XXXIJ INTRODUCTION
qui est, c(Uoi qu'on en ait pu dire, un des écrivains les plus originaux de son époque :
Si i'estois un grand roy, pour éternel exemple
De fidèle amitié ie bastirois un temple
Desur le bord de Loire, et ce temple auroit nom
Le temple de Ronsard et de sa Marion.
De marbre parien seroit vostre elïigie ;
Vostre robe seroit à plein fons eslargie
De plis recamez d'or , et vos cheveux tressez
Seroient de filets d'or par ondes enlassez
D'un crespe canellé seroit la couverture
De vostre chef divin, et la rare ouverture
D'un reth de soye et d'or, fait de l'ouvrière main
D'Arachne ou de Pallas, couvriroit vostre sein.
Vostre bouche seroit de rose toute pleine.
Respandant par le temple une amoureuse haleine.
Vous auriez d'une Hébé le maintien gracieux,
Et un essein d'amours sortiroit de vos yeux.
Vous tiendriez le haut bout de ce temple honorable,
Droicte sur un sommet d'un pilier vénérable.
Et moy d'austre costé assis au mesme lieu , le serois remarquable en la forme d'un dieu ; l'aurois en me courbant dedans la main senestre Un arc demy-vouté, tout tel qu'on void renaistre Aux premiers iours du mois le reply d'un croissant ; Et i'auroîs sur la corde un beau traict menassant. Non le serpent Pithon, mais ce sot de ieune homme, Qui maintenant sa vie et son ame vous nomme. Et qui seul me fraudant, est roy de vostre cœur. Qu'enfin en vostre amour vo' trouverez mocqueur.
Quiconaue soit celuy, qu'en vivant il languisse, Et de cnacun hay luy-mesme se haysse; Qu'il se ronge le' cœur, et voye ses desseins Tousiours luy eschaper comme vent de ses mains; Soupçonneux et resveur, arrogant, solitaire. Et luy-mesme se puisse à luy-mesme desplaire.
l'aurois desur le chef un rameau de laurier, l'aurois desur le flanc un beau poignard guerrier, Mon espé seroit d'or, et la belle poignée Ressembleroit à l'or de ta tresse peignée ; l'aurois un cystre d'or, et i'aurois tout auprès Un carquois tout chargé de flammes et de traits.
Ce temple fréquenté des festes solennelles Passeroit en honneur celuy des immortelles. Et par vœux nous serions invoquez tous les iours, Comme les nouveaux dieux des fidèles amours.
Qu'on écrive en prose ou en vers, la première chose à feire,
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sans doute, est de penser, de méditer et de bien se pénétrer de ce qu'on veut dire; dès lors, le style n'est plus un ornement, un vêtement de la pensée; il s'incorpore à elle, et la parole vraie et naturelle coule sans effort. Le défaut de Ronsard, c'est de s'être trop préoccupé de la forme; si ses pensées eussent été naturellement fortes, il n'aurait pas eu besoin de les renforcer à l'aide de mots empruntés au dictionnaire grec.
Rabelais, Montaigne, Amyot, parmi les prosateurs; la Boétie, Bodin, Charron, moralistes exquis ou politiques profonds, ancêtres de Voltaire, de Fénelon, de Montesquieu et de Jean-Jacques Rousseau ; voilà les maîtres de la pensée française. La langue , dans sa jeunesse mobile, s'adapte aux fantaisies de l'esprit; souple et facile à mouvoir, elle reproduit et la profonde originalité de Rabelais, et le npnchaloir de Montaigne, et les grâces athéniennes d'Amyot, et l'âme ardente de la Boétie, comme la lenteur grave de la pensée de Bodin et de Charron. Les grands esprits lui laissent chacun une empreinte distincte; elle s'enrichit de tous les trésors et se transforme à mesure qu'un nouveau livre paraît.
