I. Profthète
La prostkèse (l) consiste dans l'addition d'une lettre au commencement d'un mot. Les Latins ont dit, par prosthèse, gnatus pour na- ' tus; et c'est au moyen de cette figure que nous avons formé de ranunculus^ grenouille; de umbiiicus^ nombril.
C'est encore par prosthèse que se sont formés : espace de spatimn; esprit Ae spiritus; estomac de stomachus; étude ^ étudier (anciennement estude^ estudier), de studium^ studere^ etc.
On doit regarder comme une véritable prosthèse toute particule placée à la tête d'un mot, et qui ajoute au sens de ce mot une idée accessoire : ^Imener, co/wprendre, c?edire, ?wa/tpaiter, mécontenter, reprendre, etc.
n. Varagog^e.
La paragoge (2) est l'addition d'une lettre ou d'une syllabe à ht fin d*un mot; c'est par paragoge que les latins disaient egomet pour ego^ hicce pour hic^ que nos poètes ont employé avecque pour avec^ et qu'on écrit encore guères pour guère^ jusques ^onv jusque^ certes: pour certe.
Notre plurieJ, le féminin de nos adjectifs, et les adverbes terminés en ment^ sont formés par paragoge; il en est de même des noms abstraits 6eaw/e, bonté ..chasteté ^pureté ^ formés des ajectifsZ>mw, bon.^ chaste., pur.
Quelques poètes ont ajouté, par une sorte de paragoge, une .s* à la fin de certains mots, contrairement à l'étymologie ou à la syntaxe r
Le long d*un clair ruisseau buvait une colombe,
Quand sur Teau se penchant une fourmis y tombe;
Et dans cet océan on eût vu la fourmis
S'efforcer, mais en vain, de regagner la rive. (La Fontaine.)
— Vous savez à quel mot nous nous reconnaissons ?
— Oui. — Maintenant vas donc, vas /... On frappe !... Attendons.
(E. Legouvé.)
m. Aphérèie.
V aphérèse (3) est le retranchement d'une lettre ou d'une syllabe au commencement d'un mot ; ainsi lors pour a/or5, las pour hélas y. se sont formés par aphérèse :
Oh ! combien lors aura de veuves
La gent qui porte le turban. (Malherbe.)
(1) Ilfoç, devant; Tt9>3fxf, placier.
(2) nocpdc, au delà; ayw, je conduis.
3) Atco, de, et aîf ctv, enlever.
Vous aviez lors la panse un peu moins pleine. (La Fontaine.)
Ils se verront au temple en hommes généreux ;
Mais las! ils se verront et c'est beaucoup pour eux. (Corneille.)
On écrivait autrefois icy^ ici^ après -un nom et un pronom :
Et quoi, je m*iray plaindre après ces gens icy ?
Non, l'exemple du temps n'augmente mon soucy. (Régnier.)
Aujourd'hui on écrit ci par aphérèse : Cet homme-ci ; celui-^ci. On disait familièrement par aphérèse ardez pour regardez :
Arde^ le beau museau,
Pour nous donner envie encore de sa peau. ( Molière.)
C'est encore par aphérèse que du latin arrogans^ fier, nous avons formé rogue; d'avunculus^ oncle^ et de gibhosus^ bossu.
TV, Apocope.
V apocope (1) est le retranchement d'une lettre ou d'une syllabe à la fin d'un mot; c'est par apocope qjue les Latins disaient di pour rf«, que nos poètes écrivent en vers encor pour encore; je di^ je croiy pour je dis^ je crois; pié pour pied (2), etc., et que nous écrivons grànd'mère^ grand' chambre^ grand'messe^, etc., pour grande mère y grande chambre ^ grande messe.
Une foule de nos mots, tels que bon^ vil^ bel^ ont été formés, par apocope, des mots latins bonus^ vilis^ bellus.
De nudus nous avons formé nud^ puis nu (3).
C'est aussi à l'apocope que nous devons les noms propres AristotSy Longin^ Paris^ Franc^ formés de Aristoteles^ Longinus^ Pa^ risiiy Francus.
▼. Métathèse.
La métathèse (4) consiste dans la transposition d'une lettre :
Le monde est un berlan où tout est confondu. (Régnier.) Nous disons aujourd'hui, par métathèse, brelan,
(1) Atto, de ; xôtttw, je coupe, je retranche.
(2) En passant sur mon corps écrase-moi du pié,
Maudis-moi sans remords, franchis-moi sans pitié. (Lamartine.)
On voit l'orgueil à ses picA abattu. (Gombault.)
(3) La première forme n'est admise aujourd'hui ni en vers ni en prose; si queî- ^ques poètes l'emploient, c'est par négligence :
Le rocher vif et nud enclôt de toutes parts
La grotte enveloppée en ces sombres remparts. (Lamartine.)
