II. 2S
Latinisme.
On donne ce nom aux constructions, aux tours particuliers h la langue latine, et que nous lui avons empruntés.
Voici quelques constructions qui sont essentiellement latines :
Quand la Providence a quelque dessein, il ne lui importe guère de quels instrur menis et de quels moyens elle sb servi. (Balzac.)
Je ne crains plus qu'on m'impute à un orgueil insensé nos différents gerbes de poésie. (Lamotte.)
Que TOUS sert-il qa*un jour Tayenir vous estime,
Si vos vers aujourd'hui nous tiennent lieu de crime? (Boileau.)
On le verra bientôt pompeux en cette ville,
Marcher encor chargé des dépouilles d'autrui
Et joutr du ciel môme irrité contre lui? (1) (Boileau.)
Dix ans déjà passés, une impie étrangère,
Du trône de David usurpe tous les droits. (Racine.)
Le tigre s'élançait de tous côtés dans l'arène vide, impatient de la proie attendre. (G. Guiraud.)
Ecoutez les récits de tous les vieux soldats:
Eux seuls de mon époux vous diront les combats, (M.-J. Chénier.)
Les constructions qui suivent sont beaucoup plus latines que françaises :
Qu'ont-ils donc fait, que d'eux le monde s'entretienne.
Et qu'ils pensent leur gloire être égale à la mienne? (Â. Dumas.)
Certain jour, vous présent, on disait nos aïeux;
Romulus, fils de Mars, reçu parmi les dieux, (Ponsard.)
Une pareille construction est contraire au génie de notre langue ; de plus, elle a le double tort d*être prétentieuse et obscure. Dans cette acception, dire veut pour complément un nom de chose :
Dieu précède les temps; qui dira sa naissance? (L. Racine.)
Quelques personnes admirent le second des vers qui suivent; nous le trouvons, quant à nous, beaucoup trop latin pour être suffisamment français :
Dis à celle qui t'envoie
Que de 'Sextus timide on n'aura pas la joie, ( Ponsard.)
Comme on le voit, les latinismes sont des constructions qui du latin ont passé en français, et non des expressions empruntées au la-
(1) C'est la traduction du Fruitur dis iratis, de la première satire de JuvénaL
OBSERVÂTtONS COMPLÉMENTAIRES. 435
tîn ; ainsi les mots qui suivent, formés de mots latins, seraient improprement ^pelés latinismes:
Ad patres. Ex œquo. Tertio,
A forttorù Ex professa. Quarto, etc.
A posteriori, ' Ex voto. uuantum,
A priori. Hic et nunc. Tn extremis.
De profundis. Te Deum. In partions.
Ex abrupto. Primo, Sine qua non.
Exeat. Secundo, Abhocetabkac.
LinceuL
L'Académie écrit linceul; les premières éditions de Boiste donnaient linceuil^ et cette orthographe, qui se rapproche de la prononciation, a été adoptée par quelques poètes :
Quand ma froide dépouille, étendue au cercueil,
Sera couverte, hélas! du funèbre linceuil, (Le Brun.]
Linceul., qui ne se dit plus aujourd'hui que du drap dont on eor sevelit les morts, désignait anciennement les deux draps qui servent à garnir un lit :
. . . Avec rien on montait un ménage,
U ne fallait matelas ni linceul. { La Fontaine.)
Louche, équivoque, amphibologique.
Ces qualificatifs expriment un défaut de clarté résultant d'un double sens. Une phrase est louche quand les mots qui la composent présentent par leur construction un sens ep désaccord avec la pensée qu'on veut exprimer ; une phrase est équivoque quand les termes qui y figurent n'ont pas entre eux une relation précise, et que le rapport est vague de Tantécédent au relatif; une phrase enfin est amphibologique quand elle est susceptible de deux sens ou de deux interprétations différentes.
Malfamé, diffama.
