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OBSERVATIONS COMPLÉMENTAIRES HISTORIQUES ET GRAMMATICALES

Aj employé comme préfixe, ajoute au terme principal une idée de tendance, de continuité, de progrès :

Abêtir (bête), rendre plus bête. Ajourner (jour), remetu^ à ua autre Adûdcir (doux)^ rendre plus doux. jour.

Agrandir (grand), rendre plus grand» Ajuster (iuste), rendre plus juste.

Aguerrir (guerre), rendre propre à la Alentir (lent), rendre plus lent

guerre. Apetisser (petit), rendre plus petit.

A se change en ad devant les simples qui commencent par un^* ;

ADKHSDRE/^'otfidrej, ajouter, associer à. Adjuger (juger), jugw en fayeur de. Adjurer (jurer), supplier, sommer. accorder.

Ad se trouve en outre dans un grand nombre de mots dérivés du latin, et formés de primitifs commençant par une voyelle, une h

Adapter (ad, aptare). Advenir (ad, venire),

ADMIW8TRER (ad, mintHrore), Adverbe (ad, verbnm),

AUsorea (ad, mirari). Adversaire (ad, versm).

Avant toute autre consonne, la consonne initiale du simple se redouble ; ainsi Ton écrit: accumuler^ affamer^ allaiter^ annoter ^ appauvrir^ arrondir^ assujettir^ attribuer.

Dans un très-grand nombre de mots, a n'est pas un préfixe et fait partie de la racine primitive du mot, comme dans âpre^ âme^ angky art^ etc.

Dans un très-grand nombre de mots, re);q[>haniea r^oïplaoé Tune de ces lettres par Tautre, ainsi on a écrit :

Guarir, puis guérir, seul usité aujoord'hui. Sarge, — serge, —

Merquê, — marque^ —

Merri, — marri, —

IL ai

Les deux formes ont été même simultanément en usage; ainsi, à la cour, on disait sarge et merri^ tandis qu'à. Paris on prononçait serge et marri^ mots que Tusage a définitivement consacrés.

Abécédaire, alphabétique.

La synonymie de ces deux mots est dans leurs rapports avec les lettres de l'alphabet ; leur différence est dans la différence même de ces rapports. Abécédaire exprime la chose quant au fond; alphabétique la désigne quant à l'ordre. Un livre abécédaire est celui qui contient les lettres de Talphabet, et, par extension, quelques notions élémentaires de lecture. Une iiste alphabétique est celle qui présente des noms ou des mots disposés suivant Tordre des lettres dans Talphabet . Abécédaire éveille donc une idée de commencement, de début; alphabétique^ une idée de suite et de classement; aussi Ton dit une ignorance abécédaire, et non une ignorance alphabétique.

Ablatif.

Vablatif{l) marque l'éloignement, la séparation et lepointde départ, l'origine, la cause, l'instrument, la manière, le moyen, la me* sure, la partie, Tabondance, la disette, etc. Ces différents rapports s'expriment ordinairement en français au moyen des prépositions de, par^ avec^ suivies d'un nom oud'un pronom, ou par dont^ dequiy duquel^ desquels^ d'où^ etc. En voici quelques exemples :

M(mtre% à la fortune que vous êtes affranchis de son pouvoir. ( D'Âguesseau.) Tout amour Tient du ciel ; Dieu nous chérit, il s'aime. (Voltaire.) Montrez en expirant de qui vous êtes née. ( Racine.) Fontendle est le premier qui ait orné les sciences des grâces de ^imagination*

(Thomas.) Les vents agitent Tair d*heureux frémissements . ( Racine. ) Tout mûrit par le temps, tout s'accroît par l'usage. (Voltaire.) n faut faire la guerre avec le fer, eVnon point avec l'argent. (Bossuet.) Dieu veut être honoré du coeur, et non des lèvres. (Fénelon.) Le fiéau de la discorde inonde encore la terre du sang de ses habitants.

(Massillon).

Louis, les animant du feu de son courage,

Seplaint<2e sa grandet/r qui l'attache au rivage. (Boileau.)

On appelle ablatif absolu une sorte de proposition dans laquelle

(1) Ab, loin de; latus, porté; lat. Le sixième cas des noms, des pronoms et dea ftd|jecti& latins.

(NBSERYATIONS COMPLÉMENTAIRES* 323

tous les mots déclinables sont à Tablatif, et iSgurent comme complément circonstanciel. Nos différentes propositions participes représentent V ablatif absolu. Voici un exemplç de l'ablatif absolu :

Eux venus y le lion sur ses ongles compta. (La Fontaine.)

Quand cet ablatifs ou plutôt la forme qui y répond en français, est répétée dans une même phrase, il résîdte le plus souvent une construction lourde, traînante et obscure; lorsqu'au contraire cette forme est employée une seule fois dans une période, elle donne au discours de la rapidité et de la concision, et présente une construction agréable, même en poésie :

Huit aris déjà passés, une impie étrangère

Bu sceptre de JDayid usurpe tous les droits. (Racine.)

Je me fais un plaisir, à ne vous rien celer.

De pouvoir, moi vivant, dans peu les désoler. (Boileau.)

Able.

Able^ finale dérivée du celtique able^ habile, propre à, et ajoutée à beaucoup de radicaux, forme une classe nombreuse d'adjectifs qui expriment la nature, l'aptitude, la disposition, l'habitude :

Abordable^ qu'on peut aborder.

Adorable^ de nature à être adoré.

il^rr^aWe, dont la nature agrée, plaît.

Charitable^ qui est disposé à la charité.

Concevable^ qu'on peut concevoir.

Croyable^ qui doit être cru.

Curable^ qu'on peut guérir.

Respectable^ qu'on doit respecter.

Solvable^ qui peut payer.

Vraisemblable^ qui a l'apparence du vrai.

(Voir Emploi des adjectifs terminés en able, 1. 1, p. 122.)

Aboij aboiement.

Les poètes emploient indifféremment l'un pour l'autre. Dans la prose, ces deux paronymes, onomatopées imitatives du cri du chien, ont des nuances bien marquées : aboiement exprime le cri du chien en général , c'est le tenpe qui désigne le langage naturel et commun à toute l'espèce; aboi est le cri particulier et comme la langue apprise du chien domestique; cette distinction est très-bien marquée dans les exemples qui suivent :

Le chien donne Vdarme par des abouoibiits réitérés, (Bnffon.)

324 GRApiAIltE GÉNÉRàLB KT BISStmQUE.

I'aboiement est converti en hurlement plainUf et proiêngé, quand le chien e^ inquiet et dénonce un danger, (Le môme.)

L*ABOi du chien est fort importun, (Académie.)

De tant de gens épars le nombreux équipage,

Leurs cris, Vaboi des chiens, les cors mêlés de voix

AnnoaottiM) l'épouvante Mx bôtts de a» boi& ( La.FM4£âB«h)

Abondammmtj en abondance,

Abondam^nent «xprhne une quotité relative^ excédant ceUe qm rédame Tusage qu'on veut faire des choses; en abondance maix^, sans rapport à une destination quelconque, un superflu considérable. Une table est ahondamment servie quand elle Test au delà des besoins de ceux qu'on y traite ; des fruits sont servis en abondance quand ils le sont en profusioo :

Lorsque le peuple trouvera facilement et abondamment à vivre, il ne sera point sujet à autant de vicissitudes. (Bernardin de Saint-Pierre.)

Je prétends que chez moi tout soit en abondance. (Destouches.)

Abondant (d'J,

D'abondant^ employé comme verbe, dans le sens de Outre cela, de plus, est tombé en désuétude; du temps de Vaugdas, cette expression avait déjà vieilli, et, selon l'expression de ce graunnai7 rien, Von ne s'en servait plus dans le beau style.

