PRINCIPAUX ARCHAÏSMES
Z. ITom* ou substantifs àigourd'huî inusités.
ÂCHOisoN, n. f. Occasion favorable, propice :
Sous ombre de bonne achoison,
On trompe les gens à foison. (Blason des folles amours,)
Apercevance, n. f. Action, faculté d'apercevoir ;
C'est le privilège des sens d*estre Vextresme home de nostre appercevance. // n'y a rien au delà d'eux qui nous puisse servir à les descouvrir. (Montaigne.^
On dit aujourd'hui dans ce sens, aperception,
(!) Arraisonner est aujourd'hui inusité.
(2) Désaisonner n'est plus usité.
(3) De tous ces verbes, le dernier, tranquilliter, est le seul qui soit inusité ; on a dit aussi tranquiller.
[h] Nous ne croyons pas que possibiliter ait jamais été employé par les écrivains.
(5) On trouve non-seulement ainsin, mais encore ainsine.
(6) Cache ou chache, d'où chasse, signifiait incursion, recherche, et par extension, innovation.
(7] Aïeuls ; aujourd'hui on dit aieux dans ce sens.
Îâ2 GRAMMAIRE (aÈHÉBALB ET HISTORIOUË*
Apekcxyaiicb. Marque, trace :
Nous en avons vu de notre temps quelques restes et appercbvancbs.
(E. Pasqoier.)
Arroy, arroi, n, m. Arrangement, manière, équipage, magnifi- ©ence :
Tes logis tapissés en magnifique arroy
D'esclat aveugleront (1) ceax>ià mêmes du roy. (Régnier.)
Ce seigneur fit son entrée en magnifique arroi. (Bichelet) AuHAiLLE, n. m. Bêtes à cornes, animaux propres au labourage :
Penseriez-vous qu'on pût venir à chef,
D*assez priser, ni vendre cette aumaille? (La Fontaine.)
Bandon, n. m. Liberté, licence, volonté, fantaisie; d'où aban-dan:
Pour pénitence espécial,
Requérez à celi pardon.
Qui par vous a eu tant de mal,
Et si donrez en pur don
Cuer et cor tout à son bandon. (Confession de la Belle fille J
Grand bandon fait grand larron, (Nicot)
BissÊTRE, n, m. Malheur, infortune, accident fatal; anc. bis* sexte^ dérivé de bissextus^ à cause de Tinfluence fatale de Tannée bissextile :
Hé ! ne voilà-t-il pas ton enragé de maîtare !
]1 va nous faire encor quelque nouveau bissêtre, ( Molière.)
Blandices, n. m. Caresses, flatteries; à\x\Biia blanditiesy formé de blandiriy flatter :
Hélas! mon cœur a tant oiiy
D'eux les paroles.
Leur decevans blandiees molles. (Alain Ghartier.) ^
Platon veut que ce soit l'office de la fortitude (2), combattre à i' encontre delà douleur et à V encontre des immodérées et charmeresses blandicbs de la volupté,$
(Montaigne.)
BoQuiLLON et BOQUERON, u. wi. Bûchcron, du latin boscus^ Ijpis :^
Et boquillons de prendre leur outil,
Et de crier pour se le faire rendre. ( La Fontaine.)
Boquillon signifie proprement un apprenti bûcheron ; c'est une sorte de diminutif.
(1) Éclipseront.
(2) Forli/ttdo, latin V courage.
œ^ kïHMkisiÊSS. IM
BocTÉB, n. f. Effort, impulsion; mouvement n^nde :
Le comte marcha tout d'une boutée, mm donner haleine à marehiers et gens de pied. (Ph. de Commines.)
Il cognoissoit très-bien mon naturel^ et me prioit de n'estre avecque luy que pat MUTÉES (1); mais le plus souvent que je pourrais. (Montaigne.)
