‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 122 sur 139 · GRAMMAIRE OÉKÉRÀLE ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE OÉKÉRÀLE ET HISTORIQUE

» Ce vice du langage moderne paratt né de Téquivoque des » formes vous^ moi y me y qui servent aussi pour à vous^ à moi. »

L'Académie regarde cette construction comme un archa&me, et veut qu'on dise aujourd'hui : Eclairez monsieur; Eclairer uneper^ sonne qui descend l'escalier.

Edredon.

On désigne sous ce nom le duvet d'une espèce de canard des mers glaciales appelé eider; ainsi, d'eider-dony ou duvet d'eidery nous avons fait édredon :

L'innocence dort et repose sur la dure, le crime veille et s*agite sur le mol édredon; (Gaillard.)

Par ignorance de la véritable étymologie, on a dit autrefois, et quelques personnes disent encore, aigledon.

Égaler, égaliser.

Égaler s'emploie en parlant des personnes et des choses :

ÉGALER les parts. La mort égale tous les hommes* Égaler quelqt^un en beauté. Rien n'éGALE sa beauté. (Académie.)

Rome, qui mit le prix & toutes les vertus, N'6(7a/a-t-elle pas Camille à Romulus? (Piron.)

Égaliser ne se dit qu'en parlant des choses :

ËfiAi.iSER les lots d:tm partage. La mort égalisb toutes Us conditions.

(Académie.) La mort égalise les fortunes. (Montesquieu.)

Telle est l'opinion de l'Académie; disons cependant que l'emploi d'égaliser est fort rare en ce sens, et ce verbe n'est guère usité que dans l'acception de Rendre uni :

Egaliser un terrain; égaliser un chemin.

C'est môme en cette seule acception que Voltaire voulait qu'on l'employât, et il condamne Egaliser les fortuneSy comme un barbarisme.

Eminent, imminent.

Joints aux noms danger y péril, ridncy disgrâce y ces ajectife ont à peu près le même sens : seulement, éminent signifie grand, menaçant, et imminent y très-grand, inévitable; le second n'est en quelque sorte qu'un augmentatif du premier. Un danger émikent, dit TAcadémie, peut n'être pas imminent.

(MB^RVATION» COMPLÉMENTAllIES^ 385

^ Emonder, élaguer,

Émonder, c'est nettoyer; élaguer j c'est éclaircir : on émonde un arbre en le débarrassant de tout ce qui le dépare ; on V élague en retranchant les branches parasites ou inutiles :

L*arbre doit une nouvelle vie au tranchant qui Témondb. (Lamartine.) L'homme embellit la nature même, il la cultive, en élague le chardon et la ronce, y multiplie le raisin et la rose. (Buflfon.)

Ce n'est qu'accessoirement qu'émonder se dit pour élaguer^ dans le sens de Couper les branches ; mais alors Faction qu'il exprime est restreinte aux plus menues branches, au bois mort.

Emprunter,

Ce verbe prend avant un complément indirect de personne la préposition à ou la préposition de :

^BMPRDNTERAi ccttc sommc À wi dc mcs amis. (Académie.) J'ai emprunté de mon oncle dix mille francs, (La môme.) Le roiAchisis ne permettait aux Egyptiens d'emprunter qu'à condition d'engager le corps de leur père à celui dont on empruntait. (Bossuet.)

L'âme, pour soutenir sa céleste nature,

îi' emprunte pas des corps sa chaste nourriture. (Lamartine.)

Mais, pris figurément, il veut la préposition de avant un complément indirect de chose :

Les magistrats empruntent leur autorité du pouvoir qui les institue.

(Académie.) Votre raisonnement emprunte de la circonstance présente une nouvelle force.

(La môme.)

Devant tout à lui-même, il h^empruntait rien de l'appareil et du dehors.

(Massillon.)

La métaphore ou la comparaison emprunte d'une chose étrangère une image sensible et naturelle d'une vérité, (Marmontel.)

L'emploi de la préposition à dans les phrases suivantes ne doit pas cependant être condamné :

Les femmes ne donnent à Vamitié que ce qu'elles empruntent à l'amour.

(Chamfort.) La pocsïc EMPRUNTE À LA MUSIQUE Cette qualité indéfinissable de l'harmonie qu'on appeUe céleste, faute de pouvoir lui donner un autre nom, (Lamartine.)

386 GRAIOUIME GftRftRMLB Vt BWrOMfflE.

Encore.

Cet adverbe se construit ordinairement avec un présent ou un futur :

Elle VIT ENCORE. Il VIVRA ENCORE dou vmgt mu. (àxtMaàm.)

Oh ! malheureux Tautenr dont la plume élégante

Se montre encor du goût sage et fidèle amante. (Gilbert.)

Mais si le verbe est pris négativement et modifié par l'adverbe pte, on emploie mairdenant au lieu de emore :

Il ne m'entend plus m AniniiàiiT.

La construction suivante est donc vicieuse :

Le nord de cet empire était cotwert de villes et de nations qui ne sont plus ENCORE. (Montesquieu.)

Enfin, à la fin, finalement.

Des nuances fort diflSciles à marquer dans une définition, mais pourtant très-sensibles dans la pratique, séparent ces trois expressions. Enfin désigne particulièrement la conclusion ou la fin d'un récit qu'on abrège. Quand Boileau dit : Enfin Malherbe vint, il annonce implicitement qu'il se hâte de clore son exposé sommaire de l'histoire de la poésie par Tavénement de ce grand poète. A la fin n'a rien de particulier au discours et annonce généralement la dernière conclusion des choses considérées en ellesniiêmes, ou une situatioïi qui va en résulter :

... Je sens qu'à la fin ma douceur est à bout. (Racine.)

Finalement indique la dernière fin d'une chose qui n'a pu être consommée d'un seul coup. Le mariage dont on s'est occupé si longtemps est finalement convenu. Les clauses du contrat sont finalement arrêtées.

Ennemi, adversaire, afitagoniste.

V ennemi a pour mobile la haine; V adversaire^ l'intérêt; Vanta-goniste^ l'esprit de parti. Les ennemis cherchent à se détruire réciproquement dans leurs biens et dans leurs personnes ; les adversaires font valoir leurs prétentions avec plus ou moins d'acharnement; les antagonistes se disputent la prééminence dans des questions d'art, de science, de politique, etc. On est ennemi dans la* guerre, adversaire dans les procès, et antagoniste dans les écoles.

Ennuyant, ennuyeux.

Ennuyant se dit de ce qui contrarie dans le moment, de ce qui cause un ennui passager; ennuyeux^ de ce qui ennuie habituellement : ainsi, un homme ennuyant dan» un moment peut être amusant dans un autre; mais un homme ennuyeux est toujours ennuyant; d'où il suit qu'on doit dire d'un temps passagèrement mauvais : C'est un temps ennuyant; d'un mauvais temps qui se prolonge : Cest un temps ennuyeux, et d'un livre mal pensé et mal écrit : Cest un livre ennuyeux.

H n'tf a pas d^homme qui ait assei ^esprit pourn* être jamais ennutatit.

(Vauvenargues.) // n*y a pas de personnage plus ennuyeux qu'un sot qui veut faire le plaisant.

(La Rochefoucauld.) Va, le roi n'a pas la ton mémoire ennuyeux, (Voltaire.)

Enoncer, exprimer.

Ces deux verbes sont relatifs à la diction ; énoncer en désigne les caractères les plus généraux; exprimer^ les accidents les plus particuliers. Enoncer se rapporte surtout aux qualités communes et essentielles du discours, la clarté, la netteté, la propriété, etc.; exprimer implique des qualités particulières à la pei:gonne qui écrit ou qui parle, telles que l'énergie, la délicatesse, la vivacité, etc.

