EXTRAIT DD COMPTE-RENDU DC DIC- TIONNAIRE DES DICTIONNAIRES
Nous pensons encore avoir bien donné le son pur de gn, dit mouillé, dans agneler, en y intercalant un i, qui met dans l'impossibilité de laisser prononcer ague-ve-lé pour â-gnie" lé; du moins, nous ne croyons pas qu'on puisse mieux traduu'e ce son presque intraduisible.
POLÉMIQUE DE M. J.-M. RÂGON.
son pour indiquer la prononciation finale d'académicien autrement que par ci-in, car c'est bien l'i nasale qui termine ce mot; et pourquoi, sans nécessité, représenter cet i par ei ?
Quant aux deux citations de M. Landais, elles ne sont pas heureuses. La voyelle nasale in n'existe point dans inoculation, et n'est pas plus dùus innovation que dans illusion. La prononciation du premier mot s'indique i-no-cu-la-ci-on, et celle du second inrAio-va-ci-on. Le dernier est de cinq syllabes ; voici comment M. Landais croit devoir Je représenter : ine-no-va-tion. Faites der- vers avec des mots ainsi traduits!
Pourquoi vouloir traduire ce qui est intraduisible? Prononcer un son (voyelle ou consonne), c'est le nommer. Gn(ditmoMi//é), quoique si{ïne composé, représente le son simple d'une de nos consonnes. Le traduire autrement que par son signe, c'est s'exposer à errer. Traduit-on le son b autrement que par b ? Mais
NOTRE RÊPUQinB.
Telle est notre opinion , et nous croyons qu'elle sera celle de tous nos lecteurs; nous n'avons jamais d'ailleurs prétendu représenter i par ei , mais in par ein; c'est bien différent.
Votre réplique n'est pas heureuse non plus, M. J,-M. Ragon. Vous prétendez qu'il n'y a pas de voyelle nasale dans inoculation! qu'y a- 1- il donc? Nous vous avons cependant entendu approuver de toutes vos forces le bienfait de l'étymologie; le repousseriez-vous donc ici seulement ?
Mais vous savez très -bien qu'i^ n'est nullement question dans notre esprit de voyelle nasale, mais uniquement du son des mots.
Nous vous dirons, à vous, qui ne nous permettez aucune addition de lettre, que vous n'auriez pas dû, d'après votre principe, indiquer inn-no-va-ci-on pour prononciation d'innovation ; ce dernier mot est de cinq syllabes, dites-vous, et vous donnez aussitôt la manière dont M. Landais le représente : ine-no-va-tion. D'abord M. Landais a écrit ine-no-va-cion par un c^ et non par un t, parce qu'il aurait craint qu'on ne prononçât te le caractère t, tandis qu'il fallait le prononcer ce; et vous ajoutez (nous pensons que ce n'est pas sérieusement) : Faites des vers avec des mots ainsi traduits! M. Ragon, un dictionnaire de langue ne donne pas la manière de faire des vers ; ce serait ridicule. Et comme la prononciation naturelle de innovation n'est pas ine-no-va-ci-on, nous l'avons figurée comme on la marque dans la conversation , sans séparer par un trait ti de on^ parce que la voix ne se prête en effet qu à une seule émission.
Nous n'avons pas dit intradui' sible, mais presque intraduisible.
Nous sommes deux bonnes gens à systèmes, M. Ragon ; et il est rare que ceux qui en sont imbus s'entendent. Il n'y a que le public qui juge, et qui soit capable de juger entre eux; tenons-nous donc bien sur nos gardes. Mais continuons.
Vous dites que prononcer un »<m
GRAMMAIRE FRANÇAISE
i;XTRAIT DU COMPTE-RENDU DU DîCnONMAIRE DKS DICTIONNAIRES.
POLÉMIQUE DE M. J.-M. RAGON
le signe gn sonnant dans Agnès d'une manière différente que dans agnus, où il paraît se trouver, quoiqu'il n'y soit point, un dictionnaire doit indiquer ainsi la prononciation de ce dernier mot : ng-nuss, el ajouter : g sonne dur. Mais comme dans Agnès il n'y a nominalement ni consonne g, ni consonne n, mais bien la consonne gn, sa prononciation doit offrir celte traduction ; Agnèss, en ajoutant : la consonne gn est mouillée. -
Il est certain que a-gnie-lè représente un autre mot que a-gnelé, puisqu'on doit lire agnité.