Et d'abondant la vache de ma fômme

Nous a promis qu'elle ferMt un veau. (La Fotitatoe.)

Abstrait, dhtrait.

Ces deux termes expriment deux manières diflférentes dont notre attention peut être en défaut relativement aux objets présents. Abstrait signifie qui est séparé tout à fait de ce qui se dit ou de ce qui se passe extérieurement; distrait^ qui est détourné dun objet par un autre. Un homme abstrait est maître de son attention, mais il la concentre tout entière dans ses idées au préjudice des sujets dam te s'occupe avec lui ; un homme distrait ne peut défendre sott a«teiti(m contre tes objets extérieurs, qui se la disputait sans M peratettre de la fixj^ sur un objet principal..

Quelquefois un esprit abstrait, nous jetant loin du sujet de la conversaUoii^ nous fait faire ou de mauvaises demandes ou de sottes réponses. (La Bruyère^)

Être DISTRAIT, c*est cesser de faire attention à la chose dont on s'occupait pùur fmre attention à um^»uit>ùqmmteiHé4t^tPmw, OQBOffiuy.)

OBSniTATRXNS COtfKJÉMEMTAllUBS. 93^

Ae, /

Cette syllabe est toujours brève lorsqu'elle est finale : hac^ lac^ sac^ tillac; mais elle devient longue lorsqu'elle est suivie d'une s; ainsi les mots qui précèdent sont brefs au isingulier et loags au pluriel ; des bacs^ des laes^ des tiUacs.

Acabit.

Employé au propre, ce ntot ne se dit que de la qualité bonne ou mauvaise des fruits et des légumes :

Ce9 poires, ces lentilles, sont d'un bon agabxt. Des haricots de mauvais acawi.

(Académie.)

C'est d<Mic une faute de dire aujourd'hui : De la viande de ôow, de numvais acabit, quoiqu'on Tait dit autrefois, et que Fétyraok^e acapitum^ achat, dérivé à'acaptare^ acheter, semble autoriser cet emploi :

Nous disons à Paris, ce fruit, ce mouton, ce drap, ne sont pas de bon acabit, pomr dire ne sont pas bien conditionnés, ce qui veut dire proprement j ne sont pas 4o «M défrtl. (Ménage.)

Mais l'usage a restreint la signification de ce mot au premier sens que nous avons indiqué.

Au figuré, il se dit très-bien du caractère, de la condition des persoooe»:

fOat ne le eorrigere% pas de sa défiance, c'est son acabit. (Académie.)

Ta muse baptise

De noms tn^ 4oi» gens de tel aotibit, { J.-B. Rovsseav.}

Au dix-septième siècle, alors que l'orthographe était abandowée à l'arbitraire, on écrivait acabit et acabie :

Et de quelle aêabie était-fl censeiller?

Etait-ce en robe longue, en robe courte, es bottes?

— Non, Monsieur, il était conseiller garde-notes. ( Boursault.)

Aujourd'hui, on n'écrit plus qa'acabit^ orthographe conforme k rétymologie.

Académieien, académiste.

Quoiqu'on ^se une académie d'armes aussi bien qa'ttna acadé^ mie des sciences, académieim ne s'emploie pas dano oette doubir * aûceptiw; le bon goût a créé le paronjme académisie^ pour ^gblir

d26 GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIOCE.

une juste distinction. L'objet spécial de V académicien^ c'est la science ou l'art dans ses spéculations les plus élevées et ses plus nobles applications ; l'objet de Vacadémiste^ c'est l'exercice du corps, l'art de l'assouplir, d'en régler les mouvements et d'en augmenter la force.

Le titre d'kcxDiiÊiciKS n*a été attaché par Fusage qt^aux gen$ de lettres des troU académies, la française, celle des sciences, celles des inscriptions. (Voltaire.)

On appelle académistes les jeunes gens qui apprennent Véquitation et Vescrime dans les écoles destinées à ces arts» ( Le môme. )

Accessit

L'Académie ne donne pas d'exemple de ce mot au pluriel. Quelques granmiairiens veulent que l'on écrive des accessits/ « mais, dit Laveaux, n'est-il pas ridicule de donner le signe français du pluriel à une troisième personne d'un verbe latin ?» A l'observation de Laveaux il n'y a qu'une réponse à faire : N'est-il pas cent fois plus ridicule de ne pas soumettre à la règle française tout mot consacré par un fréquent usage et devenu essentiellement français?

La raison veut qu'on écrive au pluriel : des accessitSy et qu'on écrive ainsi à ce nombre tous les autres mots formés de la troisième personne d'un verbe latin : des déficits , des eocéats , des satisfé" cits^ etc.

Accoucher, enfcknter.

Accoucher comprend tout le travail naturel, depuis les premières douleurs jusqu'à l'entière délivrance. Enfanter signifie seulement mettre au monde un enfant, abstraction faite de toutes les circonstances qui, dans l'ordre de la nature, précèdent et accompagnent cette action.

En parlant de la Vierge, si l'on dit qu'elle ewantera un fiis^ qu'elle a enfanté un fils^ c'est parce qu'elle n'a pas. été sujette à toutes les circonstances qui précèdent et accompagnent les accouchements naturels. On ne le dit guère, au propre, que dans ces phrases. Au figuré, on dit : Jadis la terre enfanta des géants; on ne dit pas qu^elle en accoucha parce qu'il ne s'agit que de la reproduction, abstraction faite de la manière. On dit en plaisantant qu't^n auteur a enfanté un gros volume^ et qu'î7 est accouché d'une épigramme. La première action est Une production lente et qui n'a point de rapport avec l'accouchement naturel. La seconde, qui suppose une action faite avec peine et douleur, et en un instant assez • court, a plus de rapport à l'accouchement.

Ce mot s'emploie au figuré en parlant de l'esprit et des pro^

6a0ERTATIONS GOMPLÉMEOTAIRES. « 327

ductions de Tesprit, mais seulement dans le style badin ou comique :

Le sort de ce sonnet a droit de vous toucher,

Car c'est dans votre cour que je viens d'accoucberé (Molière.)

Mais enfin yaccouche d'un dessein

Qui passera Teffort de tout esprit humain. (Regnard.)

Accoutumé.

Ce mot s'emploie très-bien comme adjectif dans le sens de Habituel, ordinaire :

Tout rentra dans l'ordre AccouTDHé. (Académie.)

EUe ne trouva plus cette douceur àccoutuméb dans les choses. (Bossuet.)

Ces races nouvelles éblouies de l'éclat non accoutumé d'une noblesse de peu tannées. (Le môme.)

Reprends auprès de moi ta place accoutumée, (Corneille.)

Un petit nombre de témoins, domestiques et accoutumés. (Massillon.)

Sortez. Que le sérail soit désormais fermé,

Et que tout rentre ici dans Tordre accoutumé, (Racine.)

Lorsque l'empereur parut, les spectateurs se levèrent et lui donnèrent le salut accoutumé. (Chateaubriand.)

J'ai vu ma grand'mère forcée de renoncer à son quadrille, faute de partners accoutumés. ( Le môme. )

. . . Fier de ses eaux, tribut d'un long orage,

n s'élève et franchit ses bords accoutumés. ( Le Brun.)

Les peuples se sont écartés de leur route accoutumée; un abîme s^est ouvert sous leurs pas. (Guizot)

L'esclavage régulier, accoutumé, indolent, était la loi du vieux monde.

(Sainte-Beuve.) Le Tartare avait bien sa charge accoutumée. (V. Hugo.)

Et vous tous, jeune et brillante armée.

