‹ Grammaire générale et historique de la langue françaiseChapitre 146 sur 153 · H GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

H GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE

Gros s'emploie adverbialcmont dans ces locutions : Jiasarier^ risquer gros; gagner gros; perdre gros :

L'enseigno fait la chalandise.

J*ai vu dans lo palais une robe mal mise

Gagner gros : les gens Tavaient prise Pour maître tel , qui traînait après soi Force écoutants. Demandez-moi pourquoi? (La Fontaine.)

GtUre, guères.

En prose, ce mot s'écrit toujours sans s :

Un cœur malade ne peut guère écouter la raison que par l'organe du tentimai

( J.-J. Rousseau.)

En vers , il prend Vs ou le supprime, selon les nécessités delà rime ou de la mesure u

Seigneur, tant de grandeurs ne nous touchent plus guère; Je les lui promettais tant qu'a vécu son père. (Racine.)

Mais ces monstres, hélas ! ne l'épouvantent guères,

La race des Laius les a rendus vulgaires. (Le même.)

Elle grimpa chez l'aigle et lui dit : Notre mort, Au moins de nos enfants, car c'est tout un aux mères. Ne tardera possible guères, ( La Fontaine.)

Qui ne rend point de soins n'est guères amoureux. (Voltaire.)

Guider, conduire, mener.

Guider^ c'est montrer le chemin \ conduire^ c'est diriger en marchant en avant, à la tête; mener ^ c'est conduire par la main. On guide un voyageur, on conduit un bataillon , on mène un troupeau. Pour guider^ il faut des lumières; pour conduire^ il faut de Tautorité; pour m^ner, il ne faut que de la force. L'expérience guidelî^ pilotes , ceux-ci conduisent les vaisseaux du côté où les vents les mènent :

Il doit être doux de guider un grand cœur où U doit aller, et de guider les otftres où ils n'iraient pas seuls, (Salvandy.)

J'ai besoin qu'un ami me conseille et me guide. (C. Delavigne.)

Ce guide conduit bien, conduit mal. (Académie.)

Je vous l'amène sans peine, et il m'a paru qu'il avait asse:i déplaisir à se laistff conduire. (Campistron.)

On MÈNE un coursier ombrageux à l'objet qui reffrage, afin qu'il n'en soit plw effrayé. (J.-J. Rousseau.)

Il veut que ce soit moi qui vous mène au supplice. (Racine.)

OBSERVÀTIO?iS COMPLÉMEXTÀIRES. 4lT)

Habile, savant, docte.

 considérer isolément le sens propre de chacun de ces trois mots, eoici les difiTérences qu'on trouve entre eux :

Il y a plus d'érudition dans l'homme docte^ plus de philosophie dans l'homme savant ^ plus d'art dans l'homme habile.

De longues études éclairées par Tinteiligence rendent un homme iocte; la méditation appliquée à des matières spéculatives le rend mont; une aptitude natui^elle à la pratique et un fréquent usage des eoDnaissances acquises le rendent habile,

n est bien rare qu'un des trois mots n'implique pas , dans une ttrtaine mesure, le sens des deux autres, ou tout au moins de htt des deux autres. Ainsi le docte ^ malgré Tuniversalité de ses onumissances, ne serait qu'émdit s'il n'était pas un peu savant; des ffwmts tels que les grands physiciens, les grands médecins, sont nécessairement habiles; et entre les grands orateurs, anciens ou modfirnes, les plus habiles étaient en môme temps savants et doctes.

Haine, inimitié.

L'un et l'autre désignent , avec des nuances diverses , la disposifitti de l'âme qui nous porte à détester.

La haine a pour objet les personnes ou les choses; V inimitié n'a Pour objet que les personnes.

On a de la haine pour les méchants et pour la méchanceté ; on • de V inimitié pour une famille et non pour ses actes, quels qu'ils sdent.

La haine des hommes peut s'entendre également de celle qu'ils prouvent ou de celle qu'on éprouve pour eux; Vinimitié d'un liomme signifie toujours celle qu'il ressent pour autrui.

Comme différence caractéristique, il faut noter que la haine est rfus- profonde , plus ouverte, plus générale ; Vinimitié plus extéieure, plus déclarée, plus particulière. Alceste, dans le Misanhrope de Molière, a pris en haine le genre humain ; il serait absurde le dire qu'il l'a pris en inimitié. La haine \)eui n'être inspirée que «r les mauvaises qualités qu'on découvre dans les personnes ou [u'on leur attribue ; Vinimitié vient toujours de quelque fait positif.

