‹ Grammaire générale et historique de la langue françaiseChapitre 138 sur 153 · GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORK^IE · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORK^IE

H. De Balzac en a fait usage, et nous croyons qu*il a eu raison ' La chevelure cbAtainb, rare, fine et lis$e, annonce un tempérament paum.

Châtain invariable, suivi de trois adjectifs féminins, eût été certes beaucoup plus choquant que châtaine^ lequel n'est étrange qpe parce que Toreille n*y est pas habituée.

Coasser, croasser.

Ces mimologismes sont quelquefois confondus par les écrivains. Coasser et coassement expriment particulièrement le cri des grenouilles et des reptiles :

Les grenouilles coassent. (Académie.) Le COASSEMENT dcs reptUcs. (Butfbn.)

Croasser et croassement expriment le cri du corbeau : Les corbeaux croassent. (Académie.)

Us sont comme ces corbeaux

De qui la troupe affamée,

Toujours de rage animée,

Croasse autour des tombeaux. ( J.-B. Rousseau.)

Ils se disent par extension du cri désagréable que font entendre certains animaux :

Passé le mois de juin^ il ne reste au rossignol qu'une sorte de croassement o* Von ne reconnaît point du tout la mélodieuse Philomèle, (Buffon.)

Quelques-uns de nos bons écrivains ont employé croasser pour coasser; ainsi la Fontaine a dit :

Deux taureaux combattaient à qui posséd^ait Une génisse avec l'empire ; Une grenouille en soupirait.

— Qu*avez-vous? se met à lui dire Quelqu'un du peuple croassant.

Et Voltaire, dans une épître à d'Alembert :

n eut des ennemis,. il les dissipa tous.

Et la troupe des miens dans la fange croasse.

Cette faute nous semble devoir être attribuée aux éditeurs, ctf partout ailleurs Voltaire emploie coassement pour le cri des ff^ nouilles et croassetnent pour celui des corbeaux.

C'est encore coasser que l'on aurait dû employer dans la phrase suivante :

La reine verte des marécages croassait (Time façon monotone, {fi* Sand.)

(ffiSERVATIONS COMPLÉMENTAIRES. 35^7

Colère, colérique.

I Colère ne s'emploie qu'avec des noms de personne, et signifie [ Ayet à la colère, emporté par accès :

Cei konme est coLiin ; cette femme est colère. (Académie.) Iletiimpatientt présomptueux, colàrb. (LaBniyère.)

Colérique j avec un nom de personne, signifie Enclin à la colère, onporté par nature :

Uh rien Vnrite; il est fort coLiiiiQDK. (Académie.)

Avec un nom de .chose, il signifie Qui porte, qui dispose à la colère :

il eêt dPune humeur colérique. (Académie.)

Une personne gâtée par une mauvaise éducation peut devenir Mère sans être naturellement colérique; et une personne colérique peut n'être pas colère^ si elle est parvenue à maîtriser son tempenment.

Colorer, colorier.

Colorer, Donner de la couleur, s'emploie au propre et au figuré :

£é 9oleU COLORE le» fruits. Il a bien coloré sa faute. (Académie.)

De Tambre le plus pur la treille est colorée. ( Saint-Lambert)

Amitié, dont les soins font oublier Tenvie,

Arts, brillants séducteurs qui coloresk la vie. ( J.-H. Chénier.)

Cette noble pudeur colorait son visage

Lorsque de notre Crète il traversa les flots. (Racine.)

Colorier y qui signifie Employer les couleurs en les appliquant, en les étendant sur une surface, ne s'emploie qu'en termes d'art et ne se prend jamais au figuré :

GoLOBiBR une estampe, un dessin. (Académie.)

le tan dun tambour, la vue d^une image coloriée, font comprendre au petiple Is ghire. (G. San<t)

De» enlumineurs, entourés de pots de vert, de rouge et de bleu, coloribiit le» fend». (T. Gautier.)

Quelques-^ines des figures de ce tableau ont été, dit^-on, coloriées par Jule» Momain. (Kératry.)