Où la vertu trouvait sa garde accoutumée. ( Ponsard,)

Un critique moderne prétend que Racine et TAcadémie se sont mépris sur la valeur de ce participe, en l'employant comme adjectif. Racine, en se servant d'accoutumé dans le sens d'habituel, ordinaire, savait fort bien ce qu'il faisait; il n'ignorait pas l'abus, mais il se conformait à un usage qui avait pour lui la double autorité de Corneille et de Bossuet. Après lui, MassiHon, Voltaire, les deux Rousseau, etc., ont employé ce mot comme adjectif, et l'Académie l'a consacré ; c'était une loi qu'elle subissait elle-même, mais en s'y soumettant elle ne s'est pas du tout méprise.

Les écrivains modernes sont donc autorisés à s'en servir.

St8 GRllBIàllIK «talÉiULE ET BWKm&fJE.

Accroire j croire (Faire).

Faire croire^ c'est déterminer la croyance, indépendamment de toute idée de fondement et de vérité ; faire accroire^ c'est détentainer la croyance pom* une chose qui n'est pas vraie ; on peut être de bonne foi en faisant croire ce qui est faux, parce qu'on peut soi-même le croire vrai; mais c'est toujours avec une intention de tr<»ûper qu'on fait accroire à un autre une chose à laquelle on ne croit pas ou qu'on sait être fausse.

Accusatif.

Vaccusatif esi^ dans la langue grecque et la langue latine, le ca& qui accuse^ déclare, fait connaître le mot qui est le terme ou l'objet direct de Taction exprimée par le verbe [ Ce cas est représenté dans notre langue par le complément direct :

Je cftàm Dieu, chAr Abner, et n'ai point d'autre eramte. (Racine.)

Dieu et autre crainte^ compléments directs de je crains^ et le se* cond je n'ai^ seraient exprimés en grec ou en latin par V accusatif.

Me.

Cette finate, ajoutée à certains radeaux, exprime un aete rapide ou une action fréquemment répétée :

Col, aoccolar»

Accolade.

Estoc,

Estocade,

Aube,

Aubade.

Fusil,

Fusillade^

Bout, bouter.

Boutade.

Gounner,

Courmaâe.

Canon, canonner,

Affaire à, affaire avec, affaire de (Avoir).

Av^r affaire à quelqu'un suppose pouvoir, autorité, force, ^Sr périorité de la part de celui à qui l'on a affaire; et dépendance» ihfériorité, besdn de la part de celui qui a afiaire. Celui qui veut obtenir une grâce,, une faveur, a affaire au ministre ou à ses. commis^ im plaideur a affaire à ses. juges; un inférieur a affairt à s«6 supâ^ieurs^ en c» qui regarde la subordination :

Un marehonâ'e^ forcé Savoir affaire JL toutes sortes de personnes. (Aeadénle.)

Uhùmme À qoi nous ators AprAiRB n^est pas des plus fins de ce monde.

(MoUère.)

Avoir affaire avec quelqu'un ^ suppose concours d'affaires, dis-

QBSaBRYATIONS COUPLÉMEIïTAmBS. 329

cussioD, différend, contestation. Un commis a affaire avec le ministre, lorsqu'il lui rend compte de qudque affaire, et qu'il lui en dit son avis. Un associé a affaire avec son associé lorsqu'ils traitent ensemble de leurs affaire communes :

// fcmi éviter d'Avo» affairib avbc des fripons. (Laveaux.) ^

Ce proeès lui a donné de la peine; il avait affaibe avec le plus grmnd eAica* neur, le plus déraisonnable de tous les hommes. [Lesage.)

Avoir affaire avec se prend le plus souvent en mauvaise part :

Les médecins qui Vont tué n*ont songé qu'à leur réputation, et à faire une expérience. Heureux qui n'A point affaire avec ces messieurs-là. (VeUaire.)

Avoir affaire de, signifie avoir besoin de : n a AFFAIRE Ji'argent. J*ai affaire de votis, ne sorte% pas.

En ce sens, on dit par mécontentement ou par mépris : J'ai bien AFFAIRE DE Cet homme4à, pour dire : Je ne me soucie guère de lui ; et dans la même acception :

^ai bien arfaire se tout cela. Qu*ai-je affaire de toutes ces querelles f

Mais l'Académie est d'avis que cette locution est du style familier; cependant nous ferons observer qu'elle se trouve dans la tragédie, dans le haut comique, et dans d'autres ouvrages qui ne sont pas du style familier :

Qu*ai-je affaire du trône et de la main d'un roi ? (T. ComeiUe,) Qu'avons-nous affaire B*un nouvel auteur, qui se pare des imaginations des Crées, et donne au monde leurs lumières pour les siennes? (Sajnt-Evremond.)

Leur savoir à la France est beaucoup nécessaire,

Et des livres qu'ils font la cour a bien affaire. (Molière.)

Afmr mffmre é, avec <m de est la seule manière d'écrire cette expression ; et si l'on trouve quelquefois avoir à faire, cela résulte d'une erreur typographique.

Affectation, afféterie.

Vafféterie est tout ce qui s'éloigne du naturel; V affectation est tout ce qui s'éloigne du vrai. V affectation a souvent pour but de tnnnper ; Vafféterie n'a jamms pour but que de plaire. Quand l'a/*-» fectation, de même que Vafféterie, n'est qu'un moyen de se laire valoir, il y a encore une nuance importante entre les deux mots : V affectation porte *ur des choses sérieuses, telles que la seosibilité, le goût, la dignité, etc.; Vafféterie ne porte guère que sur les petites manières, et si die n'est pas exclusivement propre aux femmes, elle a du moins un caractère bien féminin.

330 GRÂHMAIRE (GÉNÉRALE ET HISTORIOOE.

Afin de, afin que; pour.

Afin de et afin que expriment le but, mais d'une manière indéterniinée ; ils marquent une vue éloignée et éveillent Tidée d'une conséquence plutôt probable que certaine. Pour annonce un but précis, un résultat immMiat et prochain ; il marque une vue certaine et â peu près infaillible dans son résultat. Cette phrase de la Bruyère marque très-bien en quoi diffèrent ces dpux expressions :

Le courtisan qui a vu la cour le matin, la voit le soir pour la reconnaître le lendemain, ou afin qub lui-même y soit connu.

Age,

Age,^ la durée ordinaire de la vie. Le mot de Louis XIV au maréchal de Villeroi, après la perte de la bataille de Ramillies : Monsieur le maréchal^ on n*est pas heureux à notre âge, est un modèle de délicatesse ; à nos âges eût été une faute. Employé pour exprimer les degrés différents de la durée de la vie chez deux ou plusieurs individus, âge n'est plus d'usage aujourd'hui au pluriel; et comme on ne dit pas : Quels sont les âges de cet enfant et de [ce vieillard ? un homme de soixante ans ne pourrait pas dire non plus à un jeune homme de vingt ans : A no8 âges, la vie offre des aspects bien diffé* rents. Dans cette acception, âge est essentiellement du nombre singulier; ainsi, l'on condamnerait aujourd'hui l'emploi du pluriel dans la phrase suivante :

Il faut dans l'amitié de la conformité^ des rapports, des âges à peu près semblables, (M"« Lambert.)

L'auteur devait écrire un âge et non des âges^ sans se préoccuper du nom pluriel qui précède et de l'adjectif pluriel qui suit âge. Ajoutons qu'on ne doit jamais employer au pluriel âge lorsqu'il est accompagné d'un adjectif déterminatif, et que ces expressions, à nos âges^ à vos âges^ à leurs âges^ sont aujourd'hui proscrites par le goût et le boa usage : ce sont des constructions tombées en désuétude ; on les trouve fréquemment dans les écrivains et les poètes anciens, nous ne le contestons pas :

Quelque inégalité qui soit entre nos âges,

Âi-je rien entrepris qui troublât ton repos 7 ( Mairet.)

mais il faut les y laisser, et ne pas chercher à les rajeunir.

