‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 59 sur 139 · II. Syllepse de, nombre · texte numérisé non relu

II. Syllepse de, nombre

Cette syllepse consiste à mettre en rapport un singulier avec un pluriel, ou un pluriel avec un singulier :

Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge,

Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin.

Comme eux vous fûtes pauvre et comme eux orphelin. ( Racine.)

Dans les exemples suivants, qu'il est facile de ramener, comme celui que nous venons de citer, à la construction grammaticale, la syllepse ne nuit en rien à la clarté de la pensée :

La plupart, emportés cjjune fougue insensée.

Toujours loin du droit sens von^ chercher leur pensée. (Boileaq.)

L'accord du participe emportés et du verbe vont se fait avec le ^oi poètes^ complément sous-entendu de la plupart.

Des biens que m'a ravis la colère céleste,

Ma gloire, mon honneur, est le seul qui me reste. (Voltaire.)

C'est-à-dire, est le seul bien.

Quand chacun connatiraii son talent et voudrait le suivre, coubien le pour- RAIENT? Combien surmonteraient d'/ryt/sfcs obstacles? Combien vaincraient d'indignes concurrents?

Les trois verbes pourraient^ surmonteraient^ vaincraient^ sont au pluriel, parce qu'ils s'accordent sylleptîquement avec hommes sousentendu et complément de Tadverbe combien.

Les dieux dans leur séjour reçurent ces grands hommes ;

Le reste, confondue dans la foule où nous sommes.

Jouissaient des travaux de leurs sages aïeux. (J.-B. Rousseau.)

' Le participe confondus est au masculin pluriel, et le verbe jowissaient au pluriel, parce que Taccord a lieu avec le complément du collectif le reste (des hommes) sous-entendu.

Au bruit de son trépas, Paris se livre en proie

Aux transports odieux de sa coupable joie ;

De cent cris de victoire ils remplissent les airs. (Voltaire.)

Ils pour les Parisiens^ que le collectif Paris représente et qui était dans la pensée de Fauteur.

11 en est de mênie des citations qui suivent :

Pendant cette émeute, le parlement délibérait sur la détention de leurs cotifrères, avec d'autant plus de courage qu'il voyait le peuple se soulever en sa faveur.

"(La Rochefoucauld.)

Belle mer d'Fonie, protège nos tendres enfants ; et si tu nous engloutis dans tes ondes, ne porte pas nos cadavres vers les rives où commande l'Anglais ; ils les vendraient à nos tyrans. (De Poucqueville.)

IT. Du pléonMnne.

Le pléonasme {1) esiune surabondance de termes inutiles aii sens et à renonciation de la pensée.

Il y a pléonasme y 1** quand il y a répétition ou du sujets ou d'îtn des compléments; •

2® quand on joint à un verbe, pour ajouter au sens que par luimême il exprime cependant d'une manière nette et précise, un complément qui ne sert qu'à donner plus de force et de relief à Texpression.

Le pléonasme ne peut être admis que s'il ajoute à Texpression simple plus de netteté ou d'énergie :

Je Tai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu.

Ce qu'on appelle vu (Molière.)

Les éclairs sont moins prompts; je Tai vu de mes yeux, Je Tai vu qui frappait ce monstre audacieux. (Voltaire.)

(1) nXcovafffAOç, gr.; formé de tcXjov, davantage.

DE LA CONSTHUCTION. 135

DoKiTEz VOTRE SOMMEIL, richci de la terre. (Bossuet)

Eh ! que m'a fait, à moi, cette Troie où je coure? ( Raci«e.)

Voici des exemples des pléonasmes les plus fréquents; nous les indiquerons en mettant les mots qui font pléonasme en petites capitales, et ceux dont ils sont le développement en italique,

n est difficile de rapprocher les uns des autres ceux que l'iptérôt divise.

Vous n'unire% jamais ensemble le Danube et la Loire.

Les oiseaux sont nés pour voler dans l'air.

Beaucoup de gens ne croient que ce qu'ils voient de leurs yeux.

Cet homme, il est vraiment fou ; il nie ce qu'il a entendu de ses oreilles.

Eh! que m'a fait, À moi, cette Troie où je cours? (Racine.)

Le pléonasme est condamné par le goût, quand îl ajoute à la phrase un ou plusieurs termes qui ea rendit la marche traînante et quiafTaiblissent la pensée qu'ils reproduisent :

Il en coûta la vie et la tête k Pompée. (Corneille.)

Trois sceptres à son trône attachés par mon* hras. Parleront au lieu d'elle et ne se tairont pas. ( Le mômo.)

Cependant leur sçavoir ne s'étend seulement

Qu'k regratter un mot douteux au jugement. (Régnier.)

// N'y a QUE LE seul Racine qui soutienne constamment Vépreuve de la lecture.

(Voltaire.)

Cicéron avait étendu les bornes et les limites de l'éloquence. (Voiture.)

Il se vit FORCÉ MALGRÉ LUI à tenoncer à son entreprise.

(Grammaire des grammaires.)

Mes emplois sont bien lourds. — Je le sais. — Bien pesants.

(Voltaire.)

Parmi les pléonasmes vicieux, voici quelques-uns de ceux qui se l'eproduisent le plus souvent :

Descendre en bas. — Monter en haut. — S'entr*aider mutuellement. — Combler 4e mille éloges, — Ils pourront peut-être réussir. — Se peut-il qu'il puisse tenter une pareille entreprise? — Immortaliser À jamais. — 5c borner uniquement à...

nemss »e mots, on hétaplashes.

On désigne sous le nom général de métaplasmes (l) tous les changements intérieurs que peuvent éprouver les mots, par le retranchement ou Taddilion d'une lettre ou d'une syllabe.

On donne aux différents métaplasmes les noms de prosthèse^ de paragoge^ d'aphérèse^ d'apocope^ de métathèse^ d'attraction^ de con- \racti(m et de diérèse.

(1) Meta, qui indique le changement, et trXa99c>>, je forme.

lâ6 GRAMMAIRE GÉNËULE ET HISTORIQUE.

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