DES PERSONNES
Le sujet d'une proposition peut être considéré sous trois rapports généraux dans l'acte de la parole; en effet, ou le sujet fait lui-même l'acte de la proposition, ou la parole lui est adressée par un autre , ou il est simplement sujet sans prononcer le discours et sans être apostrophé.
Dans cette proposition : Je suis le Seigneur ton Dieu , c'est Dieu qui en est le sujet, et à qui il est attribué d'être le Seigneur Dieu d'Israël ; mais en même temps c'est lui qui produit l'acte de la parole, c'est lui qui prononce le discours. Dans celle-ci : Dieu , atjez pitié de moi selon votre grande miséricorde, c'est encore Dieu qui est le sujet; mais ce n'est pas lui qui parle , c'est à lui que la j^arole est
adressée. Enfin dans celle-ci : Dieu a créé f homme de terre et l'a fait à son image. Dieu est encore le sujet ; mais il ne parle point , et le discours ne lui est point adressé.
On a donné à ces trois relations (jénérales le nom de personnes. Le mot latin persona , qui y répond , signifie proprement le masque que prenait un acteur , selon le rôle dont il était chargé dans une pièce de théâtre ; et ce nom est dérivé de sonore (rendre son), et de la particule ampliativeper, d'où personare (rendre un son éclatant). Bassus, dans Aulu- Celle, nous apprend que le masque était construit de manière que toute la tête en était enveloppée , et qu'il n'y avait d'ouverture que celle qui était nécessaire à l'émission de la voix : la conformation du masque était établie de manière à répercuter la voix par les parois intérieures, et à la porter avec retentissement vers l'unique issue qui y était ménagée, ce qui rendait les sons plus clairs et plus résonnants. On peut donc dire que sans masque, vox sonabat; mais qu'avec le masque , vox perscnabat ; et de là le nom de persona donné à l'instrument qui facilitait le retentissement de la voix , et qui n'avait peut-être été inventé que dans ce but , à cause de la vaste étendue
des lieux où l'on représentaitles pièces dranxitiques.
Le même nom de persona fut employé ensuite pour exprimer le rôle même dont l'acteur était chargé ; et c'est une métonymie du signe pour la chose signifiée, parce que la face du masque était adaptée à l'âge et au caractère de celui qui était censé parler, et que quelquefois c'était son portrait même ; ainsi le masque était un signe non équivoque du rôle.
C'est dans ce dernier sens de personnage ou de rôle, que l'on donne en Grammaire le nom de personnes aux trois relations dont on vient de parler; parce qu'en effet ce sont comme autant de rôles accidentels dont les sujets se revêtent , suivant l'occurrence, dans la production delà parole, qui est la représentation sensible de la pensée. On appelle première personne la relation du sujet qui parle de lui-même; seconde personne, la relation du sujet à qui l'on parle de lui-même ; troisihne personne, la relation du sujet dont on parle , qui ne prononce ou qui n'est pas censé prononcer le discours , et à qui il n'est point adressé.
Les éléments du discours susceptibles de porsonnés sont les noms ou substantifs , les pronoms et les verbes.
<tt»»«tt»« >»<« ■««»««»« 1» »«■»«»»■■«■«»»»»■« ■»«»»»»« »»»«■»♦»♦»« t«>»»«»t»«»