Enquérir, informer fS'J.

S'enquérir suppose quelque connaissance antérieure; s'informer suppose une ignorance complète de ce qui est en question. S'enquérir^ c'est questionner; s'informer^ c'est tout simplement demander. On s'informe du nom d'un voyageur qui arrive; on s'enquiert de son âge, de sa tournure, de sa profession, de ses parents, de sa fortune, de ses antécédents: On s'informe pour savoir; on s'enquiert pour connaître plus amplement :

Nul nes'ENQDiT de ce que fêtais devenu, (G. Sand.)

Elle s'informe des besoins de son voisinage avec la chaleur que Von met à son propre intérêt. ( J.-J. Rousseau.)

Enseigner, apprendre, instruire.

Enseigner signifie simplement Donner une leçon, abstraction faite de toute idée de résultat. Bien des gens font profession A'en-

seigner ce qu'ils ne savent pas ; apprendre signifie Communiquer une notion, une science par l'enseignement : on n'apprend aux autres que ce qu'on sait bien soi-même; instruire^ c'est fournir les matériaux , les éléments nécessaires pour faire comprendre et connaître une chose. — V. Etudier.

Ensuivre (S').

C'est un pléonasme de dire i Voyez quelles erreurs s'ensuivraient DE cette proposition. De la, il s'ensuit. // s'ensuit de la que. . . parce que s'ensuivre., formé de suivre et du pronom en., renfenrie en lui le complément indirect; on doit donc dire pour s'exprimer correctement : V(yyez les erreurs qui i^gouleraient , résulteraient , de cette proposition! Il suit de là que...

Parce quHl y a de fausses religions, s'ensôiï-il qu'il n*y en a pas une véritable?

(Bossuet.)

Si la pensée était esssentielle à Vhomme comme retendue à la matière, il s'em- SDivRAiT que Dieu n'apu priver cet aninal d'entendement, puisqu'il ne peut priver la matière d'étendue. {WoltaÎTe,)

Dans son Lexique de la langue de Molière^ Génin défend la construction que nous condamnons ; il voit dans ensuivre la traduction du latin insequi^ c'est-à-dire la préposition en et le verbe suivre, comme dans ensuivant, autrefois employé pour suivant, le jour ensuivant. Cela est matériellement vrai; mais en dans ensuivre a toujours été considéré comme l'équivalent de inde, et traité comme un véritable complément circonstanciel. Que les constructions // s'ensuit DE LA, il s'en est ENSUIVI, aient été autrefois usitées, nous ne le nions pas ; mais elles sont aujourd'hui regardées comme de véritables pléonasmes, et les meilleurs écrivains modernes construisent ce verbe comme l'ont fait Bossuet et Voltaire dans les deux exemples que nous avons cités plus haut.

Entendement, conception, intelligence.

V entendement est la faculté générale de comprendre : ce mot qui appartient à la langue métaphysique exprime sans idée accessoire le sens de percevoir. La conception est là faculté spéciale par laquelle nous saisissons plus ou moins nettement plusieurs choses où plusieurs détails d'une chose; Vintelligerwe^oui^ à l'entendement l'idée de pénétration, d'habileté, d'aptitude universelle ou particulière. V entendement est clair ou obscur ; la conception est vaste ou étroite ; Vintelligence est vive ou paresseuse.

Entier, complet.

Entier signifie Qui n'est pas entamé, et ^e dit de la chose qui forme un tout par sa nature même ; complet signifie Qui ne manque d'au- •cune de ses parties, et s'entend de la chose qui ne forme un tout que par convention. Le territoire d'une nation est entier si aucune province n'en a été séparée ; une armée est complète si elle est forte de toutes les troupes qui doivent la composer. On dit figurément qu'une question est encore entière^ tant qu'aucune partie n'en a été résolue ; et qu'une discussion est complète^ quand on a épuisé tout ce qu'il y .'vivait à dire sur le point en débat.

Entièrement, en entier.

Entièrement affecte le verbe ; en entier affecte le complément du verbe. Vous aurez entièrement satisfait votre créancier, quand vous lui aurez payé en entier la somme que vous lui devez.

Lorsque en mtier tombe sur le verbe, ce qui arrive assez souvent, il marque l'indivisibilité de Faction dans le temps, et entièrement exprime, au contraire, une succession d'actes aboutissant au même résultat final.

Entourer, environner.

Entourer^ c'est toucher la chose tout autour, ou, du moins, Tin»vestir de très-près et d'une manière continue , comme par une circonférence, une chaîne, etc.; environner^ c'est former autour de la •chose une ligne plus ou moins rapprochée, interrompue ou continue :

Les deux mers qui entourent ce vaste royaume, (Massillon.)

Tu vois de mes soldats tout ce temple entouré. ( Racine.]

Les ennemis environnent la place. (Académie.)

La maison du Seigneur, seule, un peu plus ornée,

Se présente, aïk dehors, de murs environnée, ( Boileau.)

Tous les deux s'emploient au figuré, en conservant ces nuances distinctives : Un jeune homme entouré de la protection de ses parents peut éviter de tomber dans les pièges dont il est environné.

Envier, porter envie.

Envier se dit le plus ordinairement des choses, et porter envie ^ des personnes et des choses personnifiées :

Je ne Venvîrai pas, ce beau titre d'honneur, (Corneille.)

La France ne voit plu$ rien Qu'e/Ze puisse envier aux meilleurs sièdes de l'an-tiquité. (Massillon.)

Mainte reine peut-être envira sa richesse. (V. Hugo.)

Le monde envie p/u« votre opulence qu'il ne l'honore. (Massillon.)

Il ne peut voir personne sans lui porter envie. (Académie.)

La distinction que nous établissons était, comme on le voit, déjà admise par les prosateurs au commencement du dix -septième siècle :

Moi qui ne vous envie pos votre esprit, votre science, ni votre réputationfje vous porte envie d'avoir été huit jours à Bahac, (Voiture.)

Quant aux poètes, ils ont presque toujours confondu ces deux expressions :

Là, franc d'ambition, je vois couler ma vie

Sans envier aucun, sans qu*on me porte envie.

Roi de tous mes désirs, content de mon parti. (Desportes.)

Manrique nous envie, et Lara nous jalouse. ( V. Hugo.)

Oiseaux fixés sur cette plage,

Nous portons envie à leur sort. ( Béranger.)

Tel méprise aujourd'hui ma misérable vie

Qui peut-être demain lui porterait envie. (Lebrun.)

On trouve cependant dans les meilleurs écrivains envier avec un complément direct de personne :

Cest l'homme du monde que j'envie davantage ; il a un caractère unique.

(Montesquieu.)

Je n'EN VIBRAI personne, et personne ne ^'enviera. (Voltaire.) // est certain que toutes les princesses de l'Europe m'envient d'avoir épousé le meilleur chevalier de la chrétienté. (V. Hugo.)

Epithète.

On désigne sous le nom à' epithète tout adjectif qui, sans rien ajouter à Tidée principale, lui donne plus de force, de noblesse, d'élégance, et en rend l'image plus vive :

Dans le réduit obscur d'une alcôve enfoncée

S'élève un lit de plume à gfrands /"rais amassée. (Boileau.)

Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce

Chatouillaient de mon cœur V orgueilleuse faiblesse. (Racine.)

Dans les vers de Boileau, obscur^ enfoncée ^ à grands frais amassée^ sont des épithètes ;

Dans ceux de Racine, orgueilleuse^ appliqué à une chose à laquelle cette qualification ne convient que par accident, est une epithète.

L'adjectif désigne au contraire les qualités propres à Tobjet auquel il s'applique; ainsi, quand nous disons que 7c miisl est doux y

qat la migt sst frmde, doux et fr^Ue^ qui exprinent des qualités essentielles, sont des adjectifs.