Agé de, à Vâge de,

La première de ces expressions désigne Fâge indépendamment de toute idée accessoire : Scm fils est âgé ime vingt-cinq ans; la seconde ajoute à Tidée d'âge une idée relative de circonstance : Son fils s'est marié a l'âge de vingt-cinq ans. Dans le premier exemple, la durée est considérée en elle-même; dans le second, elle est considérée au point de vue d'une époque précise, d'un fait déterminé; d'où il résulte que, dans cette phrase de Bossuet :

Alexandre pousse ses conquêtes jusqu'aux Indes, et vient mourir à Babylone, ÂGÉ DE trente-trois ans;

à l'âge eût mieux convenu que âgé de, attendu qu'à l'idée d'âge est jointe une idée de circonstance qu'il est important de bien déterminer. On dira donc :

Fontenelle est mort À l*â6b de quatre-vingt-^ix-neuf ans et sept mois,

parce que c'est l'époque précise de la mort de Fontenelle qu'on veut ici exprimer.

Agreste, champêtre.

Le mot agreste exclut toute idée de culture et d'agrément ; le mot champêtre^ au contraire, réveille, non-seulement l'idée de culture, mais celle des agréments qui l'accompagnent. Un lieu agreste n'oflfre que des rochers stériles, des plantes sauvages, une terre inculte; il inspire la tristesse ou tout au plus une stérile mélancolie. Un lieu champêtre présente un spectacle riant et agréable ; ce sont des plaines fertiles, de gras pâturages couverts de riches troupeaux, des prairies émaillées de fleurs, des arbres chargés de fruits, des travaux qu'animent l'innocence et la gaieté, etc. On ne connaît point ie plaisirs agrestes; mais rien n'est plus touchant que les plaisirs champêtres. L'idée de ce mot est inséparable de celle d'agrément.

Les exemples qui suivent indiquent clairement la diflTérence qui existe entre ces deux expressions :

Toute campagne n'est pas agreste et toute ville n'est pas polie, (La Bruyère.) Tout cela donne à cette maison un air plus champêtre, plus vivant, plus animé, plus gai. ( J.-J. Rousseau.)

Agriculteur, cultivateur.

Le premier embrasse l'agriculture en grand ; le second fe'occupe d'un genre de culture particulier et dans un domaine circonscrit.

ZSi GRAlBiiJie CiÉNÉ&àLE ET B^TORIQUE.

Qui dit agriculteur, dit principalement un producteur de céréales, de bestiaux, de denrées alimentairea; et qui dit cultivateur^ dit tout simplement un particulier adonné à une culture restreinte. 11 y a d'aiHieurs dans le mot agriculteur une idée de sciesiee qui^oe se trouve pas dans celui de cultivateur.

Ai, eu

Autrefois la voyelle double oi se pr<Hioaçait oa^ comme dtm le mot danois; la prononciation a changé pour un grand oooibrede mots, français^ anglais^ etc., longtemps avant que l'orthographe ait été modifiée.

Souvent un changement de prononciation a lieu sans qu*ou en puisse assigner la cause -, mais ici l'histoire nous la fait connaître.

En 1533, Catherine de Médicis, fille du duc d'Urbin, épousa le roi Henri II , alors duc d'Orléans. Cette aUiance attira en France beauco^) d'Italiens. En 1600, Henri IV épousa Marie de Médicis, fille du grand-duc de Toscane ; ce fiât alors que la plupart des beaux esprits d'Italie passèrent en France. La cour était tout itaiienaô : cependant on y parlait toujours le français ; mais comme la voyelle double oi n'existe pas dans la langue du Tasse , les Italiens trouvèrent de la difficulté à la prononcer, et lui donnèrent le son ê : bientôt cette corruption passa de la cour à la ville ; et uuô chose digne de remarque, c'est que Molière, qui nous donne tant d'^t^Mr pies de vieux langage, n'a pas employé une seule fois la rime eut ^ dans son Tartufe y représenté en 1064» tandis qu'on y trouve imfir coup de vers comme ceux-ci :

D'autroB prendraient cela' d'antre façon pent^e, Aiais ma discrétioase veut faire paraître.

Ah ! }9 vous brave tous, et vous ferai connoître Qu'il faut qu'on m*obéisse, et que je suis le maître.

Dès 166S, un certain de Lesclache voulut introduire U ciiasg»* naent de l'oi ea m, et en 1675, un sieur Bérain, avocat au pariA*^ ment de Rouen, fit la même tentative ; mais c'étaient des autoirs trop obscurs pour faire adopter leur opinion, d'autant plus qu'il y avait encore beaucoup de partisans de l'ancienne prononciation ; aussi s'est-elle soutenue Jusqu'au milieu du dix-septième siècle.

Racine donna ses Plaideurs en 1668, et l'on y trouve loa vas suivants :

Tenez, voilà le cas q«'c« foîl de votre esp3«tt,

— Comment! c'est un exploit que ma fille lisoit? * Âh ! tu seras un jour l'honneur de ta famille.

Tu 4ôtodra8 ton bien. Viens, mon sang, viens, ma fiUe.

Va, je t'achèterai U Praticien /ranpois,

Mais, diantre, fl ne faut pas déchirer les exploits.

0B8SKYATI0RS ooKn^WBrmiiuss. 333

On voit, par la rime, que lisoet et françoi's se prononçaient oa. On pourrait objecter que Racin©û'a mis cette prononciation surannée dans la bouche de son plaideur que pour la tourner en ridicule; s'il en était ainsi, cela prouverait toujours que cette pronondation était encore suivie, car on ne se moque pas de ce qui n'existe point ; mais il est facile de démontrer que ce n'était pas là son intention, puisque dans Mithridate qui parut cinq ans après, en 1673, on lit :

Mais dans mon désespoir je cherche à les accroître : Madame, par pitié, faites-le*moi carmoftre,

lia colère revient et je me reconnois : Immolons en partant trois ingrats à la fois.

Cependant la pronciation é avait déjà un grand crédit^ car, dans la même pièce, on trouve les vers suivants :

Détruisons ses honneurs et faisons disparoitre La honte de cent rois, et la mienne peut-être.

. Et pour connaître un traître.

Il n'est point de moyens... Mais je la vois parottre! *

En 1674, Boileau écrivait, dans le premier chant de VArt poéimgm:

Durant les premiers ans du Parnasse françois, Le caprice tout seul faisait toutes les lois.

et dans le deuxième chant :

On dit, à ce propos, qu'un jour, ce dieu bizarre» Voulant pousser à bout tous les rimeurs françois, Inventa du Sonnet le» rigoureuses lots.

Ainsi , Ton prononçât encore françoes en non fi'ançoîs. Enfin, dans une dissertation faite à ce sujet, en 1743, Dumarsais dit que, dans la prononciation soutenue, il ne faut pas donner à la syllabe oi le son d'un ê ouvert, et qu'on doit prononcer français^ connaître^ et non français^ connaître. Racine fils nous en fournit la preuve dans son poëme de la ReUgio» :

A de moindres objets tu peux le reconnaître s Contemple seulement l'arbre que je fais croître.

Car il lui eut été Êacile de substituer naitre à croître^ si le son oi a:vait choqué dans connoître. C'est là la dernière trac^ d'une prononciation tout à fait proscrite aujourd'hui.

Il est donc incontestable que oi n'est plus propre aujourd'hui à représenter la prononciation de certaines syllabes ; on ne peut donc raisonnablement se refuser à suivre l'orthographe que Voltaire a établie dès le commencement du dix-huitième siècle.

Aider.