C'est, dit M. Landais, pour qu'on ne prononce pas ague-^elé; soit; mais qui empêchera, comme pour Aje-laé, de prononcer aje-nie-lé? On ne songe pas à tout. Répétons-le, il faut connaître ses lettres, et gn est une consonne (').
NOTRE RÉPLIQUE
(voyelle ou consonne), c'est le nommer. Oui , sans doute, celui qui prononce un son, s'il le connaît, il le nomme ; mais s'il ne le connaît pas, ou s'il le connaît mal, il ne peut pas le nommer, ou il le nomme mal, pour nous servir de votre expression. Si l'on ne traduit pas le b autrement que par 6, c'est qu'il n'y a aucune espèce de difficulté. Un dictionnaire, selon vous, doit indiquer ainsi la prononciation de agnus : ag-nuss, et ajouter : g sonne dur. Mais qu'estce qu'un g dur? et à quoi sert, dans votre système de prononciation , ce double ss final?
Et quel autre mot, s'il vous plaît, représente a-gnie-lé, puisqu'on doit lire, prétendez-vous, a-gni-lé ? Oui , on pourrait lire agnilé, si le mot agnielé était français, orthographié de cette manière ; mais tout le monde sait qu'une prononciation figurée ne représente que des sons, et ne doit aussi admettre que les lettres qui forment ces sons ; il faut donc qu'elle les rende exactement, et, pour cela, elle ne doit employer que les caractères proprés à exprimer ces sons. Quant à prononcer ajenielé pour agnielé, il est évident qu'on peut s'y tromper ; et, comme dit M. Ragon , on ne songe pas à tout. Cependant nous y avions songé, et nous n'hésitons pas à avouer qu'il est impossible de faire mieux; et c'est précisément à cause de cette difficulté invincible, que nous avions parlé de ce son comme presque intraduisible.
M. Ragon passe ensuite à noire dissertation sur îU et sur il final , dits mouillés : comme il ne nous semble pas qu'il ait jeté plus de jour que nous sur cette grave question , qui demeurera encore long-temps obscure, nous arrêterons ici notre polémique, qui ne nous paraît plus d'ail-
leurs offrir d'intérêt immédiat à nos lecteurs. Nous terminerons ces articles sur la prononciation, en avouant que ce n'est que par une longue habitude puisée dans les bons exemples, auprès de ceux qui parlent le mieux, que l'on peut acquérir la meilleure prononciation.
(*) Des Grammairiens ont proposé de tilder ce signe. Cette innovation eût été digne du Dictionnaire qui nous occupe.
Nous sommes de l'avis de ces Grammairiens ; ce serait une très-tieureuse innoi^ation; mais no.is n'avions et nous n'avons pas le droit d'innover de cette manière. Toutefois ce tilde ne donnerait pas le son.
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DES ÉLÉMENTS DU DISCOURS
t Les mots, disent MM. de Port-Royal, sont des » sons distincts et articulés dont les hommes se » sont fait des signes pour rendre leurs pen- I sées. >
Afin de reconnaître les diverses espèces de mots dont est composé le discours^ rappelons-nous , dit Estarac , que l'objet de la parole est toujours d'exprimer nos pensées, et qu'elle doit être un tableau dont la pensée est le dessin. Formons-nous donc d'abord le tableau du jugement le plus simple, et nous verrons que, pour qu'il soit complet, il ne peut y avoir moins de trois mots. En effet , il en faut un pour désigner Vobjet ou le sujet de la pensée; un autre, pour exprimer la qualité ou la modification qu'on remarque dans le sujet; et un troisième, pour exprimer la convenance ou la disconvenance que notre entendement aperçoit entre la modification et le sujet; c'est-à-dire la liaison de ces deux idées, ou la copule^ comme on l'appelait autrefois.
Si je dis, par exemple : Socrate fut sage; voilà le tableau complet d'une pensée, d'un jugement. Socrate esl le sujet du tableau; sage désigne la qualité d'un homme quelconque, dont la conduite et les principes sont conformes à la raison ; fut exprime le rapport que j'aperçois entre Socrate et cette qualité ; ce mot achève le tableau en liant les parties qui le composent.
