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GRAMMAIBE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE

» Ainsi nous ne saurions faire usage des inversions que lorsqu'il » est aisé de les ramener à Tordre de la construction grammaticale. »

Au dix-septième siècle, et dans les meilleurs écrivains, on rencontre beaucoup de constructions qui sont de véritables latinismes.

En voici des exemples :

Quelqu'un a-t-il à voir dessus mes actions,

Don^ j*aie à prendre Tordre en mes affections?

Veuve et qui ne dois plus de respect à personne.

Ne puis-jc disposer de ce que Je te donne ? ( Corneille. )

Que George vive ici, puisque George y sait vivre,

^M'un million comptant, par ses fourbes acquis.

De clerc, jadis laquais, a fait comte et marquis ;

Que Jacquin vive ici, dont Tadresse funeste

A plus causé de maux que la guerre et la peste. (Boileau.)

Alors la syntaxe n'était pas encore établie, et Ton se permettait des constructions qui ne seraient plus admises aujourd'hui ; ainsi la piase suivante, claire du temps de Tauteur, est pour nous obscure et mal construite :

// est malaisé de décider si le conseil de rendre les prisonniers a été salutaire car, d'une part, qui considérera l'irrévérence des peuples, pour ne pas dire leur emportement, tel qu'il y avait à craindre un attentat contre la majesté royale, il semblera que la prudence ne pouvait conseiller un autre parti que celui de In douceur, puisque la force manquait pour les réduire.,» (La Rochefoucauld.)

L'inversion est vicieuse quand il résulte une équivoque de Téloignement des termes qui sont en rapport de sens :

Les fleuves, les lacs, les ruisseaux de la Laponie sont si pleins de poissons, qu'uu homme peut, en une demi-heure de temps, en pbendre autant qu'il en peut porter AVEC LNE SEULE LIGNE. (Rognard.)

La clarté exige en prendre avec une seule ligne caitant qu'il en peut porter.

Les fanatiques, les esprits étroits et durs, le peuple du partie s'applaudissaten de ces mesures... Cromwell seul s'en inquiétait en y consentant, non par auci?* SCRUPULE, ni qu'il hésitât à tout faire pour réussir. [ Guizot.)

Cette phrase ne peut prêter à Téquivoque, cependant la construction serait plus nette si Tauteur eût écrit : Cromwell seul, en y consentant, s'en INQUJÉTAIT, NON PAR AUCUN SCRUPULE, CtC.

Le gladiateur s'avançait lentement dans l'arène, laissant tomber ses bras avec une sorte d'abattement, en creusant la terre qu'il allait bientôt ensanglanter, dl BOUT DE SA LANCE. (A. Guiraud.)

Ici il y a équivoque : du bout de sa lance est le complément de en creusant et non de ensanglanter^ après lequel il est placé; il fallait donc écrire : en creusant du bout de sa lance la terre qu'il allait bientôt ensanglanter.

DE LA CONSTRUCTlCMi. 129

n. I>e reUipie.

1. Vellipse (1) est une figure qui consiste dans la suppression d'un ou de plusieurs mots nécessaires à la construction pleine de la phrase.

Sans rien ôter à la clarté de la pensée, Tellipse rend le discours plus rapide, plus concis et plus énergique.

L'elUpse est une figure tellement naturelle qu'elle se produit dans les éléments les plus simples de construction : ainsi toute proposition qui a un sujet ou un attribut composé est essentiellement eUiptique dans sa forme, et renferme implicitement autant de propositions qu'elle contient de sujets et d'attributs simples.

La strophe suivante, dont la construction paraît pleine et qui renferme douze sujets partiels en rapport avec un seul verbe, est par sa forme tout h fait elliptique :

Tes riches magasins, tes temples, tes portiques. Tes vastes arsenaux, tes palais magnifiques, Tes prêtres, tes soldats, les docteurs de ta loi. Tes trésors, tes projets, et tes grandeurs si vaines,

Et tes femmes hautaines.

Dans \ç^ profondes mers tomberont avec toi. (Lefranc de Pompignan.)

