‹ Grammaire générale et historique de la langue françaiseChapitre 145 sur 153 · GRAIOIAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

GRAIOIAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE

Force,

Ce nom se prend quelquefois pour Grande quantité, abondance; il a le sens du vis des Latins, dans cette phrase :

Maxima vis auri et argenti, (Cicéron.)

Mais dans cette acception, force est toujours invariable, et le terme qui lui sert de complément se joint à lui sans préposition :

Il a FORCE ARGENT, FORCE PIERRERIES. (Académie.}'

Force brillants sur sa robe éclataient. ( La Fontaine.)

Le nom qui suit force se met toujours au pluriel^ lorsqu'il éveille une idée de pluralité ; il faut en excepter les collectifs, comme argent^ dans l'exemple qui précède, et les noms qui ont au pluriel un sens différent de celui qu'on veut exprimer; ainsi Molière a employé avec raison le singulier lorsqu'il a dit :

Il faut dire forge mal de la comédie.

L'emploi du pluriel était ici impossible ; mais dans ces vers de Malherbe le pluriel était de rigueur :

Il faut mêler pour un guerrier, A peu (le myrte et peu de roses Force palme et force laurier.

Fort, très.

Fort et très sont les signes du superlatif; mais, suivant quelques grammairiens, /br^ serait relatif à l'action ; très^ relatif à la quantité: un homme fort habile, un homme ^m-grand; une opinion fort sage, une opinion ^m-populaire. Cette distinction ^rés-subtile n'est pas d'une application générale.

Fort s'emploie quelquefois d'une manière absolue dans le sens de Extrêmement, beaucoup :

L'esprit de singularité, s'il pouvait ne pas aller trop loin, approcherait fort à la droite raison, (La Bruyère.)

Mais, dans ce sens, son emploi est très-limité.

Fortuné.

Fortuné, formé de fortune,, dérivé du latin fortuna^ Sort, accident favorable ou défavorable, est pris en français dans le sens particulier de Heureux :

Vous, ce roi fortuné, si sage en ses desseins ;

Vous, la terreur du Partlie et Tami des Romains. (Voltaire.

Il soupirait le soir si sa main fortunée

N'avait de ses bienfaits signalé la journée. (Boilcau.)

N*est->il aucun Ëtat plus fortuné (^u*un autre?

QuelquesHuns remploient à tort comme synonyme de riche^ et disent : Il appartient à une famille fortunée ; C'est un homme fortuné. C'est une très-grave impropriété d'expression dont certains écrivains se sont rendus coupables :

Bien sans lequel l'homme le plus chanceux.

Est fortuné, mais n'est jamais heureux. ( Piron.)

Foupir.

Ce terme est un archaïsme encore en *asage dans quelques-unes de nos provinces du centre, pour Chiffonner, froisser. Les lexicographes ne l'admettent plus :

11$ montraient leurs panniers rompu% et leurs bonnets fodpys. ( Rabelais.)

Funéraire, funèbre.

Funéraire se dit de ce qui s'applique aux funérailles et aux objets exï usage dans ces cérémonies :

Des frais fdnérairbs. Une lampe, une torche funéraire. Une colonne funéraire.

Xa souffrance, semblable à un drap funéraire, enveloppe toute la vie.

(G. Nodier.)

Funèbre se dit de ce qui appartient à la mort ou en rappelle l'idée, et 5 par extension , de ce qui a un caractère triste et sohibre :

. . . D*un enterrement la /i^nèfrre ordonnance. (Boileau.)

Uenfant, couronné de roses blanches, est allongé sur sa tombe funèbre.

(Th. Gautier.)

Mille cloches émues

D'un funèbre concert font retentir les nues. ( Boileau.)

C'est pour donner à sa pensée une forme moins vulgaire que M. Victor Hugo a employé funéraire au lieu de funèbre dans le vers suivant :

J*accompagnais de loin les pompes funéraires

Futur, avenir.

Futur est relatif à l'existence des êtres, et avenir aux révolutions des événements. Futur est , en effet , ce qui sera , ce qui doit être comme continuation ou comme produit de ce qui existe déjà : les

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siècles futurs^ les races futures. Avenir s'entend des choses purement contingentes, c'est-à-dire qui peuvent bien arriver, mais dont ravénement n'est déterminé nécessairement par aucune cause ; c'est pourquoi Ton dit : Les choses de Vavenir sont incertaines. Futwrmjtque un temps plus rapproché ; avenir^ un temps plus éloigné ; eofo, futur est un terme de l'école ; avenir est un terme de la langue fuIr gaire.