De ces trois mots , le premier est le nom d'une substance; c'est donc un substantif; le second est appelé verbe ^ du mot latin verbuvi, qui signifie parole., ou mot par excellence, sur lequel roule toute la force , toute l'énergie du tableau, puisque c'est lui seul qui en unit toutes les parties; le troisième exprime une qualité, une^iodification ; c'est un adjectif, mot formé du lalin adjeclus, qui signifie ajouté, parce que tous les mots semblables s'ajoutent à un «u^sfanti/" pour désigner les qualités qu'on y aperçoit; ou, pour mieux dire, parcequ'ils ajoutent à l'idée de la substance exprimée par le substantif, la connaissance de ses qualités ou de ses modiftcations.
Mais toutes les énonciations de jugement, ou toutes les propositions, ne sont pas aussi simples que la précédente. Si, à la place du sujet Socrate, nous mettions le substantif homme , le sujet de la proposition ne serait plus déterminé d'une manière aussi précise, puisque le mot homme, étant le nom d'une espèce, peut convenir à tous les individus de cette espèce, et n'en désigne aucun en particulier. Toute autre proposition , dont le sujet serait un nom commun, aurait la même indétermination, comme celles-ci ; peuple est libre; nation est généreuse; couleur est vive; arbre est vigoureux; et, pour tirer ces propositions de ce vague indéterminé , on est obligé de dire : le peuple est libre; ta nation est généreuse; la couleur est vive; l'arbre est vigoureux. Les mots le, la^ sont ce qu'on appelle des articles.
Lorsque plusieurs propositions qui se suivent sont relatives au même sujet, on ne répète pas dans chacune le nom de ce sujet ; on met à sa place d'autres mots, qu'on dénomme, par celte raison , pronoms; on pourrait les appeler vice-noms, parce qu'ils tiennent en effet la place des noms :
Telle est la montre qui chemine A pas toujours égaux , aveugle et sans dessein. Ouvrez-Za, lisez dans son sein ; Mainte roue y tient lieu de tout l'esprit du monde ,
La première y meut la seconde ; Une troisième suit; elle sonne à la Hn.
(La Fontaine , livre x , Fable 4t.)
Les mots différenciés : la, son, y, elle, sont des pronoms : ouvrez-la , pour ; ouvrez la montre; son sein, pour le sein de la montre; y pour da7is la montre ; elle sonne , pour la montre sonne.
Certaines qualités, ou modifications de substance, ne sont pas inhérentes à la substance; elles ne s'y trouvent point par un effet de la nature même du sujet, mais par un effet de sa volonté ; elles sont d'une nature dilïérente de celles qui sont exprimées par des adjectifs. Don Quichotte s'en allait chevauchant ; la vertu est esti-
GRAMMAIRE FRANÇAISE
MÉE ; chevauchant exprime une acîion qui est l'effet (Je la volonté du s>ujet : Don Quichotte. Le mot estimée exprime une qualité qui affecte le sujet , vertu; si l'on voulait exprimer celle qualité comme inhérente à la vertu, on diruit qu'c//e est estimable. Elle t'sl estimable par elle-même ; elle ne peut être eUimée que par autrui.
De même, si l'on dit de quehju'un : son discours était touchant; on exprime une qualité de la chose dont on parle; on veut dire que ce discours a excite la sensibilité de ceux qui l'ont entendu; ce mol est alors un adjectif. Mais si l'on dit : touchant la guitare, on exprime une action du sujet; le mot touchant , qui est le même dans les deux phrases , est ici un -participe , comme le sont chevauchant et estimée.
Tout est en harmonie dans la nature, tout y est lié; chaque être a une multitude de rapports avec les autres; et l'on ne peut conséquemment avoir une juste idée de ces êtres sans y joindre celle de leurs rapports. Il faut donc des moisqui expriment ces différents rapports, pour former le tableau développé de nos pensées. Dans les vers qui suivent :
Comme Ton voit les flots soulevés par l'orage Foudre sur un vaisseau qui s'oppose à leur rage, Le veiil avec fureur dans les voiles frémir , La mer blanchir d'écume et l'air au loin gémir;
{Traduction d'HoMÈRE.)
par exprime un rapport de la cause à l'effet ; sur, un rapport de situation; à, avec, dans^ de, dési}jnent aussi chacun un raj)port. Ces mois sont des prépositions. Qu'on essaie un instant de les supprimer, et l'on aura une suite de mois qui ne formeront aucun sens : nulle liaison, nul tableau ne s'y trouvera.
