‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 37 sur 139 · II. Plutôt éveille une idée de choix, de préférence · texte numérisé non relu

II. Plutôt éveille une idée de choix, de préférence

Je choisirai la mort plutôt que le parjure. (Corneille.) // me semble que je suis plutôt fait pour commander que pour obéir.

(G. Delavigne.) Plutôt souffrir que mourir, G'est la devise des hommes. ( La Fontaine.)

La phrase suivante présente Temploi de ces deux formes :

La précision du style fut connue plus tôt che& les peuples du Nord. Les senso" lions moins vives, l'imagination moins ardente, firent qu'on voulut vlvtôt peindre que parler, (Thomas.)

Plutôt^ précédé de ow, donne à la conjonction plus de force, mais n'ajoute rien au sens :

Le triste hiver, saison de mort, est le temps du sommeil ou plutôt de la torpeur de la nature. (Buffon.)

Il n'en est pas de même de plus tôt qui conserve toute sa valeur :

Que vous arriviez dans un mois ou plus tôt, tout sera prêt pour vous recevoir.

La vie,

Ou plus tôt ou plus tard, doit nous être ravie. (Raynouard.)

L'Académie écrit plutôt^ en un seul mot, dans les phrases négatives, quand il a le sens de aussitôt^ dès que^ dans les propositions affirmatives ; mais elle n'explique pas la raison de cette orthographe :

Il n'ctt^ pas PLUTÔT dit, il n'eut pas plutôt fait telle chose, qu'il s'en repentit

Au reste, du reste.

I. Au reste s'emploie quand il y a un certain rapport logique entre ce qui précède et ce qui suit, et quand ce qu'on ajoute semble être la conséquence de ce qu'on a dit d'abord :

Pygmchion ne mangeait que des fruits qu'il avait cueillis lui-même dans son jardin, ou des légumes qu^il avait semés, et qu'il faisait cuire. Au beste, il ne buvait jamais d'autre eau que celle qii'il puisait lui-^nême. (Fénelon.)

C'est là ce qu'il y a déplus sage ; au beste, c'est aussi ce qt^il y a de plus juste.

(MarmonteL)

II. On emploie du reste quand ce qui suit n'a pas d'analogie avec xse qui précède, ou qu'il n y a pas une relation rigoureuse entre les idées énoncées dans les deux propositions :

Il est capricieux; du reste, honnête homme. (Académie.)

Je ne demande à mes lecteurs que de lire tout, et de suite, avant que déjuger, DU RESTE, quHls uscnt de tous leurs droits. (Girard.)

Je crois que vous pouve% compter sur sa parole; du reste, je n'en réponds pas,

(Marmontel.)

Je vous ai dit ce que je pensais sur cette affaire; du reste, consulta des per^ sonnes plus éclairées que moi. (Académie.)

* Du reste, il n'a rien fait que par votre conseil. (Racine.)

Le plus souv«at on trouve ces deux expressions employées indifféremment Tune pour Tautre, et les meilleurs écrivains n'ont pas toujours tenu compte des distinctions que nous établissons ici sous toute réserve, d'après les observations plus subtiles que solides de deux grammairiens dont tous les autres se sont faits les échos.

L'Académie, d'ailleurs, confond ces deux termes ; et les exemples qui suivent prouvent que les écrivains les plus exacts d'ordinaire n'ont pas senti qu'il y eût entre eux la plus légère différence :

Nous sommes en état de résister, avec des forces inégales, à cette multitude innombrable d'ennemis qui nous environnent. Au reste, la paix entre eux et nous est devenue très-difficile, (Fénelon.)

Toute Vètude de Paul et Virginie était de se complaire et de s'entr'atder. Au KESTE, ils étaient ignorants comme des créoles et ne savaient ni lire ni écrire

( Bernardin de Saint-Pierre. )

Rien moins, rien de moins

Ces deux locutions adverbiales se joignent toujours à un verbe pris négativement; mais la première ajoute plus de force à la négation, tandis que la seconde }a détruit; ainsi, dans ces phrases :

Ne le craignes pas tattt^ il nCest rien moins que votre père, (Académie.) Il yC aspire à rien moins qu'à obtenir cette place; il ne V accepterait point, lui fûtdie offerte. (Marmontel.)

// isCest RIEN MOINS que votre père^ signifie il v'est point votre père.

Il TiC aspire à rienmcmns, signifie il vi" aspire pas du tout. Mms dans les phrases qui suivent :

// ne faut RIEN DE MOINS dans les cours qu'une vraie et naïve impudence pour réussir. (La Rruyère.)

La Phèdre de Racine, qu'on dénigre tant, fCétait bibr de noms qu'un chefd^œuvre. (Marmontel.)

Écoute% bien cet homme, il fCest rien de moins qu'un sage. (Le même.)

c est l'afiirmation qui est exprimée.

La Bruyère a voulu dire : // faut surtout y avant tout y dans les cours, etc.;

Et Marmontel, dans la première phrase : La Phèdre de Racine ÉTAIT un chef-d'ceuvre ;

Et dans la seconde : Il est un sage,

' Selon TAcadéijiie, il n'est rien moins que devant un adjectif a tou jours le sens négatif; mais devant un substantif il est tantôt négatif, tantôt aflSrmatif ; rien moins ou rien de moins^ avec un verbe impersonnel, a toujours le sens négatif; mais avec un verbe actif ou neutre, il est négatif ou afïirmatif, selon Tidée qui résulte des termes qui le précèdent et le déterminent. Ces distinctions ne servait qu'à rendre plus difficile l'emploi de deux expressions déjà obscures, et que le bon goût finira par reléguer parmi les archaïsmes et les termes surannés.

D'ailleurs un très-grand nombre d'écrivains ont employé rien moins dans le sens négatif; et, aujourd'hui, rien de moins est à peu près inusité :

. . . L'accusé n'était rien moins que Jean Sans-Terre, Le duc de Normandie et le roi d'Angleterre. ( Ponsard.)

De suite, tout de suite.

L Z)c suite signifie Successivement, sans interruption, d'une manière suivie :

n ne saurait dire deux mots de scite. (Académie.)

Pygmalion ne coucha jamais deux nuits de suite dans la même diambi'e, de pcttr d'être égorgé. (Fénelon.)

Un ètourneau peut apprendre à parler indifféremment français, allemand, latm grec, etc., et d prononcer de suite des phrases un peu longues. (BufTon.)

Ceux qui pensent peu ou qui ne sauraient penser longtemps de suite sur la même chose n'ont que l'inconstance en partage. (Vauvenargues.)

Le lynx ne court pas de suite comme le loup. (Bufifon.)

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