En littérature, V adjectif est un terme nécessaire, Vépithète un terme surabondant; V adjectif est grammatical et logique, Vépithète est oratoire et poétique.

É, es.

É^ es^ particule privative formée de la préposition lattne ex^ ne se trouve jamais en français, comme le dit Nicot, hors de composition^ comme en eshourgeonner^ esbarber^ estripper. « Et ores, ajotite-t-il, » n'est privative, ains augmentative de la signification du mot aucpiel » elle adhère en composition, comme espoindre^ eslancer et sem- » blables, qui signifient poindre et lancer avec effort. Tantôt es* » conmiencement du mot simple, et n'importe (n'y ajoute) rien, » comme en escaille^ esmail^ esmeraw^f^, etc., car elle n'est par com- » position en telles dictions, ains originairement. »

En français donc, e, es initial est ou particule séparative, conune dans émonder^ escompter^ élancer^ ou une simple lettre euph'onique placée en tête du primitif pour en rendre la prononciation plus douce : escabeau (scabellum), espace (spatium), esprit (spiritus), estomac (stomachus), etc.

Espérer.

Ce verbe, comme promettre^ accepter et tous ceux qui éveillent une idée d'avenir, ne doit ni ne peut avoir sous sa dépendance an verbe au présent ou slu passé; c'est au futur que doit figurer le verbe qu'il régit :

yespère

Que vous saur et venger Tamant avec le père. (Radne.)

Le verbe aller suivi d'un infinitifs est le seul qu'on emploie au présent, après espérer ^ parce qu'alors il exprime une idée d'avenir :

. . . y espère qu'enfin de ce temple odieux

Et la flamme et le fer vont délivrer mes yeux. (Racine.)

Ce n'est qu'en détournant les verbes compter ^ promettre^ s'attendre ^ de leur véritable acception, que plusieurs écrivains les ont fait suivre d'un présent et d'un passé. Comme espérer ^ ils expriment l'avenir et veulent au futur le verbe placé sous leur dépendance.

Les phrases suivantes sont donc vicieuses :

/espèri; que Pauline se porte bien puisque vous ne m'en parîe% pas.

(M-« de Sévigné.)

392 GRÂBfMAmE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.

. L'erreur des libertins et des hérétiques vient âe ce qt^iU ispiuffiiT que les vérités de la foi ne se peuvent connaître avec évidence. (Malebranche.)

Dans le premier exemple, le sens exigeait Je crois, je pense, et dans le second, s'imaginent ou supposent,

Etonnement, surprise.

Vétonnement frappe surtout les sens; la surprise frappe principalement Tesprit. Une idée généralement fâcheuse produit Vétonnement / il y a plutôt quelque chose de merveilleux dans ce qui cause la surprise. L'audace d'un sot nous frappe A' etonnement; l'arrivée d'un ami que nous n'attendions pas nous cause une douce surprise.

Etourdi, écervelé.

V étourdi est celui en qui la faculté de réfléchir est comme suspendue par une sensation confuse des objets qui Tentourent \ Vécervêlé est proprement celui qui n'a point de cervelle, par conséquent, qui est incapable de jugement. C'est ordinairement la vivacité du caractère qui fait V étourdi; c'est quelquefois la fougue des passions qui fait ïécervelé, Vétourdi fait des inconséquences ; Vécervelé fait des folies :

Le public est un étourdi souvent de mauvais ton, capricieux, crédule, variable.

(Viennet.) C'est un petit écervelé. (Molière.)

Etre, exister, subsister,

*Être est, de ces trois termes, le plus général et le plus compréhensif. 11 convient à tout ce qui est, de quelque manière que l'idée de l'être se présente à notre esprit; exister ne convient qu'aux substances qui sont réellement, abstraction faite du temps et des circonstances ; subsister, qui se dit également des substances , de leurs modifications et de leurs qualités, exprime particulièrement un rapport à leur passage dans le temps, ou à leur durée.

Etudier, apprendre.

Étudier, c'est simplement travailler à connaître les règles d'une science, d'un art, etc.; apprendre, c'est s'y appliquer avec fruit. Quand les deux mois sont joints, il y a entre eux le rapport qui existe entre 1er moyen et le but : Cki étudie pour apprendre. On §ait positivement ce qu'on a appris; on ne sait pas toujours ce qu'on

a étudié. Il y a certaines choses si naturelles qu'on les «p/)r^7Mf quelquefois sans les étudier; en revanche, il en est beaucoup d'autres qu'on étudie sans les apprendre.

Evaporé, éventé,

V évaporé est celui qui passe avec légèreté d'une idée à une autre ; V éventé est celui qui parle et agît à tort et à travers , sans chercher même à se former des idées. \J évaporé pense trop vite pour pouvoir se faire des principes sur quoi que ce soit ; Y éventé ne pense pas du tout , ne considère et n'apprécie rien :

// estdetcomrstvKvoYit^qui ne peuvent se renfermer un moment en eux-mêmes.

(Bourdaloue.) J'ai fait connaissance tout récemment d'une petite brune que je puis bien vous donner pour la créature la plus évaporée qui soit dans Vire. (C. Delavigne.)

Cette beauté n'aura plus Tindulgence,

Je t'en réponds, de recevoir chez soi

Des chevaliers éventés comme toi. (Voltaire.)

Evénement, accident, aventure.

L'idée d'une chose qui arrive est commune à ces trois termes. Evénement est plus général ; accident est plus particulier ; aventure est plus personnel. Evénement s'apphque à tout ce qui arrive; accident s'entend de ce qui arrive aux choses comme aux personnes; aventure se dit uniquement de ce qui arrive aux personnes, soit par hasard, soit par intrigue. U événement a par lui-même un caractère d'importance; V accident^ un caractère plus ou moins fâcheux; V aventure^ un caractère plutôt amusant que désagréable.

Eviter, épargner.

Éviter^ dans le sens de fuir^ exprime une action dont le terme est toujours en rapport d'idée avec le sujet :

' La vertu la plus ferme évite les hasards. (Corneille.) Le caractère de V esprit juste est (f 'éviter V erreur en évitant déporter de$ jugements. (Condillac.)

Le plus adroit trompeur ne peut tromper longtemps, n n'évitera pas le piège où je l'attends. (Palissot.)

Epargner^ au contraire, dans le sens de dispenser^ préserver quelqu'un d'une chose , exprime une action dont le terme n'a jamais rapport au sujet; on doit donc dire : Votre père a évité ces ennuis^ et il nous les x épargnés :

La netteté épargne le$ longueun et sert de preuve aux idées. (Yaavenargues.)

394 GRAMIfAIRJB GAfÉIULE ET HISKttKHIE*

// Semble que la nature, qui a tagemei^ dUpoU les organes de notre corps pour nous rendre heureux, nous ait aussi donné Vorgueil pour nom épargner h dour teur de connaître nos imperfections. (La Rochefoucauld.)

On doit donc dire éviter la répétition d'un mot et non épargner, comme on a pu le lire dans une dizaine d'éditions de la Grammaire de MM. Noël et Oiapsal, au chapitre du pronom. Epargner la répétition du nom est une construction barbare commise par M. Chapsal sans la collaboration ni la garantie de M. Noël.

Dans le sen» réfléchi , on dit s'épargner et non s'éviter :

Des systèmes savants épargne%-vous les frais, ^

Et ces brillants discours qui n'éclairent jamais. (L. Racine.)

Épargne%-vous le soin de parler à des sourds. (Piron.) Les deux phrases suivantes sont donc vicieuses :

Frédéric II prenait beaucoup de tabac; pour s'éviter la peine de fouiller dans sa poche, il avait fait placer sur chaque cheminée de son appartement une tabatière où il puisait au besoin. (Arnault.)