Ce verbe est tantôt transitif et tantôt intransitif; on dit Aider A nne personne et aider une personne.

Aider à une personne^ c'est la soulager, en partageant personnellement sa peine, son travail , comme dans ces phrases :

Aidez à cet homme qui plie sous la charge quHl porte. (Académie.) // LUI aAiBÉ à porter ce fardeau, (Féraud.)

Télémaque, voyant Mentor qui lui tendait la main; pour lui aider à nager, ne songea plus qu'à sortir de Vile fatale. (Fénelon.) J'aidai au Rhodien confus à se relever, (Le même.)

Dans nos études, quand mon thème était fini, je lui aidais à faire le sien:

(J.-J. Rousseau.)

n parut sensible à l'attention que j'eus de lui aider à sortir du bateau.

(Le môme.) DoiS'je demeurer auprès de mon fils pour avoir soin de ses affaires, et lui aidbi à gouverner ses Etats? (M** Dacier.)

Au figuré, on emploie la même construction :

La nature fait naître dans tous les pays des esprits et des courages élevés, mm il faut LUI aider à les former, (Bossuet.)

Aider une personne^ c'est lui prêter secours sans partager personnellement sa peine ou son travail. Celui qui prête de l'argent à une personne pour payer une partie de ses dettes aide cette per» sonne à payer ses dettes ,

Ils se sont appauvris pour aider les pauvres. (Bossaet.)

Plusieurs ont raconté dans nos forêts lointaines

Qu'ici le riche aidait le pauvre dans ses peines. (A. Giraud.)

On dit aussi : // l'a aidé de son argent à bâtir cette maison^ et non pas il lui a aidé ; On doit s'aider les uns les autres^lei non pas les uns aux autres, comme Ta dit Bossuet.

Nous nous aidums l'un Vautre à porter nos malheurs. ( Racine.)

Dieu AIDE AUX fous et aux enfants est une phrase consacrée, qui ne doit pas tirer à conséquence pour d'autres.

Avec les noms de choses, aider à exprime le concours :

Il faut que votre mémoire atoe un peu À la mienne, (Fénelon.) Le repos de l'esprit aide à la guérison du corps, (Académie.) La vertu aide au talent, (Raynouard.)

Aieux, ancêtres, pères.

La seule différence qui existe entre ces mots consiste dans une gradation d'ancienneté, sans idée accessoire de descendance. Nos fères sont ceux qui nous précèdent immédiatement; nos aïeux ^ ceux qui précédaient immédiatement nos pères, et nos ancêtres^ ceux qui ont précédé plus ou moins anciennement nos aïeux. A regard de nos pères, nous sommes des héritiers, conune eux-mêmes Tétaient à l'égard de nos aïeux; mais les uns et les autres pouvaient être déjà très-éloignés de nos ancêtres^ à l'égard desquels nous sommes la postérité.

Ce long amas d'aïeux que vous diffamez tous

Sont autant de témoins qui parlent contre vous. (Boileau.)

La distinction la moins opposée à Venvie est celle qui vient â^une longue suite <f ANCÊTRES. (Fénelon.)

Dans la Chine, les familles s*assemhlent en particulier, à certains jours, pour honorer leurs ancêtres. (Voltaire.)

Nous avons beau vanter nos grandeurs passagères,

n faut mêler sa cendre aux cendres de ses pères.

Et c'est le même Dieu qui nous jugera tous. (J.-B. Rousseau.)

Mais ces expressions sont de vrais synonymes, lorsque, sans avoir égard à sa propre famille, on les applique en général et indistinctement aux personnes de la nation qui ont précédé le temps où nousvivons.

Air (Avoir V).

L'adjectif qui suit avoir Vair peut s'accorder avec air ou avec le sujet de la proposition.

Si la qualité peut être attribuée au mot aer, c'est avec lui que l'adjectif s'accorde :

La tuile a Vair plus gai que le chaume. (J.-J. Rousseau.) Cette femme a Vair. arrogant et hautain. (Académie.) Tai toujours vu que, pour réussir dans le monde, il fallait avoir l'air fou et être sage. (Montesquieu.)

Mais si l'adjectif exprime une qualité qui ne peut convenir au mot air^ il s'accorde avec le sujet :

Cette SOUPE a Vair bonne. Ces fruits ont Vair mûrs. (Académie.)

Bonjour, Madame;

Vous avez l'air souffrante; auriez-vous mal dormi? (V. Hugo.)

Dans le premier cas, c'est l'extérieur seul qu'on a en vue ; dans le second, c'est Fétat intérieur ou moral qu'on envisage et qu'on juge d'après certaines apparences.

336 GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET ftiSTCmtQlTE.

AUer.

Ce verbe suivi d'un participe prés^t forme avec lui une exjM'essioû verbale, et ajoute une idée de continuité à Tidée d'action exprimée par le participe :

A quoy, glouton oyseau, du rentre renaissant

Du fils du bon Japet te vas-tu repaissant? (Regmer.)

A mesure que la liberté augmente , le cercle des attributions des triburuiux m toujours EN s'ÉLARGissANT. (A. de Tocquevillc.)

Aller, venir.

Aller se dit du lieu où Ton est à celui où Ton n'est pas, et venir^ au contraire, du lieu où Ton n'est pas à celui où Ton est. Un honune qui est à Paris, dira qu'un courrier est allé à Rome en dix jours ^ et quHl EST VENU de Rome à Paris dans le même temps. Pour venir il y a deux observations à faire : la première, c'est qu'il se dit aussi du lieu où Ton est, lorsqu'on est près de le quitter; ainsi Ton dit : Je pars demain pour V Anjou ^ voulez-vous venir avec moi^ et non pas, Voulez-vous aller avec moi? l'autre observation est que vemr se dit encore du lieu où l'on est à celui où l'on n'est pas, quand on parle de celui où Ton demeure ; ainsi l'on dit à quelqu'un que l'on rencontre : Voulez-^ous venir demain dîner chez moi. La raison de cette façon de parler, c'est qu'on suppose que la personne à laquelle on s'adresse partira du lieu où elle sera alors pour se rendre dans un autre lieu.

Amatrice.

Ce mot, employé comme substantif féminin, était d'un fréquent usage au seizième siècle; il s'était régulièrement formé du latin amatrix :

Parce quHls ne pouvaient se persuader que la nature en telles choses fust dedms le Cêrps kumoény comme dedans une ville avatrice et inventrice de nouvelïeté.

(Amyot.)

Elles sont si molles, c'est-à^ire, amatrices d*elles-mesmtSt et tant sotœkmes de se dèlicater et se plaire seules en elles-mesmes* (Brantôme,)

J.-J. Rousseau s'en est servi dans son Emile et dans ses Lettres sur la botanique :

Cette otfiUle est pleine d^amateun et surto%a «fiWA»«iCBS, qui font leurs ouvrages comme M. Guillaume inventait ses couleurs»

Mais une fausse délicatesse l'a fait r€^t^ ; et l'Âci»lémie ne tei « pardonné place dans son Dictionnaire

OBSERVATIONS GOMPLÉMEm'ÀlIlES. 337

Amnistie, armistice.

Ces deux mots ne doivent être confondus ni quant au sens ni quant au genre. ^

Amnistie est un substantif féminin qui se dit du pardon qu'un souverain accorde, principalement pour crime de rébellion.

Armistice est un substantif masculin qui exprime une suspension d'armes momentanée.

Dans rédition de 1762, l'Académie avait indiqué le mot armis^ tice comme féminin; quelques écrivains l'avaient employé ainsi; et Yoltaire, dans son Histoire de l'empire de Russie^ avait dit :

Le comte de Steinbach demanda une armistice, jugeant que Stanislas allait ab^ 4iqtier.