Haleine, souffle.

L'un et l'autre désignent l'air qui sort des poumons, ou le fait lême de l'émission de l'air sortant des poumons.

416 GRAMBIAIRE GÉNÉRALE ET HHTOUQUE.

La diffcTence caractéristique des deux mots, c'est que halm exprime rémission naturelle, et souffle rémission violente. Quand tous les deux ont rapport à la respiration, V haleine en est l'acte ré; gulier, habituel ; le s&uffle en est Tacte anormal , accidentel. Voilà pourquoi on dit : Perdre haleine^ prendre haleine^ et non Perdre souffle, prendre souffle,

11 suit tout naturellement de ces distinctions qu tialeine emporte une idée de modération et souffle une idée de violence. Cette différence est surtout marquée quand les deux mots s'emploient au figuré : on dit le souffle des vents, V haleine des zéphyrs.

Harnois, harnais.

Le premier ne se dit qu'en poésie et dans le style soutenu :

C'est la première fois

Que ce jeune seigneur endosse le harnois. (CorneiUe.)

Savez-vous pour la gloire oublier le repos.

Et dormir en plein champ, le harnois sur le dos ? (Voltaire.)

Le coursier écumant qui bondissait sous lui

De son riche harnois semblait enorgueilli. (Ûelille.)

On dit encore figurément : blanchir sous le harnois ^ s' échauffer en son harnois.

Mais quand il se dit de l'équipage d'un cheval de selle ou de trait,

on écrit et on prononce harnais :

Le HARNAIS de son cheval est enrichi de pierreties. (Académie.)

Haut, hautain, allier.

Ces trois mots, d'étymologie commune, diffèrent seulement ptf les idés particulières que le second et le troisième ajoutent à l'idé* générale renfermée dans le premier.

Hant^ dans le sens figuré, marque Félévation morale, la graû* deur de l'âme ou du cœur de l'homme; hautain exprime parlui' même la fierté de Tesprit ou l'orgueil du rang portés à un degré eir tréme ; altier ajoute à ce caractère Tidée d'un besoin ambitieux i^ domination.

L'homme haut ne s'abaisse pas ; l'homme hautain vous rabaisse ; l'homme Air TiER veut vous asservir plutôt que vous abaisser. (Roubaud.)

Haut se prend très-souvent en bonne part , altier quelquefois, hautain jamais, à moins qu'il ne soit modifié par les mots qui l'accompagnent.

(NKERVATIONS GOMPLÉHENTAIRES. 417

t peut être haut de cœur et humble de fortune ; on n'aime pas iDs altiers^ quoiqu'on trouve naturel que les conquérants le t; les caractères hautains sont partout insupportables.

Hâter.

us le sens de Faire d('pécher, ce verbe admettait autrefois un dément de personne :

Qae Ton coure avertir et hâter la princesse^ ( Racine.) «,

Le cher patron, lui servant d^écu^er,

A coups de fouiit hâtait le muletier, (Voltaire.)

ins cette acception , on dit mieux et plus souvent aujourd'hui s hâter; on trouve cependant dans T Académie l'exemple sui-* : Hâtes un peu ces gens^là. Cet emploi a vieilli.

Henri,

in poésie et dans le style soutenu , on doit toujours aspirer Tini- ^decemot:

En vain contre Henri la France a vu longtemps

La calomnie affreuse exciter ses serpents. (Voltaire.)

bas dans le style familier l'aspiration se perd , et Ton doit dire :

imUé d'Henri IV.

tos les inscriptions et les titres, ce mot est toujours aspiré :

I J^eune$$e db Henri V, par Alexandre DuvaL

Hériter.

Se verbe, suivi d'un seul complément, prend toujours la prépo- ^de :

. • • Doit-on hériter de ceux qu'on assassine? (Corneille.)

• jeune homme a HéaiTé des vertus de son père, (Académie.)

He noblesse manque et s^éteint en nous, dès que nous HéaiTONS du nom sans ta DIS VERTUS qui l'ont rendu illustre, (Massillon.)

'il a deux compléments, l'un de personne, l'autre de chose, ce lier est toujours direct et l'autre indirect :

Vous avez hérité ce nom de vos aïeux. (Corneille.)

vertu est le seul bien qu'i^ ait HéRirs de ses parents. (Académie.)

piu$ AVAIT HÉRiTé DE SON PÈRE SON ATTACHEMENT invioloblc pow Us intérêts nai. (Yertot.)

Page 1