Pour m'éviter tant de travail, j'avais chargé un artiste de faire les croquis.

(A. Jal.)

Excellent,

Quoi qu'en aient dit certains grammairiens, excellent n'est pas un terme absolu, et il peut très -bien être modifié par un des adverbes de quantité p/w5, moins., etc.

Saurais voulu faire voir que les plus excellentes choses sont sujettes à être copiées par de mauvais singes. (Molière.)

La célébrité est la récompense de l'auteur le plus fécond et non de l'auteur le PLUS excellent. (Gilbert.)

Le bon sens est la faculté la plus excellente de l'homme, et par conséquent on doit principalement la consulter. {^Lsk Roche.)

^Excepté, hors, hormis.

Excepté s'emploie pour les choses qu'on ne peut pas comprendre avec d'autres , en raison d'une certaine^ disconvenance : Tous les citoyens, excepté les indignes, doivent supporter leur part des charges de l'Etat. Hors et hormis s'appliquent aux personnes ou aux choses qu'on sépare des autres par voie d'exclusion : Harpagon permet à son fils de rechercher toutes les femmes, hors Marianne; les hommes mariés étaient exemptés du service militaire, hm-mis ceux qui n'avaierft pas d'enfants.

OBSERVATIONS C01fPLÉMENTÀlRE&. 395

Excuse, pardon,

IJ* excuse ne suppose qu'une erreur, une faute légère dont on peut se justifier; \e pardon suppose toujours une faute réelle dont il faut obtenir grâce. En stricte justice, nous sonunes souvent obligés d'admettre V excuse; nous sommes toujours libres d'accorder ou de refuser le pardon. On fait excuse à quelqu'un d'avoir manqué, par oubli ou par force majeure, à un r^dez-vous qu'on lui avait donné ; il {dcai demander par don à Thomme qu'on a gravement insulté.

Quelques personnes disent demander excuse pour demander pardouy sans s'apercevoir qu'elles expriment le contraire de ce qu'elles veulent dire; car demander excuse à quelqu'un qu'on a offensé, c'est en quelque sorte réclamer de lui la réparation de l'offense qu'il a subie; ce qui est absurde. Il feut donc dire ou faire des excuses^ ou demander pardon.

Pour vous, je ne veux point. Monsieur, vous faire excuse, (Molière.) Quoi ! tu faisais excuse à qui m'osait braver ! ( Corneille.)

Exemple (Imiter, suivre).

M. Francis Wey, dans ses Remxirques sur la Içingue française^ établit ce qui suit :

« On imite quelqu'un quand on suit son exemple; mais on n'imite » pas V exemple de quelqu'un.

» Les exemples qu'on imite sont celles (et non pas ceux) que don- » nent à leurs écoliers les maîtres d'écriture. »

Si nous n'avions pas copié nous-même ce passage, nous n'aurions jamais pu en deviner l'auteur. M. Francis Wey a reproduit sans s'en douter deux des plus graves erreurs de M. Chapsal, en condamnant imiter l'exemple pris figurément , et en donnant le genre féminin à exemple dans le sens de modèle d'écriture.

Citons des autorités, et suivons l'ordre des temps :

Que le ciel, que l'enfer, en cruauté vaincu,

Sachent par notre fin que nous avons vescu !

Surmontons Erostrate, imitant son exemple;

Il ne perdit qu'Ephèse, il ne brusla qu'un temple. ( Berthaut.)

Imitez dn si bel exemple, et laisseib~le à vos descendants. (Bossuet.)

Je ne connais personne

Qui ne doive imiter l'exemple que je donne. ( Racjne.)

Imite mon exemple, et lorsque la cabale.

Un flot de vains auteurs follement te ravale,

Profite de leur haine et de leurs vains discours. (Boileaii.)

Que la Grèce docile imite votre exemple. (Veltaire«)

Vous pouvez sans rougir

Imiter mon exemple t à mes lois obéir^ (Longepierre.)

Tandis qu'au rang des dieux leur père les contemple,

Ils sauront quelque jour, imitant son exemple.

Comme lui, des héros se frayant le chemin,

Etre dignes de vous et du peuple romain. ( M.-J. Chénier.)

Imite* cet exemple, à leur prison stérile ' Enlevez ces brigands. , (Delille.)

Enfin TAcadémie, dans sa dernière édition, donne cette phrase :

Imiter /'exemple, ta conduite de quelqu'un.

En voilà peut-être assez pour démontrer qu'on dit très-bien imiter l'exemple de quelqu'un.

Cette construction est un latinisme :

Propones illi bxemplum ad ihitandum. (Gicéron.)

Domesticum te habere dixisti exemplum ad imitandcm. ( Le même.)

Quant à exemple^ il est aujourd'hui, comme évangile^ du genre masculin, sans distinction de sens et d'emploi.

Exiler, bannir.

Exiler^ c'est mettre dehors par un acte d'autorité; bannir^ c'est mettre dehors par un arrêt de justice souveraine. Un despote exile^ s'il lui plaît, tous ceux dont la présence peut lui nuire, ou dont les vertus lui font ombrage; il n'y a que les cours de justice qui aient autorité pour bannir^ h raison de crimes prévus et punis par les lois. La qualification A' exilé n'a rien dont on doive rougir; celle de banni est injurieuse, puisqu'elle rappelle une flétrissure,

Eœorable.

Cet adjectif se trouve aujourd'hui dans le dictionnaire de l'Académie.

« Exoràble devrait se dire, dit Voltaire dans les Remarques sur Corneille; c'est un terme sonore, intelligible, nécessaire. 11 est bien étrange qu'on dise implacable^ et non placable; une âme inalté^ rable^ et non pas une âme altérable; un héros indomptable^ et non pas un héros domptable. »

Odieux!

Rendez-^a, comme vous, à mes vœux exovable. (Corneille.)

Le ciel à mon amour serait-il favorable

Jusqu'à rendre sitôt Ariane eœorable? (Th. Corneille.)

« Ce mot, dit à son tour Féraud, ne s'est pas soutenu, quoique employé par Corneille, quoique scMiore et énergique; et son composé.

OBSERVATIONS COMPLÉUfENTAIRES* 399^

inexorable^ s'est si bien établi, qu'il est employé dans le style le plus noble. J'avoue que je regrette exorahle^ et que j'en désire la résurrection. »

Exprès, expressément.

Ces deux expressions sont loin d'être synonymes : exprès signifie A dessein, avec une intention formelle d'amener tel ou tel résultat :

Tai fait cela exprès pour le piquer. (Académie.)

L'un perd exprès au jeu son présent déguisé- (Corneille.)

Expressément signifie En termes formels :

Je lui avais dé/end» expressément de le faire, (Académie.)

Molière a employé ce mot pour exprès dans l'Ecole des maris :

J'ai voulu l'acheter, Fédit, expressément, Afin que d'Isabelle il soit lu hautement.

Les deux adverbes placés à la rime présentent une double impropriété d'expression; c'est exprès et haut qu'exige le sens.

Extérieur, dehors.

V extérieur est la surface visible d'un objet; le dehors est ce qui l'environne. V extérieur fait partie de la chose elle-même; le dehors est ce qui en approche tejlertiént qu'il est censé en dépendre. En parlant des personnes, V extérieur s'entend ordinairement de leur air, de leur manière d'être ; le dehors désigne plutôt leur costume, leurs façons d'agir et de vivre. V extérieur est plus proprement la physionomie ; le dehors^ la représentation :

Vous fiez-vous, mon frère, à mon extérieur,

Et pour tout ce qu'on voit m'en croyez-vous meilleur? (Molière.)

Tout marque dans l'homme, même à ^'extérieur, sa supériorité sur tous les êtres vivants, (Voltaire.)