Mais r Académie, dans sa dernière édition, a mis ce mot au nombre des substantifs masculins, et avec d'autant plus de raison qu'il est dérivé du mot armistitium qui est neutre, et que les neutres latins sont ordinairement masculins en français.

An, année.

An marque d'une manière abstraite la durée d'une la terre autour du soleil ; année marque la même duré aux événements qui l'ont remplie. En général le mot pour les dates : L'an mil huit cent cinquante-six; anm gner les temps que l'on veut qualifier : Quelle année j ANNÉE heureuse ! Anciennement cette distinction n'exis pourquoi, dans certaines phrases faites, on emploie encore an pour un temps qualifié : Bon an, m>al an; et année pour marquer les dates : Z'année sixième de notre ère.

Si donc Ton veut seulement indiquer la durée qu'a eiie la guerre, on dit vingt ans de guerre; mais, si l'on voulait faire sentir les effets produits par la durée de la guerre, on dirait vingt années de guerre.

Voltaire a dit, dans son Siècle de Louis XIV :

Pendant neuf cents années, notre génie a presque toujours 'été rétréci smit un gouvernement gothique;

et il a dû se servir du moi année ^ parce que, dans cette phrase, il s'agit d'une durée qui a produit un effet, qui a rétréci le génie de la nation.

Ce n'est que par une licence poétique que la Fontaine a pu dire :

Je suis Sourd, les ans en sont la cause.

GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIOtJE.

Les ans ne sont la cause de rien, ils ne présentent qu'une durée simple, sans effet.

Angora.

Angora s'emploie comme nom masculin pour désigner des lapins, des chèvres, des chats, des boucs, qui difli^rent des nôtres par leur poil long, épais et soyeux; on leur a donné le nom d'angoruy parce qu'ils sont originaires d'une ancienne ville de l'Asie Min«ire, dans la Natolie, appelée Angora. Ainsi on dit : un diat, une chèvre A' Angora^ ou tout simplement un angora.

C'est improprement que quelques-uns disent angola.

Animant (Cris des).

Voici les verbes qui expriment les principaux cris des animaux :

L'abeille bourdonne.

L'aigle, l'agami trompette.

L'alouette grisolle, tirelire.

L'ftne brait.

L'âne sauvage brame.

La belette belotte.

Le bélier blattère.

Le bœuf beuale, mugit.

Le bourdon bourdonne.

Le bouc mouette.

La brebis bêle.

Le buffle souMe, beugle.

Le butor boujfe.

La caille carcaille, margotte.

Le c&n&rd nasille.

Le cerf brame.

Les chats miaulent.

La chauve-souris grince.

Le cheval hennit.

Le chien aboie.

Les petits chiens glapissent^ jappent.

La chouette hue.

La cigale craauette, frissonne.

La cigogne claquettes craquette.

Le cochon grogne.

La colombe gémit.

Le coq coqueline.

lu» corbeau croasse*

Le crapaud coasse.

Le crocodile i«mcnfe.

Lp ODurlis siffle.

Le dindon glougloute, glouglotte.

li'éléphant barète, baronne.

L'épervier glapit, piaille.

L'^toumeau pisote.

Le faon râle.

La fauvette fredonne»

Le geai cajole.

Le grenouille eoasse.

Le grillon grésillone.

La grive gringotte.

La grue graque^ gruine.

Le guêpier gazouille.

Le hanneton bourdonne.

Le hibou hue.

L'hirondelle gazouille.

La huppe pwpw/e.

Le jars jargonne.

Le lapin glapit.

Le léopard miaule.

La linotte gazouille.

Le lion rugit.

Le loriot siffle.

Le loup hurle.

Le mangous coasse.

Le merle siffle.

La mésange titinne.

Le milan huit.

Le moineau pépie.

La mouche bourdonne.

Le mouton bêle.

L'oie sifïïe-, gratite. L'once frémit.

L'orfraie hurle.

L'ours grommelle.

Le paon braille, criaUle.

La perdrix cacabe.

Le perroquet cause.

La pie jacasse, jasarde.

Le pigeon roucoule.

Le pinson frigotte.

La poule glousse. - Les petits poulets pi(iulent.

Le ramier gémit.

. Le;rat ràvi4.

Le renard glapit.

^■Sn^f OBSERVATIONS COMPLÉMENTAIRES. 339

/^ ûe pt^ roitelet aa%ouille. Le taureau mugit.

rossignol grinaotte. Le tigre rauqm, rognonne.

sanglier nasille, grommelle. La tourterelle gémtt,

serpent siffle, La truie grogne,

souris chicotte. La vache mugiU

uïîn p(x:> Animaux (Parties du corps des).

\ doml^' Voici les termes particuliers qui expriment les parties du corps "ie vikécJ^ principaux animaux :

*-ffl!- / d'un lion.

d'un <^val.

- d'un mouton.

■^^^^f' , ... ; d'un cerf.

La ^«^« \ d'un oiseau, d'un poisson, d'une mouche, d'un serpent.

„r >m- / d'un cheval.

^ ^^''' l d'un chameau.

l^ bouche l^Z^Xu ''■^'^ I d'un bœuf.

^'^^^ d'un éléphant

'"'f^ Et selon TAcadémie :

,. / d'un saumon.

'"^^ La bouche \ d'une carpe.

( d'une grenouille.

d'un crocodile, d'un brochet, d'une carpe, d'une truite, d'un serpent.

La gueule { d'un lézard, d'un lion, d'un tigre, d'un chien, d'un loup, d'un chat.

Le groin d'un cochon.

r d'un chien.

T «*«««-«-. ) d'un renard.

^»»'«*^'* d'une belette.

^ d'une grenouille.

d'un cerf.

d'un taureau.

T û -v..,*^ ; d'un bœuf.

I^'^'^/^M d'un lion.

d'un tigre.

d'un léopard.

d'un sanglier, t « i.-,..^ ^ d'un brochet.

L&hurel d'un saumon.

d'un ttJiip.'

Les défenses ou broches d'un sanglier.

Les arêtes des poissons.

Les os \ ^!^°® ^^^t""^' *^ ( d'une sèche.

d'un cheval, d'un bœuf.

. d'un veau, d'un cerf.

Le pied ^ d'un chameau, d'un éléphant, d'un mouton, d'un cochon, d'une chèvre.

Il se dit généralement de tous les animaux chez lesquels cette partie est de corne.

Buffon a dit aussi :

/ d'un écureuil.

Le pied \ d'une grenouille.

' d'un crapaud.

On dit selon rAcadémie :

d'un chien, d'un chat, d'un lièvre, d'un lapin.

Lapa^^e { d'un loup, d'un lion, â'un ours, d'un singe, d'un rat.

On lit dans Buffon :

Lapa(/e |

d'une grenouille, d'un crapaud.

Anoblir, ennoblir.

Anoblir signifie Donner im titre et des droits de noblesse :

// n'y a que le roi qui puisse abobur. (Académie.) On a beau anoblir un homme vil, il reste toujours vil. (Laveaux.) UAmérique n'a pu anoblir certaines familles en les déclarant sénatoriales, ei laisser les autres dans V obscurité plébéienne. (Chamfort.)

Il veut vers la grandeur élever son essor,

Et d'un titre prétend anoblir sa roture. (Vigée.)

Ennoblir signifie Donner de Téclat, du lustre , de Télévation, et se dit des personnes et des choses :

La levée d^un siège, une retraite, Vont plus bnhobu que ses triomphes.

(La Bruyère.) Les sciences et les beaux^arts ennoblissent une langue, (Académie.)

L'esprit élève et ennoblit le cœur. (Massillon.)

// faut chercher des tours qui ennoblissent les idées. (Vc^taire.)