358 GRAlOaiRB GÉMÉIULE ET HI8T0U(|IJE.

Comfort, confort.

Ces deux mots diffèrent non-seulement par Torthographe, nvùs par le sens : la première forme est tout anglaise , la seconde est d'origine française. Comfort^ qui signifie Collectivement toutes te aises de la vie, est un néologisme, conmie le mol eomfortabU^ io& dérivé :

Le tour de son esprit le ramène tot^ours à la pratique et à l'usage qy^mfot tirer de la science pour la société et le comfort de la vie, (Sainte-Beave.)

Confort^ vieux mot qui signifie Assistance, secours, est aDyowd'hui très-peu usité :

Amour m*a fait oublier

L'apui qi lontans m'amort,

Et donne nouvel confort, (Chanson du Chastelain de Coud.)

II a formé conforter^ réconforter ^ réconfortant^ réconfortablCy tous en usage.

Comparer.

Comparer à suppose analogie entre les objets que Ton compare, un rapport de ressemblance propre ou figuré :

Il n'y a point d'église qu'on puisse comparer à Saint-Pietre de Rome,

(Académie.)

Comparons les œuvres de la nature aux ouvrages de l'hûmme* (Bufibn.)

Comparer avec suppose une opposition résultant de la nature même des deux objets :

Nous COMPARERONS la traduction avec l'original, (Académie.) On ne peut comparer le vice avec la vertu.

Compact j compacte.

Dans notre Dictionnaire de la langue écrite et parlée^ nous avons suivi rorthographe de T Académie et écrit compacte pour les deux genres; nous devions, dans un ouvrage classique, éviter toute discussion; ici Texamen nous est au moins permis. Que de doetuêOà ait fait docte et non pas doct^ nous le comprenons : Ye muet final est une concession faite à la prononciation, car le prolongement de h voix eût toujours, et forcément, produit ce son quand bien même on ne Teût pas écrit. En le figurant, on a donc obtenu un dissyllabe harmonieux à la place d'un monosyllable dur et désagréable. Nous

OBaERTATIO^S COMPLÉMENTAIRES. 2$9

^fi nions pas que mettre d'accord la forme écrite avec le son produit ne soit une mesure fort sa^e ; mais T Académie, en adoptant ^pacte^ forme contraire à Tétymologie, aurait dû compléter la ré- ^8 et tenir compte des analogies : ainsi, au lieu d'écrire comme dk le fait abrupt^ correct^ exact ^ suspect^ pourquoi n'a-tpcUe pas 4oaté Ve muet au masculin de tous ces adjectifs? Ce n'est pas, sans doute, parce qu'on prononce suspec et non suspecte; cfj qui prononce caw, et qui ne prononce pas abrupte et correcte?En conformant d'aflleurs l'orthographe à la prononciation, on se mettrait en contradiction avec l'analogie. Or tous les adjectifs polysyllabiques français dérivés d'adjectifs latins, terminés par la syllabe tus^ précédée d'une eoD^nne, ne prennent l'e muet qu'au féminin; docte fait exception parce que l'euphonie ne pouvait admettre un monosyllabe terminé par deux consonnes fortes c, t; ainsi on doit écrire au masculin : di' reet^ abrupt^ compact^ exacte circonspect^ suspect et même Bénédicte

Conclusion, conséquence.

Quoique, dans la conversation, on confonde très-souvent ces deux mots, il y a une distinction importante à faire dans leur emploi qaand on veut parler et écrire avec précision.

La conclusion est proprement la dernière des trois propositions dont s^ compose le syllogisme ; la conséquence est la liaison de cette proposition avec les deux premières qu'en logique on appelle les pfëmisses:

n faut aimer ce qui nous rend heureux ; Or la vertu nous rend heureux ; Donc il faut aimer la vertu.

Dans ce syllogisme, il faut aimer la vertu est la conclusion; le rapport qui existe entre cette conclusion et les propositions précédentes, ordinairement exprimée par donc^ est la conséquence.

Connu.