Chercher Vapprobation des hommes par les dehors et les avantages physiques qui nous charment, c'est vanité, (Lacretelle.)

Extirper, déraciner.

Déraciner^ c'est tout simplement couper ou détacher les racines qui retiennent l'objet à sa place; extirper implique l'idée accessoire d'un eflbrt que déraciner ne marque pas toujours. On extirpe une dent que le temps ou toute autre cause lente avait déracinée^ mais qui était encore retenue par les gencives.

Au figuré, ces deux mots conservent les mêmes nuances.

308 GRAMMJltRE GÉNÉRALE ET RISTORIOCB:.

Fabtique, manufacture.

Le premier est un terme industriel, le second un terme commercial. Lsl fabrique^ limitée dans ses moyens, est une manufacture en petit, et roule sur des objets d'un conmierce ordinaire; la manufacture est une entreprise en grand qui embrasse des objets d'un prix élevé, des objets de luxe. On dit fabrique de bas, de bonnets, et manufacture de glaces, de porcelaines. Enfin fabrique éveille plutôt ridée du travail, et manufacture celle des ouvrages considérés comme objets de commerce ou d'art.

Façon, manière.

Façon indique la forme nécessitée par la destination d'une chose; manière est une modification particulière de cette forme. A voir la façon d'un ouvrage, on reconnaît le genre et la nature du travail; à la manière on reconnaît l'esprit de l'ouvrier. Chacun a sa façon de vivre, c'est-à-dire ses habitudes, raisonnées ou non, voulues ou non ; chacun a sa manière de vivre, c'est-à-dire ses habitudes adoptées, préférées par lui, et qui le distinguent de toute autre personne. Une façon de parler est une locution usuelle ; une manière de parler sera toujours une phrase singulière, hasardée dans l'occasion.

Fade, insipide.

Ce qui est fade n'est pas suffisamment assaisonné, n'a rien de piquant; ce qui est insipide n'est pas assaisonné du tout et n'affecte point le goût. Dans les ouvrages d'esprit, le fade^ en faussant l'idée du beau qu'il affecte, choque le goût auquel il prétend plaire ; {'insipide^ absolument éloigné du beau qu'il semble ignorer et dédaigner, n'inspire que l'ennui et le dégoût.

Faire.

I. Faire s'emploie très-souvent pour un verbe précédemment exprimé dont on veut éviter la répétition :

0 douleur! il fallait cacher la pénitence avec le même soin qu'on eût fait les crimes. (Bossuet.)

C'est-à-dire, qu'on eût caché.

L'avare dépense plus, mort, en un t xnées. (La Bruyère.)

C'estrà-dire, quHl ne dépensait.

L'avare dépense piws, mort, en un seul jour, qu^H ne faisait, viiHin^, en dix années. (La Bruyère.)

Solml,tu luis sur le ccmpftbie.

Comme tu fait sur Timiocent. ( Malherbe.)

La goutte ne le prend jamais par accès et le traite à peu près comme elle faisait Fontenelle. (Sainte-Beuve.)

... Si je me portais aussi bien que vous faites,

Je ne songerais guère à faire un testament. (Regnard.)

La bêtise nuit plus que ne fait la malice. (Desmàhis.)

S'il arrivait un jour

Qu'on vous poussât, ainsi qu'on fit Camille, Gagnez du temps . (Séibcé.)

II. Faire ^ modifié par ne que suivi d'un infinitif, exprime : 1** une action fréquemment répétée : Cet enfimt Nfi fait qbe joner^ c'està-dire, il joue sans cesse.

2® Une action instantanée : Attendez-moi, je ne fais qv* aller et revenir.

Ce gallicisme peut se traduire en employant le verbe à Tinfinitif, au temps où figure le verbe faire ^ et en remplaçant ne que par seule^ ment :

Newton voyait clair jusque dans les choses qu'il ne faisait que soupçonnbr.

(Buffen.)

C'est-à-dire, quHl soupçonnait seulement.

Je veux me faire craindre et ne fais qu'irriter, (Corneille.)

L'être qui ne fait que sentir ne pense pas encore, et l'être qui pense sent tou' jours. (Rivarol.)

III. Faire, modifié par ne que suivi de la préposition deeX d'un infinitif, exprime une action qui vient d'avoir lieu : // ne fait que \i arriver^ c'est-à-dire, // arrive à Vinstant :

Il est imprudent d'abandonner à lui-même un jeune homme qui ne fait que de sortir du collège. (Dupanloup.)

De ces nouveaux enfants que la mère est féconde !

Ils ne font que de naître, ils remplissent le monde. (L. Racine.)

IV. Faire.^ modifiant un infinitif, forme une expression qui le plus souvent veut deux compléments, l'un direct.^ l'autre indirect. Si l'infinitif est suivi d'un complément direct, faire doit alors être précédé d'un pronom complément indirect :

On LUI fit abandonner son poste.

Si, au contraire, l'infinitif est suivi d'un complément indirect, faire doit être précédé d'un pronom complément direct :

On le fit renoncer À ses prétentions.

V. Faire ^ dérivé de /an, parler, dire, est un archaïsme qui s'employait fréquemment sous la forme interrogative seulement :

Monsieur, au nom de Dieu, lui fais-je assez souvent.

Cessez de vous laisser conduire au premier vent. (Molière.)

Moi , j'ai blessé quelqu'un ? fis-je tout étonnée. ( Le môme.)

Mes yeux ont-ils du mal, pour en donner au monde ?

Oui, fit-^lle, vos yeux, pour donner le trépas,

Ma fille, ont un venin que vous ne savez pas. ( Le môme.)

Dans les récits dialogues, on abuse aujourd'hui de cette fomie dont l'Académie ne condamne pas l'emploi.

« Il faut, dit M. Francis Wey, dans ses Remarques sur la langue frarh » çaise^ laisser cette acception commune et surannée du verbe faire » aux auteurs de bas étage et aux romanciers de pacotille, gros fa- )) bricants de volumes, tout à fait étrangers aux formes de la litté- » rature. »

Farouche, sauvage.

Farouche accuse la férocité du caractère ; sauvage, le manque d'éducation et de culture. L'être farouche s'isole des autres hommes qu'il suppose animés des sentiments d'inimitié qu'il éprouve luimême ; le sauvage se tient à l'écart des personnes qu'il ne connaît pas ou qu'il connaît peu, parce qu'il a la conscience de ce qui lui manque pour entrer en commerce avec elles. Le farouche^ quoi qu'on fasse pour l'adoucir, conserve toujours le fond de son vice ; le sauvage^ dès qu'il est apprivoisé, n'a plus rien de son défaut. Le farouche inspire de la terreur aux autres ; le sauvage tremble quand on l'approche :

Ne heurtent pas le farodche, il deviendrait féroce, (Beauzée.) Souvent, dans la solitude, on contracte une humeur sauvage; à force d'être loin des hommes on oublie l'humanité, (Fléchier.)

Fatiguer.

Fatiguer peut, comme tous les verbes transitifs, s'employer d'une manière absolue, dans le sens de se fatiguer,, et dans celui de être fatigant :

Il FATIGUE trop. (Académie.)

Le navire fatigue beaucoup,

V usage des faucilles diminue beaucoup, parce qu'il fatigue et n'est pas èxpéditif. (Lenormant.)

Les vaines terreurs fatiguent et rebutent plus que les véritables. (Bossuet.)

Faucet, fausset (Voix de).

Faucet^ dérivé du latin fauces^ gorge, se prenait anciennement pour voix; J.-J. Rousseau, en proposant d'écrire une voix de faucet^ donnaità cette expression un tout autre sens que celui qu'on lui attribue aujourd'hui. Par voia? de fausset^ on n'entend pas ordinairement une voix de poitrine^ mais une voix de tête^ c'est-à-dire une voix fausse^ déguisée, artificielle. On doit donc écrire une voix de fausset et non wne voix de faucet.

