‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 57 sur 139 · IV. L'ellipse est essentiellement vicieuse · texte numérisé non relu

IV. L'ellipse est essentiellement vicieuse

1** Quand on supprime le verbe en passant du sens positif ^u sens négatifs sans qu*une conjonction, servant à marquer l'opposition entre ce qui précède et ce qui suit, soit exprimée; ainsi, dans ce vers:

L*amour n*est qu*un plaisir, et l'honneur un devoir;

l'ellipse est irrégulière ; Corneille devait dire :

L*amour n*est çu'un plaisir, Thonneur est un devoir.

La même obseiTation est applicable à l'exemple qui suit :

Je n'ai jamais été tenté de faire un couplet de chanson contre qui que ce soit. J'ai fait en ma vie bien des sottises, et jamais de méchancetés, (Montesquieu.)

Mkis jamais eût été plus exact.

L'ellipse, au contraire, est régulière dans cette phrase :

Le flambeau de la critique ke doit pas brûler, mais édairer, (Favart.)

parce que la conjonction mais annonce nettement que le second membre de la phrase est employé affirmativement.

2* Quand on sous-entend dans une proposition un verbe qui ne serait pas employé, si on l'énonçait, au temps où il figure dans la proposition pleine qui précède :

Teusse été près du Gange esclave des faux dieux,

Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux, (Voltaire.)

La première proposition elliptique, chrétienne dans Paris^ présente une ellipse régulière, car le temps du verbe sous-entendu est celui qui est exprimé précédemment : J'eusse été près du Gange f'sclave des faux dieux.

Mais la seconde proposition elliptique est vicieuse; car Zaïre ne

veut pas dire : J'eusse été musulmane en-ces lieux ;msàs Je suis musulmane en ces lieux ^ ce qui est tout différent.

Le même vice de construction se remarque dans les vers suivants :

La vaine opinion règne sur tous les âges:

Son temple est dans les airs porté sur les nuages...

Elle fuit et revient ; elle place un mortel

Hier sur uu bûcher, demain sur un autel. (Rulhière.)

C'est-à-dire, Elle le plaçait hier sur un bâcher; elle le placera demain sur un autel,

M. Francis Wey condamne avec raison les ellipses suivantes :

n était juste de dire que nulle pari la langue n'était mieux parlée^ et son esprit représenté avec plus d'éclat, (Préface du Dictionnaire de TAcadémie.)

« Ici, dit-il, Ton sous-entend à la fois que relatif, un adverbe, un » pronom, un substantif et un verbe. Le lecteur est obligé de choisir » parmi les termes sous-entendus , et d'en retrancher Tadverbe H mieux^ que le sens rejette. Puis il faut que, distribuant les mots » sous-entendus, il les intercale à deux endroits différents, dans la >» proposition elliptique, afin d'obtenir ime période régulière que )» voici :

» Il était Juste de dire que nulle part la langue n'était mieux parlée, » et QUE NULLE PART SOU csprit n'était représenté avec plus d'éclat. »

« Quand, ajoute le même écrivain, une phrase, dans le premier » membre, contient la négation ne, et que cette négation doit être n corroborée de jpas dans le second membre , il n'est pas permis de la » supprimer. On lit dans M. V. Cousin :

Quiconque ne croit pas à la véracité de ses facultés, n'a le droit de croire à quoi que ce soit, et à la véracité de Dieu plus qu'à toute autre cfiose.

» La négation doit être répétée et doublée du moipas^ à la seconde M proposition : et n'a pas le droit de croire à la véracité, etc. »

m. l>e la lyUepie.

La syllepse (1) est une figure qui règle l'accord des mots, non d'après les règles grammaticales, mais conformément aux vues particulières de Tesprit; c'est par la syllepse que les écrivains mettent un masculin en rapport avec un féminin, et un pluriel en rapport avec un singulier.

(1) luXXiQ^j'cc, gr. ; compréhensioiu

On distingue deux sortes de syllepses : 1* La syllepse de genre; 2" La sffllepse de nombre,

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