‹ Grammaire générale et historique de la langue françaiseChapitre 139 sur 153 · GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQITE · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQITE

Au défaut de signifie A la place :

Au DÉFAUT DB la {oftuM, Us quoliUs de l'esprit pourraient nom distinguer èumtf des hommes. (Boesuet)

Le style de Fénelon, qui n'est jamais impétueux ni chaud, est du moins Umjosn élégant; au défaut db la force, il a la correction et la grâce, (Thomas'.)

L'Académie et la plupart des écrivains ne font aucune distino tion entre ces deux expressions :

Nous avons été souvent forcé, au défaut du vrai, de notis contenter du vreùah blable. CBuffon.)

Défaveur, discrédit

Défaveur ne suppose aucun avantage* antérieur dont on sA déchu; disgrâce implique une faveur, une influence perdue. On dira donc très-bien qu'un livre a été accueilli avec défaveur^ et qu'un courtisan est tombé en disgrâce, La dé faveur -^Gai être encourue sans raison ; la disgrâce est généralement amenée par quelque faute.

Défendre,

Ce verbe ne doit jamais s'employer sous la forme intransitive- On trouve dans Corneille :

... Au liea d'attaquer, il a peine à défendre.

Et dans le Mérite des femmes de Legouvé :

Chacun savait mourir, nul ne savait défendre.

Cette construction est tout à fait vicieuse; on doit toujours exprimer le complément quand le sens du verbe est réfléchi ; il 61* lait dire se défendre dans les deux cas.

Il en est de même de tous les verbes transitifs ; aucun d'eux if s'emploie absolument quand le sens est réfléchi : ainsi l'on ne diï*^ pas il cache pour î7 se cache^ ni il accuse pour il s'accuse^ etc.

Défier, méfier (Se),

Se méfier^ c'est manquer de confiance; se défier^ c'est craindra d'être trompé ; l'homme qui par nature est peu confiant se fdf^ de tout le monde ; celui qui a déjà éprouvé le peu de bonne foi d^ hommes se défie d'eux; on est méfiant malgré soi et défiant pari* faute des autres : la méfiance tient au caractère ; la défiance à l'ex* périence et à la réflexion.

(NBSERYATIONS œMPLÉMEMTAIKES. 371

Définitif, définitive (En).

On a dit en définitifs dans le sens de Définitivement, en dernier ésultat:

fil DÉFTOTiF, après des années entières d'amertume» de douleurs, de tourments de «te etpèce , vous vous trouve* avec votre innocence, qui ne sert à rien, et la futation d'un tracassier, qui éloigne de tout. (linguet)

Smtotnt on se donne bien de lapeinepour n'être, en DéraoriF» que ridicule,

(Malesherbes.)

Dans les délibérations les plus sages, l'intérêt peut se laisser distraire, ébranler, m Df DÉFiNmr il donne son vote. (Boiste.)

Hais cette locution adverbiale, formée par ellipse du mot arrêt y itj^ropre au palais; l'Académie Ta aujourd'hui rayée de son Dieionnaire , et n'admet plus que en définitive.

Dégrader, avilir.

Dégrader y c'est faire déchoir, rendre moins estimable ; avilir ^ c'est «rire méprisable au dernier point; ce qui dégrade ne touche en [odque sorte qu'à l'extérieur, ce qui avilit altère Tessence même, ^ fonds moral : dégrader se dit d'une déchéance dans l'opinion des iQtres; avilir suppose un abaissement réel, une honte méritée :

Ae vksiKkDKL jamais l'homme, vous êtes de son espèce, et il est l'ouvrage de Dieu,

(La Bruyère.)

y(ms ne le verrez point recourir aux dissimulations, aux bassesses, à tous les ^s moyens qni avilissent les âmes. (Barthélémy.)

Degré, marche.

Ces deux mots désignent les pas ou divisions de l'escalier : dans le fejr^, on ne considère que la hauteur; dans la marelle^ on considère Wout l'étendue superficielle. On dit monter les degrés ^ et se tenir ^ les marches. Au figuré, degré est d'un grand usage; marche ne ''emploie guère que dans des phrases comme celle-ci : Les princes h sang sont sur les marches du trône.

Déhonté, éhonté.

