit la ligne. Que fera l'imprimeur avec l'ancienne méthode? il mettra sont-ce-, mais on ne saura si ce irait après ce est un traitd'union ou un trait simple; lorsque avec ma méthode (il écrit mé-thode, parce que mé finit une ligne , et thode commence la ligne suivante); lors- > que avec ma méthode, voyant que j'ai fait usage » d'un seul trait , on saura tout de suite que c'est » le tr ait-d' union q\XQ] six voulu employer; ainsi je » garantis mon lecteur d'une faute grave , car
> d'union quand il est exigé , ou de 8*en servir
> quand il ne l'est pas. »
Non , monsieur Girault-Duvivier , vous ne garantissez pas votre lecteur d'une faute grave ; car si c'est, en effet, en commettre une, et cela est trèsvrai , que d'omettre le trait-d'union quand il est exigé, ou de s'en servir quand il ne l'est pas, nous vous dirons que le double trait, que vous proposez, ne pourrait et ne saurait être utilement employé que dans le cas où un trait-d'union serait nécessaire au mot qui termine une ligne et qui en coinmence une autre. Nous concevrions que le mot faites-moi, que nous avons cité plus haut, terminant une ligne par faites, et commençant la suivante par moi, fût armé d'un double trait, pour avertir le lecteur qu'il entre , non-seulement un trait-d'union, mais encore un trait de division , dans celte séparation du mot ; mais nous n'en sentons pas trop la nécessité , par la raison que c'est une difficulté de plus à mettre au rang de nos trop innombrables difficultés. Les savants, d'ailleurs, n'ignorent pas cela; et il est inutile de refroidir le zèle de ceux (|ui veulent s'instruire en les accablant d'explications que nous réputonspresqueinutiles. Quant à la manière d'écrire votre mot méthode ainsi : méthode , finissant une ligne et en commençant une autre, nous nous voyons contraints de déclarer que c'est une faute grossière, grammalic;ilement et typographiquement parlant , car il n'enti e pas de trait-d'union dans la composition de ce mot ; et lorsque ce mot est coupé , il est évident que cette coupure ne peut être marquée que par un trait unique, qui est celui de division.
Nous aurions voulu ne pas entrer dans cette discussion , mais les éditeurs de ladei-nière édition de l'Académie et Girault-Duvivier nous y ont amenés forcément.
Voyons maintenant ce que les autres Grammairiens disent sur ce signe orthographique.
Maugard l'appelle tiret, division eitr ail-d'union tout à la fois , en avertissant néanmoins que les deux dénominations de division et d'union sont contradictoires , et cependant toutes deux fondées. Et voîci textuellement les explications qu'il donne à ce sujet; elles rentrent tout-à-fait dans les nôtres.
Quand un mot commence à la fin d'une ligne, et qu'il finit au commencement de la ligne suivante, ce mot est réellement divisé, et le tiret (nous préférons, nous, le mot trait parce que le tiret est tout autre chose, comme nous le démontrerons par la suite); et le tiret qu'on met au bout de la ligne a été regardé par les"^ imprimeurs comme le signede cetted/î'ision/lesGrammairiensleregardentcomme le signede Vuniondes deux parties du mot séparées par le fait. Le trait-d'union commele trait de séparation'ou de division, ce qui est la môme chose, est un
» c'est en commettre une que d'omettre le trait- ' petit trait horizontal que l'on figure ainsi (-}. C'est le
tiret orthographique de la plus petite dimension ; car nous en avons un plus grand, et qui n'a point le même usage. Il s'appelle trait-d'union lorsqu'il sert à lier deux mots ensemble, et trait de séparation lorsqu'il coupe un mot.
Le trait-d'union sert donc à unir deux mots, de manière qu'ils n'en font, pour ainsi dire, plus qu'un, et alors il n'est plus permis de les séparer dans le discours.
Quels sont les usages de ce caractère orthographique? Les voici.