L'éloquence qui s'était enfermée dans l'Eglise catholique, et qui brillait de temps en temps aux états généraux, l'éloquwice repai^^t, au seizième siècle, sous l'austère parole de Calvin. Grave, raisonneuse, pressante, serrée, la théologie protestante se met à disserter en français; et l'on ne peut nier que les disputes théologiqnes n'aient eu une grande influence sur la langue. Que ne doitelle pas aussi à ce grand parti des politiques, qui eut à sa tête les hommes les plus illustres et les plus vénérables de la magistrature française, les l'Hospital, les Pithou, les Harlay, les Pasquier, les Mole, les de Thou!
Voici , au seuil du dix-septième siècle, quelques lipes d'une éloquence rare, qui annonce avec quelle fermeté la langue de Bossuet ouvrira les splendeurs du règne de Louis XIV : « L'extrémité de nos misères , c'est qu'entre tant de malheurs et de nécessités , il ne nous est pas permis de nous plaindre ni demander de secours... Il faut qu'ayant la mort entre, les dents, nous disions que nous nous portons bien , que nous sommes ti'op heureux d'être malheureux pour une si bonne cause. 0 Paris, qui n'es plus Paris, mais une spélunque de bêtes farouches, une citadelle d'Espagnols, Wallons et Napolitains, un asile et sûre retraite de voleurs, meurtriers et assassinateurs! ne veux-tu jamais te ressentir de ta dignité, et te ressouvenir ce que tu as été au prix de ce I. e
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que tu es? Ne veux-tu jamais te guérir de celte frénésie qui , pour un légitkne et gracieux roi , t'a engendré cinquante roitelets et cinquante tyrans? Te voilà aux fers, te voilà en Tinquisition d'Espagne, plus intolérable et mille fois plus, dure à supporter aux esprits libres et francs, conune sont les Français, que les plus cruelles morts. Tu n'as pu supporter une légère augmentation de tailles et d'offices, et quelques nouveaux édits qui ne t'importoient imBettent; mais tu endures qu'on pille tes maisons, qu'on te rançcmne jusqu'au sang, qu'on emprisonne tes sénateurs, qu'on chasse et qu'on bannisse tes bon» conseillers et citoyens, qu'on pende, qu'on massacre tes principaux magistrats. Tu le vois et tu Tendures! Tu ne l'endures pat seulement, mais tu l'approuves et tu lo loues, et n'oserois et ne saorois faire autrement! >
Le dix-septikne siècle est l'époque solennelle ou l'alliance du peuple et du roi constitue l'unité nationale; la langue s'immobilise un mefideftt, comme la nation. Est-il vrai que ce siècle soit le dévdoppemeat suprême de l'esprit français, et que te règne de Louis XIV en soit le point le plus éclatant?
Le dix -septième siècle est incontestablement une des pins grandes époques de l'esprit humain. On pourrait le diviser en trois périodes qui ne peuvent guère être mai*quées par des dates , qui représentent pourtant trois évolutions distinctes dans la marche progressive de la pensée française. Parallèlement à Tinfluaice de l'antiquité, figurée au seiâème siècle par Ronsard, les modes Kttéf lùres importées d'Espagne et d'Italie ont fait leur chemin en France, grâce à h cour florentine de Catherine de liKdicts; et par suite de l'ascenda^ de l'Espagne catholique et toute -puissante, on a vu refleurir le bel esprit raffiné, les mignardises de sentiment, l'afiectation se«s toutes ses formes ; le cultorisrm espagnol, mis en vogue par le malheureux poète Gongora, fui popularisé à la cour de France yor h célèbre Antonio Ferez, ce modèle de courtisaBnerie emphatique et spirituelle^ dont M. Mignet a raconté les périlleuses aventures. D'autre part, l'Italie avec ses cometti, que le cavalier Marioo ifiat lui-même faire valoir auprès de la reine-régente, Marie de Médicis^ offirit un attrait de plus à ce penchant vers le bel esprit, fui e8^M)rte les civilisations vieillies comme les jeimes civilisatiens.
Do là na^it l'I^I de RaBèouiHet, m salon qui, par le seul dÊOBÊéuA de U conversation, conquit l'importance d'une institution littétaîre. On a beaieoup raésomé , beaucoup subtilisé sur ces