L'Académie donne ces deux mots, et les fait suivre d'une même iéfinition ; anciennement, en efiet, ces expressions ont toujours été mployées l'une pour Tautre, et l'on ne voyait aucune différence ntre ces deux formes d'un même terme négatif.

372 GRAmiAlRE GÉNÉRALE BT HI8T0B1QDE.

Déhonté^ selon Marmontel, devra se dire aussi longtemps que honte:

Les Parthes étaient euloo-mesmes bien deshontez de blâmer ces livres des déiMset milisiennes, etc. ( Amyot)

On a dit aussi déhonter dans le sens de Déshonorer :

Gomment, dans un château dont l'antiquité briUe«

Venir de gaet-apens déshonter ane fille 7 (Th. Corneille.)

Éhonté a formé Tadverbe inusité éhantément, sans honte, sans pudeur :

Vit^n jamais tant d'incestes éhontément déborde*? (B. Pasquier.)

Aujourd'hui, le verbe déshonter lui-même est hors d'usage, niais déhonté et éhonté sont très-souvent employés comme adjectib :

J'ai le droit d'accabler, d'écraser sous l'injure,

L'imposteur déhonté qui te pousse au parjure. (G. Delavigne.)

Tu devrais devant moi te traîner à genoux,

Imposteur éhonté! (Y. Hugo.)

Éhonté^ quoique moins énergique, parait jouir de plus de faveur :

Courtisans éhontés de tant de maîtres différents, ils n'inspirent plus qvt ^ mépris, (Mérimée. )

Vamour rend honnêtes les femmes les plus éhontées. ( M"** de Girardîn.)

Lesdumsons frivoles d*une jeunesse éhontée. (J. Janin.)

Déjeuner, dîner, souper.

Avec un complément de chose, ces verbes prennent la préposition de :

Nous avons DéjEumé n'huîtres; il a dIné n'i/n seul plat de viande; ils sodfbR' DB laitage. (Académie.)

L'oiseau n'est plus, vous en ave% dinL ( La Fontaine.) Voltaire a dit figurément :

Le matin catholique et le soir idol&tre.

Déjeunant de l'autel et soupant du théâtre.

Chateaubriand devait donc employer la préposition de dans 1^ phrase suivante :

Nous DÉJEUNÂMES AVEC nos çalettes de maïs.

Suivis d'un nom de personne, ils veulent la préposition avec : Chaque jour je déjeunais avec mes amis et je dInais aybg ma famille^

OBSBRYATIONS GOMPLÉMEm'ÀlRES. S7B

Délateur, dénonciateur.

Le délateur est mû par son intérêt ou par sa méchanceté ; il épie BOX qu'il veut perdre et les dénonce sourdement : c'est un être parmi odieux et méprisable ; le dénonciateur a pour mobile l'intérêt ien ou mal entendu de la loi, du gouvernement, et souvent la «inte d'être traité comme complice des crimes qui sont venus à i connaissance.

Demande, question.

On dit dans le même sens : // m'a fait une demande et il m'a fait 10 QUESTION ; mais ces deux termes diffèrent en ceci : Demande est W usage plus général, et s'applique à toutes les matières sur lesndles on interroge, il a pour coiTCspondant réponse; question s'em- We plus spécialement en matière de doctrine, il a pour relatif 50-

Démêler, discerner.

On démêle les choses qui se trouvent mêlées naturellement ou qui •tt été embrouillées à dessein; on discerne celles qui sont ou 8Uvent être confondues avec d'autres. Démêler suppose un assez ^d nombre d'objets ; il suffît qu'il y en ait deux pour donner lieu 8 discerner. On a besoin de jugement pour discerner; il ne faut que - la patience pour démêler.

Demeurer, habiter, loger.

C'est ridée de résidence, commune à ces trois verbes, qui constis leur synonymie. Demeurer implique la plus longue résidence; fttïer, une résidence temporaire; loger ^ un simple séjour. Un ^ployé est forcé de demeurer dans le lieu où il a sa place ; les gens fies habitent tantôt la ville, tantôt la campagne; ceux qui ne tment à Paris que pour quelques jours logent dans des hôtels ^is.

Démontrer, prouver.

la synonymie de ces mots consiste en ce que tous deux ont un ?5port aux moyens d'établir la vérité ; mais il y a entre eux des ïérences importantes. Prouver est d'une application générale; ^nmtrer est spécialement consacré à certains sujets. On prouve

Page 1