Gager, 'parier.

Gager ^ c'est déposer un gage; parier^ c'est opposer, mais sans consignation de gages, une somme à perdre contre une autre somme à gagner d'après une éventualité quelconque. Les objets que Ton gage peuvent être inégaux de nature et même de valeur; quand on parie^ la somme risquée de part et d'autre est égale, ou du moins on se fait des conditions égales de gain et de perte, de sorte que si l'cm parie vingt contre un, c'est qu'on suppose avoir vingt chances contre une de gagner.

Gages, appointements, honoraires, traitement.

Gages ne se dit plus aujourd'hui qu'en parlant du salaire des domestiques ou des gens qui louent leur service pour des occupations mercenaires; appointements se dit des fonctionnaires, des employés, des gens qui ont une place ou une position qui peut y être assimilée ; traitement désigne la rémunération de quelques emplois honorables de leur nature, quoique exercés dans des maisons particulières ; Honoraires est le nom que l'on donne aux salaires donnés aux personnes qui exercent des professions libérales, indépendantes. Un portier a des gages; les employés ont des appointements; un secrétaire, un précepteur reçoivent des traitements; les avocats, les médecins réclament des honoraires de leurs clients.

Gangrène, gangrené.

On a longtemps donné la valeur du A; au ^ initial de ces mots; de cette prononciation est résultée une orthographe vicieuse et contraire à l'étymologie ; ainsi quelques-uns ont écrit cangrène et cangrené, et Ton trouve même dans l'édition de Boileau publiée par Saint-Marc :

Mais voilà cependant tout son corps cangrené; Et la fièvre demain, se rendant la plus forte. Un bénitier aux pieds, va retendre à la porte.

Aucun autre éditeur n'a reproduit cette orthographe.

Garant.

Ce mot, employé comme attribut et dans un sens indéterminé, s'atxx)rde avec les noms auxquels il se rapporte :

il deêcend dans les foyers domestiques pour y exciter ces vertus paisibles, ga- BA1ITB8 du bonheur de ceux qui les habitaient. (De Pastoret.]

Son emploi, dans le vers suivant, s'e^cplique, mais ne se justifie pas par l'exigence de la mesure :

Partout votre présence est garant d*un succès. ( Jouy.)

Hais, accompagné d'un déterminatif, on lui donne le genre masculin, quoiqu'il se trouve en rapport avec un ou plusieurs noms ins :

Qm de choses dont l'histoire seule et la tradition peuvent être les garants.

( Maury.)

Stt conduite passée vous est un sCr garant de sa fidélité pour Vavenir.

(Académie.)

La divinité est le garant de nos paroles et la caution de nos pensées,

(Diderot.)

Précédé de la préposition à, il forme une expression adverbiale analogue aux locutions invariables à témoin^ à partie^ à caution.

Je vous prends à garant, vous tous qui m'écoutez.

Génitif.

On désigne sous le nom de génitif le deuxième cas des noms, des adjectifs et des pronoms grecs, latins, etc., ou, pour mieux dire, le cas qui sert à former tous les autres. Le génitif réT^ond à notre complément déterminatif; ainsi, dans ces phrases : La bonté de Dieu^ la bravoure du soldat^ la splendeur des deux, les mots de Dieu, du soldat^ des cieiux;^ seraient exprimés, en grec et en latin , par un nom au génitif ou. par les qualificatifs divine^ militaire^ céleste.

En voici quelques exemples :

Son âme a toute la hauteur de la vertu. ( Barthélémy,)

Pour peu qu'on sonde le cœur humain, on y trouvera le germe de tootes les PASSIONS. (Massillon.)

La flamme du génie étincelle en ses traits. ( M.-J. Chénier.)

Gérondif.

On appelle gérondifs en grammaire latine, un des temps de Tinfinitif qui répond à trois des cas du participe futur passif : au génitif,

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le gérondif en Di; au datif, le gérondif en do; à Taccusatif , le 9erondft/en DUM. \

Ce terme se dit abusivement, en français, du participe présent modifié par la préposition en exprimée ou sous-entendue :

En allant. En faisant. // allait courant. (Académie.)

Cette construction répond au gérondif en do.

