DU GENRE DANS LES SUBSTANTIFS
La langue française n'admet que deux genres, le genre masculin et le genre féminin. Cette distinction des substantifs en deux genres a eu son origine dans la ditïérence des sexes. Le masculin appartjent aux hommes et aux animaux mâles ; et le féminin aux femmes et aux animaux femelles.
Pour marquer la différence des sexes, onaquelquefois donné des noms différents aux mâles et aux femelles, comme homme et femme, — cheval et jument, — taureau et génisse, eic. D'autres foison s'est contenté de les distinguer, en donnant aux noms une terminaison différente, comme lion et lionne, — chien et chienne, — chat et chatte, etc. Cette méthode est la plus simple et la meilleure. Mais souvent on s'est servi du même mot pour exprimer le mâle et la femelle, comme brochet, carpe, perdrix, aigle, tourterelle, etc. Cette dernière manière est une véritable imperfection dans la langue.
C'est par imitation qu'on a donné le genre masculin ou le genre féminin à tous les autres substantifs, quoiqu'ils n'aient aucun rapport à l'un ou à l'autre sexe. Jeu et bois sont masculins; table et fleur sont féminins.
Principe général. Dans la langue française, tous les substantifs, autres que ceux d'hommes et d'animaux, appartiennent exclusivement à l'un ou à l'autre genre.
Il y a des exceptions à ce principe ; mais la plupart viennent de la différente acception qu'on a donnée aux noms, comme un livre, volume manuscrit et imprimé, et une livre, poids ou monnaie. Voici le petit nombre de ceux qu'on doit excepter, quoiqu'ils aient la même signification dans les deux genres.
Amour est masculin au singulier. Autrefois on le faisait aussi du féminin, surtout en poésie. Racine a dit : il vous jurait une amour éternelle. De nos jours on ne l'emploie plus qu'au masculin, excepté dans le style marolique. Cependant l'emploi qu'on en ferait en poésie au féminin, dans le genre noble, serait plu|pt une négligence qu'une foute. Mais au pluriel il est toujours féminin; à moins qu'il ne signifie ces espèces de petits gé-
nies qui, selon la mythologie des Grecs, servaient toujours decortégeà la déesse de la beau té. On doit donc dire : un fol amour et de folles amours.
Automne e&t masculin ou féminin, à volonté. On dit également bien : un automne pluvieux, ou une automne pluvieuse. Le féminin est d'un usageplus général, surtout en prose.
CAose est toujours féminin, comme une belle chose; mais s'il est précédé de quelque, il change de genre et devient masculin : c'est quelque chose de bien dur. Dans ce cas il cesse d'être substantif ; il devient pronom indéterminé.
Comté et duché sont masculins ; mais on dit une comté-pairie, une duché-pairie, la Franche-Comté, une vicomte.
Couple est féminin, quand il signifiedeux choses de même espèce qu'on met ensemble, comme une couple d'oeufs, une belle couple de mules, etc.; mais il est masculin quand il signifie deux personnes unies parle mariage, comme : c'est un beau, un heureux couple ; ou deux animaux appariés.
Gens, substantif pluriel, est masculin quand il est suivi d'un adjectif : des gens heureux; mais il est féminin s'il en est précédé : de vieilles gens. Avec tout,il est masculin si cet adjectif est seul : tous les gens de bien; lorsque tout est accompagné d'un autre adjectif, gens est masculin si ce second adjectif ne change point de terminaison au féminin : tous les honnêtes gens. Il est féminin dans le cas contraire : toutes les vieilles gens; mais alors l'usage veut, pour faire parade de tout son despotisme, selon l'expression de l'abbé Girard , que l'adjectif ou le pronom qui s'y rapporte soii au masculin : les vieilles gens sont ordinairement hargneux ; les sottes gens que voilà î ils ne soni bons à rien.
Délice est masculin au singulier, mais féminin au pluriel. L'usage veut qu'on dise : un pur délice; de pures délices.
11 en est de môme pour le mot orgv^. On dit ; un orgue harmonieux, des orgues harmonieuses. Ce mot s'emploie plus souvent au pluriel qu'au singulier , sauf en parlantd'un orguede Barbarie.
Foudre, est toujoursféminin dans le style ordinaire, comme : la foudre est tombée...; il est craint comme la foudre ; mais, dans le style élevé, on peut dire : le foudre, un foudre vengeur. En parlant d'un grand capitaine, on dit aussi au figuré : ce foudre de guerre ; et d'un grand orateur : c'est im foudî-e d'éloquence.
Perionne, substantif, est toujours féminin; mais personne, pronom, est toujours masculin. Nous faisons cetie observation, afin qu'on prenne l'habitude de distinguer \e substantif du pronom.
Nous aurons occasion de revenir sur ces mots el sur quelques autres qui offrent les mêmes difficultés.
Substautirs d'espèce» qui ont un genre déterminé , quelle que soit leur terminaison.