Selon les grammairiens, connu^ suivi d'un complément, veut la préposition de^ et inconnu la préposition à; ces constructions sont, en effet, celles qu'on rencontre le plus fréquemment :

Q^and on cherche de nouveaux ami$, c'est qt^on est trop bien connu des anciens.

( La Bruyère.)

Qu'est-ce que la célébrité? l'avantage d*être connu de ceux que vous ne connais-' iHpa$. (Ghamfort.)

Le prix du temps est mieux connu des dames,

Et de nos jours on sait mieux remployer. (Amault)

360 GRAHMAIRB GÉNÉRALE ET H1ST0IUQUE.

L'ennui qui dévore les autres hommes est inconnu à ceux qui savent s^oeeuptr.

(Fôneloo.)

Cependant Bossuet a dit :

Les planètes et les asires ne leua ont pas été moins connus.

Et Racine à son tour :

^ar une porte au public moins connue.

Enfin Delille :

L'hymen n'est pas connu de la pudique abeille*

D'où il faut induire que l'emploi de la préposition est plutôt sott* mis à rharmonie qu'au sens.

Consentir.

Ce verbe, aujourd'hui, n'est transitif que dans le sens d'Accorder par contrat, par vote : Consentir une hypothèque; Consentir te vente^ l'adjudication d'une terre :

La féodalité reconnaissait à tou ses membres le droit de consentir les tmpdjb.

(A. de Rémusat]

// faisait honneur à la Prusse du désistement ouf elle avait consenti.

(VUlemidn.)

Corneille a, dans quelques-uns de ses ouvrages, donné à eonsenHf un complément direct :

Du moins César l'eût fait s'il Vouait consenti»

Puisque mon indulgence, au dernier point venue, Consentait à tes yeux l'hymen d'une inconnue.

Cette construction est tombée en désuétude; dans le sens d'Aquiescer à une chose, de faire une concession, de se rendre afl désir de quelqu'un, il veut toujours un complément indirect précédé de la préposition à :

Les parents ont consenti à ce mariage. Je consens À tou^ ce que vous voulez* ^ CONSENS À ce que vous le fassiez, (Académie.)

Conséquence.

On dit familièrement : Un homme de conséquence, pour un homme important, considérable; C/>i Aomma sans.gonséquencb, un honune sans hnportance, sans crédit. /

liais cette expression qualificative se joint le plus ordinairement Qx noms de chose, comme complément, et dans un sens négatif : Mb n'est d' AUCUNE conséquence ; Cela est sans conséquence, cela *a aucune importance, est sans importance.

On dit encore très-bien :

fmdeêekotei de la dernière conséquence à vous dire. (Académie.)

Hais on ne dit plus aujourd'hui : Um charge^ un poste de gonsé-

JDBNCE.

Conséquent.

Quelques personnes emploient encore cet adjectif comme le synoqme dUmportant^ considérable^ et le joignent à un nom de chose ; tas les grammairiens ont signalé le vice de cette locution , on s'en Mt moqué au théâtre, et on ne Tentend plus que de loin en loin :

C'est une affaire

Beaucoup trop conséquente, et vraiment je craindrais...

— Conséquente! ah! grand Dieu ! cela n*est pas français,

Ma mère ; dites donc une affaire importante, (G. Bonjour.)

Collin d'Harleville, dans sa comédie des Moeurs dujour^ en avait ^jk fût sentir le ridicule. Basset, agioteur ignorant, demande à l'FcHrmont, campagnard instruit :

Votre domaine est-il conséquent? — Conséquent!

— Considérable. Eli! oui, c*est clair... — En Texplîquant.

Appliqué aux personnes, cet adjectif, signifie Qui raisonne et agit ^ec suite, d'une manière logique :

il ut CONSPUENT dans ses opinions.

di homme est conséquent dans ses discours et dans sa conduite.

Joint à un nom de chose, il signifie Qui est d'accord en toutes ses irties:

ih pourrait employer une méthode plus conséqvbnte. (J.-J. Rousseau.}

Consommer, consumer.