La même qualité, la même action, le même état peuvent avoir des nuances différentes. Deux subsiancts n'ont pas la même modification dans le même d«gré ; deux sujets ne s'acquiltent pas également de la même action. De la naît la nécessiié d'avoir des mois qui expriment ces nuances différentes; tels sont: sagement, constamment ^ bien , mal (adverbes), etc.
Pour guérir radicalemeni De je ne sais quel mal qui , je ne sais comment , Vous faitsouf rir et vous chagrine, Prenez-moi bien subitement Je ne sais pas lombien , ni de quelle racine ; Mêliez le loui bien chaudement Ou sur l'épaule , ou sur l'échiné; Vous guérirez je ne sais quand.
Maint grand docteur en médecine Ne vous dirait pas autrement
(La. Martimère. )
Tous les mots que nous avons écrits en italique
sont des adverbes , ainsi appelés des deux mots
latins ad et verbnm [auprès d'un mot)^ parce qu'ils
sont placés auprès des mon pour exprimer ou
une cil constance, ou une nuance de l'idée signifiée par ce mot.
Une pensée doit souvent être jointe à d'autres qui l'éclaircissent, qui la développent, qui la restreignent, ou qui l'embellissent; il faut donc encore d'autres ,mots qui puissent lier ces pensées , sans y ajouter par eux-mêmes aucune autre idée accessoire que celle de la liaison pariiculière qu'on a dans l'esprit, comme nous le verrons par la suite; et c'est la conjonction , mot dérivé du latin cum etjunctio (avec jonction) ; tels sont : et, car, mais y que , etc.
Enfin notre âme, vivement émue par un sentiment quelconque , manifeste souvent son émotion par des cris qu'inspir e la nature : ces cris sont ah! hélas! aie! etc. Ce sont des interjections , mot dérivé du latin inter etjactus (jeté entre) : on les nomme ainsi, parce qu'ils sont, pour ainsi dire, jetés au milieu du discours par un effet du sentiment :
Hélas î on voit que , de tout temps , • Les petits ont pâti des sottises des grands.
(La Fontaine , livre ii, fable 4.)
En tout dix espèces de mots nécessaires pour l'expression de nos pensées. Les voici réunies presque toutes dansées veis de Voltaire ;
Du dieu qui nous créa la clémence infinie. Pour adoucir les maux de cette courte vie , A placé parmi nous deux êtres bienfaisants, De la terVe à jamais aimables habitants , Soutiens dans les travaux, trésors dans l'iniigence; L'un est le doux Sommeil , et l'autre est l'Espérance. {Henriade,ch.7.)
Dieu, clémence, maux, vie, êtres, terre, habitants, soutiens, travaux, trésors, indigence, sommeil, espérance , sont des substantifs.
Créa , adoucir, a, est, sont des verbes.
Infinie y courte, cette, bienfaisants, aimables ^ deux, &o\tt des adjectifs.
Le (dans du pour de le) , la, les, C pour /a, sont des articles.
Placé est un participe.
De (dans du pour de le), pour, de, parmi, de, à , dans, sont des prépositions.
Jamais est un adverbe.
Et est une conjonction.
Les G( ammairiens grecs distinguaient les mêmes espèces de mots, avec celte ddféience qu'ils comprenaient les inte^ectio)is dans la classe des adverbes.
Les Latins n'en diffèrent qu'en ce qu'ils n'ont point à' articles, du moins aussi bien distingués et aussi souvent employés que les nôtres, et en outre ils faisaient comme nous une classe à part des interjections.
Voilà donc les instruments de la manifestation de nos pensées , que l'analyse de la parole nous a
DES ÉLÉMENTS DU DISCOURS
fait dëcouvrir. Des instruments ne peuvent être bien connus que par leur enifloi ; il faut les éprouver, les observer. On doit donc considérer les différents emplois des mots, dans les diverses langues, comme des phénomènes grammaticaux , de TobservaiioD desquels on peut s'élever à la généralisation des principes et aux notions universel es.
A la suite d'observations de ce genre, ces(iueslions se présentent les premières : pourquoi y at-il dix espèces de mots ? pourquoi n'y en a-t il ni plus , ni moins ? Et, en admeitant qu'il ne puisse y en avoir que ce nombre précis , pourquoi ces espèces'là et non pas d'autres?