Gestes,

Gestes^ employé seul, s'est dit des Actions militaires grandes, belles, éclatantes :

Maximien achevant tant de gestes guerriers

Semble au front de mon pbre en voler les lauriers. ( Rotrou.)

C'est un latinisme que l'Académie a cru devoir consigner dans son Dictionnaire, quoiqu'il soit à peu près inusité aujourd'hui en ce sens, Gesta était même, en latin , d'un emploi très-rare, et Cicéron, (lit l'auteur des Synonymes latins^ ne l'a employé qu'une fois.

Dans le langage familier, on dit les faits et gestes d'une personne pour ses actions et sa conduite; les deux mots ne forment alors qu'une seule expression substantive.

Gloire, honneur.

V honneur est dans l'accomplissement volontaire du devoir; la gloire est dans l'accomplissement du devoir et dans quelque surcroît éclatant de mérite ou de sacrifice. Il est de V honneur d'un militaire de défendre un poste qu'on lui a confié ; su gloire est de s'offrir pour monter le premier à l'assaut. L'honneur est dans l'individu même; la gloire vient du public à l'individu ; on garde son honneur^ on acquiert la gloire.

Vhonneur parle, il sufSt ; ce sont là nos oracles. ( Racine.) La modestie est le seul éclat qu'il soit permis d'ajouter à la gloire. (Dudos.) On n*a jamais vu marcher ensemble la gloire et le repos. (Chamfort.)

Glorieux, fier.

Un père et une mère sont glorieux de leur nombreuse famille; ils sont fiers des succès de leurs enfants. Pris dans un sens absolu, glorieux et fier ont entre eux des différences plus essentielles. Un homme glorieux est surtout vain ; un homme fier est surtout dédaigneux. Le premier cherche à exagérer aux yeux du public les qua-

OBSERYATIONS COMPLÉMENTAIRES. 4ll

lités qu'il a, et même à se donner les apparences de celles qu'il n'a pas ; le second se concentre dans la haute opinion qu'il a de luimême, et se montre plein d'arrogance à iVgard des autres.

.Ve sayeipai ii glorieux de ce que vous ave:i fait, (Académie.)

Je suis tout glorieux de ses jeunes attraits. (G. Delavigne.)

// était GLORIEUX à un point qu'on en riait et qu'on en avait pitié.

( Saint-Simon.)

La nation des auteurs est un peu vaine et glorieuse. (Lesage.)

Glose, commentaire.

Pris dans le sens d'exégèse , d'explication d'un texte , sens qui constitue leur synonymie , ces deux mots ont entre eux les difl'érences suivantes : la glose est une explication littérale, et qui ne dierehe le sens que dans les termes mêmes du texte ; le commentaire est une interprétation libre, dans laquelle on s'aide de notes ou de souvenirs historiques, gi^ographiques, etc. L'objet de la glose n'est que de rendre claire la pensée exprimée ; celui du commentaire est souvent de modifier la pensée exprimée par des conjectures sur la pensée sous-entendue.

Veut-on nier un point que je suppose...

J'ensevelis le texte sous la glose, (La Chaussée.)

Goulu, glouton.

Le ^om/w saisit avidement les morceaux , mâche à peine et avale ; le glouton saisit, dévore, avale, ou plutôt engloutit. Goulu n'exprime que ridée de manger avidement, vilainement ce qu'on trouve ou ce qui est présenté ; glouton marque de plus une fureur à se jeter sur une proie et un acharnement à la dévorer. Le goulu peut n'être pas glouton; le glouton est nécessairement goulu.

Gradation.

On donne ce nom à une figure de style qui consiste à arranger les mots ou les propositions de manière qu'il y ait progression dans les idées. La gradation va du moins au plus ou du plus au moins, selon le caractère de la pensée qu'on veut exprimer :

Que tu sais bien. Racine, à Taide d'un acteur. Emouvoir, étonner , ravir un spectateur! (Bpileau.)

// FADT SUER, VIEILLIR, FLÉCHIR, DÉPENDRE, pour ovoif un pcu dc fortune, OU la devoir à l'agonie de nos proches. ( La Bruyère.)

Marche*, coure%, vola, vous voIe;E au carnage ;

C'est le chemin de Marathon. (G. Delavigne.)

Vous voulez qu*un roi meure, et pour son châtiment

Vous ne donnez qu*unjour, qu'une heure, qn^un moment. (Racine.)