Malfamé se dit] d'un homme qui a une mauvaise réputation; diffamé j de celui qui est perdu de réputation, déshonoré. Onestma/famé par suite d'une conduite mauvaise que l'opinion publique réprouve et condamne ; on est diffamé par une suite d'actes coupables que le sentiment public ou une décision juridique ont marqués d'infamie. Nous avons déjà expliqué la différence de valeur des particules initiales mal ou mé., et dé^ dis^ diff.
Marée en carême, mar^ e» earéme^
On dit proverbialement : Cela vient comme mars en carême j en parlant d'iuae chose qui ne manqiie jamais d'arriver à certaine époque.
Cela vient e&mme marée en carême^ se dit de ce qoi arrive à propos.
Il y a donc une grande différence entre ces deux expressions, et Ton ne doit pas prendre Tune pour Fautre.
Mari, époux.
Mari^ formé de mas^ maris^ mâle, répond à femme^ formé de fœmina^ femelle; c'est \e terme de la langue vulgaire ; époux y de sponsus^ promis, est le terme légal et moral, et aussi celui du style Boble :
Vows vivrez trop contente avec un tel mari. (Molière.)
Tu trouvais bien des torts à cet objet chéri.
— Torts qu'elle a réparés. — Ëa piesâant son tMtri. (C. Delavigne.)
Le terme de mari entraîne une idée dfi supériorité, de domination; celui d' époux exçYime seulement l'idée d'association, d'union :
Son ép(mx la tenait tremblante entre ses bras. (Voltaire.) 11 s'emploie au pluriel pour désigner le mari et la femme : In Époex dment tfpnre en benne inielligeMee. (Académie.)
Le âivoree est si naturel que, dans plusieurs mmsens, il ceuche toutes les nmh entre les deuo^Èfwnu [ChaadoH,]
Employé dans la langue familière, époux est une expression prétentieuse et ridicule ; les gens de la bonne compagnie disent mo» MARI, ma FEMME, et non mon époux, mon épouse.
Marri, repentant.
Marri est un terme de la langue mystique ; il exprime un état de repentir mêlé de tristesse, dans lequel domine le chagrin que donne le regret d'avoir péché :
Être MARRI d'aveir offensé Dieu. (Académie.)
11 s'emploie quelquefois familièrement, mais surtout dans le style comique.
<»SERVATIONS œMPLÉMENTAlRES. 437
Repentant est le terme de la langue vulgaire; il exprime phitôt le regret que fait ressentir une faute que le chagrin qu'elle produit.
Anciennement, on disait se marrir^ dans le sens de Se courroucer, et marrisson^ dans le sens d'Indignation : .
La MARRissoN et tristesse qu'on a du bien d' autrui. (Nicot.)
Ces expressions sont encore usitées d^s quelques campagnes.
Martyr, Martyre.
Le premier est un nom épicène qui se dit de celui ou de celle qui souflfre des peines, des supjàices, et même la mort, pour la confession et la défense de la religion :
Saint Etienne a été le premier martyr. Sainte Cécile est vitrge et martyre.
(Académie.)
Figurément , H se dit d'un homnie ou d\me femme qui a beaucoup souffert :
Il y a des martyrs de vamUé^ atusi hiem qme de ptétf (Nicole.)
ilfar^jfre exprime le supi^ice même, la mort oa les tourments endurés pour la foi; et, dans cette ^gnification, il ne se dit point au pluriel :
VÉglise a attaché des honneurs à l'opprobre et aux souffrances du martyre.
(Saint-Evremond.)
Il sert encore, par analogie et par exagération , à exprimer toutes sortes de peines de corps et d'esprit :
C'est un martyre que d'avoir affaire à des gens de mauvaise foi, (Académie.)
Et plusieurs, qui tantôt ont appris mon martyre,
Bien loin d*y prendre part, n'en ont rien fait que rire. (Molière.)
Massacrant
L'Académie n'admet ce ioaot comme adjectif qu'au féminin singulier, et elle dit qu'il n'est en usage que dans cette tocntion femilière : îme humeur massacrante, une humeur bourrue, grondeuse :
Il est at^r^ktd d'une humeur massacramte. (Académie.)
Matière, sujet.