L Lorsqu'il n'y a de place à la fin d'une ligne que pour une partie du mot qui va suivre, on place au bout de cette ligne la partie qui peut y entrer, et l'on ajoute le trait pour avertir de chercher le reste du mot au commencement de la ligne suivante. Ceci demande quelques observations.
1° Il ne faut pas mettre une lettre unique d'un mot à la fin de la ligne pour porter le reste à la ligne suivante, comme a-iiment, é-tourderie, o-raison, u-niversel. Il est contraire à l'unité du mot de le diviser ainsi : et le trait sert à rétablir cette unité. Quand il ne reste donc à la fin d'une ligne que la place d'une lettre , il vaut mieux espacer davantage les mots précédents, et rejeter la lettre initiale à l'autre ligne où l'on aura le mot entier.
2" Il faut bien se garder de diviser les lettres d'une même syllabe, comme ca-use, ind-igne, atmos-phère, dest-ruction; on doit diviser ainsi ces mots par syllabe entière : cause, indi-gne, atmosphère, destnic-tion. Chaque syllabe se prononce en une seule émission , ce qui constitue une unité indivisible.
II. On réunit par le trait les radicaux de certains mots composés, comme arc-en-ciel, porte-manteau, tout-puissant, etc. Dans un sens plus général, et qui sera mieux compris, on met le trait entre les parties de certains mots composés : un tirebottes, un tire-bouchon, peut-être, etc. Mais c'est peut-être un abus d'employer le irait entre les mots qui sont simplement en construction, comme au devant, au dessous, au dessus, c'est à dire, vis à vis, peu à peu, etc.; cependant nous dirons que l'usage général est d'écrire ces mots avec des traits-d'union; c'est, du reste, l'orthographe de l'Académie. Il semble qu'on ait voulu éviter cet abus du trait dans d'autres cas semblables , et l'on est tombé dans un autre abus en ne faisant qu'un tout des mots rapprochés ; on a écrit auprès, autour, ensuite, etc. ; et il fallait écrire au près comme au loin ou comme de près ; au tour comme au bordou comme au tour ; en suite comme en ordre ou par suite, etc.
Il y a des mots rapprochés par la construction qui doivent s'écrire séparément et sans trait, quand ils ne présentent point d'autre sens que celui qui résulte du rapprochement : Recommander A Dieu, Poser a plomb, Venir a propos, etc. Mais
DE L'ORTHOGRAPHE. 185
s'ils présentent un sens unique , différent de celui du rapprochement, il faut les écrire en un seul tout : Dire adjeu à quelqu'un : Ce mur a perdu son APLOMB : Un heureux apropos.
Il faut joindre par un trait-d'union les noms de nombre composés, tels que dix-sept, dix-huit, dixneuf, vingt-un, vingt-deux, vingt-trois, etc. ; quatrevingts, quatre-vingt-un, quatre-vingt-deux, deux cent-un, deux cent-deux, etc., etc.
III. On met un Trait après le verbe, quand il est suivi du pronom qui en est le sujet, ou des mots également subjectifs ce et on; pour quelque rai-
son que se fasse cette transposition : Irai-je? Viendrez-vous? Que fait-il? Aussi le cro]jons-nous.\ Puisses-tu réussir! S'y attendaient-elles? Était-ce moi? Sont-ce vos livres? Eût-ce été lui-même? Que dit-on ?
IV. Lorsque ces mots il, elle, on, sont ainsi transposés, après un verbe terminé par une voyelle, on place , entre les deux , un t euphonique, qu'on sépare du verbe par un Trait, et du sujet par un autre. M'aime-t-elle? Viendra-t-il? Les approuvat-on? Puisse-t-il se désabuser!
V. Quand après les premières et secondes personnes de l'impératif, il y a pour complément l'un des mots moi, toi, nous, vous, le, la, les, leur, en, y , on le joint au verbe par un Trait; l'on met même un second Trait, s'il y a de suite deux de ces mots pour complément de l'impératif : Donne-moi : Dépêchez-vous: Flattons-nous-en: Transportez-vous-y: Accordez-la-leur : Rends-le-lui. On écrit faites-moi lui parler, et non faites-moi-lui parler; parce que lui est complément de parler, et non pas de faites. Il ne faudrait pas encore mettre de Trait entre faites et moi; parce qu-e moi n'est pas complément de faites, mais le sujet de la proposition indéfinie et subordonnée moi lui parler, qui équivaut à que je lui parle.