Faute, crime, délit, forfait.

Il y a entre ces quatre termes une gradation : la faute est commise contre un règle; le délits contre une loi civile; le crime ^ contre une loi civile et une loi naturelle ; le forfait ^ contre l'humanité et la société. La faute est négative ou positive ; le délits le crime ^ le forfait^ sont des actes positifs. Manquer à une obligation ou médire des absents est une faute; chasser en temps prohibé ou voler est un délit; calomnier ou tuer un homme est un crime; incendier une ville ou empoisonner les fontaines publiques est un forfait. — V. Atten-tion (Faute d*).

Paveur, grâce.

La grâce est une chose relative ; la faveur est une chose absolue. La faveur est un bien qu'on fait à une personne sans qu'elle Tait mérité, mais simplement parce qu'on l'aime, ou qu'on la distingue des autres. La grâce est un bien qu'on fait, ou un mal qu'on épargne à quelqu'un en se départant à son égard de ce que le droit strict exigerait. On mérite une grâce; on obtient une faveur. On n'accorde pas de faveur à un ennemi, mais souvent on lui accorde une grâce. Grâce est opposé à justice ; faveur est opposé à rigueur :

Dieu est le maître de ses faveurs et de ses grâces. (Académie.) ^ FAVEUR du maître et le bien de l'État ne nous paraissent jamais aller ensemble. (Massillon.)

Son esclave trouva grâce devant ses yeux. (Racine.)

Qui n'a pas de désirs n'a pas besoin de grâces. ( La Chaussée.)

Favorable, propice.

Favorable marque simplement la disposition à seconder, à protéger ; jproptce l'exprime à un plus haut degré. Un juge rapporteur

est favorable à notre procès ; Dieu est propice à nos vœux. Favorable ne suppose souvent qu'une puissance très-bornée à protéger ou à servir; propice implique toujours un crédit ou une force qui réalisent ou déterminent nécessairement le succès.

Feindre, dissimuler.

Feindre^ c'est affecter une pensée ou un sentiment qu'on n'a pas réellement ; dissimuler^ c'est cacher une pensée ou un sentiment qu'on a. Celui qui feint prend une fausse apparence, il ment en action ; celui qui dissimule s'abstient de toute parole ou de toute action qui pourrait faire deviner ce qu'il ne veut pas déclarer. Il est toujours mal de feindre; il est des situations où il est permis de dissimuler :

Je ne sais ni tromper, ni feindre, ni mentir. ( jÇoileau.) Un chrétien ne craint rien, ne dissimule rien. (Corneille.) La prudence veut qu'on dissimule quelquefois. (Académie.)

Fierté, dédain.

La fierté tient à une estime exagérée qu'on a de soi-même, en raison de sa naissance, ou de son éducation, ou de ses talents, ou de sa fortune; \q dédain vient du peu d'estime qu'on a des autres, en raison de leur infériorité, vraie ou isupposée. La fierté peut se prendre, suivant les cas, en bonne ou en mauvaise part ; le dédain ne se prend jamais qu'en mauvaise part :

La FIERTÉ dans Vextérieur, dans la société, est l'expression de l'orgueil.

(Voltaire.) La grâce dans ses traits est jointe à la fierté . ( Delille.) Leurs airs insolents ne leur attirent que mortifications, que dédains.

(J.-J. Rousseau.)

Fin, délicat.

Fin a rapport à l'esprit seulement ; délicat a rapport à l'esprit et au goût. On peut comprendre les choses fines ^ et ne pas sentir les choses délicates. 11 s'ensuit que fin est d'un usage très-étendu et se prend, suivant les cas, en bonne ou en mauvaise part, et que déiicat est d'un emploi plus restreint et ne se prend jamais qu'en bonne part :

Le vrai moyen d'être trompé, c'est de se croire plus fin que les autres.

(La Rochefoucauld.) Vous êtes délicat et facile à piquer. (La Fontaine.)

Fixer.

Fixer ^ suivi d'un complément direct, signifie Rendre stable, moins volage, etc. :

La louange qu'ofi nous donne sert au moins à nous fixer dans la pratique det vertus. (La Rochefoucauld.)

On ne doit donc pas l'employer pour Regarder fixement, quoiqu'on en trouve des exemples dans un certain nombre d'écrivains :

Tu fixais sans frémir cet abîme profond,

Cette éternité redoutable, Où tout, pouvoir, grandeur, se perd et se confond. (Ducis.)

Ah ! quand pourra ton fils te presser sur son sein.

Mes yeux fixer tes yeux, ma main serrer ta main ! ( Delille.)

Quelle est cette rougeaude aux cheveux de filasse.

Dont le gros œil me fixe assez effrontément? ( E. Augier.)

Dans le premier et le troisième exemple, il fallait regardais^ contemple^ et dans le second, regarder.

Flairer, fleurer.

Flairer^ au propre, signifie Sentir par Todorat :

Flairez un peu cette rose. (Académie.)

Les chiens flairent le gibier quand il a passé en quelque lieu.

Au figuré, il s'emploie dans l'acception dé Pressentir, prévoir :

// A FLAIRÉ cela de loin. (Académie. )

Fleurer signifie Répandre, exhaler une odeur :

Cela FLEURE £omme baume, (Académie.)

Il fieuroit bien plus fort, mais non pas mieux que rose. (Régaler.}

Flamber, flambant.

Flamber^ jeter de la flamme, ne peut s'employer ni dans le style noble ni dans le style figuré ; on ne dirait pas aujourd'hui :

A peine, depuis l'heure à ce nœud destinée,

A-t-elle vu flambet les torches d'hyménée. ( Rotrou.)

mais brûler^ s'allumer^ etc.

Flambant^ e, dans le sens de Qui flambe, ne s'emploie que dans le langage famillier et joint aux mots bois^ bûcJie^ tison; il n'est plus admis dans le style noble :

J'aî vu couler leur corps dans la poix et les flammes.

J'ai vu leur chair tomber sous de flambantes lames. (Rotrou.)

Flambé s'emploie figurément, dansie langage familier, pour Ruinée perdu :

C'est un homme flambé. C'est une affaire flambée.

Flatteur, adulateur.

Le flatteur dit des choses agréables et vit assez souvent aux dépens de celui qui Técoute, comme Ta dit la Fontaine. \J adulateur loue indistinctement et impudemment tout ce que fait, tout ce que dit, tout ce qu'affectionne la personne à laquelle il veut plaire. Il peut y avoir de l'adresse, du tact, de la délicatesse dans le flatteur; il n'y a jamais que lâcheté, bassesse et servilité dans V adulateur :

Qu'est-ce que le flatteur? C'est un esprit souple et commode, qui vient servilement sourire à tous vos regards, se récrier à toutes vos paroles, applaudir à toutes vos actions. (La Bruyère.)

L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs. (La Rochefoucauld.)

Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,

Ni fade adulateur, ni censeur trop sincère. ( La Fontaine. )

^Fonder, établir, instituer, ériger.

Fonder^ c'est donner à la chose cçi'on crée les moyens de subsister : on fonde un hôpital, en donnant ce qui est nécessaire pour le construire et y entretenir des malades; établir., c'est donner la place où la chose doit exister : on établit un bagne dans un port de mer ; instituer^ c'est créer, être le premier auteur d'une chose : saint Paul a institué la doctrine de la grâce; ériger^ c'est accroître l'importance d'un chose en l'élevant : on érige une église collégiale en cathédrale, une cathédrale en métropole.

Fondre.

