‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 67 sur 139 · GRA31MA1RE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

GRA31MA1RE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE

x\ssÀGiR, V. tr. et intr. Rendre sage ; devenir sage :

Je ne crois point qu'il y ait poing ni point qui sceut assagir une femme si elle ne le met en sa teste. (Desperriers.)

Les conditions de la vieillesse ne m'avertissent que trop , tw'assagissent et me preschent, (Montaigne.)

Vieillir n'est pas assagir, ny quitter les vices, mais seulement les dianger, et en pires, (Charron.)

xVssoTTER, V. tr. Tromper :

// n'est si bon que femme n'AssoTTE. (Nicot.)

AviGOURER, V, tr. Rendre plus vigoureux, plus fort; du latin vigor^ vigueur :

Là, sous une roche vive,

Une fontaine naïve,

Avec doux bruit ondoyant,

Avigouroit sur la rive

D'herbe un tapis verdoyant. (Baïf.)

Avérer, v tr. Vérifier; de verus^ vrai, latin :

C*est un point délicat, et de pareils forfaits

Sans les bien avérer ne s'imputent jamais. ( Molière.)

Le participe avéré est seul usité aujourd'hui : Un fait avéré.

Rallier, v, tr, Ralayer :

iVe penser pas que ce soit un autre que lui qui rallie sa chambre, qui fasse son lit et le nettoie, (La Bruyère.)

Nicot a écrit raltbr , et c'est comme on parle dans les provinces ; mais à Pam on dit plus communément balayer. (Ménage.)

11 est encore en usage dans le peuple.

Réer, v. intr. Aspirer, soupirer :

Les Seiie voyoient l'Espagnol ne réer qu'après votre couronne, (E. Pasquier.)

RiEi^-HEURER, V, tr. Rendre heureux; de bien et heur^ félicité :

N'avoir crainte de rien, et ne rien espérer,

Amy, c'est ce qui peut les hommes bien-4ieurer, (Régnier.)

Caprioler, v, tr. Cabrioler; du latin caper^ chevreau; proprement Sauter comme un chevreau :

Parbleu ! si grande joie à l'heure me transporte ,

Que mes jambes sur l'heure en caprioler aient.

Si nous n'étions point vus de gens qui s'en riraient. (Molière.)

Crevir, v. intr. Venir à bout de; en finir avec; s'en rendre maître :

Je cHBviRAi avec votre maître. (E. Pasquier.) Nous ne saurions en chevir. (Molière.)

GoERCER, V. tr. Contenir, réprimer; du latin coercere :

Nature, pour coercer la pétulance de la langue, nous a donné les dents et genmes comme pour remparts. {L'Amant ressuscité,)

CoNQUÊTKR, V. tr. conquérir ; d'où conquête^ pays acquis par la guerre, et conquêts., biens acquis pendant le mariage :

Choisissez en quels lieux il vous plaît de régner.

Ce bras tout aussitôt vous conquête un empire. (Corneille.)

CoNTEMNER, V. tr. Dédaigner, négliger; du latin contemnere^ mépriser :

Une chose sans plus en eux me desplaist^ qu'ils conteunbrbnt de rédiger leurt sens et conceptions par esciit. (E. Pasquier.)

Grucier, V. tr. Tourmenter ; de crux^ croix, latin :

Pohjdore Virgile, ennemi capital de notre nation^ se crucie dans son Histoire d'Angleterre. (E. Pasquier.)

Guider, v, tr. Penser, croire :

Le soldat tout ainsi pour la guerre soupire ;

Jour et nuit il y pense, et toujours la désire.

11 se plaist aux trésors qu'il cuide ravager. ( Régnier.)

Décolxher, V. intr.^ et — (se), v. pr. Se lever :

Car en chasseur fameux j'étais enharnaché,

Et dès le point du jour, je m'étais découché, ( Molière.)

Quand ce vint à l'endemain, toutes les mesnies de l'ostel s'assemblèrent, et vinrent au seigneur à l'heure qu'il fut descodché. (Froissart.)

Décharpir, v. tr. Séparer des combattants acharnés Tun contre l'autre :

Andrès et Trufaldin, à l'éclat du murmure.

Ainsi que force monde, accourus d'aventure.

Ont à les décharpir eu de la peine assez,

Tant leurs esprits étoient par la fureur poussés. ( Molière.)

Déconfire, v, tr. Ruiner, mettre en déroute; tailler en pièces :

J'ai fait banqueroute au petun (1);

L'excès du vin m'est importun :

Dix pintes par jour me sufSsent;

Encore, ô falotte beauté

Dont les regards me déconfisent,

Est-ce pour boire à ta santé ? ( Saint^Amant.)

Désangourdir, v, tr, dégourdir :

Que leur corps se desnoue et se désangourdisse

Pour estre plus adroit à te faire service. ( Régnier.)

(1) Tabac.