On range dans cette classe différentes sortes de subsianùfs.
i° Les noms des jours, des mois et des saisons de l'année, sont masculins.
JÇxcEPTioN. Automne est des deux genres.
Remarque. Quand on joint le diminutif mi à un nom de mois, cenom composé devient féminin. On dit : la mi-juin, la mi-septembre, etc. C'est le diminutif qui décide du genre ; mi est ici pour moitié.
2" Tous les noms d'arbres, d'arbustes, de villes, de couleurs, de minéraux et de métaux, sont aussi masculins.
Remarque. Tous les noms de villes sont en générai masculins. « S'ily en a de féminins, dit l'atîbé 1 Girard, c'est en petit nombre, et encore quel- » ques-uns font même très-distinctement connaîf tre leur genre, étant composés de l'article com- » me d'une partie presque inséparable du nom,
> tels que la Rochelle, la Villette, et autres sem-
> biables. » Mais lorsque leur genre n'est pas certain, on doit les faire précéder du mot ville. On serait choqué d'entendre ou de lire : Rome fut fondé sept cent cinquante-trois ans avant Jésus- Christ, quoique cette manière de s'exprimer soit conforme aux principes ; l'oreille et l'œil préviennent toute réflexion. Dans ce cas, on devrait dire: la ville de Rome fut fondée, etc. Néanmoins, quand on personnifie une ville, on en met ordinairement le nom au féminin ; c'est ce qui a fait dire à Fénelon : malheureuse Tyr ! en quelles mains es-tu tombée ! Dans ce cas, il y a l'ellipse du mot ville.
Nota. La question ne saurait être résolue oinsi; nous y reviendrons.
3" Les noms de montagnes et de vents sontégalement masculins.
ExcÉPTmws. Les Alpes, les Pyrénées, les Vosges, les Cordillihres, etc. ; la bise, la tramontane, vents.
4° Les noms de toutes les lettres de l'alphabet français sont masculins, depuis la nouvelle épellation ; mais, selon l'ancienne, qui est universellement proscrite de nos jours, f, h, l, m, n, r, s, étaient féminins.
5° Les noms de nombre ordinaux, distributifs et proportionnels, les adjectifs, les infinitifs des verbes, les adverbes et les prépositions, pris substantivement, sont aussi masculins.
Exceptions. Moitié, une courbe, une tangente, une perpendiculaire, une antique. La raison de ces quatre dernières expressions est qu'elles sont ellipti(|uej:sous-entendez: ligue, médaille.
6" Tous les diminutifs suivent le genre des noms dont ils dérivent. Globule est masculin, parce qui] dérive de globe, qui est masculin ; mais pel-
GRAMMAJRE FRANÇA.ISE.
licule est féminin, parce qu'il vient du sulj«l»nlif féminin peau.
1° Les noms de yertus et de qualifiés sont féminins.
Exceptions. Courage, mérite, dévouement, etc.
Substantifs d'espèces qui ont le genre indiqué par leur terminaison.
Les substantifs d'espèces qui ont le genre indiqué par leur terminaison sont :
1° Les noms d'états, d'empires, deroyaumes, de provinces et de rivières.
Exceptions. Le Mexique; pour les provinces, le Perche, le Maine, etc.; pour les rivières, le Rhône, le Tage, le Danube, etc.
Remarque, t Je ne vois jjoint d'exception, dit » l'abbé Girard, pour les noms de contrées ; je » n'en vois pas du moins qui puisse occasionner de » doute; car, lorsque ces noms ont un genre dil^ » férent de celui de leur terminaison, ilssontalors » composés de l'article de leur propre genre, » comme d'une portion essentielle qui ne lesaban- » donne jamais ; » on peut s'en convaincre aisément. Quant aux noms de rivières, la terminaison masculine indique ordinairement leur genre: mais il n'en est pas de même de la terminaison féminine. « Elle se partage également entre 1 s deux » genres, selon le même Grammairien. Il suffit » donc d'exposer en général l'état de l'usage; s'il I survient quelque doute, c'est au dictionnaire, » et non à la Grammaire, qu'il faut avoir recours » pour s'instruire. »
2° Ceux des grains, des fruits, des fleurs, des végétaux et des pierres.
ExGpPTiONS. L'orge, \e seigle, le poivre, le sucre, le girofle, le chèvre-feuille, le porphyre, le sable, l'ellébore, le gingembre, l'albâtre, le jaspe, le marbre, le plâtre, la noix, la chaux.
5» Toutes les parties et toutes les dépendances d'une maison.
Exceptions. Vof^ce, une clef, un siège, un coffre, un pupitre, le vestibule, un étage, la cour, un poêle, un verre, un couvercle, un vase, un portique. (Lévizac.)
Substantifs de diCTérents genres , ayant aussi diflërentei significations.
Masculin. Féminin.
