GRAMMAIRE 6ÉN£RAUS ET HISTORIQUE
Croyez-moi, les Romains, que J*ai trop su conrudtre.
Mentent peu, mon fils, qu'on veuille être leur maître. (Corneille.)
VtUliance qve Judo» avait BNVOTé demander fut accordée. (Bossuct)
Asservie à des lois que J'ai su respecter,
C'est déjà trop pour moi que de vous écouter. ( Racine.)
Dans ces exemples, Tinfinitif est encore le complément du participe.
2® Il est variable^ lorsqu'il a pour complément direct le pronom qui le précède :
Peut-être devons-nous regretter ces temps d'une heureuse ignorance, où nos àteux vivaient pauvres et vertueux, et mouraient dans le clidmp qui les avait vub naître. (Thomas.)
Mazaël, tu m'as vue avec inquiétude
Traîner de mon destin la triste solitude. (Voltaire.)
Dans ces deux exemples, le participe a pour complément direct le pronom qui le précède, et c'est avec lui qu'il s'accorde; TinAnitif est employé pour le participe présent ; on devait dire grammaticalement : qui les avait vus naissant; tù m'as vue traînant.
L'accord a encore lieu lorsqu'il y a deux compléments énoncés précédemment, dont l'un dépend du participe et l'autre de Tinfinitif :
La plante mise en liberté garde Vinclinaison Qo'on l'a porcéb à prendre.
Dans cette phrase, que^ représentant inclinaison^ est complément de prendre^ et /' pour /a, représentant plante^ est complément de a forcée.
C'est donc à tort que Delille a fait dire à Didon :
Dans ces vaisseaux ingrats qu'ils m'ont vu secourir Les ingrats voudraient-ils m'accorder une place ?
C'est vue qu'il faut écrire.
Participe passé Èvùvi d'un infinitif régi par une préposition. TROISIÈME PRINCIPE
Lorsque le participe est suivi d'un infinitif régi par une préposi-tion, il s'accorde encore avec le complément qui le précède si ce complément lui appartient, et reste invariable si ce complément dépend de l'infinitif.
On écrira donc variable :
L'Europe a reconnu que Pierre le Grand aimait la gloire, et qu'il l'avait msE. à faire du bien. (Voltaire.)
f'çi tnftrçhç aux ennemis, que j'ai contraints de se renfermer dans leurs places.
. (Vertot.)
DU PARTiaPE. 19
L'analyse donne : // avait mis l' (la gloire) \ et : J'ai GONTltàiHT QCE {lesquels ennemis)^ le complément direct est, dans ces phrases, sous la dépendance du participe.
Mais on écrira invariable :
Partout les rayons perçants de la vérité vont venger la vérité^ qu'il a ntouei de mvre, (Fénelon.)
Ne faites rien qui ne soit digne des maximes de vertu que fai tâché de vous in^irer. (Le môme.)
L'analyse donne : // a négligé de suivre que {laquelle vérité)^ et : J'ai taché d'inspirer que {lesquelles maximes) à vous. Le par-* ticipe a pour complément Tinfinitif qui régit le pconom relatif.
Observation. — Le participe passé eu^ précédé d'un complément et suivi d'un infinitif, est soumis aux mêmes règles : s'il a pour complément le terme qui précède, il s'accordô avec lui ; si, au contraire, ce terme ne peut être considéré que comme complément direct de rinfinitif, le participe eu reste alors invariable.
Ainsi l'on écrim
Variable : Invariable :
Je suis persuadée que la sagesse que Les ravins, les forêts, les fleuves que vous avez eue de garder le lit vous aura nous avons eu k traverser, ont retardé entièrement remise. (M*"* de Sévigné.) notre marche. (Bescher.)
En réfléchissant à la peine que j'ai Quels travaux n'a^Uelle pas eu à sup-
eue d'apprendre à déchiffrer la note. porter avant de se reposer dans le port
( J.-J. Rousseau. ) où on la voit î ( De Pradt. )
ParUeîpe passé précédé d'un complémokt direct et suivi de Tinfiaiiif être.
Le participe passé d'un verbe pris dans le sens transitifs et précédé d'un complément direct, est quelquefois suivi de l'infinitif ^^rè, placé avant une expression attributive ; dans ce cas, l'accord se règle comme si le verbe être ne figurait pas dans la phrase.
On doit donc écrire :
J'ai refusé ces deux billets, parce que je les ai reconnds être faux.
Des temples furent élevés, avec le temps, à tous ceux qu'on avait supposés être nés' de la divinité, (Voltaire.)
Le verbe être est ici, et dans tous les cas analogues, un terme purement explétif; il ne remplit dans la phrase aucun rôle, sa valeur est nulle; et le plus souvent l'on peut le retrancher sans faire subir au sens la plus légère modification, et même sans rompre l'harmonie des mots.
