‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 84 sur 279 · DE LA PRONONCIATION · texte numérisé non relu

DE LA PRONONCIATION

ticulaiion des mots et augmente l'accent. Le chant musical exprime la passion par la variété des intonations et par la durée des tenues. Nous ne parlons ici que de la déclamation vive : le chant musical n'est point de notre ressort; et dans la prononciation familière, les accents oratoires sont très-peu sensibles et très-difficiles à saisir.

La prononciation soutenue est une espèce de chant, ou plutôt de déclamation notée. Chaque mot y est prononcé avec une sorte de modulation ; les longues y sont plus marquées; les brèves y sont articulées avec un som qui leur donne plus de corps et d'énergie. Elle consiste principalement à appuyer davantage sur les syllabes des mots, et à faire sentir les lettres finales, quand le mot suivant commence par une voyelle ou par un h non aspiré. Ce dernier point est surtout essentiel par rapport au s ou 2 qui se trouve à la fin des pluriels, et au { qui termine les troisièmes personnes muettes du pluriel dans les verbes ; car si l'on ne prononçait pas les consonnes finales devant une voyelle, la période perdrait toute sa cadence et son harmonie : dans ces deux vers, par exemple :

Oli ! que d'écrks obscurs, de livres ignorés, Furent en ce grand jour de la poudre tirés !

û l'on ne prononçait pas le s qui est à la fin de livres, et le t qui termine furent, et que l'on dît : de livr ignorés , fur en ce grand jour, le vers même n'y serait plus.

Mais si le s qui marque le pluriel des noms, et le t qui termine les verbes, doivent ainsi se porter sur la voyelle initiale du mot suivant dans la prononciation soutenue, il n'en est pas de même de toutes les autres consonnes : plusieurs observations sont nécessaires à cet égard. Le n final ne se prononce pas plus dans la haute prononciation que dans la fkononciation commune ; on ne dit pas plus passio naveugle dans la lecture ou dans la déclamation que dans la conversation. La raison en est simple ; c'est que dans passion et dans les mots qui ont cette terminaison, n ne sert qu'à marquer une voix qu on appelle nasale ; or les voyelles , quelles qu'elles soient, ne peuvent jamais articuler ; c'est plutôt une règle qu'une exception , de dire que jamais un son nasal ne doit articuler une voyelle qui suit.

Si l'usage vent que l'on prononce tno nami^ un bo nauteur, 0 nattend, et autres semblables ; selon ce que nous en avons dit à la lettre n, cette prononciation, qui est aujourd'hui de règle , n'a pu être dans son origine qu'une licence, ou même qu'une prononciation vicieuse; à moins de dire que dans ces occasions le sens lie si étroitement les mots, que des deux il n'en fait, pour ainsi dire, qu'un seul.

Dans la prononciation dont nous parlons, on ne fait encore jamais sentir le p final, si ce n'est dans

beaucoup et trop, quand ils sont devant une voyelle, comme ; il a beaucoup à faire; il a trop à dire. Le t final, dans les troisièmes personnes des verbes, lorsque leur dernière syllabe n'est point un e muet, se prononce ordinairement devant une voyelle dans l'une et dans l'autre sorte de prononciation ; ainsi : Ils sont en route, se prononce : ils son ten route, et non pas : ils son en route.

En général, les finales des mots doivent frapper sur les voyelles initiales du mot suivant, quand ces finales se trouvent entre un adjectif et son substantif, un adverbe, ou un pronom personnel et son verbe , ou une préposition et son complément : belles actions; heureusement arrivé; il écoute; en Espagne; se prononcent ainsi : belle zàctions, etc. Hors de là ce n'est que dans la haute prononciation que les finales se font rigoureusement sentir devant une voyelle, surtout si le sens place un repos entre les mots.

Mais il ne faut pas , à l'exemple de quelques personnes, prononcer presque toutes les lettres, et dire le ten-se pour le temps. Au théâtre ' on n'y manque jamais. Nous excuserions peut-être encore cet excès, ce défaut, ce mauvais goût de prononciation, si l'on n'en usait que sobrement ; mais quand nous entendons des gens, lettrés même , prononcer celles comme s'il y avait celece; ceux, comme s'il y avait ceuce; pouvonsnous nous empêcher de les qualifier de ridicules? Nous condamnerons aussi certaines liaisons dures et heurtées (jue cependant on affecte d'employer : il part après-demain ; il court à bride abattue; il s'endort à l'ombre, ne sauraient se prononcer : ilpar taprès-demain; il cour ta bride abattue; il s'endor ta V ombre. Il faut ici consulter le bon goût d'une oreille délicate , et dire sans affectation : il par après-demain; il cour à bride abattue; il s'endor à l'ombre. Les lettres finales, noiis répondra-t-on, sont faites pour retentir sur la voyelle qui commence le mot suivant. Oui, c'est une règle de principe général, mais qui ne doit pas toujours être rigoureusement appli(]uée. Qui oserait prononcer: un goû-thorrible; un tor-tinoui; uninstinke-theureux, au lieu de un gou-horrible ; un tor-inoui; un instin- heur eux? Qui, demandonsnous? messieurs du Théâtre-Français, qui font sonner la consonne finale d'un mot, même lorsque après ce mot suit un point, ou toute autre pause de ponctuation.

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