Dans le sens de Tomber impétueusement, s'abattre avec violence, il s'emploie avec ou sans complément quand il a pour sujet un nom de chose :

Le tonnerre en éclats semble fondre sur moi. (Voltaire.) Le ciel est tout couvert de nuages, et l'orage est près de fondre. L'orage fondit /out à cot^p. (Académie.) »

Si le sujet représente un être inanimé, le verbe exige alors un complément précédé de la préposition sur :

Un milan qui vmm sur sa proie. (Académie.)

Dans le sens figuré, et pris pour Assaillir, attaquer impétueusement et subitement, il ne doit jamais s'employer sans complément.

OBSERVATIONS COBIPLÉMENTAIKES. 405

On doit donc condamner cette phrase :

Il tenait embusquée aux portes de la ville l'élite de ses troupes, prête à vondrb ■au premier signal, (Piron.)

Fond, fonds.

Fond est la partie la plus basse d'une terre; fonds est le sol , la partie productive :

Un FOND d'argile, de sable. Bâtir sur un fond peu solide. (Académie.) Cultiver un fonds. (Académie.)

L'homme heureux par la vérité a sa fortune en fonds de terre et en bonnes constitutions. (Chamfort.)

Fond se dit, par analogie, de Fendroit le plus bas, le plus intérieur d'une chose :

Le fond d'un tonneau, d'une bouteille.

Nous ignorons en partie ce qui se trouve au fond des mers. (Buffon.)

Et figurément, de ce qui est Reculé, retiré, obscur :

Des arbres occupent le fond du tableau. (Académie.)

Le fond de Vœil est comme une toile sur laquelle se peignent les objets.

(Buffon.) Dans le fond des forêts allaient-ils se cacher? (Racine.) J'ai dû voir, et j'ai vu le fotid de vos pensées. (Le môme.)

Fonds se dit par extension des biens, des capitaux agricoles ou industriels, des valeurs en argent, etc.

Jean s'en alla comme il était venu,

Mangeant son fonds avec son revenu. (La Fontaine.)

// a vendu son fonds et s'est retiré du négoce. (Académie.)

Le public ne sait pas de quels fonds il dispose. (G. Delavigne.)

Figurément, il se dit de ce qu'une personne, une nation possède de facultés intellectuelles et des qualités qui la distinguent :

De ce fonds de sagesse sortait la majesté répandue sur sa personne. (Massillon.)

La douceur est un fonds de complaisance et de bonté, (Vauvenargues.)

// y avait dans cette cour licencieuse et élégante un vieux fonds de férocité qui éclatait de temps en temps par le meurtre, (Saint-Marc Girardin.)

Bonne femme, qui garde, en sa verte vieillesse.

Pour les plaisirs du monde un grand fonds de tendresse.

(G. Delavigne.)

Force.

Ce nom se prend quelquefois pour Grande quantité, abondance; il a le sens du vis des Latins, dans cette phrase :

Maxima vis auri et argenti, (Cicéron.)

Mais dans cette acception, force est toujours invariable, et le terme qui lui sert de complément se joint à lui sans préposition :

// a FORCE ARGENT^ FORCE PIERRERIES. (Académie.)

Force brillants sur sa robe éclataient. ( La Fontaine.)

Le nom qui suit force se met toujours au pluriel, lorsqu'il éveille une idée de pluralité ; il faut en excopter les collectifs, comme argent^ dans l'exemple qui précède, et les noms qui ont au pluriel un sens différent de celui qu'on veut exprimer; ainsi Molière a employé avec raison le singuli^ lorsqu'il a dit :

// faut dire force mal de la comédie.

L'emploi du pluriel était ici impossible ; mais dans ces vers de Malherbe le pluriel était de rigueur :

Il faut mêler pour un guerrier, A peu de myrte et peu de roses Force palme et force laurier.

Fort, très.

Fort et très sont les signes du superlatif; mais, suivant quelques grammairiens, /br^ serait relatif à l'action ; très, relatif à la quantité : un homme fort habile, un homme ^rè5-grand; une opinion fort sage, une opinion ^rès-populaire. Cette distinction ^rès-subtile n'est pas d une application générale.

Fort s'emploie quelquefois d'une manière absolue dans le sens de Extrêmement, beaucoup :

L'esprit de singtdarité, s'il pouvait ne pas aller trop loin, approcherait FORTjie la droite raison. (La Bruyère.)

Mais, dans ce sens, son emploi est très-limité.

Fortuné.

Fortuné^ formé de fortune^ dérivé du latin fortuna^ Sort, accident favorable ou défavorable, est pris en finançais dans le sens particulier de Heureux :

Vous, ce roi fortuné, si sage en ses desseins ;

Vous, la terreur du Parthe et l'ami des Romains. ( Voltaire.)

n soupirait le soir si sa main fortunée

N'avait de ses bienfaits signalé la journée. (Boil«au.)

N'est-il aucun État plus fortuné qu'un autre ?

Quelques-uns remploient à tort comme synonyme de riche^ et disent : Il appartient à une famille fortunée ; C'est un homme fortuné. C'est une très-grave impropriété d'expression dont certains écrivains se sont rendus coupables :

Bien sans lequel Thomme le plus chanceux.

Est fortuné, mais n'est jamais heureux. ( Piron.)

Foupir.

Ce terme est un archaïsme encore en usage dans quelques-unes de nos provinces du centre, pour Chiffonner, froisser. Les lexicographes ne l'admettent plus :

Ils montraient leurs panniers rompu% et leurs bonnets foupts. (Rabelais.)

Funéraire, funèbre.

Funéraire se dit de ce qui s'applique aux funérailles et aux objets en usage dans ces cérémonies :

Des frais fdnératrbs. Une lampe, une torche funéraire. Une colonne funéraire. La souffrance, semblable à un drap funéraire, enveloppe toute la vie.

(G. Nodier.)

Funèbre se dit de ce qui appartient à la mort ou en rappelle l'idée, et , par extension , de ce qui a un caractère triste et sombre :

. . . D'un enterrement la /wnètre ordonnance. (Boileau.) V enfant, couronné de roses blanches, est allongé sur sa tombe funèrre.

CTh. Gautier.)

Mille cloches émues

D'un funèbre concert font retentir les nues. ( Boileau.)

C'est pour donner à sa pensée une forme moins vulgaire que M. Victor Hugo a employé funéraire au lieu de funèbre dans le vers suivant :

J'accompagnais de loin les pompes funéraires

Futur, avenir.

Futur est relatif à l'existence des êtres, et avenir aux révolutions des événements. Futur est , en effet , ce qui sera , ce qui doit être comme continuation ou comme produit de ce qui existe déjà : les

408 GRiUkllIiURE G^CÉRâLE £T HISfORIQUE.

siècles futurs^ les races futures. Avenir s'entend des choses purement contingentes, c'est-à-dire qui peuvent bien arriver, mais dont Tavénement n'est déterminé nécessairement par aucune cause ; c'est pourquoi Ton dit : Les choses de V avenir sont incertaines . Fntur marque un temps plus rapproché ; avenir ^ un temps plus éloigné ; enfin, futur est un terme de Técole ; avenir est un terme de la langue vulgaire.

Gager, 'parier.

Gager ^ c'est déposer un gage; parier^ c'est opposer, mais sans consignation de gages, une somme à perdre contre une autre somme à gagner d'après une-éventualite quelconque. Les objets que l'on gage peuvent être inégaux de nature et même de valeur; quand on parie^ la somme risquée de part et d'autre est égale, ou du moins on se fait des conditions égales de gain et de perte, de sorte que si l'on parie vingt contre un, c'est qu'on suppose avoir vingt chances confre une de gagner.

Gages, appointements', honoraires, traitement.