Aide, quand il signi- Aide, sissistance. Être
fie celui qui aide un au- d'une grande aide. Ai-
tre : un aide-de-camp. des, impôts, ou terme
de manège.
.^igf/e, oiseau de proie; Aiyle, nom d'une con-
pupilre d'église en for- stellation ; enseigne des
me d'aigle; homme à légions romaines; figure
grands talents. ^e l'oiseau de proie dans
les armoiries.
DU SUBSTANTIF
Masculin.
Ange, créature spirituelle, ou personne d'une grande bonté.
Aulne, arbre qui croît près des eaux.
Barbe, cheval de Barbarie.
Barde, poète chez les anciens Cehes.
Berce, petit oiseau qui vit dans les bois.
Bourgogne, du Bourgne, du vin de Bout' gogne.
Câpre , armateur , vaisseau armé en course.
Carpe, partie qui est entrele bras et la paume de la main.
Cartouche, ornement de peinture, de sculpture et de gravure.
Champagne, du Champagne, du vin de Champagne.
Cloaque, lieu destiné à recevoir des immondices; endroit sale et infect. — Fig. et fam., reunion de vices, cloaque d'i7npuretés, etc.
Coche, voilure d'eau ou de terre.
Contre - garde , employé dans les hôtels de monnaie pour tenir le registre des matières qu'on y apporte.
Cornette, nom qu'on donnait à un officier de cavalerie.
Cravate, cheval de Croatie.
Crêpe, sorte d'étoffe un peu frisée et fort claire, qu'on porte en signe de deuil.
Custode, président de l'académie des Arcades de Rome; officier de l'ancienne Rome; curé de certaines églises, etc.
Fémmm.
Ange, poisson de mer; moucheron.
Aune, mesure. Il se dit aussi de la chose mesurée.
Barbe, poil du menton; bande de dentelle; fanons de baleine.
Barde, tranche de lard fort mince.
Bercé, plante dont il y a plusieurs espèces.
Bourgogne, province de France.
Câpre, fruit du câprier.
Carpe, poisson d'eau douce.
Carfouc/ie, charge d'une arme à feu; congé de soldat.
Champagne, province de France.
Cloaque, conduit fait de pierre et voûté, par où l'on fait couler les eaux et les immondices.
Coche, entaille faite dans un corps solide; truie grasse.
Conire-garde, espèce de fortification en avant d'un basUon.
Cornette , pavillon blanc ; huppe d'un oiseau ; étendard de cavalerie ; coiffe du matin pour les femmes.
Cravate , linge qui couvre le cou.
Crêpe, pâte très-mince qu'on fait cuire en l'étendant sur la poêle.
Custode , chaperon qui couvre le fourreau des pistolets ; appui garni de crin dans le fond d'une voiture, etc.
Masculin.
Écho, son réfléchi et répété.
Enseigne, officier qui porte le drapeau.
Espace, étendue comprise entre deux points; étendue de temps.
Exemple , ce qu'on propose à imiter ou à fuir.
Foret, outil d'acier pointu en forme de vis, dont on se sert pour percer un tonneau, etc.
Fowrftc, trompeur, qui trompe avec adresse.
Garde, homme préposé pour garder quelque chose.
Givi'e, espèce d'e gelée blanche et épaisse qui s'attache aux arbres.
Greffe, lieu où se gardent les registres d'une cour de justice.
Gueules, terme de blason, couleur rouge.
Guide, un conducteur.
Héliotrope, sorte de fleur.
Hépaiile, pierre précieuse qui a la couleur et la figure du foie.
Hymne, cantique à l'honneur de la divinité, poème chez les païens.
Interlignes , espace blanc qui reste entre deux lignes écrites ou imprimées.
Laque, beau vernis de la Chine, ou noir ou rouge.
Féminin.
Écho, nom de nymphe.
Enseigne, tableau audessus des boutiques, à la porte des hôtelleries.
Espace, ce qui sert dans l'imprimerie à espacer les mots et à justifier les lignes.
Exemple, ce qu'un maître d'écriture donne pour modèle à ses écoliers.
Forêt, grande étendue de pays couvert de bois.
Fourbe, tromperie.
Garde , l'action de garder; troupe armée pour veillera la sûreté; partie d'une épée; femmequi gardeXe^ malades.
Givre, en terme d'armoiries , serpent.
Greffe, branche qu'on ente sur un arbre.
Gueule, partie du corps qui répond, dans certains animaux, à ce qu'on appelle la bouche chez l'homme.
Une guide ou des guides, longe de cuir avec laquelle on conduit les chevaux.
Héliotrope, pierr^recieuse.
Hépatite, inflammation au foie.
Hymnes , cantiques qui font partie de l'office divin.
Interlignes, t. d'imprimerie. Lame de fonte miuce qu'on place entre les lignes afin de les espacer.
Laque, sorte de gomme qui vient des Indes- Orientales, et qui entre dans la composition de la cire d'Espagne.
Masculin. Lis, plante, fleur.