Un mot ne change pas ordinairement de forme en changeant d'acception, et la différence de sens n'influe pas sur l'orthographe; ainsi, Ton a d'abord écrit ennoblir dans les deux cas, et ce n'est que beaucoup plus tard que la difiFérence d'orthographe s'est établie, par suite du besoin de marquer plus nettement la distinction entre ces deux mots.

Août.

Le président de Bellièvre disait qu'il croyait entendre des chats miauler toutes les fois que les procureurs disaient à l'audience la mi^ CHyCbt. Il était impossible d'attacher plus de ridicule à cette étrange prononciation, et cependant on ne s'en est pas encore corrigé.

En vam Boileau l'a rectifiée en faisant d'une seule syllabe août dans ces vers :

Je consens de bon cœur, pour punir ma folie,

Que tous les vins, pour moi, deyiennent vins de Brie,

Qu'à Paris le gibier manque tous les hivers.

Et qu'à peine au mois d'aoi^^ Ton mange des pois verts.

on s'obstine toujours à dire a-oût. Cette erreur^ contre laquelle les meilleures raisons semblent échouer, tient à ce que ce mot présente à l'œil un a, qui cependant doit être nul dans la prononciation, conune il l'est dans celle des mots taon^ Saône.

Wailly voulait que l'on écrivît oût^ au lieu d'août, ainsi quft la Fontaine l'a fait dans sa fable de la Cigale et la Fourmi :

Je vous pairai, lui dit-elle, Avant Voûtf foi d'animal.

Intérêt et principaL

et dans celle de le Laboureur et ses Enfants :

Remuez votre champ dès qu'on aura fait Voût,

Mais Tusage n'a pas sanctionné cette suppression.

Aphorisme, axiome.

V aphorisme est une définition synthétique; V axiome est une première vérité, un principe. Vaphorism^ est la fonnule trouvée par le savant pour constituer un enseignement doctrinal ; Vaœiome engendre lui-même la science, laquelle n'est que le développemeiA des vérités qu'il renferme. Aphorisme exprime quelque chose de concret; aahome^ quelque chose d'abstrait; on dit un aphorisme de jurispradence, les aphorism^s d'Hippocrate; un axiome de géométrie, de philosophie, etc. (V. Proverbes,)

342 GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTCmiQUE.

Appas, attraits, charmes.

Appas^ en exprimant, coomie les deux autres, un ^nre d'agrément, marque quelque chose de positif ; attraits^ quelque diose dé moral; charmes^ quelque chose de merv^eux. On goûte les <ipp9s^ on cède «ix attraits^ on e&t subjugué par les charmes. Les appas tiennent essentiellement aux formes ; les attraits résuKttit d'au e»semble d'agréments qui n'a rien de bien visible; les charmes^ de la nature même de Fobjet. On dit : les appas de la volupté, des richesses ; les attraits du plaisir et de la vertu; les charmes du pouvoir et de la grandeur.

Applaudir.

Avec un complément direct, ce verbe signifie Battre des mains en signe d'approbation, et par extension Approuver hautement :

On A APPLAUDI à l'ij/^eur. On a beaucoup appi<a(j»i son moHe*

Le public dédaigneux hafit un vain artifice;

n siffle la coquette, il appf ««^M'actrice. (Dorât.)

Je vous applaudis heawxmp de vous être conduit ainsi. (Académie.) Tout le monde Mouiut voir Franklin et applaudir Vauteur de imU d$ ^fhefh d'tmvre. (Mignet)

Tout le peuple à grands cris applaudit son courage. (G. Delangoi^)

Avec im complément indirect, il a le sens de F^citer , apppcniyer :

Tout le monde lui applaudissait. Chacun applaudissait à son sentiment.

^^cadémie.)

Quand un Homme est dans la faveur, tout le monde lui applaudit. (La même.)

J'offenserais mal à propos tout Paris,, si jeV accusais d'avoir j)uAPPi»AODi& A 4^n« sottise. (Molière.) «

' Quel fléau pour les grands que ces %ommes nés pour applaudir X leurs passions.

(MaafiiHoB,^

Son nom était dans toutes les bouches ; chacun applaudissait à sa naissante amr bition. (Mérimée.)

Apprenti.

Ce mot a eu trois formes au féminin : apprentive^ apprentie et g^pprenti^e.

La première était régulièrement formée du masculin appresUif^ aBjOurd'hui inusité, et Boileau avait écrit d'abord :

De Hvres et d'écrits, l)ourgeois Admirateur, Vaifirje épouser ici quelque apprentive auteur ?

OBaBBYATIOKS QOmtâaSENnklBK* S4S

Mais quand l'usage d'ëorire apprenti au masculin s'est étd^li, il en est résulté un changement pour le féminin, qui est devenu opprentie^ par suite de la règle générale de la formationdu féminin ; alors Boileau a changé son second vers en donnant à son féminin' la désinence nouvelle :

Vais-je épouser ici quelque apprentie auteur?

Quant à apprentisse^ que quelques grammairiens ont défendu, il a été abandonné à la province.

Après.

Après, formé des deux mots a eiprès^ estessentiellcRient unepr^ position ; il ne devrait jamais s'aiiployer sans complément ; toutefois l'usage a établi qu'on peut l'employer seul, par ellipse ou terme complémentaire :

Traverse* ce salon, vous trouvère* Vantichambre, et après Vesealier.

C'est-à-drre, après l'antichambre vous trouverez l'escalier.

Les uns attendent les emplois, les autres courent après. (Académie.}

C'est-à-dire, après les emplois.

Les exemples suivants présentent la même construction eftp-

tique :

Eh ! mon ami, tire-moi du danger ; Tu feras après ta haraagve. (La Fontaine.)

D'abord, sois citoyen ; tu seras fils après. (C. Delavigne.) Ohi dêUinrer me mère! la vengets ^ consoler! Qud bonheur! je penseHti à l'amour après! (V. Hugo.)

(Ainsi donc, aujourd'hmi, demain, après encore,

u faudra voir, sans toi, naître et mourir Taurore;

Sans UÂ, sans ton sourire et tbn regard ji^eux ! ( Le mâdae.)

Mais cette phrase de Beaumarchais nous pardt incorrecte :

Chaeim de nous estee qu'il naquit, et devient après ee qv^il peut;

iittendu qu*on ne voit pas quel terme peut être ellipse ; l'auteur flévait dire : Et devient ensuite ce qu'il peut.

Apurer, épurer.

Apurer Signifié Faire Texamen, l'apuranedt d*un cotopte; é*est * terme de lînances :

Le compte de cette administration a été rendu, et on travaille à rAPnunu

Za GRAMMAIRE 6râ^9ÉRALE ET HISTORIQUE.

Ce comptable aura bien de la peine à faire apurer ses. canotes* (La paôn».)^

Épurer ^[gniûe Rendre plus pur :

L'or s'épure dans le creuset, (Académie.)

// fifut beaucoup d'années pour épurer la langue et former le goût, (Voltaire. >

On étouffe de grandes passions , rarement on /es épure. (J.-J. Rousseau.)

Aquatile, aquatique.

Ces mots appliqués aux plantes indiquent deux états très-différents ; une plante aquatile est celle qui naît, se développe au-dessous de l'eau, et ne se montre qu'accidentellement à la surface; une fhinie aquatique est cdle qui peut vivre dans Teau ou sous Teau, mais qui, hors de Teau, peut néanmoins se développer et vivre.

Arrhes, denier à Dieu.

Ces deux mots ne signifient pas tout à fait la même chose. Arrhes se dit de l'argent qu'une personne donne au vendeur pour assurance de Texécution d'un marché, et qu'elle perd si le marché n'a pas lieu par sa faute.