Gages ne se dit plus aujourd'hui qu'en parlant du salaire des domestiques ou des gens qui louent leur service pour des occupations mercenaires; appointements se dit des fonctionnaires, des employés, des gens qui ont une place ou une position qui peut y être assimilée; traitement désigne la rémunération de quelques emplois honorables de leur nature, quoique exercés dans des maisons particulières ; Honoraires est le nom que l'on donne aux salaires donnés aux personnes qui exercent des professions libérales, indépendantes. Un portier a des gages; les employés ont des appointements; un secrétaire, un précepteur reçoivent des traitements; les avocats, les médecins réclament des honoraires de leurs clients.

Gangrène, gangrené.

On a longtemps donné la valeur du â; au ^ initial de ces mots ; de cette prononciation est résultée une orthographe vicieuse et contraire à l'étymologie; ainsi quelques-uns ont écïii -cangrène et cangrené, et l'on trouve même dans l'édition de Boileau publiée par Saint-Marc :

Jtfais voilà cependant tout son corps cangrené ; Et la fièvre demain, se rendant la plus forte, Un bénitier aux pieds, va l'étendre à la porte.

Aucun autre éditeur n'a reproduit cette orthographe.

OBSERVATIONS COMW.ÉMENTAraES. 409

Garant.

Ce mot , employé comme attribut et dans un sens indétenniné, s'aocorde avec les noms auxquels il se rapporte :

// descend dans les foyers domestiques pour y exciter ces vertus paisibles, «A- BABiTES du bonheur de ceux qui les fiabitaient. (De Pastoret.)

Son emploi, dans le vers suivant, s'explique, mais ïie se justifie pas par Texigence de la mesure :

Partout votre présence est garant d*an succès. ( Jouy.)

Mais, accompagné d'un déterminatif, on lui donne le genre masculin, quoiqu'il se trouve en rapport avec un ou plusieurs noms féminins :

Que de choses dont l'histoire seule et la tradition peuvent être les garants.

( Maury.) Sa conduite passée vous est cn sûr garant de sa fidélité pour Vavenir.

(Académie.) La divinité est le garant de nos paroles et la caution de nos pensées,

(Diderot)

Précédé de la préposition à, il forme une expression adverbiale analogue aux locutions invariables à témoin^ à partie ^ à caution.

Je vous prends à garant, vous tous qui m'écoutez.

Génitif.

On désigne sous le nom de génitif le deuxième cas des noms, des adjectifs et des pronoms grecs, latins, etc., ou, pour mieux dire, le cas qui sert à former tous les autres. Le ^^w*ï«/ répond à notre complément déterminatif; ainsi, dans ces phrases : La bonté de Dieu^ la bravoure du soldat^ la splendeur des cieux, les mots de Dieu, du soldat^ des cieux^ seraient exprimés, en grec et en latin , par un nom au génitif ou par les qualificatifs divine^ militaire^ céleste.

En voici quelques exemples :

Son âme a toute la hauteur de la vertu. (Barthélémy.) Pour peu qu'on sonde le cœur humain, on y trouvera le germe de toutes les PASSIONS. (Massillon.)

La flamme du génie étincelle en «es traits. ( M.-J. Chénier.)

Gérondif.

On appelle gérondifs en grammaire latine, un des temps de Tinfinitîf qui répond à trois des cas du participe futur passif : au génitif ^

le gérondif en di; au datif, le gérondif en do; à Taccusatif, le jrerondifenDim.

Ce terme se dit abusivement, en français, du participe présent modifié par la préposition en exprimée ou sous-entendue :

En allant. En faisant. // allait courant. (Académie.)

Cette construction répond au gérondif en do.

Gestes,

Gestes^ employé seul, s'est dit des Actions militaires grandes, belles, éclatantes :

Maximien achevant tant de gestes guerriers

Semble au front de mon père en voler les lauriers. ( Rotrou.)

C'est un latinisme que TAcadémie a cru devoir consigner dans son Dictionnaire, quoiqu'il soit à peu près inusité aujourd'hui en ce sens. Gesta était même, en latiç, d'un emploi très-rare,* et Cicéron, dit l'auteur des Synonymes latins^ ne l'a employé qu'une fois.

Dans le langage familier, on dit les faits et gestes d'une personne pour ses actions et sa conduite; Içs deux mots ne forment alors qu'une seule expression substantive.

Gloire, honneur,

V honneur est dans l'accomplissement volontaire du devoir ; la gloire est dans l'accomplissement du devoir et dans qfuelque surcroît éclatant de mérite ou de sacrifice. Il est de V honneur d'un militaire de défendre un poste qu'on lui a confié ; ssl gloire est de s'offrir pour monter le premier à l'assaut. Vhonneur est dans l'individu même ; la gloire vient du public à l'individu ; on garde son honnmr^ on acquiert la gloire,

Vhonneur parle, il suffit ; ce sont là nos oracles. ( Racine.) La modestie est le seul éclat qu'il soit permis d'ajouter à la gboibe. (Duclos.) On n* a jamais vu marcher ensemble la gloire et lesepos. (Ghamfort.)

Glorieux, fier.

Un père et une mère sont glorieux de leur nombreuse familjie; ils sont fiers des succès de leurs enfants. Pris dans un sens absolu , glorieux et fier ont entre eux des diflërences plus essentielles. Un homme glorieux est surtout vain; un homme fier est surtout dédaigneux. Le premier cherche à exagérer aux yeux du public les qua-

OB^RYATIONS COMPLÉMErO'ÂlRES. 4ll

lités qu'il a, et même à se donner les apparences de celles qu'il n'a pas ; le second se concentre dans la haute opinion qu'il a de luimême, et se montre plein 4i'arrogance à Tégard des autres.

Ne soyeiipas si glorieux de ce que vou$ ave& fait. (Académie.)

Je suis tout glorieucù de ses jeunes attraits. (C. Delavigne.) // était GLORIEUX à un point qu'on en riait et qu'on en avait pitié.

( Saint-Simon.)

La nation des auteurs est un peu vaine et glorieuse. (Lesage.)

Glose, commentaire.

Pris dans le sens d'exégèse , d'explication d'un texte , sens qui constitue leur synonymie , ces deux mots ont entre eux les difiërenc^s suivantes : la glose est une explication littérale, et qui ne cherche le sens que dans les termes mêmes du texte ; le commentaire est une interprétation libre, dans laquelle on s'aide de notes ou de souvenirs historiques, géographiques, etc. L'objet de la glose n'est que de rendre claire la pensée exprimée ; celui du commentaire est souvent de modifier la pensée exprimée par des conjectures sur la pensée sous-entendue.

Veut-on nier un point que je suppose...

J'ensevelis le texte sous la glose, ( La Chaussée.)

Goulu, glouton.

Le goulu saisit avidement les morceaux , mâche à peine et avale ; le glouton saisit, dévore, avale, ou plutôt engloutit. Goulu n'exprime que l'idée de manger avidement, vilainement ce qu'on trouve ou ce qui est présenté ; glouton marque de plus une fureur à se jeter sur une proie et un acharnement à la dévorer. Le goulu peut n'être pas glouton; le glouton est nécessairement goulu.

Gradation.

On donne ce nom à une figure de style qui consiste à arranger les mots ou les propositions de manière qu'il y ait progression dans les idées. La gradation va du moins au plus ou du plus au moins, selon le caractère de la pensée qu'on veut exprimer :

Que tu sais bien, Racine, à Taide d'un acteur, Emouvoir,, étonner, ravir un spectateur I ( Boileau.)

// FAUT suer, vieillir, FLÉCHIR, DÉPENDRE, pour avoir un peu de fortune, ou la devoir à l'agonie de nos proches, ( La Bruyère.)

Marcher, coure%, volez, vous volez au carnage ;

C'est le chemin de Marathon. (G. Delavigne.)

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