Toute deuxième personne de l'impératif qui n'a pas de s final, en prend un, par euphonie, devant en et y, pourvu que ces deux mots forment un sens indivisible ; alors on place s, qui est tout euphonique et rien qu'euphonique, entre deux traitsd'union, et l'on écrit m-s-y pour va y; va-s-en chercher, pour va en chercher ; porte-s-y, porte-s-en, pour porte y, porte en. Cette orthographe, nous en conviendrons, est analogue à celle de va-t~il, aime' t-elle; mais est-elle bien harmonieuse? est-ce bien là véritablement de l'eup/iome .^ Nous n'osons nous répondre à nous-mêmes.
VI. On attache aussi par un trait au mot précédent les particules post-positives ci, là, çà, dà ; par exemple : ceux-ci, ce livre-là, oh-çà, oui-dà. On écrit cependant de çà, de là, venez çà, il ira là, sans trait, parce que çà et là, dans ces exemples, sont des adverbes et non des particules.
VII. On met un trait entre les pronoms et Tadjectif même ; moi-même, nous-mêmes, etc.
GRAMMAIRE FRANÇAISE
Écrivez : cet auteurUà, cette liistoire-là, parce que l'enclitique là est, pour ainsi dire, identiHë avec les mots auteur et histoire; mais il faut écrire : c'est là un beau trait! Que dites-vous là? Vous avez donné là un grand exemple de justice, etc.; parce que, dans ces propositions, le mot là n'est pas un mot indispensable; il n'y est employé que par une sorte de redondance, et pour donner plus de force et d'énergie au discours. (BoinvilUers.)
On supprime assez généralement aujourd'hui le trait-d'union entre l'adverbe très et le mot qui le modifie, mais nous ne sommes point de J'avis de l'auteur précité , qui fait un crime de l'ajouter. Sans doute on ne pourrait pas écrire bien-malade, bien-vertueux , il faut bien malade, bien vertueux ; mais le mot très est uni plus intimement par le sens au mot auquel il se rapporte que celui de bien, et c'est en faveur de cette intimité qu'il est permis d'écrire très-aimable et très aimable, f^ous dirons seulement qu'il faut de l'uniformité dans le discours , et que ce serait une faute d'écrire très-beau dans un endroit, et très beau dans un autre. Quand on a adopté une orthographe, quelle qu'elle soit , il faut la suivre scrupuleusement et sans variété. •
Mais voici une remarque que nous nous garderons bien d'omettre : elle est encore du Grammairien dont nous venons de parler.
On a, dit-il, coutume de joindre par un traitd'union les pronoms personnels et les verbes dont ils sont les compléments directs ou indirects, comme aimons-nous; donnomi-nous du bon temps; pardonnezvous les uns aux autres; procurez-moi ces livres; envoi} ez-nous-les; faites-moi lui parler , etc. Nous regardons comme un abus l'emploi du traif, lorsque les pronoms personnels placés après les verbes en . sont les compléments soit direcls.soit indirects; nous pensons qu'il vaut bien mieux écrire : Aimons nous; donnons nous du bon temps; pardonnez vous les uns aux autres; procurez moi ces livres; envoyez nous les; faites moi lui parler. V A quoi bon multiplier sans sujet les iraiis-d' union? ^° Donnons nous du bon temps, n'offre-t-il pas cinq mots bien distincts? 5» Si nous mettons un trait dans ces propositions : Donnons-nous du bon temps (ce qui signifie donnons du bon temps à nous) ; pardonnez vous les uns aux autres (ce qui signifie pardonnez à vous les uns aux autres); comment les distinguera-t-on de ces propositions interrogatives ; aimons-nous nos semblables? donnons-nous ce que nou^ pouvons donner 'l pardonnez-vous, quand vou^ pouvez le faire? Il ne faut employer le trail-d'union que dans certaines formes verbales : celles où le sujet est placé après son verbe, comme irai-je? viendras-tu? Dieu est juste! aussi espérons-nous en lui, etc. C'est dans ce cas seulement que le verbe et le pronom semblent ne faire qu'un même mot.