En termes de littératinre, on entend par matière le genre d'objets dont on traite, et par sttjet l'objet même qu'on expose et qu'on veut
438 GRiMUfAIRE GÉNÉRALE ET HISTORK^.
démontrer; ainsi un ouvrage roule sur une matière^ et Ton traite différents sujets. Les vérités de TEvangile sont la matière de tous les sermons, et chaque sermon a pour sujet particulier quelqu'une de ces vérités. Pour bien traiter le plus léger sujet ^ il faut donc bien connaître toute la matière qui en fait le fond.
Un auteur judicietix sait bien choisir sa biatière. (Académie.)
Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant ou sublime,
Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime. (Boileau.)
Matinal, maiîneuœ, matinier.
Le premier exprime un accident; ainsi, vmis avez été matinal signifie, vous vous êtes le^ matin aujourd'hui ; le second, au contraire, exprime une habitude : Vhomme matineux est celui qui se lève le matin tous les jours :
La prière qui veille en ces saintes demeures,
De Tastre matinal nous annonce le cours. (A. Soumet.)
L'aiguille matinale a fatigué tes doigts. (Lamartine.)
Heureux qui, de Paies respirant tous les charmes,
Va surprendre l'Aurore à ses premières larmes,
Et, d'un pied matineux ef&eurant le gazon.
Do l'oiseau qui s'éveille entend le premier son. (E, le Brun.)
Matinier n'est usité qu'au féminin et dans cette expression :
l'étoile MATINIÈRE.
Mêler,
Ce verbe, dans l'acception de Mettre ensemble deux ou plusieurs choses et les confondre, veut la préposition avec :
La Marne mêle ses eaux avec celles de la Seine.
MÊLER de l'eau avec du vin, (Académie.)
Le traître, l'autre jour, nous rompit de ses mains Un mouchoir qu'il trouva dans une Fleur des saints. Disant que nous mêlions, par un crime effroyable. Avec la sainteté les parures du diable. ( Molière.)
11 mêle quelquefois nos fonds avec les siens.
Et par distraction garde ce qu'il faut rendre ;
Mais l'argent se ressemble, et l'on peut s'y méprendre.
(C. Delavigne.)
Les armées françaises ont séjourné longtemps en Italie, en Hollande et en Allemagne; elles s*y sont hélées avec lesptuples qu'elles ont vaincus, (Michaud.)
Mais au figuré, et dans le sens moral, ce verbe pris pour Joindre, unir, veut la préposition à ;
Il sait MÂLER la douceur À la sévérité. Mêler les affaires Aox plaisirs.
(Académie.)
obseryâhons complémentaires. 439
Dieu MÊLE sagement aux douceurs de ce monde des amertumes salutairesi
(Fénelon.) Mêlons aux chants de la victoire Les douces chansons de l'amour. (Quinanlt.)
• • • . Une bergère, aux plus beaux jours de fête.
De superbes rubis ne charjge point sa tête.
Et sans mêler à l'or l'éclat des diamants,
Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornements. (Boileaa.)
Un soin nouveau se mêle au trouble qui me presse, O mon ami! dis-moi quelle est cette prêtresse...
(Guymond de la Touche.)
Il faut mêler sa cendre aux cendres de ses p^res.
Et c'est le môme Dieu qui nous jugera tous. ( J.-B. Rousseau.)
Je MÊLAIS À mes leçons de petites fables propres à lui ouvrir Vesprit en le diver^ tissant, (Lesage.)
Dieu des cienx, pardonne cette joie
Qui se mêle un moment aux pleurs où je me noie. (Voltaire.)
Lorsque j'entendis la cloche qui appelait l'équipage à la prière, je me hâtai d'aller MÊLER MES voEDx À CEUX dc mcs compognous, (Chateaubriand.)
Des pressentiments de mort se mêlaient à ses vastes piojets et quelquefois en arrêtaient l'essor, (Thiers.)
La mesure ne permet pas toujours aux poètes de se conformer à cette règle ; ainsi Lefranc a dit, dans ses Poésies sacrées :
Privés de tes regards célestes.
Tous les êtres tombent détruits.
Et vont mêler leurs tristes restes Au limon qui les a produits.