Anciennement, consommer s'employait dans le sens d'User et dans âui de Détruire :

n (Utisoit le feu d'une part et d^ autre, pour le faire eroistre en la force et gran^ Mr que nous l'avons veu et voyons encore maintenant ardre et coNSOBOii» toute i France. [P. Pithou.)

' • • • • Je m'apperceois que tranchant du preud'homme, Mon temps en cent caquets sottement se consomme. (Régnier.)

Lié pauvres étaient consommés par la faim ou emportés par la maladie.

(Fléchier.)

362 GRAMlfÀlRE GÉNÉRALE ET HIST<MUQDE.

CeluùM est riche qui reçoit plut qu'il ne coNSOims. (La Bruyère.)

« Une grosse garnison^ disait Puretière, consomme en peuit » temps bien des provisions. Hors de ces sortes d'exemples, oùk » mauvais goût a prévalu sur le bon, il faut se servir de consiMer » quand on veut signifier Détruire, anéantir, etc.; et c^est aussi la » décision de TAcadémie. »

Cette distinction s'est peu à peu établie, et aujourd'hui coiispiimer et consumer ont une acception parfaitement distincte.

Consommer signifie Employer entièrement, user avec profit et datt un but utile :

Les bateaux à vapeur consobumbnt beaucoup de charbon.

Les éléphants écrasent et détruisent dix fois plus de plantes avec leurs fkè qu'ils n'en consomment pour leur nourriture, (Buffon.)

Dans le Nord, les hommes consomment beaucoup sur un sol ingrat; dans U M, Us CONSOMMENT peu sur un sol fertile. ( J.-J. Rousseau.)

Consumer signifie Détruire sans but et sans profit, anéantir:

Le feu prit pendant la nuit dans notre château et consuma presque la moitié i» nos effets. (Lesage.)

Sur un autel sanglant Taffreux bûcher s'allume;

La foudre dévorante aussitôt le consume. ( J.-B. Rousseau.)

La rouille consume le fer. Sa maladie l'a consumé.

Consumer de grandes sommes en équipages. (La Bruyère.)

Au figuré, la même distinction doit nécessairement être fidte :

On a remarqué que, dans soixante années, l'empire romain ayatt cONSOUdfcfbf' de souverains que la monarchie française en dou%e cents ans. (De Salvanâgr.)

L'avarice consume l'âme par des efforts laborieux et vains. (Bossuet)

En des jeux fatigants ih consument leurs nuits^

Et leur triste bonheur est de changer d'ennuis. (E. le Briin.)

Sans cesse feuilletant les lois et les coutumes

Pour consumer autrui, le monstre se consume. (Boileau.)

Nous autres hommes, c'est souvent par vanité, souvent par intérêt, quôHtt^ CONSUMONS notre vie dans la culture des arts. (Voltaire.)

Le temps, qui consume tout, détruira vos erreurs mêmes. (Montesquieu.)

Dans l'exemple qui suit, c'est consumer et non consommer qued^ vait employer Tauteur :

Il y a des riches qui consombœnt dans Voisiveté et la débauche leur jetant leur santé et leur fortune. (Thiers.)

Convenu.

Nous lisons dans les Remarques sur la langue française, ^ M. Francis Wey :

«Les faiseurs d'opéras et de vaudevilles ne se font pas faute d^

• dire : C'eêi convenu^ — la chose est conventte^ — tout est bien ^0Qmmu, etc. Cependant on ne doit pas donner aux participes des ^Korbes neutres un sens qui n'appartient qu'à ceux des verbes ac- 'Ii6, De même qu'on ne peut dire : Convenir une chose ^ de même iioin l'on ne devrait pas dire : Une chose convenue. Molière est ^lombë dans cette faute en intitulant une pièce : le Mariage forcé. » Absohunent cela est vrai, mais Tusage en a décidé autrement; et qoord'hui l'Académie ne se fait pas plus faute que les faiseurs espéras et de vaudevilles de dire :

t»trê nous c'e$t chose convenue.

Cestckose convenue entre toutes les parties intéressées,

féUà qui est convenu.

