‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 87 sur 279 · DE LA PRONONCIATION FIGURÉE · texte numérisé non relu

DE LA PRONONCIATION FIGURÉE

Nouscherchonsdansl'ilmrfémieradjectifwoui//é, et nous ne trouvons que le participe. Au verbe mouiller, nous lisons ; En termes de grammaire, mouiller les l, les deux II (il fallait évidemment : mouiller tel, ou les deux /), c'est les prononcer, non tout à fait selon leur valeur ordinaire , comme dans les mots ville, Achille, etc., mais avec une sorte de mollesse, comme dans fille, grille, bataille, etc. Cette définition, comme nous venons de le dire , n'explique rien ; il fellait de toute rigueur nous noter celte prononciation, et la régler enfin d'une manière ou d'une autre.

Nous ne pensons pas cependant que cette épithète de mouillé soit mauvaise en elle-même ; elle rend assez bien, au contraire, l'effet résultant du contact immédiat que forme le son de deux voyelles intimement liées et fondues l'une dans l'autre. Mais ce n'est pas là que gît la difficulté; c'est dans la fixation du son de ces / dits mouillés. Personne n'est d'accord à cet égard ; et personne ne se rendra même à l'évidence, tant que l'autorité suprême n'aura pas coupé ce nœud gordien d'une nouvelle espèce.

Depuis la publication de notre Grammaire, beaucoup de questions nous ont été adressées; nous avons promis de répondre à toutes celles qui nous paraîtraient de quelque importance ; nous nous garderons bien d'y manquer. L'observation raisonnée que nous allons soumettre à nos lecteurs pourrait peut-être quelque jour faire pencher l'opinion pour que L se prononçât dans les sons mouillés. Nous ne pouvons que provoquer le jugement du public à cet égard, parce que, tout fondé que nous paraisse cet avis sur le bon sens et sur la raison , nous continuons à affirmer que la généralité des Français ne fait pas sentir / dans le son mouillé. La note de M. l'abbé Oudoul, curé de Ruzançais (Indre) , est ainsi conçue ;

€ Pour appuyer radicalement, et dès-lors d'une » manière péremptoire , la prononciation méridioi nale des / mouillés, j'ajoute, à ce que j'ai déjà eu : l'honneur de vous soumettre, que ce qui déi montre qu'on doit prononcer filie, familie, et de » même les mots semblables , et non point fiie, t famiie, etc., c'est leur origine latine, filia, fa-

> milia, etc. Noire langue a substitué la lettre

> liquide /, qu'elle a redoublée, à la liquide i; et, » pour preuve de la justesse de cette observation, » examinez, ajoute la note, le mot tranquille de i> notre langue, que vous figurez par trankile ' dans votre Dictionnaire, et dont on ne mouille » pas les l parce que ce mot vient du latin tran- » quillus. C'est donc d'après leur racine et leur » étymologie que les mots dérivés doivent se

> prononcer, à moins d'une exception consacrée ' » par l'usage. » i

Nous avons répondu à cette opinion , qui nous |

paraît judicieuse, avant de la mettre sous les yeux de nos lecteurs.

Page 1