Toutes les fois qu'on a mêlé un calcul À une bonne action, le calcul ne réussit p(W.(M-« de Staël.)
Il serait facile de trouver dans les poètes beaucoup d'exemples semblables ; mais en examinant avec attention, on s'aperçoit promptement que toujours la mesure les a forcés d'enfreindre une rè^e fondée sur la raison et le bon sens.
Nous établirons donc en principe : 1** que le verbe mêler veut la préposition avec quand il signifie Mettre deux ou plusieurs choses ensemble, les confondre ; 2° qu'il veut la préposition à quand il a le sens de Joindre, unir.
Membru, membre.
Le premier se dit d'un homme qui a les membres forts et gros :
On peint Hercule fort et membru.
Le second se dit d'un homme qui a les membres bien faits, bien proportionnés ; et il ne s'emploie qu'avec l'adverbe bien, qui en détermine le sens :
H est BIEN MBMBRÉ. (Académie.)
440 GRABBlÀiBiS GÉFQÊIULE ET mStmtÇm-
Il est encore usité en termes de blason, et se dit de^ membres inférieurs des animaux lorsqu'ils sont d'un autre émail que le reste de ranimai :
Les jambes et les cuisses des aigles sont heubkébs.
Métabole,
Ce mot, sous îeqnel les rhéteurs anciens ont entendu de^ choses bien différentes, se définit généralement, Cne figure de pensée qui consiste dans une accumulation d'expressions synonymes, forBoant une gradation de termes variés qui s'ajoutent les uns aux autres poiar peindre richement le même objet, Ovide et Ciceron chez les anciens , et MassiUon diez les modernes, ont fait im grand osage de cette figure :
La iMKT FINIT Toen UL «uMMi de ïhomme fui « oMié Die» pendant m viev
ELLE LOI BAVIT tOUt ,' ELLE LE DÉPOUILLE de tOUt ,' ELLE LB LAOSB SEUL, SàNS «OBOR,
SANS APPUI, SANS RESSOURCES, entre les mains d'un Dieu terrible. (MassiUon.)
Métaphore,
On donne ce nom à une figure de rhétoriqoe par laquelle une chose vraie est exagérée ou portée au delà de la vérité réelle :
De la comparaison c'est l'abrégé rapide; Elle plaît à l'esprit, en lui faisant saisir loB nppoxts Inaneox qu'«Ue «st prompt i cb«idr.
{Fk'aaçoifi de 9iou(diÂte&a.}
La définition renfermée dans le premier de ces trois vers est la plus anciennement trouvée et la meilleure qu'on puisse donner de la iréîapkore. Cette figure n*est, en efiet, qu'une comparaison abrégée. Au lieu de dire d'un homme courageux quTl ress«nble à un lion, si Ton dit plus vivement : Cesf un lion^ on fait une métaphjore.
Comme il n'y a pas de comparaison possible entre deux objets sans qu'il y ait ressemblance ou similitude à un degré quelconque, il faut en conclure que la métafhore a pour condition un rapport de ressemblance.
Les métaphores soïA vicieuses lorsqu'^Wes sont tirées de sujets bas, prises de trop loin et forcées, enfin quand dks se suivent sans être en rapport avec le même objet ; les défauts que nous ^gnalons ici«e trouvent dans les exemples qui suivent :
Malgré des feux si beaux qui rompent ma colère. (Comeille.) Prends ta foudre, Louis, et va comme un U^n* {MaflMErtic,^
OB£miTJITIOIIS COMPLÉIffim'AIRGS. 44 1
L'hiver, qui si longtemps a fait blanchir nos plaines, N'enchaîne plus le cours <!les paisible ruisseaux ; Et les jeunes zéphyrs de leurs chaudes haleines
Ont fondu l'écorce des eaux. ( J.-B. Rousseau.)