Nous avons déjà vu qu'il faut au moins trois mots pour exprimer les pensées les plus simples, ou qu'il faut la valeur implcite de trois mots: mais, pour l'expression de la plupart de nos pensées, avec leurs liaisons, leurs rapports, leurs nuances, leurs développements, et enfin avec une précision plus déterminée, on a nécessairement besoin^de dix espèces de mots. Nous avons donc encore répondu d'avance à ces questions.
Mais ne pourraii-on pas ramener ces dix espèces de mots à un plus petit nombre de classes?
D'abord , si nous considérons le matériel des mots , nous pourrons les diviser en deux grandes classes, celle des mots variables ou déclinables^ et celle des mots invariables ou indéclinables. Car, en considérant les substantifs cités ci-dessus, je vois que de Dieu on peut faire Dieux; de mal^ maux ; de vie , vies , etc. ; que des verbes créa , adoucir y a , est, on peut former des inflexions différentes , propres à marquer les diverses relations de ces mots à l'ordre de renonciation; qu'il en est de même des adjectifs infinie , courte, etc.; du participe p/acé, etc., etc. Tous ces mots ont donc des inflexions ou des terminaisons différentes relativement aux idées accessoires ou de genre , ou de nom^c, ou de temps, que l'on veut exprimer concurremment avec l'idée principale que sij^nifie chacun d'eux. Ils sont donc variables, ou déclinables.
Au contraire, les prépositions de, pour, a, dans, V adverbe jamais , la conjonction et , et les interjections (mais il n'y en a point dans l'exemple cité), ne changent jamais de terminaison, nesoni susceptibles ni de genre , ni de nombre , ni de temps : tous ces mots sont donc invariables, ou indéclinables.
Peut-être cette différence, bien marquée d.ms le matériel des mo(» , les uns déclinables, les autres indéclinables y tient-elle à la nature même decess mots , ou, pour mieux dire, à la nature d^s idées que chacune de ces classes de mots est destinée à exprimer respectivement ; et cela estd'auiant plu> probable , que les espèces de mots , variables ou invariables , sont les mêmes dans toutes les langues , tant anciennes que modernes.
On peut encore les considérer sous un autre
point de vue, qui les divisera pareillement en deux classes bien distinctes. Si nous considérons séparément et isolement les mots qui composent les vers de Yoliaire, cités plus haut; nous reconnaîtrons facilement que les substantifs : Dieu, clémence, etc.; les verbes, créa, adoucir, etc. ; les adjectifs infinie, courte, etc., et le participe p/ace, coiiStrveni encore un sens et rev» illent une idée bien distincte dans notre entendement , lors même qu'ils sont considéi es tout seuls : ils or.t donc une signification par eux mêmes, une signification absolue ;landisc]ue les mois de, pour, dans, avec, la, etc., n'ont aucun sens par eux-mêmes , et n'acquièrent une signification que par leur réunion à d'autres mots : ils n'ont donc réellement qu'une signification relative.
Cette classification des mots, en significatifs absolument et en significatifs par reiaiiun, est encore fondée sur la nature des mots de toutes les langues, tant anciennes que modernes; et en cherchant à remonter par l'analyse jusqu'à la cause de cette différence , qui doit être fondée bien certainement sur la nature (les idées, puisqu'elle est univer^le, on parviendrait peut-être à des résultats lumineux et importants, qui répandraient un grand jour sur les principes fondamentaux de toutes les langues ; d'ailleurs , ces S[)éculations intéressantes par*elles-mêmes exerceraient notre entendement d'une manière tout à la fois utile et agréable.
Mais envisageons les mots d'une manière plus générale encore.
Les mots ne sont et ne peuvent être que les images des choses , c'est-à-dire que le signe des idées que nous avons des choses, puisque autrement i!s ne signifieraient rien ; ils cesseraient d'être mots: or t dans les choses, tout est ou substance, ou modification, puisqu'il n'y a dans la nature que des substances ou des manières d'être; donc les mots, quels qu'ils soient, ne peuvent être que des noms de substance ou des noms de modification , ce dernier mol étant pris dans sa siijuification la plus étendue : ils sont donc divisés , par la nature même des idées qu'ils expriment, en substantifs, ou en modificatifs.
Nous examinerons bientôt dans le plus grand détail chacune des dix espèces de mots que nous venons d'énoncer : mais nous avons parlé de moisvariables ou déclinabUs; expliquons d* bord ce que nous eoiendons par cas et par déclinaison.