Ainsi la construction pleine donnerait douze propositions : Tes riches magasins tomberont avec toi dans les profondes niers ; Tes temples tomberont y eicr^ ^

Tes portiques^ etc.;

Et ainsi de suite jusqu'au demier des douze sujets. On voit par là que Vellipse est une construction qui doit se pré- ^nter très-fréquemment dans toutes les langues. Les termes qu'on ellipse le plus souvent sont : ^^ Le sujet :

Je crains Dieu, cher Abner, et n*ai point d*autre crainte. (Racine. )

l\ vous imite en tout. Vous, d*une ardeur extrême,

Buveif joue%» aimei ; je bois, je joue et j'aime. (Regnard.)

Heureux qui dans ses vers sait, d'une voix légère.

Passer du grave au doux, du plaisant au sévère. (Boileau.)

Ellipse, — Celui-là est heureux qui sait passer du plaisant au sévère.

2° Le verbe^ quand il a été déjà exprimé et qu'on ne veut pas allonger la phrase en le répétant plusieurs fois :

Uimposture est le masque de la vérité; la fausseté, une imposture naturelle; (1) £X).ec\{;cç, grec; manquement, omission,

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la dissimulation, une imposture réfléchie ; la fourberie, une imposture qui vetU nuire ; la duplicité, une imposture qui a deux faces, (Vauvenargues.) Puisse-t-il te confondre, et celui qui t'envoie ! < Molière. )

3® Le sujet et le verbe, dans le second membre des comparaisons :

Le motide RÉcoMPEfÇSB p/ws souvent les apparences du mérite que le mérite même»

( La Rochefoucauld.)

Ellipse. — Que le monde ne récompense.

S<i c'est Dieu qui l*a fait, pourquoi nroi qui l*expie? [Lamartioe.)

Ellipse. — Pourquoi est-ce?

4® Enfin, surtout dans le dWogue et dans le style femilier, tous les termes, soit principaux, «oit accessoires, qu'il est possible de suppléer facilement :

A moi, comte, deux mots. — Parle. ^- Qte-moi d'un doute. (Conieilic. )

IL Cette figure ne doit rien ôter à la clarté du sens, et les mots sous-entendus doivent toujours se trouver, quoique ellipses, dans un juste rapport de construction avec le^ autres termes de la phrase; c'est ce qui a lieu dans les exemples qui suivent :

Dieu, qui agit par intelligence et avec une souveraine liberté, applique sa vertu où il lui PLAÎT et autant qu'il lui plaIt. ( Bossuet.)

C'est-à-dire, où il lui plaît de l'appliquer, et autant qu'il lui . plaît DE l'appuquer.

Les traits de Dante étaient fortement prononcés: un ne% aquilin, des pommettes légèrement saillantes, la lèvre inférieure un peu avancée^ d'épais cheveux noirs bouclés, la barbe de même couleur, quelque chose de positif et de sévère dans la physionomie. (Lamennais.)

C'est-à-dire, il avait vn nez aquilin^ il avait des pommettes saillantes^ IL avait la lèvre supérieure^ etc.

IIL Selon les grammairiens, le terme sous-entendu dans les propositions coordonnées doit être le même, sans aucun changement de nombre, de genre, de personne et de temps, que le terme exprimé dans la proposition principale ; ainsi ils blâment ♦les construction^; suivantes:

. . . Les rois, dans le ciel, ont un juge sévère. L'innocence un vengeur, et l'orphelin un père. ( Racine.)

parce que le terme exprimé est ont, troisième personne du pluriel, et le terme sous-entendu est a, troisième personne du singulier; et que l'ellipse n'admet pas plus le passage du pluriel au singulier que

celui du singulier au pluriel, que Voltaire s'est permis dans ce vers :

Vous régnez... Londre est libre, et vos lois florissantes.

Quelques-uns même condamnent les ellipses suivantes, et y trouvent choquant le désaccord de genre et de nombre :

La fortune est plus opposée à la vertu que le vice, (La Rodiefoucauld.)

Pour que le vice n'est opposé.

Je suis aussi lasse du monde que les gens de cour le sont de moi,

(M"* de Maintenon.)

Pour sont las.

Si on interdisait ces constructions, on priverait les écrivains d'une foule de tours concis et rapides qui sont un des charmes du style

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