Métonymie,
C'est un trope par lequel un mot quitte sa signification naturelle et vi^^a^repour en prendre accidentdiement une autre qui a cpielque rapport avec la première. 11 serait impossible de limiter, tant ils sont nombreux, les rapports qui peuvent servir de fondement à la métonymie, Les^nnciipsMX sont: la cause pour l'effet^ l'effet pour la cause ^ le contenant pour le contenu^ le nom du lieu où une chose se fait pour la chose méme^ le signe pour la chose signifiée^ le nom abstrait pour le concret y les parties du corps considérées comme siège des sentiments pour les sentiments eux-mêmes ; le nom du maître de la maison p&ta- la maison qu'il possède ou qu'il occape, etc. :
Tkémû * son joArtier ; Btllone, son drapeau;
Bécoré de la mitre^ on «spire au chapeau. (F. de Neufcfaàteav»)
Nos OUTRES remplies d'eau s'écoulent. (Chateaubriand.)
Des faisceaux avec lui je partageai l'honneur. (M.-J. Chénier.)
Sans doute en mon avril, ne sachant rien au fond,
Jeaae, crédule, austère, J*ai fait des songes d'<u\ cooune tous ceux qui font
Des songes sur la terre. (V. Hugo.)
Moitié.
Ce mot, employé dans l'acceptioa d'Epouse, était autrefois et peut être encore aujourd'hui employé en poésie et dans le style noble:
Les deux Vont enrichi de deux aimables filles.
Dignes d'entrer au sein des plus hautes familles ;
Gagoe si bien safr^toe et leur pure aaitié.
Que Tune ou Tautre enfin devienne ta moitié. {Saint-Amant.)
Apportez-vous ici la haine ou l'amitié,
Comme mon ennemie ou comme ma moitié f (Corneille.)
Etemel entretien de haine et de pitié,
Hestes du grand i^mpée, écoutez sa moitié. { Le même.)
V Là, répoux accablé sons le fardeau des ans,
Presse encor sa moitié dans ses bras languissants. ( Saint-Lambert. )
Mais il est exclu de la conversation ; et, dans le style comique, il est le plus souvent pris ironiquement :
Certes, monsieuf Tartufe, à bien prendre la chose.
N'est pas un homm&, non, à se moucher du pied.
Et ce n'est pas peu «l'heur que d'être sa moitié. « (Molière.)
442 GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTCnUQUE.
Moment, instant.
Ces deux mots expriment une très-petite durée; mais moment a une signification plus étendue qu'instant; le premier marque un temps très-court, le second le point le plus rapide de la durée ; il y a entre eux la même différence qu'entre la circonstance et Voccasion :
Il se passe des choses bien horribles dans ce monde; mais on en parle un ho- MOMENT, et puis on va souper. (Voltaire.)
Chaque instant de la vie est un pas vers la mort.
Mousseux, moussu.
Mousseux se dit des liqueurs qui font beaucoup de mousse. Moussu se dit de tous les corps que Thumidité couvre de mousse :
Un mur en ruines, couvert de ronces, de lierre, et constmit de gros blocs de pierre MOUSSUE. (E. Sue.)
Marchale dit avoir vu, dans les montagnes^ une infinité de sapins si moussus et si blancs, qu'il semblait que la mousse y fût crue au lieu de branches. (Trévoux.)
Quelques écrivains ont abusivement employé mousseux dans le sens Ae moussu:
Une grotte mousseuse, un coteau verdoyant. (Boucher.)
Parmi des rocs mousseux, une claire fontaine
Bondit, s'échappe, tombe (Michaud.)
Un gros rosier mousseux dont la tête élégante Embaumait Tair du parfum de ses fleurs. (Viennet.)
Neuf (A, de).
11 ne faut pas confondre dans leur emploi les deux locutions adverbiales à neuf et de neuf; elles résultent Tune et l'autre d'une ellipse qui en fait parfaitement comprendre la valeur et le sens : à neuf signi&e remis ^ refait a neuf, et de n^/* équivaut à fait^ établi pour la première fois avec du neuf. Il suit de là que à neuf se dit des choses qu'on raccommode, qu'on répare, et de neuf des choses nouvelles qu'on établit, qu'on fait en entier avec une matière qui n'a pas encore eu d'emploi ; ainsi l'on dira : Remettre des habits a NEUF quand on les réparera, et Habiller ses gens de neuf si on leur fait faire des habits neufs.
