‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 91 sur 139 · V. l>et compléments · texte numérisé non relu

V. l>et compléments

On donne le nom de complément logique à tous les mots qui servent à compléter le sens du sujet et de l'attribut.

Le complément est déterminatif^ qualificatif .^ explicatifs adverbial et circonstanciel,

1. 11 est déterminatifs quand il détermine et restreint l'étendue du terme auquel il est joint :

Lt sourire est une marque de bienveillance, d'applaudissement et de satisfac-

TIOM INTÉRIEURE. (Buffon.)

La torpille, qui engourdit ce qui l'approche, est Vemblème des ennuyeux.

(Voltaire.)

La poudre de ses pieds nous donna la naissance. (C. Delavigne.)

Lts imbéciles , dont L'âme est sans action, rêvent comme les autres hommes.

(Bufifon.)

11. Le complément est qualificatifs quand il exprime ime qualité essentielle ou accessoire :

n est sur ce rivage une race flétrie,

Une race étrangère au sein de la patrie.

Sans abri protecteur, sans temple hospitalier.

Abominable, impie, horrible au peuple entier. (C. Delavigne.)

Les compléments que renferment ces vers sont des compléments

âd8 GRAMMAIRE (SÊKl^LE ET HISTORIOUE.

qualificatifs essentiels; car si on les retrandiait, il n'y aurait plus de sens.

Les compléments qualificatifs essentiels adhèrent tellement aux termes qu'ils modifient, et s'identifient si intimement avec eux, que souvent ils s'emploient seuls par ellipse du terme principal ; ainsi, au lieu de dire :

Vhomme sage est un être heureux ;

Les hommes paresseux et les hommes ignorants seront toujours des homnm pauvres;

on peut dire, en supprimant les deux noms homme et être qui figurent eomme sujet et comme attribut :

Le SAGE est heureux.

Les BARBSSEUX et Us IGtIORANTS B«PÔnt toujours VAVYHVS.

Les compléments quialificatifs accessoires pmirraient, au contraire, se retrancher sans nuire au sens, attendu qu'ils n'expriment que des nM)difications accidentelles ; ainsi, dans ces vers :

Au pied du mont Adule, entre mille roseaux,

Le Rhin, tranquille et fier du progrès de ses eaux.

Appuyé d'une main sur son umepenehante,

Dormait au bruit flatteur de son onde naissante. { Boileau.)

on pourrait, comme nous allons le démontrer, supprimer tous les mots en italique sans que le sens fût altéré.

Âu pied du mont Adule, entre mille roseaux. Le Rhin

Dormait au bruit. ... de son onde

III. Le complément est explicatifs quand il est formé d'une proposition jointe au sujet ou à l'attribut, sans nécessité pour le sens :

Dieu, QUI LIT DANS NOS CCBURS, connaît nos plus secrètes pensées. (Ma8fiiUon.| ... Le public léger, qu'un changement éveille, Brise en riant Fautel qu'il encensait la veille. (Dorât.)

IV. Le complément est adverbial quand il est représenté soit par un adverbe, soit par une locution adverbiale :

Les flots toujours nouveaux d'un peuple adorateur. ( Racine.)

L'amour qui naît subitement est le plus long à guérir. (La Bruyère.)

Cetix qui pensent peu ou qui ne pourraient penser longtemps se suite sur lu même chose n'ont que l'inconstance en partage» (Vauvenargues.)

V. Le complément circonstanciel est le terme qui complète le sens de l'attribut en le modifiant par une idée accessoire,

1* De temps :

La terre accomplit son mouvement de rotation en vingt-quatre heures.

r D'âge :

ForUenelU mourut À quatre-vingt-dix-neuf ans.

3* De lieu :

On sacrifiait À Garthagb des victimes humaines.

4® De manière :

Quelquefois le sage, k l'exemple de L*toiEVi8BB, manàe À reculons.

6** De cause :

Cet homme Vemporte sur tous les autres par la retenue et par la modératioii.

6** D'instrument, de moyen :

Le loup attaque avec ses dents, le taureau avec ses cormes» Nous voyons par LES yeux, nous entendons par les oreilles.

7" De partie. :

Agésilas boitait d'un pied. — Hercule prit Lycos par les pied» et le lança dans la mer.

8" De biit, de terme :

On indiqua le premier jour du mois pour l'audience. — Jésus-Christ vécut touR enseigner et pour sauver.

9* De matière :

On construit beaucoup de maisons en bois. •— Salimon bâtit en ciuRE le «anc* tuaire du Temple.

10® De distance :

Lyon est situé À quatre cent soixante-six kilomètres de Paris, — La ville de Zama était À cinq journée» de Carthage.

ir De prix:

Pline pouvait vendre ses Commentaires quatre cent mille écus.