Brayerie, n. f. Dépense en habits; parure :
Cet homme a dépensé tout son bien en braveribs inutiles. (Furetière.) Vile, qv^on les dépouille surAcrchamp, -^ Adieu votre braverib ! (Molière.)
Cadeau, n. m. Repas donné hors de chez soi; dîner en partie de campagne :
Us femmes coquettes ruinent leurs gelants à force de leur faire faire des cadeaux.
(Furetière.)
/m$ne le jeu, les visites, les assemblées, les cadbaox et les promenades.
(Molière.)
Je l'ai fait consentir enfin au cadbau que vous lui voule% donner. (Le même.)
Chape-chute, n. /*. Mécompte ; chose fâcheuse ; avantage résultant d'un malheur survenu à un autre :
Un villageois avait à Técart son logis :
Messer loup attendait chape-chute à la porte ;
n avait vu sortir gibier de toute sorte. (La Fontaine.)
Carrocsse, n. f. Débauche.
— Faire carrousse. Faire bombance :
Aux champs, à ce gay renouveau.
Je vous semonds par ce rondeau
De faire avecque nous carrousse. (Gh. Vion d'Alibrajr»)
Elle ignoroit l'effet d'une liqueur si douoe.
Insensiblement fit carrousse, ( La Fontaine.)
Cautblb, cautellb, n, f. En mauvaise part, ruse, finesse ; en bonne part, conduite prudente ; précaution sage :
/( désirait que toutes les coustumes fussent mise» en français, en un beau livre pour éviter la cadtele et la pillerie des avocats, qui est si grande en ce royaume px nulle autre n'est semblable. (Ph. de G>mmine3.)
Chaodbau, n. m. Bouillon qu'on donnait aux époux le matin du lendemain des noces ; et par extension bouillon chavd :
La-dessus son épouse en habit d'Alecton,
Masquée, et de sa voix contrefaisant le ton,
Vient au prétendu mort, approche de sa bière.
Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer. ( La Fontaine.)
(i) Par courts instants ; en passant.
Chère, n. f. Bon accueil :
\\ fait à chascun chère et feste. (Alain Chartier.)
. . . Gomme enfants trouvés à qui mesme la mère
Pour ne se descouvrir fait plus mauvaise chère. (Régnier.)
Aujourd'hui, faire bonne chère^ c'est se nourrir délicatement.
' Chétiyeté, n. f. État de ce qui est chétif, misérable ; chose chétive, de peu de valeur :
Elles les avaient tirés de la justice et du gibet, de la pauvreté, de la chétivbté-
( Brantôme.)
Plus tu seras chétif, plus ta chétiveté
Gaigne de mal talent sur ta méchanceté. (J. Baîf.)
Chevance, n. f. Bien, fortune, héritage :
Le pauvre homme en pensant ne trouve pas manière d'avoir chevance, et toutefois il la lui faust avoir. (A. de la S aie.) '
Pour Dieu, vous pri, grand roi de France,
Que me doneiz quelque chevance. (Rutebœuf.)
l\ avait dans la terre une somme enfouie, Son cœur avec, n'ayant autre déduit Que d'y ruminer jour et nuit, ' Et rendre sa chevance à lui-môme sacrée. (La Fontaine.)
Chicheté, n. f. Avarice, parcimonie :
Il se contente de l'espargne et chicheté de sa table; tout est en desbaucke en divers réduits de sa maison, (Montaigne.)
Cette couleur noirastre et salle, c'est proprement la taincture d'avarice et de CHICHETÉ. (Amyot.)
Clairtë, puis CLARTÉ, H. f. Flambcau :
Que lui sert la clairté, sinon pour Taccuser
Et la rendre confuse (Desportes.)
Monsieur le commissaire,
Votre présence en robe est ici nécessaire :
Suivez-moi, s'il vous plaît, avec votre clarté. (Molière.)
Clergie, n. f. Science, doctrine :
Un poignet de bonne vie, mieux vault qu'un muyd de clergib. ( Nicot.)