Nominatif.
Dans les langues qui ont des déclinaisons, on désigne par nominatif cehxi des cas du singulier et du pluriel des substantifs, des pro-
OBSERYÀTK^ÏS CœinJÊlfENTAIRES. 443
noms et des adjectifs, qui représente le sujet du verbe; ainsi les sujets simples ou composés des propositions qui suivent équivalent à des nominatifs :
X'iKGÉNiBUSB ANTIQUITÉ auroU CTu que VÉNUS avait noué sa ceinture autour de ces nouvelles Cylhères pour les défendre des orages, (Chataanbriand.) Non-seulement on obéit à un sage roi, mais on aime à lui obéir, (Fénelon.)
• . • Rome yent un maître et non une maltresse. (Racine.) Quand notre mérite baisse, notre goCt baisse aussi, (La Rochefoucauld.)
Les vergers, les parcs, les jardins.
De mon savoir et de mes mains
Tiennent leurs grâces nompar cilles, ( La Fontaine. )
OhjeU
« Les poètes ont souventes fois qualifié les femmes d'objets de » leur flamme, d'objets de leurs vœux, etc.
» Puis, à la fin du siècle passé, le langage venant à p^dre de » sa précision, les dames ont été appelées tout crûment des objets^ » terme baroque que l'Académie n'a jamais consacré dans cette » acception.
» Il est devenu trivial. Un courtaud de boutique intitule sa bonne » amie mon objet.
» Dans V Ecole des vieillards^ de C. Delavigne, on y voit un cer- » tain duc, dont on fait valoir les belles manières, dire à un mari :
» Oui, madame DanviUe est un objet charmant. »
Cette remarque est de M. Francis Wey. Croit-il donc que tous ceux qui ont lu Corneille et Racine n'ont pas gardé le souvenir de rheureux emploi que ces deux grands poètes ont fait du mot objet en parlant des femmes?
Adieu, trop vertueux objet et trop charmant. (Corneille.]
U nous fallut chercher
Quelque nouvel ol>jet qui Ten pût détacher. (Racine.)
Volage adorateur de mille objets divers. (Le même.)
La remarque de M. Wey n'a pu avoir d'autre objet que d'ajouter" une nouvelle critique à toutes celles qu'il a si légèrement adressées, dans son ouvrage, à Casimir Delavigne. Mais il était alors de bon goût d'attaquer sans relâche un noble poète étranger à toute coterie, et qui dédaignait de répondre aux critiques qui ont été pendant quinze années systématiquement dirigées contre lui. Il l'a fait une fois cependant, et de manière à s'épargner la peine d'y revenir :
Quand à vous, sur ma vie accumulez Tinjure, Critiquez, censurez, déchirez : Je vous jure
444 GRÀffMAntE eÉSÈ^kUE ET mSTOItlQUE.
Que, fidèle à ma rcrate, od se «e verra pas.
Pour vous répondre mt œot, me détoorner d'un pas.
Il faut bien, en courant, soulever la poussière :
Faites votre métier, je poursuis ma carrière'. (La PoptdarHé.)
Oèserver^ flaire iémrver.
Observer ^gnifie cûosâdérer, ixer soa «iiefition sêmt nn objet :
OflBnnm Inen tm^et oes choses. «Tay observé qu^on n'adressait la parole qu'à vous, (Académie.)
Dans le seiK de falw remarquer qudqu« diose à quelqu'un, ce n'est pas observer^ mais faire observer qu'on doit employer :
Je me borne à faire (^server à un enfant ce qu*il fait continuellement.
(Condillac.) tajmUdé^imte^ étwim-même m'oblige à tfOHS tmke «bskrter qu^en peignant les misères humaines, mon but était eammMe et mime icuMe, à ce ^< je crois.