Une gradation est \icieuse quand les différents termes dentelle

se compose ne sont pas groupes logiquement , comme dans ces

vers :

Je devins parricide, assassin, sacrilège, ( Racine.)

La victoire entre nous fut longtemps suspendue ;

Mais enfin dans nos rangs il s'ouvrit une issue,

Y porta le désordre, et la mort et l'effroi. (Viennet.)

Grand, fjrande.

1. 11 a, selon la place qu'il occupe, une signification différente :tM HOMME GRAND cst uu hommc d'uuc taille élevée, un grand homme est un homme éniinent par son mérite ; on a l'air grand quand on a dans sa physionomie un caractère de noblesse qui révèle une âme douée de grandes qualités ; on se donne de grands airs quand on affecte les manières d'un grand personnage :

Un grand homme, crois-moi (si Thomme est jamais grand), Plus il est éclairé, plus il voit son néant. (Racine.)

On cheminait, lorsque tout à coup sortit de derrière un arbre, au bord de k route, un grand homme, la tète et les pieds nus, vêtu d'une misérable souqM' nillle, (Barante.)

C'est un homme grand ou d'vne grande taille qu'il fallait écrire. Anciennement, les poètes supprimaient Ve final chaque fois que la mesure l'exigeait :

Les oyselets par grand' joye et déduîct.

De leurs gosiers respondent à tel bruict. (Marot.)

Sa grand'bonté me feict aller grand' erre, (Le môme.)

Toutefois la signification que nous indiquons ici comme celle de homme grand et grand homme change, si le premier est suivi d'un complément modificatif et si le second est accompagné d'un adjectif exprimant une qualité physique : un homme grand dans ses manières, un grand homme sec. Dans le premier exemple, ce n'est plus la taille qu'on a en vue, et ce n'est pas Véminence du mérite qu'on désigne dans le second.

II. Grande perd son e final avant un certain nombre de substantifs féminins commençant par une consonne ; on marque la suppression au moyen de l'apostrophe. Les mots devant lesquels Ve final de grande se retranche le plus ordinairement, sont : chose^ chambre^ croix., chère., erre., mère., messe., peine., pitié-^ rue., salle, tante :

Ce n* était pas grand'chose. (Fontenelle.)

OBSERVATIONS COMPLÉflŒNTAlRES. 4 13

• •.,••• Chacun de nous se flatte

De faire ici grand*chère et chère délicate. ( Destouches. )

Le Dieu qui s*enfuit à grand' erre, ( La Fontaine.)

Jfenrt de Cattille, frère de votre grand'mèrr Isabelle. (Fontenclle.)

Minuit à grand'peine sonnant. ( La Fontaine.)

Où nous reverrons-nous 7 — Eh mais ! dans la grand' salle De Westminster. Demain, avant l'heure fatale. (V. Hugo.)

C'est grand'pilié de voir cette âmo dt^solée. ( Ponsard.)

Grisette.

Grisette^ substantif féminin. Etoffe grise de peu de valeur :

Sm pourpoint était une casaque de grisette, ceinte avec une courroie.

( Scarron.)

On a donné ce nom , par extension , à un vêtement que portent ks femmes du commun :

BUe a une jolie grisette. (Académie.)

D se dit encore d'une jeune fille galante et de médiocre condition:

Il n'y avait que des grisettes à ce bal. [Académie.)

Gros, grosse.

Le sens de ce mot varie selon qu'il est placé avant ou après le Bubstantif femme; ainsi une grosse femme est une femme qui a de Tembonpoint , et une femme grosse une femme qui est enceinte. Cependant il perd cette signification quand, placé après le mot femme^ il est modifié par un des adverbes plus^ moins ^ aussi ^ très^ fortj bien y extrêmement,, etc. Une femme très-grosse n'a pas un autre sens qu'une très-grosse femme.

On dit familièrement gros de pour Plein, rempli de et accablé de :

// a les yeux gros de larmes. Il a le cœur gros de l'injustice qu'on lui a faite. te présent e«<6R0s n'avenir, (Académie.)

Les poètes s'en sont quelquefois heureusement servis dans cette icception :

Le cœur gros de soupirs qu'il n*a point écoutés. (Racine.)

Quand ce colosse altier, apportant le trépas,

Etait gros de malheurs, d'armes et de soldats. ( Delille.)

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