Le demer à Dieu ne s'impute pas sur le prix, et c'est en cela qu'il diffère des arrhes. .

Artisan, ouvrier.

Dans l'ordre des travailleurs auxquels ces deux mots s'appliquent^ ouvrier est le genre, artisan est l'espèce. Ouvrier oonvient à tous ceux qui se livrent à des travaux manuels ; artisan ne se dit proprement, que de ceux qui exercent des arts, mécaniques, et, par extension, de tous les gens de métier. Un moissonneur, un forgeron, un charretier, un tisserand, sont des ouvriers au même titre, puisqu'ils sont gens de travail; on n'appellera proprement artisans que le tisserand et le forgeron, parce qu'ils exercent un métier, un art qui exige certain apprentissage.

Assez, suffisamment.

On dit assez., pour Ce qui suffit à un désir \ suffisamment^ pour Ce qui suffit à un besoin : Ten ai assez, si je ne veux rien de plus \fen ai SUFFISAMMENT, si j'ai tout ce que je peux employer. -

La/Mme^vkn^a jamais assez; le prodigue n'en a jamais suffisamment.

obsertàtions complébiem'âikes. 345

AsseZy qui exprime par lui-môme une quantité plus grande que suffisamment^ est tout voisin du superflu, et le suppose même quelquefois à un certain degré ; suffisamment^ au contraire, reste si près delà juste mesure, qu'il semble appeler une addition, quelque chose de complémentaire.

Assurer.

Assurer y dans le sens de Donner pour sûr, certifier, affirmer^ veut un complément indirect de personne :

Il LBiFR ASSURA qu^ la chose était vraie, (Académie.)

Il assure à tous ses amis que le succès de cette entreprise dépend des démarches que vous fere%, (Domergue.)

Tu peux LUI assurer que s'il m'accorde Marianne, il me verra toujours le plus soumis de tous les hommes. (Molière.)

Dans le sens de Engager à croire conune véritable, rendre certain, il veut un complément direct de personne :

AssuRBz-<LE de mon dévouement. Cela est-il vrai? Oui, je vous en assure.

(Académie.) Son beau-père Rassura de la protection de ce prince. (Bossaet.)

Celui qui assure le plus un bienfaiteur de sa reconnaissance, n'est pas toujours kplus reconnaissant, (Domergue.)

Qui de nous des clartés de la voûte azurée Doit jouir le dernier? Est-il aucun moment Qui nous puisse assurer d'un second seulement. (La Fontaine. )

Attache, attachement.

V attache est proprement un lien; V attachement est une liaison. La nécessité, l'habitude, forment les attaches; le devoir, TafFection, forment les attachements. Quand tous les deux s'emploient pour désigner une liaison amoureuse, attache dit quelque chose de plus tendre. On est esclave de la femme pour laquelle on a de Vat^ tache; on est seulement dévoué à celle pour qui on a de Yatta-^ ehement.

Atteindre.

Ce verbe veut la préposition à lorsque le sens éveille une idée d'obstacle, d'impossibilité :

Vous ne pourrez pas, sans une échelle, atteindre au dernier rayon de cette bihUothèque. (Académie.)

346 GR.IM1MAIIIE GÉI(âULE ET HISTOMiPJE.

Il veut encore la préposition à dans le sens de Parvenir :

Un mortel ne peut atteindre à la divinité,

n vaut mieux exceller dans le médiocre que dé s'égarer en voulant atteiudre A» {jrand et au sublime, ( La Bruyère.)

Il y a bien des gens qui voient le vrai et qui ne peuvent t attbinbiiv. (PàftCaL)

La perfectibilité individuelle est Vinstrument donné à Vhomme pour atteiudrb AUX dernières limites de son développement intellectuel et moral. (Portails.)

Dans toutes les autres acceptions, il s'emploie sans préposition, en parlant, soit des personnes, soit des choses :

Le pays qui rendra tous les autres tributaires est celui qui proclamera la liberté commerciale ; la France peut attbinori ce but bien mieux que l'Angleterre,

( H. de Balzac]

Le devoir est la loi de vie, la loi selon laquelle la Créature intelli$jtMe u cot^ serve, se développe, atteint sa fin, (Lamennais.}

Son père atteignit l'âge de quatre-vingt-^ix ans, (Arago.)

Attention f Faute d'J,

Cette expression s'emploie toujours comme locution adverbiale, et signifie Par défaut ou par manque d'attention :

Faute d'attention^ U*a fait un mtdr»^m^

Si le moi fautes tsl déttermiiïé et figure dans là proposîtioïitîùihTiriie synonyme d'erreur, il ne peut logiquement avoir pour complémeht attention, mais inattention; car on ne peut admettre des Fautes résultant ôeï attention^ mais biean dumanqned'attetitioa^u de l'anal iention :

Les esprits légers font souvent des FAints D*iNATTal^N.

Ainsi Ton doit dire une faute dHnattention, comme on dit une err&ur d'inattention :

Il est moralement impossible qû'ïï ne se soit pas glissé une erreur b^iNATTENiidl dans cet ouvrage. (Voltaire.)

En voici bien d'une autre ou d'un autre, ces deux locutions sont également admises par l'Académie ; mais la première a pour elle un plus grand nombre d'autorités, et les mots qu'on supplée le plus facilement sont a/faire , aventure^ tous les deux féminins aujoucd'biii:

Bon, dit Climëne, en voici bien d'une dntfe.

Ma chère sœur, quelle idée est la vôtre t (Voltaire.)

On peut très-bien s'expliquer l'emploi du masettlio dass tsaUi

OBSERVATIONS OOMPLÉMENTAIMS. 347

phrase par le genre primitivement attrU»ié à affaire; ce mot, en effet, comme toutes les expres»ons substantives formées d'un infinitif, était masculin.

Avant-hier.

EUT est de deux syllabes :

Mirer t dit-on, de vous on parla chez le roi. ( Boileau.)

Mais hi'er il m'aborde, et me tendant la main :

Ah I Monsieur, me dit-il, je vous attends demain. (le m^mè.)

Mains dans son composé avanUhier^ il n'est que d'une syllabe :

Le bruit court ({M^avant-hiigt on ^mtti «ateàssin a. ( Boileau. )

Madame eut avant-hier la fièvre jusqu'au soir. (Molière.)

. . . Avant-hier il vint, et je fus transportée De son séduisant entretien ; Hirer il m'a beaucoup flattée, A présent il ne me dit rien. (Voltaire.)

Aveugle (A l\ en).

A Vavengle^ indique un défaut de lumière, un acte fait à l'étomv die, follement, au hasard ; en avettgle^ indique un défaut de circonspection, un acte fait imprudemment et d'une façon irréfléchie; ainsi Ton agit à l'aveugle^ par légèreté, et Ton agit en aveugi^ jpar fougue et par passion :

La plupart des jeunes gens qui entrent êmut leWonâeekoUtUm^ Umè vmk\ l'aveugle. (Beauzée.)

Quand on a trouvé moyen de prendre la multitude ptr ikippât de la liberté, tUe suit EN AVEUGLE. (Bossuot.)

Puisque après tant d'efforts ma résistance est vaine,

te me livre en aveugte au transport qui m'entrtilite. { Racine.)

» Q&élle ardeur inquiète

Parmi vos ennemis en a»eugie vous jette t ( Le môme. )

L'Académie n'établit aucune distinction entre ces deux exprès-

Avoisiner.

Quoique vieux, ce verbe est encore fréquenmient usité sous la forme transitive ;

Les provinces qui AvoisiNEifT la France, (Atiadëmie.)

Dans les États qui avoiswint U plus l$$ IrofnfUéH, M n'y a pas un bUfC qui (ro* mUe. (A. de TocqidsTitte.}

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