Despendrb, V. tr. Dépenser :

Autant DESPEND chiche que large (1). (Nicot, Anciens proverbes.) Qui bien gaigne et bien despend, Ne lui faut bourse à mettre argent. (Le môme, idem,)

Pour néant a Tavoir cil qui ne veut dépendre, (Thibault de Mailly.) Tant dépend-on^ qu'on n*a chemise. (Villon.) // DESPENDorr libéralement, et aimoit à faire des sacrifices, et à recueillir et traiter honorablement les estrangers. (Amyot.)

Dévaler, v. intr. Descendre :

ns contrefont le guet, et de voix magistrale :

Ouvrez, de par le roy. Au diable un qui dévale !

Un chacun sans parler se tient clos et couvert. (Régnier.)

Ébaudir, V, tr. Réjouir, divertir; d'où éhauderie^ joie; le primitif est 6a/, bau^ gai, joyeux :

En ce papier, barbouillé plaisamment.

Pour Vesbaudir en ton esloignement.

Tes yeux vitrez n'apprendront point les choses

Qui font en cour tant de métamorphoses. (Saint-Amant.)

Eclairer, v. tr. Espionner; d'oixéclaireur^ encore usité :

J'ai voulu vous parler en secret d'une affaire.

Et suis bien aise ici qu'aucun ne nous éclaire, (Le même.)

Au diable le fâcheux qui toujours nous éclaire, ( Molière.)

Le participe passé s'employait aussi dans le sens d'épié^ surveillé :

Dites-loi qu'il s'avance,

Assuré qu'on l'attend avec impatience,

Et qu'il ne se verra d'aucuns yeux éclairé, (Molière.)

Emmaigrir, V, tr. Rendre maigre ; aujourd'hui amae^nr ;

Moi, jaloux! Dieu m'en garde, et d'être assez badin

Pour m'aller emmaigrir avec un tel chagrin ! (Molière.)

Empêcher, v, tr. Arrêter, embarrasser :

Oui, j'ai juré sa mort ; rien ne peut m' empêcher, (Molière.)

Enamourer et — (s'), v, tr, ei pr. Rendre amoureux; devenir amoureux :

Bayard Jeune page, s'étoit énamouré d'une damoiselk de même âge.

(E. Pasquier.)

Enquêter (s'), v, pr. S'enquérir; formé de en et quester^ chercher ; du latin quœsitare :

Ils ne «'ENQUÊTENT po'tnt de cela,

(1) Avare que prodigue. — Large se prend aujourd'hui dans le sens degénérwx.

EscHBLBR, t\ /r. Escalader, formé ôl échelle:

Ce serait vouloir, comme les outrecuidés géants, escheler les deux.

(E. Pasquiep.)

FiNER, V, tr. Terminer, finir :

Là il usera sa vie en languissant toujours, et finera misérablement ses jours.

(Â. de la Sade.)

Flammer, V. intr. Briller, étinceler; de flamme:

Et toi, sœur d'Apollon, vagabonde courrière,

Qui pour me découvrir flammes si clairement.

Allumes-tu la nuit d'aussi grande lumière,

Quand sans bruit tu descends pour baiser ton amant? ( Desportes.)

Florir, reflorir, V. intr. Fleurir, refleurir; d'où les formes /7orissait^ florissaient^ florissant^ usitées aujourd'hui au figuré :

Fasse Dieu, par sa sainte grâce, qu*on la voie quelque temps reflorir comme auparavant. (E. Pasquier.) La violette et le muguet florissent. (Amyot)

Aujourd'hui l'emploi de l'infinitif esjt un barbarisme :

Pour qu'elle sente en soi p,oriT sa puberté.

Il n'est qu'un seul moyen, et c'est la liberté. (Ponsard.)

Forligner, V. intr. Dégénérer ; au propre, sortir de la ligne droit» (fors ligne) :

Jour de Dieu! je l'étranglerais de mes propres mains , s*il fallait qu*elle forlicmAt de l'honnêteté de sa mère. (Molière.)

Gabeler (se), V. pr. Se railler, se moquer :

// estoit inepte à touts offices de la république, tousjours riant, iousjours buvant ^avltant à un chascun, tousjours se gabelant, tousjours dissimulant son divin tçavoir. ( Rabelais.)

GROijaLER, V. intr. Remuer :

Fais-moi grouiller un peu cette nature inerte. ( E. Augier.)

Et l'on demande l'heure, et l'on b&ille vingt fois,

Qu'elle grouille aussi peu qu'une pièce de bois. ( Molière.)

Les éditions modernes portent :

Qu'elle s'émeut autant qu'une pièce de bois.

Cette correction a été faite au texte de Molière probablement à la demande de quelque précieuse de théâtre.

GvBRBONKER, V. tr. Récompenscr :

Si les plus gens de bien sont les moins avancez. Soyons un peu meschants : on guerdonne l'offense ; Qui n'a point faict de mal n'a point de récompense.

(Satire Ménippée.)

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