[X-J. HousseMu)
Ombre de fSousJ,
Sous onAre de est une locution prépositive employée iisiBrément pour sous prétexte j sous apparence :
M a t^tnqpé bien des pens sois omirz i>b éévôtion, us Tfiéié* '(Académie.^
On (fit dans le même sens sous l'ombre de :
Soos l'oubre de la dèvetHm, m la pieté. (Académie.^
Sous ùvfibne qm^ sôus prétexte que, est une locwlîon conjonctive peu an usage «ujoardliui :
Regarder s'il rCeût pas été bien mal à propos qu!en cette occasion, sous oioifts -que je suis à V Académie, je me fusse piqué déparier bon français. (Voiture.) Vous faites bien l'eniendu, sbvb ombbb ^e veus pétries^ aommeun petit Cicéron,
(M"«deSévigné.)
L'Acadénae remploie cependant sans indiquer que cette construction ait vieiMi :
' JUUda fait mn mmamis 4mtr «oes «usai qc'îI ptwnd imiérêt à Imi, {àsosôéaàe.)
Orfimily mmité, frémmption.
Vorgvml ré»dte de l'estime qu'on « dte soi ^ k v«mti^ 4e l'estinie vraie ou supposée qu'ont {»oor nous les aulves; \a présomptitm résulte de ridée iausse ou exagérée qu'oa a de son mérile, de son pouvoir ou de son influence :
J'entends par orgueil, une haute Ofpinxon de son propre mérite et de sa supério-
OBSERVATI<»fô COMPLÉMENTAIUES. 44&
rUfrUé sur les autres, J'entends par vanité, V envie d'occuper les hom$ne» de sêi et de ses talents, et la préférence de cette opinion étrangère à ta réalité même du mérite, (Lamotte.)
La PRÉSOMPTION a tant de hauteur et si peu de base qu'elle est très-facile à ren^ verser. (M»* de Staei.)
Ouvrable, ouvrier. *
On dit un jour ouvrier et un jour ouvrable pour distinguer im jour où il est permis de travwUer, xsk jour qui n'est pas lérié : âsms cette locution, ouvrable est plus usité méûie qskùmrier; si Foû remployé ce dernier dans les vers suivants , c'est que la rime en faisait imeloi :
Tout parle dans la fabTe;
Elle nous a transmis le débat mémorablâ
Que l'olivier jadis eut avec le laurier;
Celui du jo«r de fi&te et du jwsur OKtner. ( F. âe MeitfdiÉfeeau.)
Mms dans tous les autres cas on dit ouvrier et non ouvrdbh : la classe OUVRIÈRE ; des cités ouvrières.
Parler mal, mal parler.
Parler inal^ c'est s'exprimer d'une façon incorrecte, vicieuse, et employer des termes ou des constructions hors d'usage ; mal parler^ c'est dire des choses blessantes, ofiensantes^ tenir des propos déplacés; l'un a raj^tort à la fornoe du diseoms^ et Vautre au fond. Voilà la distinction qu'ofi établit ordioairement eBtre ces deux constructions, distinction que la plupart des écrivains ont observée :
* // ne faut ni mal parler de» afrseftfs, ni pa»i«ek wàx damnt Us soHtnts.
(Beauzée.)
Parricide^
Parricide a la double signification duparricida des Latins, et se dit de celui qui tue s(H1 père et de celui qui tue sa mère ; il désigne en outre Tacte, le crime lui-même (parricidium). Autrefois il avait une signification plus restreinte, et ne s'employait qu'en parlant du meurtre commis sur un père ; on a même dit d'abord patri-cide et matricide :
Cest homme, s'il eustphts iostaoppeUer homme que besie sauvotfe, est semblable à un piiTRiciM et matricim. (Chotières.)
Ensuite on a dit parricide ^ sans renoncer à matricide :
Nous confessons tfvten nmtr% vUle, jadis y a eu un paarigumb, et en Argos un matricide ; mais gtsant à nous, nous avons chtusé et banny de nwb pats ceux qui ont commis telles malheureusitei. (Amyot»>
Aujourd'hui on ne se sert plus que de parricide^ qui a le double sens iepatricide et de matricide.
Partager.