:,H est bon de rappeler les principes, mais il est maladroit de conlimier les exceptions qu'un fréquent usage a sanctionnées et que Mmeilleurs écrivains ont admises. (V. Accoutumé.)

Corpulence, corpulent.

liQ peuple dit corporence et corporé^ faisant dériver ces deux mots heorps^ comme corporel^ corporation^ incorporer; et, pour lui, Corporence signifie seulement Force de corps, et corporé^ Robuste; Pin et Fautre n'expriment aucune idée dépréciative , tandis que 9»fulence et corpulent, qui seuls sont français, s'emploient le plus oidnairement pour exprimer un embonpoint extraordinaire, un Corp^gros, massif et mal proportionné.

Cou-de-pied, coudcrpied.

Il y a eu longtemps doute, incertitude, quant à Forthographe de

<6tte expression, et aujourd'hui encore, grammairiens, écrivains et

ypog)raphes ne sont pas d'accord.

Vœci d'abord sur ce point l'opinion de l'auteur du Dictionnaire

fiUonal; nous citons textuellement, pour ne rien enlever à la valeur

^ fond et à l'urbanité de la forme :

« L'orthographe de ce mot n'a pas peu embarrassé nos lexicogra« phes. On avait reproché à l'Académie de 1 762 d'avoir écrit couda^

pied au lieu de cou-de^pied, que l'on trouve dans les anciens dictionnaires. Dans son édition de 1778, elle s'est tirée d'embarras en supprimant tout à fait ce mot. C'était fort commode; mais les réclamations qui se sont élevées de toutes parts l'ont obligée de le réintégrer dans l'édition de 1 835, où on le trouve écrit cow-dfepied. Sur quels motifs s'appuie-t-elle? C'est ce que nous ignorons.

» Toujours est-il que les uns récrivent cou^de-pied^ parce que, 4- H sent-ils, il vient du latin collum^ cou; et iepes^ pedis^ pied; a » italien collo di piede. Mais quelle signification attachent-ils à œ n mot cou? Les uns prétendent que ce mot, qui est ici pour col^ iv » gnifie Elévation, pente; les autres n'y voient que le sens vul^ire » du mot cou^ en disant que cette partie du pied a pour fonctioi » de joindre le pied à la jambe, tout comme le cou joint la têteasi » épaules. Mais quel rapport y a-t^il entre un cou et cette partie 88- » périeure du pied? Il suffit, au contraire, de voir le tracé d'un pifll » pour reconnaître que la partie supérieure forme positivement tf » angle obtus, une courbure, ce que de tout temps dans notre lanfM » on a appelé cowcZéî. C'est ainsi que récrivent, du reste, tous les pÊP » tomistes et tous les médecins. M. N. Landais, qui fait une longM » dissertation pour prouver qu'il y a des raisons puissantes d'écm » en trois mots cou-de-pied^ tel qu'il le donne en commençant Ml » article, termine en disant qu'au pluriel on doit écrire des coiids^ » pieds. C'est une inadvertance, sans doute; car il est impossible M qu'un mot composé s'écrive en trois mots au singulier, et qu'il » n'en ait plus que deux au pluriel. Du reste, nous ne pensons pai » qu'on ait jamais occasion d'employer ce mot au pluriel. »

Il ne nous semble pas possible de faire une critique plus mal nismmée et plus irréfléchie. M. Bescherelle, s'attaquant d'abord à l'Académie, à laquelle il ne pardonnera jamais d'avoir publié, en 1835, un Dictionnaire dans lequel il a trouvé cependant coon* mode, en 1840, de puiser les trois quarts du sien, signale avec aigreur ses premières incertitudes et condanme enfin sans appel la forme qu'elle a adoptée dans sa dernière édition; puis, passante M. N. Landais, coupable lui-même d'un Dictionnaire antérieur ai Dictionnaire national^ il lui donne une très-aigre leçon.

Nous avons dit ailleurs ce que nous pensons des doctrines de M. Bescherelle ; cependant tant de gens s'autorisent encore des op* nions granmiaticales de cet éditeur que parfois nous sommes îoié de les reproduire afin d'en démontrer et d'en prouver Tabsurdilé: c'est à cette double nécessité que nous cédons en cette drc(^ stance.

