DE L EMPLOI DES MAJUSCULES
XXII. Tout nom propre perd la majuscule lorsqu'il entre dans la composition d'un mot et forme avec celui-ci un substantif commun :
Un asiarque. Un anglomane. Un daguerréotype.
Font exception, à cause du trait-d'union :
Un prie-Dieu. Le lever-Dieu.
XXIII. On doit écrire avec la minuscule, selon Tusage établi, tous les noms donnés aux vents :
Les aquilons. Le mistral. Le simoun. La tramontane.
Les autans. Les moussons. Le siroco. Les vents ali%é^.
Mais ces noms s'écrivent toujours avec la majuscule lorsqu'ils sont désignés sous leur appellation latine , parce qu'alors ils sont presque toujours personnifiés :
L'Africus. L'Auster, UEurus. Notus.
L'Aquilon. Borée. Favonius. Zéphire.
XXIV. On doit écrire avec majuscule tout nom ajouté à ime dénomination propre de ville, de monument :
Bar-le-Duc. Villeneuve-le'Comte.
Choisy-le-Roi. L'église Saint-Germain des Prés.
Fonlenay-aux-Roses. L'église Sainte-Marie aux Neiges.
XXV. Les articles le^ la^ les^ du^ de la, des^ devant un nom propre de ville, s'écrivent avec la minuscule. Il en est de même lorsque ces noms sont employés comme des noms de rue :
VArqentière. la Flèche, le Mans. le Puy.
les Andelys. la Havane. la Mecque. la Rochelle,
le Caire. le Havre.
Il en est de mênie pour les noms propres de personnes :
la Bruyère. le Cid. , Pic de la Mirandole.
le Camoens. l'abbé de l'Epée. Tallemant des Réaux.
lamarquiseduChâtelet, le duc de Guise. Juvénal des Ursins.
XXVI. Les titres honorifiques qu'on donne aux empereurs, aux rois, aux impératrices et aux reines, s'écrivent toujours avec la majuscule : Sa Majesté, Leurs Majestés, Votre Majesté, Vos Majestés.
Il en est de même pour les titres donnés au souverain pontife, aux princes de l'Église, aux membres des familles royales et princières :
Sa Sainteté^ en parlant du pape.
Son Eminence, — d'un cardinal.
5a Grandeur, — d'un évoque.
SonAltesêe, -^ d'un prince impérial, royal.
Par analogie, on écrit enoore avec une majuscule, en parlant des nÛBistres, des ambassadeurs et de certains dignitaires de la couronne :
Son EœcelltHce It ministre de. . . Leurs Excellences les ambassadeurs de,.,
XXVII. Les noms communs autocrate, empereur^ czar^ roi., reine^ sultan^ pape., évéque, prince, qui figurent ordinairement après les titres énumérés ci-dessus, s'écrivent avec la minuscule :
Sa Majesté l'empereur Napoléon lîï. Sa Sainteté le pape Pie IX.
Sa Majesté la reine d'Angleterre, Son Eminence le cardinal de Retu
. Sa Majesté le c%ar, l'autocrate de toutes Sa Grandeur l'évêque de Marseille.
les Russies. Son Altesse l'électeur de Saxe, Sa Majesté le sultan Abdul-Medjid.
On doit écrire aussi avec minuscule tout adjectif joint à ce titre :
Sa Majesté impériale. Son Altesse impériale,
parce que dans ces cas-là les adjectifs royal, impérial, ne constituent pas un titre particulier au souverain auquel ils sont appliqués, comme dans ces exemples :
Sa Majesté Catholique, la reine d'Espagne.
Sa Majesté Fidèle, le roi de Portugal.
Sa M(^esté Britannique, la reine d'Angleterre.
XXVHI. Le nom sous lequel un ordre monastique, civil ou militaire, est institué, s'écrit toujours avec la majuscule :
L'ordre
de l'Incarnation, de la Visitation.
de la Jarretière.
de la Légion d'honneur.
XXiX. Les ordres religieux sont ordinairement désignés par le nom du saint sous l'invocation duquel ils ont été fondés, quelquefois aussi par celui de la montagne où ils ont été institués. Dans ce cas, les mots Saint, Sainte, Mont, s'écrivent toujours avec la majuscule et prennent le trait-d'union.
L'ordre de Saint-Benoît, L'ordre du Mont-Carmel.
La congrégation de Saint-Lazare, La réforme de Sainte^Thérése,
XXX. Les noms des animaux ou monstres imaginaires dont il est fait mention dans la fable ou ailleurs forment deux classes distinctes :
Les uns sont considéfés comme noms propre parce qu'ils éveil-
DE l'emploi VE& «AJUSQDU». 9l7
lent par analogie Tidée du fait particulier auquel ils se mttach^t, et s'écrivent toujours avec la majuscule :
Cerbère. La Chimère. La Méduse, Le serpent Python.
Charyhde. Le Lèviathan, Le Minotaure.
Les autres sont passés à Tétat de noms communs et s'écrivent avec la minuscule :
Un basilic. Un hippocentaure. Un lynx.
Un griffon. Une hydre. Un phénix.
XXXI. Tout nom patronymique, c'est-à-dire dérivé de celui d'un dief de race, et donné à ses descendants, s'écrit avec la majuscule lorsqu'il est employé substantivement :
Les Capétiens. Les Mérovingiens. Les Seldjoucides.
XXXII. Mais lorsque les noms patronymiques sont employés adjectivement, ils s'écrivent avec la minuscule :
Les califes abbassides. Ecriture Caroline.
La race- capétienne. La dynastie mérovingienne.
XXXIII. Cependant, lorsque le second mot n'est qu'un simple adjectif servant à indiquer la position qu'occupait 'un peuple en deçà ou au delà d'un fleuve ou d'une chaîne de niontagnes, il s'écrit avec la minuscule :
Les Gaulois cisalpins. Les Gaulois cispadans.
Les Gaulois transalpins. Les Gaulois transpadans.
XXXIV. Lorsque les adjectifs ci-dessus sont employés substantivemenf , ils prennent la majuscule :
Les Cisalpins. Les Transalpins. Les Cispadans. Les Transpadans.
XXXV. Enfin on doit écrire avec la minuscule tout qualificatif
lorequ'il ne sert qu'à désigner l'État, la t)rovince où quelqu'un
est né :
/ boliviens.
^ péruviens.
Ou bien lorsqu'il désigne la puissance à laquelle un peuple est
soumis :
Les Arméniens \ ^^^JJ**
/ anglais.
Les Américains ] espagnols.
• ( français.
Le, Cosaque» \ ^IJ^^"-
XXXVI. On doit toujours écrire avec une majuscule le nom d'une chose inanimée ou métaphysique lorsqu'on lui attribue la figure, les sentiments, le langage d'une personne réelle :
La Mollesse oppressée,
Dans sa bouche à ces mots sent sa langue glacée. (Boileau.)
La plaintive Elégie, en longs habits de deuil,
Sait, les cheveux épars, gémir sur un cercueil. ( Le môme.)