Ce verbe prend la préposition avec quand il signifie Entrer en partage :
Ah ! qui peut avec lui partager votre amour? ( Racine.) // PAKTAGB AVEC EUX le$ $oin$ du gouvemement. (Fénelon.)
Dans le sens de Diviser, distribuer une chose par parties, il veut la préposition à ou la préposition entre :
Il PARTAGE son hutiu k SES PETITS. (Bossuet.)
Chaque année il partage entre les pauvres ce qui lui reste de son revenu.
Le père partage également sa tendresse entre tous ses enfants. (Académie.)
Participer.
Participer à signifie Avoir part à quelque chose :
Vous PARTICIPEZ A ma fortune, comme vous avez participé à ma disgrâce.
(Acadétàie.)
Participe à ma gloire au lieu de la souiller;
Tâche a t'en revêtir, non à m'en dépouiller. ( Corneille. )
Cest en quelque sorte participer A dne ronne action que de la louer de bon comr, (La Rochefoucauld.]
Participer de, c'est Tenir de la nature de :
Le mulet participe do cheval et de l'âne. (Académie.)
Le pathétique participe du sdrlimb, autant que le sublime participe dc beau et db l'agréable. (Boileau.)
Plusieurs des défauts que Von rencontre dans la Fontaine participent quelquefois des qdautés aimables qui les avaient fait naître. (Chamfort.)
Pensée, penser.
Ces deux noms présentent la même idée à l'esprit; mais le second, que relève le genre qu'il emprunte de sa dérivation, s'emploie presque exclusivement dans la poésie et dans le style soutenu :
Que j'ai toujours haï le penser du vulgaire. (La Fontaine.)
Le penser des âmes fortes leur donne un idiome particulier, et les âmes Cûm^ munes n'ont pas même la grammaire de la langue. ( J*nJ, Rousseau.)
Que les pensers de ces hommes sont courts! ( Lamartine.)
M. de Lamartine a {dépenser du féminin :
Mes pensers dans mon front roulaient conune un torrent; Et mes esprits flottant sur toutes, sur aucune^ En vain, comme l'éclair, en voulaient saisir une; Chacune,^ tour à tour, fuyait et m'entraînait.
11 est en cela d'autant plus blâmable , que , de principe incontesté, tout infinitif employé substantivement est masculin en français.
Pensée^ qui est le terme de la langue vulgaire et du langage didactique et philosophique, est aussi le mot le plus souvent employé en poésie :
// nous est impossible d'apercevoir notre âme autrement que par la pbns6b.
(BofTon.)
Il fallait qu'il s'écoulât des siècles pour soupçonner que la versée peut être assu' jettie à des lois. (Condillac.)
Il est de mon devoir de répondre à la confiance dont vous m'honora^ en vous dtsant librement ma FEmÉE, (Voltaire.)
.... Puissé-je demeurer sans voix, Si dans mes cbants , ta douleur retracée, Jusqu'au dernier soupir n'occupe ma pensée. ( Racine.)
Périphrase, circonlocution.
En termes de granimaire, on appelle périphrase un certain tour de phrase qu'on emploie quand on ne veut pas se servir du terme propre, soit pour le déguiser, lui donner plus de force ou Tadoucir :
Il faut que j'entretienne
Cet homme qui devint, aux yeux de nos soldats.
De Judas Machabée Iscfiariot Judas !
— Fou! Pour dire Cromwell, drôle est ]& périphrase, (V. Hugo.)
On nomme circonlocution une expression développée substituée au terme propre; ainsi quand on dit : le Père du peuple ^ pour I>ouis Xll ; le Cygne de Cambrai^ pour Fénelon, on use d'une circonlocution.
Le grand usage des circonlocutions., dit Marmontel, est dans les choses de délicatesse, de finesse et de décence.
Persévérer, persister.
Persévérer .^ c'est ne vouloir pas changer en cx)ntinuant ; persister^ <î'est se tenir avec opiniâtreté dans ce qu'on a une fois voulu. Persévérer implique du jugement, de la réflexion; persister implique de la constance, de l'attachement. On persévère dans ses principes, on persiste dans ses opinions. Persévérer se prend généralement en