[h] MtxoiQtdtÇy transposition, formé de fiera, au delà ; xiOvifit^ je place.
Ce changement, presque toujours fondé sur Teuphonie, a particulièrement lieu quand les mots passent d'une langue dans une autre; ainsi, du grec fwpçpiQ nous avons fait forme par la transposition des lettres fetm.
De forum nous avons formé four par métathèse et apocope :
Penses-tu qu'à présent un homme a bonne grâce
Qui dans le Four l'Évesque entérine sa grâce ? ( Régnier.)
Et de four nous avons formé for par crase; ainsi que de évesque^ évêque : For-l'Évêque,
▼Z. AtlraoUon oa CommutaUon.
On désigne sous le nom d'attraction (l) ou de commutation (2) les changements de lettres opérés dans Torthographe de certains mots, par suite de Tinfluence de certaines consonnes sur certaines autres avec lesquelles elles doivent se lier dans la prononciation ; ainsi , c'est par attraction ou commutation qu'on écrit illégal pour inr légal^ allocution pour ad-locution^ etc.
Du Jatin cognoscere nous avons formé cognoistre :
... De ces discoureurs il ne s'en trouve point,
Ou pour le moins bien peu qui cognoissent ce point. (Régnier.)
Puis la consonne finale de la première syllabe s'est changée en n par attraction, et Ton a écrit connaître.
▼XI. Contraeiîon.
La contraction (3) est la réduction de deux syllabes en une seule.
La contraction ou change la forme des mots, ou en modifie seulement le son : dans le premier cas elle est désignée sous le nom de crase; dans le second, sous celui de synérèse et à'élision.
L La contraction appelée crase est la réunion de deux syllabes en une seule; c'est par crase que les Latins disaient mi pour mihi^ sis pour si vis.
Toute voyelle surmontée d'un accent circonflexe indique la contraction de deux voyelles en une seule ou la suppression d'une consonne : ainsi nous écrivons âge pour aage^ rôle pour roole^ maître
(1) Aitrahere, attractum, lat.; attirer.
(2) Commutation lat.; changement.
(3) Du latin contrahere, contractumj resserrer.
pour maistre^ ancêtre pour ancestre; nous aimâmes^ qu'il aimâl^ pour nous aimasmes^ qu'il aimast^ etc. :
Le bruit d'une recherche au logis ne m^arresie.
Et nul remords fascheux ne me trouble la teste, (Régnier.)
On écrit aujourd'hui arrête^ fâcheux^ tête. Les vers suivants nous présentent des exemples de contractions aujourd'hui inusitées :
(Lui ) ferme sur ses pieds s'exerce en attendant
Que son ennemi vienne, estimant que la gloire
Jà riante en son cœur lui don'rà la victoire. ( Régnier.)
Don'ra est mis pour donnera par crase.
Oui-dà. très-volontiers je Vépousterai bien,
Et par là vous verrez que je n'y trempe en rien. ( Molière.)
Epousterai est mis par crase pour épousseterai, conformément à la prononciation.
II. La contraction appelée synérèse est la réunion de deux syllabes en une seule, mais sans aucun changement dans le matériel du mot; c'est par synérèse que les poètes latins contractaient en deux syllabes Orpheus^ deerant.
C'est par une sorte de synérèse que nous prononçons Benatd pour Regnard^ Montagne pour Montaigne^ Can pour Caen^ fan^ pan^ pour fam^ paon^ et ton pour taon; que de gaigner, dérivé de gain^ nous avons fait gagner; et que les anciens poètes changeaient quelque- • fois une voyelle double en une simple :
n se plaist aux chevaux, aux chiens, à la campagne,
Facile au vice, il hait les vieux et les desdagne^ (Régnier.)
III. Vélision (l) est la suppression d'une voyelle finale qui s'absorbe dans la voyelle initiale du mot qui la suit.
Nous avons deux sortes d'élisionSy l'une est purement orale et n'est marquée par aucun signe, comme dans ces vers :
Veuillent les immortels conducteurs de ma langue, Que je ne dise rien qui doive être repris I Sans leur aide il ne peut entrer dans les esprits
Que tout mal et toute injustice. (La Fontaine.)
OÙ Ve final des mots doive., aide^ toute^ disparaît complétqnent (fans la prononciation : doiv'être^ aid*il^ tout' injustice.
Cette sorte d'élision ne s'applique qu'à Ve muet et à l'a, finale de Tarlicle et du pronom la.
L'autre élision est ordinairement figurée par l'aposti-ophe ; elle
(1) Elisio, formé de elidere, elisum, presser, étouflfer; latin.