Essayons ce changement :
J'ai refusé ces deux billets, parce que je les ai reconjids faux.
20 gràbimâire générale et historique.
Des temples furent élevés, avec le temps, à tous ceux qu'on avait wpposis nés de la divinité.
Nous sommes entrés dans ces détails, et nous avons consacré un paragraphe à ce fait grammatical, parce que beaucoup de personnes croient encore que, dans ce gallicisme, on doit considérer llnfinitif être comme une expression essentielle, tenant lieu d'une proposition sous-entendue et conséquemment du verbe sous la dépendance duquel se trouve le complément direct placé devant le participe; d'où résulte Y invariabilité du participe; c'est là une doctrine grammaticale faus^ et contraire à tout esprit d'analyse et de logique ; car jamais un mot surabondant, une expression explétive qu'on peut supprimer sans altération ni modification du sens, ne peut être consickrée comme un ternie influent et essentiel.
Voltaire a donc écrit avec raison :
Quant à son mors, il doit être d'or à vingt-trois carats ; car il en frotta les hossettes contre une pierre que j'ai reconnu être une pierre de touche, et dont j'ai fait l'essai,
Partîcîpe laissé précédé d'nn complément et suivi d'un infinitif.
Le participe passé laissé suit les mêmes règles que les participes passés des verbes transitifs précédés d'un complément et suivis d'un infinitif; quand le complément dépend du participe, celui-ci prend le genre et le nombre du complément^ taitdis qu'il reste invariable quand le complément est sous la dépendance du verbe à l'infinitif.
On peut même établir en principe, pour laissé et pour tous les participes passés, précédés d'un complément direct et suivis d'un infinitif, qu'ils s'accordent avec le complément quand r infinitif qui suit a le sens intransitif ^ et quils sont invariables quand l'infinitif qui est placé après eux a le sens transitif.
Ainsi on écrira avec accord :
J'ai commencé à la hâte, et mon sujet détendant sous ma plume, je Vai laissée aller sans contrainte.
Et je vous ai laissés tout du long quereller,
Pour voir où tout cela pourrait enfin aUer. ( Molièfe.)
Vous n'êtes pas venus à bout de votre dessein; le monde vous a uissés rhrê et pleurer tout seuls. (Radne.)
Et l'on écrira sans accord :
Ils étaient punis pour les maux qu'ils avaient laissé faire sous leur autorité»
(Fénelon.)
Brutus reproche à Cassius les rapines qu'il a laissé exercer par les siens en sie, (Voltaire.)
Quelques grammairiens prétendent que laissé ^ placé avant les intransitifs tomber^ mourir^ vivre ^ etc., doit être considéré comme une sorte d'auxiliaire invariable, formant avec l'infinitif une ^pression verbale indivisible : le contraire est facile à prouver ; il suflSt de placer le complément entre le participe et Tinfinitif pour démontrer que ce complément est sous la seule dépendance du participe laissé^ et non pas sous la dépendance de Texpression totale formée par le participe et l'infinitif.
Ainsi Ton doit écrire :
Ses ennemis Qu*t/ a laissés tomber, mourir, vivre,
parce qu'on peut dire :
Il a LAISSÉ SES ENidEMis tomber^ mourir, vivre,
transposition qui serait impossible, si le participe était suivi d'un infinitif ayant le sens transitif.
ParUcîpe fait précédé d'an complément direct et soîti d'un infinitif.
Le participe fait^ suivi d'un infmitif, est toujours invariable; c'est une sorte d'auxiliaire qui n'a par lui-même aucune signification propre, et qui forme avec l'infinitif qui le suit une expression vert)aie indivisible :
Les serpents paraissent privés de tout moyen de se mouvoir, et uniquement destinés à vivre sur la place où It destin les a fait naItiib. (Lacépède.) Ce sont mes sentiments qu'il vous a fait entendre. (Molière.)
I^in de les décrier, je les ai fait paraître;
Et souvent, sans ces vers qui les ont fait connaître.
Leur talent dans Toubli demeurerait caché. (Boileau.)
Il prétend que cette comédie est à lui, et se plaint des imprimeurs qui L*on/ fait oouBiR sous le nom d'un autre, (Corneille.)
De la cime des monts tout prêt à disparaître.
Le jour sourit encore aux fleurs qu'il a fait naître. (Mîcbaud.)
Dans ces exemples, le participe fait forme avec l'infinitif une expression verbale de sens transitif ; le complément qui le précède n'appartient pas au participe, et ne peut être attribué non plus à l'infinitif pris isolément ; il dépend de l'expression totale formée par le participe fait et V infinitif qui suit.
