DU TRÉMA OU DE LA DIÉSJBSE
Le <réma,qu'on appelle aussi diérèse (1) et dont voici la figure (••), consiste en deux points disposés horizontalement , que l'on met sur les seules voyelles a, i, u, pour indiquer que ces lettres doivent être prononcées séparément de la voyelle qui les précède immédiatement; et avec lacf uelle, sans le tréma, elles feraient ou une diphthongue , ou au moins le signe composé d'une voix simple, U faut placer, par exemple, un tréma sur la voyelle e dans les mots suivants: Israël, ciguë, aiguë; ambiguë , etc., parce que ces trois derniers mots sans ce tréma se prononceraient comme figue , brigue, intrigue, ce qui défigurerait entièrement leur prononciation. Le tréma est aussi d'absolue nécessité sur ambiguïté el cojitiguité. Parla même raison les mots qui suivent prennent un tréma ; aïeux, Caïn, coïncider, laïque. Moïse, mosaïque, naïf, héroïde, héroïque, héroïne, haïr, oui {enienéu) païen, prosaïque , Zaïre , etc. Nous feions observer que l'Académie a nomenclature paî/en , d'où elle renvoie à païen. Puisque l'Académie donne deux orthographes à ce mol , on est en droit de supposer qu'elle lui prête également deux prononciations. Si nous ajoutons le tréma sur l'i de païen , c'est pour que l'on prononce pa-ien : mais si d'après l'Académie, on peut écrire payen par un j/ , partant de ce principe que l'y entre deux voyelles équivaut à deux i dans la prononciation , il faut prononcer le niot payen de l'Académie, comme s'il y avait pai-ien; n'écrit-on pas pat/s, pour faire prononcer pai-i ? Cependant il est bien certain que personne ne prononce pai-ien, — Il faut encore mettre un tréma sur la voyelle û dans les mots : Antinous , Archélaûs , Esaii, Saûl, etc.
(•) Diérèse signifie division. Ce mot \ient âa grec itcctpsw, je divise. La diérèse a lieu quand on fait deux syllalïes d'une seule syllabe. — Tréma vient du grec Tpr.ay., trou, parce que les deux points qu'on met sur les voyelles qui le reçoivent ressemblent en quelque sorte par leur forme à deui petits trous.
Autrefois on se servait du tréma, qui serait aujourd'hui condamné à bon droit , dans les mots étendue, vue, statue, charrue, due, reçue , connue, et dans beaucoup d'autres mots semblables.
Le tréma serait tout à fait déplacé sur les mots citoïen , païsnn , emploïer, essaïer, ennuïer, etc., parce qu'il obligerait à prononcer cito-ien,pa-isan, emplo-ier, essa-ier, ennu-ier, etc., tandis que la véritable prononciation de ces mots est eiloi-ien , pai-isan, emploi-ier, essai-ier, ennui-ier; aussi les écrit-on avec un y qui tient la place de deuxi: citoyen, paysan , employer, essayer, ennuyer, etc.
Lorsqu'une des deux voyelles peut être accentuée, le tréma est inutile, et l'accent est de rigueur. Vous écrirez donc : poète, poème , Israéliie, athéisme, Briséis, Danaé, Crusoé , etc., et non pas poète, poème, Israélite, athéisme, etc. Cependant les éditeurs de l'Académie n'écrivent que poète, etpoëme. Il y a bien une petite contradiction pour poéiereau, orthographié par un accent aigu. A leur mot poème ils donnent encore une explication, et la voici :rfans ce mot et ses dérivéSfO et ë, oui, forment deux syllabes en vers et dans le discours soutenu. Ils ne forment donc qu'une seule syllabe en prose, et dans la prononciation ordinaire? A quoi sert donc le tréma dans ces deux dernières circonstances? Nous abandonnons ces réflexions à nos lecteurs.
On n'est pas dans l'usage de mettre le tréma sur l'a, ni sur l'o; c'est un tort grave. Comment démontrer dans l'orthographe la différence qu'il doit y avoir dans la prononciation de arguons , argua , et dans celle de narguons, nargua ? On prononce gu-ons gu-a dans le piemier cas, elguons gua, par une seule émission de la voix, dans ie seeond.
Rien n'indique que les lettres dia forment deux syllabes dans remédiable, et n'en forment qu'une dans le mot diable ; et tout le monde prétend que diable n'est que de deux syllabes : on nous excusera de ne pas noiïs montrer de l'avis de tout le monde, parce que nous ne sentons nullement la nécessité de cette exception. Les Latins prononçaient probablement di-a-bo-lus; nous ne voyons pas pourquoi nous ne prononcerions pas di-a-ble, comme nous disons 'di-a-dème.