Coude^ anciennement coubde^ est un mot dérivé de cubitus^ fonp' lui-même de cubare^ cubitum^ être couché, être étendu ; le eomi^ est donc proprement la partie du bras sur laquelle les anciens s'ap* puyaient en mangeant ; d'où les expressions : Cubito pressa reif^ nere^ Ne pas se déranger à table; Cubitum ponere apud aliqu^^ Manger chez quelqu'un, ou littéralement Poser le coude chez qud* qu'un.

Métaphoriquement, et par analogie au creux que forme la pflrt»^ intérieure du bras correspondante au coude^ nous employons ce ^ïO^

MMmne les Latins, pour exprimer un enfoncement, cubitus orœ^ le [NMOt où un rivage s'enfonce et forme un angle :

Là rmère forme un coude en cet endroit. (Académie.)

Citie Iranehe a un coude à la moitié de sa longueur, (La même.)

ispinU du Gard se cache dans le coude de deux montagnes. (Nisard.)

Maintenant, cherchons ce qu'on entend par covrde-pied ou coude- Mt. Est-ce le point antérieur où la jambe et le pied s'articulent et bnnent un coude? Incontestablement non; le cou-de-pied est la hiDie fonnée par la face supérieure et dorsale ^ du tarse corresponhnt à la face dorsale du carpe ou poignet, laquelle n'a pas reçu le nni de cou-de-main^ parce qu'elle ne présente aucune saillie. ■ Il est donc clair que nous devons écrire cou-de-pied^ si nous vou- Ka conformer l'orthographe au sens du mot,. comme le font trèsma, les Italiens, qui disent il collo del piede^ et non il gomito del mie : c'est la seule forme qu'on puisse raisonnablement donner à felte expression, et c'est d'ailleurs celle qu'au seizième siècle lui lûnnait Nicot, qui, dans son Thrésor de la langue françoise^ traduit jfimeus^ qui a les pieds plats, par Quia le col du pied bien bas.

Coutume (Avoir).

^Voltaire dit qu'on doit employer avoir coutume quand on veut jtfAev d'une chose ordinaire et qui se fait souvent, et qu'on doit Sire avoir la coutume lorsqu'on veut parler d'un fait singulier, d'une eoDtuxne extraordinaire. Ainsi il a écrit :

Let Anglais ont la coutume de finir presque tous leurs actes par une compa-

pout exprimer un usage particulier aux poètes anglais.

Aujourd'hui, non-seulement cette distinction n'est pas observée, ctr on ne dit plus même avoir la coutume^ mais avoir Vhabiiude^ tmage. Joint au verbe avoir ^ le mot coutume ^q prend toujours dans Vt sens indéterminé :

IfoiM sommes asse% portés à regarder comme juste et raisonnable ce que nous âVÙMS coutume de faire. (Duclos.)

' Cut une politesse que notre nation k coutume d'avoir pour les étrangers.

( Bossuet.)

Avoir coutume a remplacé l'ancienne forme avoir accoutumé.

Croire.

Croire quelqu'un, c'est ajouter foi à ce qu'il dit :

iftit un menteur, on ne le croit plus, (Grammaire des grammaires.)

Croire quelque chose^ c'est estimer une chose vraie :

Impie, iu ne croyais pas la rbligion. (FénoIoD.) Croire à quelqu'un^ c'est croire à son existence :

Ne CROTBjNM À tout MpHI. (Pascal.) Croire à quelque chose^ c'est y ajouter foi :

Ils ne CRORBNT pas À sa parole. (Bossuet.)

Origine, Eusèbe, Bossuet, Pascal, Fénelon, Bacon, Leibnil%, ont cru à kiM de rhistoire de MoîSse. (Chateaubriand.)

O ciel ! qu'on doit peu croire

Aux dehors imposants dos humaines vertus. (Gresset.)