Cette construction n'est autre chose qu'un gallicisme^ sans correspondance dans les autres langues : le participe communique le sens transitif à tous les infinitifs qu'il précède, sans excepter même ceux qui de leur nature sont essentiellement intransttifs.
Cette forme est quelquefois traduisible en français par une seule expression ; mais il est presque impossible d'en trouver le juste
équivalent, car, si nous changions qu'il vous a fait entendre^ du second exemple, en qu'il vous a exprimés^ et qui l'ont fait courir^ du troisième, en qui l'ont répandue^ nous dirions d'un côté plus que Molière, et de l'autre, moins que Corneille. Quant à faire mourir^ il est intraduisible.
Participe paisé ayant pour eomplémeiit un infinitif ■ons-entendu.
Après les participes dû^ pu^ voulu^ permis^ on ellipse souvent rinfinitif; dans ce cas, le participe est invariable, attendu que le pronom qui le précède est le complément de l'infinitif sous-entendu :
Je lui ai lu mon épître posément, jetant dans ma lecture touie la force que j" t PO. (Boileau.)
C'est-à-dire, jetant dans ma lecture toute la force que fai pu
XETER.
n a fait pour le bien recevoir toutes Us dépenses qob sa fortune lui a permis. C'est-à-dire, que sa fortune lui a permis de faire. Vous ne lui ave% pas adressé tous les remerdments que vous aurieik dû.
C'est-à-dire, que vous auriez dû lui adresser.
Dans tous ces exemples, le complément qui précède le participe est sous la dépendance d'un infinitif sous-entendu, lequel est le véritable terme complémentaire de l'infinitif.
Observation. — Dû^ permis^ voulUy s'emploient quelquefois dans le sens transitif; alors le participe a une signification complète, et ne régit aucun terme sous-entendu.
Ainsi Ton écrit avec accord :
n m* a compté hier les sommes qvHI m*a dues pendant dix ans.
Je tiens à user des libertés qob les lois et la morale ont toujours permises.
Ai faut vouloir fortement les choses Qu*on a une fois voulues.
ayant poor eonaplément \ ordonnée exprimée ou ton
Le participe passé placé entre deux que^ c'est-à-dire employé dans une proposition incidente, suivie d'une proposition subordonnée, est invariable.
La lettre que /'ai pRisuMii que vous recevrie% est enfin arrivée. (MarmonteL)
Le premier que est un pronom relatif représentant lettre^ son antécédent; le second que est une conjonction qui imit la proposi-
DU PAHTiCIPE. 23
tioû vous recevriez au passé indéfini a présumé^ sous la dépendance duquel elle est placée ; le seul complément direct de la phrase, que employé pour lettre^ est donc régi par recevriez , et ne dépend en aucune façon du participe, qui, conséquemment, reste invariable.
En analysant la phrase, nous avons :
1'* PROPOSITION : La lettre vient d'arriver^
2® PROPOsmoî^ : J ai présumé (cela)
3® PROPOSITION : (Que) vous recevriez que (laquelle lettre).
Il peut arriver qu'il y ait ellipse de la proposition subordonnée; dans ce cas, le participe reste encore invariable^ car alors il a pour complément la proposition sous-entendue, et le pronom qui le précède est sous la dépendance du verbe de cette même proposition :
S*il avait demandé M, de Fontendle pour examinateur, je hii aurais fait tau» Us vers Qv*il aurait voulu. (Voltaire.)
C'est-à-dire, je lui aurais fait tous les vers Qu'il aurait voulu que je lui fisse.
Participe pasté précédé ée /', complément direct.
Le participe passé a quelquefois pour complément direct le pronom élidé /', représentant soit un nom^ soit un adjectifs un infinitif on une proposition.
1® Si l' représente un nom, le participe est alors variable^ et prend le genre et le nombre du mot dont il tient la place :
Celte nouvelle, vous L'ave% donc crue? — Je Vai crus.
C'est-à-dire, vous avez donc cru elle? j'ai cru elle. Si nouvelle était employé au pluriel, f qui le représente se traduirait très-bien par les^ et Ton dirait :
Ces nouvelles, vous les ave% donc crues? — Je les ai crues.
2® Si /' représente une proposition, le participe est alors inva-riable :
Sa vertu était aussi pure qu'on Vavait cru jusqu'alors, ( Vertot.)
Qu'est-ce qu'on avait cru? Est-ce sa vertu? Non; mais on avait cru que sa vertu était pure. Le pronom élidé /' est ici du genre neutre, et conséqueittment est invariable ; il équivaut à ce/a, expression implicite qui renferme en elle cette proposition : qu'elle était pure.
Si l'on faisait passer ce dernier exemple du singulier au pluriel, aurait-on :
Ses vertus étaient aussi pures qu'on les avait crues ^