12" De mesure :

La giroflée est haute d'un pied environ. — L'embouchure de VAma%one est large n soixante lieues.

Comme on le voit par les exemples qui précèdent, on désigne sous le nom de complément logique^ non pas seul^inent un terme, un mot, mais tous les mots qui concourent à compléter le sens du sujet et de Tattribut.

TX. X^ef différentes eipèeei de propotîtîoiis grammatieales.

I. Considérée sous le rapport de la construction, \^ proposition est directe ou inverse.

1" Elle est directe^ quand ses parties sont énoncées selon Tordre grammatical, c'est-à-dire lorsqu'au sujet succède le verbe, et à celui-ci l'attribut :

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur. ( Racine.) L'homme éclairé suspend l'éloge et la censure. (Gresset.) La bonne foi e$t une fidUité sans défiance et sans .artifice. (Yauvenargues.)

2^ La proposition est inverse^ quand cet ordre n'est pas observé, et que les compléments du sujet et de l'attribut ne sont pas rangés selon la suite de leurs rapports :

Aux petits des oiseaux Dieu donne la pâture. (Racine.)

Construction directe : Dieu donne la pâture aux petits des oiseaux.

Du désir d'être heureux naît le malheur des honmies. (De Remis.)

Construction directe: Le malheur des hommes naît du désir d'être heureux.

Insensible à la vie, insensible à la mort,

Il ne sait quand il veille, il ne sait quand il dort. (Racine.)

Construction directe : // Qui)^ insensible à la vie^ ne sait quand il veille; — il (lui)^ insensible à la mx)rt^ ne sait quand il dort.

II. Considérée quant à ses diïFérentes formes d'énonciation, la proposition est pleine^ explétive^ elliptique ou implicite.

\^ Elle est pleine .^ quand aucune de ses partie^ n'est omise, et que chacune d'elles est énoncée distinctement :

La terre est un lieu d'exil. — Le ciel est la vraie patrie de Vhomme.

On donne encore à cette proposition le nom d'explicite. T Elle est explétive.^ lorsque la même idée est exprimée plusieure fois par des termes différents ou par la répétition du même terme :

L'envoyé de Bourgogne, attendu par le roi,

De son nombreux cortège il remplit le village. (G. Delavigne*)

Il y a dans ces vers deux sujets , l'envoyé de Bourgogne et t7, qui représentent un seul et même objet : c'est un pléonasme.

Il soupa, lui tout seul, devant elle. (MoUère.)

est encore une proposition explétive \ il et lui font pléonasme ; la proposition pleine et régulière est : // soupa tout seul devant elle.

DE l'analyse. 241

3® Elle est elliptique^ lorsqu'elle est représentée par un ou deux termes principaux, ou seulement par un complément :

Soyons vrais ; — de nos maux n'accusons que nous-mêmes.

Sujet sous-entendu : Nous, soyons vrais; — nous, soyons accusant.

La viUe est en proie aux flammes.

Attribut sous-entendu : La ville est livrée en proie aux flammes. Aux armes l au feu ! au secours !

Sujet , verbe et attribut sous-entendus : Nous soyons courant aux armes^ au feu, au secours dÇy etc.

Elle est implicite^ quand elle est exprimée par un seul naot qui comprend collectivement le sujet, le verbe et l'attribut, sans être lui-même un de ces trois termes : €hut! Peste !

Presque toutes les interjections forment des propositions implidtes, qu'on traduit diversement selon les différentes pensées qu'elles expriment.

TH. Bef différentes eepèoet de propotitioiis loglqiiee.

Les propositions considérées sous le rapport du rang qu'elles occupent dans Tordre des idées sont on principales j ou incidentes^ ou subordonnées.

l. Des propositions principales.

On donne le nom de proposition principale à celle qi4 a la principale importance dans Tordre logique, et dont le verbe figure ou àrindicatif, ou au conditionnel, ou à Timpératif :

Dieu tient le cœur des rois entre s€;s mains puissantes. (Racine.)

Toute phrase renferme au , moins une proposition prin^çipiilje ; mais quelquefois elle est ellipsée, comme dans l'exemple suivant :

A m'obéir, prince, qu*on se prépare. (Racine.)

OÙ la proposition je veux , de laquelle dépend qu'on se prépare à nC obéir, est sous-entendue.

Une proposition principale peut être énoncée seule ; dans ce cas, die est absolue; ou être suivie d'une ou de iplusieuvs principales.

Lorsque dans une phrase il y a plusieurs propositions principales, dles sont dites principales coordonnées ; ainsi, dans ces vers :

On voit à l'horizon, de deux points opposés, Les nuages monter dans les airs embrasés ;

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