Quand Bossuet a dit : // n'y a point de différence entre CRiM l'Eglise catholique et croire a l'Eglise catholique^ il a voulu dsi ' que lorsqu'on croit qu'il eociste une Eglise catholique, on doit erùèfi , nécessairement ce qu'elle enseigne.

Croître.

Les écrivains, et particulièrement les poètes, employaient tri»souvent autrefois ce verbe transitivement, dans le sens d' Augmenter ; et, quoique vieillie, cette expression a cependant encore 000 sorte de noblesse :

a des cœurs bien touchés tarder la Jouissance,

C'est infailliblement leur croître les désirs. (Malherbe.)

Ma mort était ma gloire, et le destin m'en prive

Pour croître mes malheurs et me voir ta captive. (Corneille.)

' Les valets qui se plaignent de leurs gages peuvent-ils d^ eux-mêmes Àes CROllV en se garnissant les poches? (Pascal.)

Je ne prends point plaisir à croître ma misère, ( Racine.)

Que ce nouvel honneur va croître son audace! (Le môme.)

L'Académie dit qu'on l'emploie encore en poésie, et donne poff exemple une partie du vers d'Esther que nous avons cité : CethSÊ^ neurva croître son audace.

Mais en prose, aujourd'hui, on dit en ce sens accroître ou /JA* croître.

Danger, péril.

Danger est relatif à un mal qui peut arriver; péril à un bieD qu'on peut perdre. Danger se dit de toute espèce de malheurs ^ craindre; péril^ d'une épreuve décisive dans laquelle on peut périr* Le danger «si présent ou éloigné; le péril est toujours «prMit'*

OBttRtÀTKM COMPLÉMENTAIRES. 367

'^i dit-on qu'on est exposé à un danger et qu'on est en péril^ en exprimant dans le premier cas la possibilité d'un malheur, et dans le ^nd son inmiinence.

Dans, en, à.

Les deux premiers de ces termes sont des synonymes dont nous tK)lîs (expliqué plus haut (page 54) l'emploi particulier; le troiième n'en est qu'un simple équivalent :

Eh ! qai peat pénétrer dam le cœur des humains t ( Saurin.)

fiifl Vélat est en lui; la vi^onté de tout le peuple est renfermée dans la sienne.

(BossueU)

^' ■' Jfe sais quel èist le peuple ; on le change en un jour. (Voltaire.)

n meurt comblé de gloire au sein de l'infamie* ' ( M.-J. Ghénier.)

:JkBciennement, à s'employait toujours pour dans et en devant un niMrjflIabe :

ietmeoup de yens pensent amasser À un coup plus de choses ensemble qu'ils n'en contenir et serrer entre leurs bras. (Nicot.)

Itous dirions aujourd'hui en un seul c<yup^ D'un seul coup; :Abik, 671, àj employés pour exprimer un rapport de temps, ont M signification plus déterminée; en marque alors la durée d'une imoàez

llkv«ré(i le monde en six jours.

^^ÊUra fini $on travail en un an.

Ikens marque le terme :

Baura fini son travail dans six heures, il, l'époque précise :

Udoit livrer son ouvrage À six heures.

Datif.

*ifito dônhie ce ftom au troisième cas des n<5Wis, des adjectifs et dès Wbhôiii^ latins. On le nomme cas d'attribution, et comme il marque It^l^me où aboutit une action, il se joint aux compléments indirects les verbes transitifs. Ce rapport s'exprime en français par la propoition à suivie d'un nom ou d'un pronom.

Voici quelquclK-ccteinj^Ites du ta^^pôtl exprimé parle datif:

Hmien k CisAR ce qui appartient À César.

En sacriliant tout À son devoir on est sur ^arriver ad bonheur. (Floriaii.)|

'È'mmt mieux tt exposer À L'ingratitude que de manquer aux misérables.

(La Bruyère.)

368 GRAMMAIRE GÉNAULB R HISIORiaUE.

De, en.

Tout complément déterminatif exprimant la matière dont M chose est faite doit être précédé de la préposition de; ce complément équivaut à un qualificatif :

Une porte de bois. Unpont de pierre. Une tabatièrevt*or. Un balaivK plunm. H» collier he perles, (Académie.)

