DES PERSONNES
maire hébraïque, que le duel ne s'emploie ordinairement que pour les choses qui sont naturellement doubles, comme les pieds, les mains, les oreilles, les yeux ; et il est évident que la dualité de ces chose^ en est la pluralité naturelle.
Quoi qu'il en soit des systèmes particuliers des langues par rapport aux nombres, il est attesté, par la déposition unanime des usages de tous les idiomes, (ju'il y a cinq sortes de mots déclinables par nombres, savoir : les noms, les articles, les^pronoms, les adjectifs et les verbes; nulle autre espèce n'est soumise à la variation des nombres.
Dans la première fable de Phèdre : Ad rivum eumdem lupus et agnus vénérant siti compulsi; les quatre noms rivum, lupus, agnus et siti, sont au rwmhre singulier, parce que l'auteur ne voulait et ne devait elfectivtmeni désigner qu'un seul ruisseau, un seul loup, un seul agneau, un seul et même besoitiyquiest oelui de boire. Mais c'est par imitation et pour s'accorder en nombre avec le nom rivum, que l'adjectif eumdem est au singulier; c'est par la même raison d'imitation et de concordance que le verbe vénérant et le participe compulsi sont au nombre pluriel; chacun de ces mots s'accorde ainsi en nombre avec la collection des deux noms singuliers lupus et agnus, qui font ensemble%ne vraie pluralité.
Mais il faut prendre garde que des mots essentiellement déclinable^ ne sont pas décimés dans toutes les langues ; et que dans celles où ils sont déclinés, ils ne le sont pas aux mêmes égards. Le verbe, par exemple, décliné presque partout relativement à plusieurs points de vue combinés tout à la fois sur le même mot, ne reçoit pas la moindre variation dans la langue franque, qui est la langue du commerce dos Échelles du Levant. Ce que nous appelons infinitif est le seul mot qui y soit usité ; la place qu'il occupe et les mots (lui l'accompagnent déterminent les diverses applications dont il est susceptible : mi amar ti {jet'aime,je t'aimais, jet'aimeraijjet'aiajmé, etc.), tutti cantara (tous chantent, tous ont chanté, que chacun chante, tous chanteront, etc.) Les noms et lesadjectifsqui,engrec,en laiin, en allemand, etc., reçoivent des nombres et des cas, ne reçoivent que des nombres en français, en italien, en espagnol ; et l'adjectif anglais ne reçoit aucune terminaison : a good man (un homme bon), a good woman (une femme bonne), a good thing (une bonne chose), good men (de bons hommes), good ivomen (de bonnes femmes), good tkings (de bonnes choses).
Il y a dans les diverses langues de la terre mille variétés semblables, suites naturelles de la hberté de l'usage qui est décidé quelquefois par le génie propre de chaque idiome, et quelquefois parle simple hasard ou par le pur caprice. Que les noms aient en grec, en latjn, en allemand, etc., des nombres et des cas, et que dans nos langues du midi de l'Europe
ils n'aient que des nombres, c'est le génie; mais qu'en latin, par exemple, où les noms etlesadjectifs se déclinent, il y en ait que l'usage a privés des terminaisons que l'analogie générale semblait leur destiner, c'est le hasard ou le caprice.
Avant de finir ce qui concerne les nombres, il est indispensable d'observer que les noms propres, étant essentiellement individuels, ne peuvent être susceptibles de l'idée accessoire de pluralité. Si l'on trouve des exemples qui paraissent contraires, c'est qu'il s'agit de noms véritablement appellatifs et devenus propres à quelques collections d'individus, comme Julii, Antotni, Scipiones, etc., qui sont, par rapportauxindividusd'une même maison ou d'une même branche de famille, ce que sont, par rapport aux individusd'un même peuple, d'un même état, d'une même coniiée, les mots nationaux Romani, Afri, Aquinatts, Nostrates, etc.
Néanmoins il arrive quelquefois que des noms propres réellement individuels sont employés dans un sens appellatif, jjarce que l'on envisage alors les qualités qui ont distingué l'individu marqué parce nom propre, comme constituant une nature communicable à plusieurs. Dans ce cas on donne à ces noms la terminaison plurielle, et nous disons, par exemple: les Corneilles sont, rares sur notre Parnasse, et les Cicérons dayis noire barreau.
Si les noms propres désignent seulement plusieurs individus d'une même famille a laiiuelle appartient ce nom, c'est l'usage de plusieurs bons écrivains parmi nous de mettre alors au pluriel tout ce qui a rapport au nom propre, mais sans en donner au nom même la terminaison ; tt ils disent, par exemple : les deux Corneille se sont distingués dans les lettres ; les Ciceron ne se sont pas également illustrés. (Bëauzée.) Nous parlerons de ces sortes de noms avec plus de détails a l'article des substantifs.