Nous entrons tout à fait dans la raison de Boin-
vilUers, mais nous ne pouvons nous empêcher de la qualifier d'un peu minutieuse.
Le consciencieux Lévizac, qui ne ménageait pas plus ['Académie de 1801 que nous ne sommes portés a ménager celle de 1855, termine son article sur le trait-d'union par cette note :
Nous devons prévenir que l'Académie écrit les mots composés des prépositions entre et confre tantôt avec un tiret et tantôt sans tiret. Sur tous ces mots on doit avoir recours à son Dictionnaire.
Nous avons nous-mêmes voulu pi ofiiefde l'avertissement pour informer nos lecteurs des changements qui avaient pu s'opérer de la part de ['Académie, dans l'intervalle des deux époques, et nous avons lu dans ['édition de 1855 : contre- balancer et contrefaire; contre-lettre et contrefaçon, etc. Examinons le sens de ces mots pour en juger l'or* thographe. Que signifient contre-baluncer et contrefaire? Conlre-balancer , nous dit l'Académie, se dit de deux forces opposées qui se heurtent par conséquent l'une contre l'autre; contrefaire, c'est imiter ou falsifier , au préjudice de quelqu'un , contre quelqu'un. Qu'entend-on par contre-lettre? Un acte secret par lequel on déroge en tout ou en partie à ce qui est stipulé dans un premier acte public. Nous devrions supprimer le mot public de la définition de ï Académie ; car il peut aussi bien y avoir une contre-lettre pour un acte privé que public. Que veut dire ici le mot déroger? aller, agir contre. Qu'entend- on enfin par contrefaçon? C'est l'action de copier, d'imiter, de fabriquer une chose au préjudice de celui qui a le droit exclusif de ta faire fabriquer. Ces mots au préjudice signifient-ils autre chose que contre? non sans doute. Pourquoi n'avoir pas écrit tous cesniots uniformément?De quelle utilité devient [e trait-d'union, si l'on ne l'emploie pas dans tous les mots composés? Il ne sert plus qu'à embarrasser.
A la nomenclature des mots qui commencent par la préposition entre, nous trouvons également entremets et entre-ligne ; entrecouper et entrebailler, etc. , etc. Nous ne signalerons pas un plus grand nombre de ces contradictions, afin de ne point lasser la patience de nos lecteurs.
Les lexicographes, il est vrai, ne sont nullement d'accord entre eux sur la matière qui vient de nous occuper ; mais Waillij conseille de supprimer le trail-d'union dans les mots composés, ajoutant qu'on ne ferait en cela que ce qu'on a déjà fait pour une grande partie de ces mois, et que ce serait imiter les Grecs et les Latins, qui n'ont pas employé le trait-d'union, quoique leurs langues fussent pleines de mots composés. Wailly, en manifestant le désir de cette suppression, et en s'appuyant de l'exemple des Grecs et des Latins, n'a pas réfléchi que cesanciens ne conservaient pas, comme nous, les deux mots dans toute leur pureté orthographique, mais qu'ils les fondaient tel-
DE LORTHOGKAPHE.
lement l'u» dans l'autre que le premier était , pour ainsi dire, presque entièrement défiguré, et que du second il ne restait fort souvent guère plus que la terminaison. D'ailleurs, si nous supprimons cliez nous le trait-d'union, le génie de notre langue n'exigerait-il pas que' nous missions souvent à sa place une apoUrophe? par exemple , nous écrivons contre-épreuve : en retranchant le trait-d'union, il fendrait écrire contr épreuve , comme le mot contr'édit de la plirase deVoUairCj que nous avons cité plus haut. Conservons au contraire et mettons partout le trait-d'union dans les mots composés , parce qu'il sert à mieux faire ressortir la composition du mot.