Aa temps passé, on Tàge d'or,

Crosse de boys, évesquo d'or.

En ce temps sont aultres les loys :

Grosse d'or, évesque de bois. ( J. dn Chalard.)

lilais quand le complément exprime la manière, la disposita particulière, il veut alors la préposition en:

Des arbres taillés en buisson. Des perles es poires. Une fenêtre en ogwe.

(Académie.) Dans ce temps-là, on se coiffait en cheveux. ( Marivaux.)

Débat, contestation.

L'un et Tautre se disent d'une dispute entre plusieurs perscHUies, mais il existe entre ces deux mots une sorte de gradation de sens. L» contestation est la simple discussion que fait naître un désaccord; le débat est une discussion changée en dispute tumultueuse. Une contestation sur le sens d'une clause, d'un testament, aboutit souvent à un \iî débat devant les tribunaux. Un article de traité sujet k&m' testation peut être l'objet de longs débats.

Débile, faible.

Débile exprime un excès de faiblesse; faible un degré infériear de force; le premier a un sens absolu, le second un sens relatif Débile est d'un usage très-restreint; faible^ au contraire , a un ^nploi très-étendu. Quand on emploie les deux mots pour quafito l'esprit ou les facultés intellectuelles , faible se dit de ce qui a trop peu de force pour résister, et débile de ce qui s'abandonne faute d'une force quelconque.

Décence, bienséance, convenance.

La décence est le caractère général de ce qui est honnête; la bienséance est le mérite accidentel de ce qui sied bien; la eomô' nanee est Taccord moral d'un objet avec un autre ou de plusieurs

(ffiSERYÀTlOm COMPLÉMENTAIRES. 369

objets entre eux. Décence se dit de ce qui est conforme à Thonnéteté niorale; bienséance ne regarde que les mœurs et les usages de la société; convenance s'applique indifféremment à toutes les choses qui voQtbiea «isemble. La décence est une et n'admet pas de variations.

Décréditer, discréditer.

L'Académie n'établit aucune différence entre ces deux mots; Tun et rsatre s'emploient, en effet, dans le sens de Faire perdre le crédit, h considération , la faveur ; mais décréditer a un sens bien plus absolu; il signifie Priver de tout crédit, de toute considération, et iicréditer signifie seulement Enlever une partie du crédit : cette I ^Iflérence des ignification tient à la valeur propre de la particule inifde, laquelle est négative dans le premier terme, et simplement Hjonctive dans le second.

Dédain, fierté.

Le dédain est la marque du mépris qu'on a pour autrui ; la fierté est le signe de la haute estime qu'on a de soi. La fierté engendre le Main; celui qui est fier de sa valeur personnelle se montre souvent iédaiffneux à l'égard de ceux qu'il juge ses inférieurs par le mérite on la position.

R.y a dans la ville la grande et la petite robe; la première se venge sur Vautre Itt BÉDAins de la cour et des humiliations qu'elle y essuie, ( J.-J. Rousseau.) £a FIERTÉ dans l'âme est de la grandeur. (Voltaire.)

Défaut, manque,

"Le défaut est Tabsence de la chose qu'il faudrait avoir ; le manque est l'absence de ce qui est nécessaire pour que la chose soit com- |iftte. Le défaut est une privation absolue ; le manque est une prilitkm relative, un déficit. On accuse son manque de mémoire lorsqu'on se souvient imparfaitement d'une chose, et son défaut de mémoire lorsqu'on ne s'en souvient pas du tout.

Défaut fA, au).

A défaut de signifie proprement Faute de :

ADiFADT DE mn nous boirons de Veau. (Académie.)

A BiPAiiT DE compère on fait ses affaires soi-même. (Viennet.)

Onn'entendra peut-être pas sans quelque intérêt la voix d^un solitaire qui ap'

porte de la bonne foi À défaut de bon goût, de la conviction À défaut de talent, it$

éiudet À DÉFAUT DE sciencc. (V. Hugo.)

A défaut de ton bras, prête-moi ton épée. (GomeiUe.)

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