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418 GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET ili811MU(|UB.
Hialui.
Ce mot , emprunté du latin , signifie dans notre langue l'espèce de cacophonie qui résulte de Touverture prolongée de la bouche dans rémission consécutive de deux sons qui ne sont distingués Tua de l'autre par aucune articulation.
On regarde assez communément, dit Beauiée, les deux tenues d'hiatus et de bâilleinent comme synonymes , mais je suis persuadé qu'il en est de ceux-là comme de tous les autres, et qu'avec une relation commune à une suite non interrompue de voix amples , ces mots désignent des idées accessoires différentes qui en font les caractères spécifiques. Ainsi le bâillement exprime spécialement Tétat de la bouche, et Vhiatus énonce Tespèce de cacophonie qui en résulte, de manière que V hiatus est l'effet du bâillement. Le bâiilement est pénible pour celui qui parle, V hiatus est désagréable pour celui qui écoute : la théorie de Tun appartient à l'anatomie, celle de l'autre est du ressort de la grammaire (l).
Les hiatus n'étaient pas formellement interdits à nos andeos poètes : Saint-Gelais, Théophile, Régnier, Marot, ne prennent aocmi soin de les éviter; on en trouve même encore dans Malherbe :
Qui ose a peu souvtînt la fortune contraire. (Régnier.)
' Que froidemeiit reçu on Técoute à grand'peine. (Le mduie.)
Estant en celle troupe,
Où amour est comme Seu en estoupe. ( Saint-GeUis.)
La Garde, tes doctes écrits
Montrent les soins que tu as prit. ( Malherbe.)
La conjonction et suivie d'une voyelle produit un hiatus condamné aujourd'hui en poésie ; on ne dirait donc plus avec Régnier :
Inutile science, ingrate et mesprisée,
Qui sert de fable au peuple, et aux grands de risée.
La langue, en se perfectionnant, a dû beaucoup faire pour l'oreille, et comme celle-ci était fréquemment offensée de la rencontn des voyelles, les hiatus ont été généralement bannis, non-seulemeol des vers, mais même de la prose ; on a été jusqu'à interposer eoln les voyelles des lettres purement explétives, le plus souvent un t: Pense-T-il^ viendra-i-on ; quelquefois une s : Fos-y, donnesry tes soins; et l'on va même jusqu'à séparer Vn des voyelles nasales pour la joindre à la voyelle du mot suivant , comme dans bon enfant^ bon ami^ qu'on prononce comme bo nenfant , bo nami.
(1) Beau2ée, Gramm. générale.
OMEIITATfOKS OOMI^ÉMEyrAtllKS. 4 19
Hiêtoire, annalfs, chrûni^ue.
V histoire est le récit des faits vrais ou re^*us pour ^Tais, qui peuvent intéresser les contemporains ou la postérité.
La chronique est lliistoire des faits, divisée selon Tordre des temps.
Les atmales sont des chroniques di\isées par années.
D*«près ces premières différences, qui ne portent que sur la form^, histoire désigne un genre, dont chronique et annales repré* sentent deux espèces Tariées.
Les (Uflërences qui se rapportent au fond ne sont pas moins importantes.
Vhistotre est la narration sérieuse, liée et suivie, des événements mânombles les pins propres à instruire la postérité; ce qui suppose de l'art, de la philosophie et de la critique dans Técnvain.
La chronique est la mention de faits et d^événements plus ou moins importants, mais ajoutés les uns aux autres sans aucun lien de dépendance ou de succession logique, et marqués seulement pour déterminer certaines dates.
Les annales sont les chroniques de chaque année, et quoiqu'elles aient pour principal objet Tordre des temps, elles enregistrent plus de détails et de petits faits que les chroniques proprement dites, et se rapprochent aussi un peu plus de Vhistoire. . ^
On a voulu reconnaître entre Y histoire et les annales une autre différence : histoire eût été appliqué aux faits que l'écrivain aurait vtis lui-même ou qui se seraient passés de son vivant, et anmalee eût désigné ceux dont il n'aurait eu connaissance que par la tradition; mais la critique n'a pas admis cette distinction.
Vhistoire ne domine pas seulement les annales et la chronique en ce qu'elle exprime le genre dans la matière où les trois mots se rencontrent comme synonymes ; sa signification s'étend encore à tout exposé suivi. Ainsi on dit Vhistoire de la philosophie, Vhistoire des idée^, des arts, des hérésies, etc.
Humeur, fantaisie, caprice.
Humeur j restreint à la signification d'un sentiment vif qui se prodoit et se dissipe sans aucun sujet sérieux , a quelque rapport de synonymie avec fantaisie et caprice. Voici les nuances qu'il fout difr» tinguer entre ces trois mots :
Humeur tient plus au tempérament, caprice plus à Tesprit, fantaisie plus aux accidents.
V humeur a rapport à ce qu'on sait, la fantaisie à ce qu'on désire, le caprice à ce qu'on rejette.
420 GRAMMAIRE GÉ.NÉR.VLE ET HISTORIQUE.
Une personne atteinte de quelque affection maladive, ou qui se trouve seulement dans une position malaisée , a de Vhumeur; une femme enceinte a des fantaisies; un enfant a des caprices.
Idée, pensée.
Ce qui fait que ces deux mots sont souvent confondus dans Tusage, c'est qu'ils désignent également les produits de l'action de rame ou de Tespnt ; il y a d'ailleui-s entre eux une grande différence de sens : Vidée est une image, une représentation de l'objet dans l'esprit; la pensée est un acte de l'esprit, qui considère cet objet isolément ou dans ses rapports avec d'autres. Les esprits légers, étourdis, superliciels, ont autant et souvent plus de bonnes idées que beaucoup d'autres ; on ne trouve des pensées de quelque valeur que cbez les esprits distingués.
On dit des idées qu'elles sont brillantes, obscures, gaies; et des pensées^ qu'elles sont fines, fortes, profondes.
Une pensée est vraie ou fausse ; une idée^ par elle même, est toujours vraie, en tant qu'image d'un objet , et ce qu'on appelle vulgairement une idée fausse n'est qu'un faux jugement porté à l'occasion de cette image ou de cette représentation.
Ignorer.
Lorsque ignorer est pris affirmativement, le verbe de la proposition subordonnée se met au subjonctifs et il se met à Vindicatif si ignorer est pris dans un sens négatif :
On IGNORE communément que Tristan ait mis eti vers V office de la sainte Vierge.
(Voltaire.) Il R*iGRORE PAS qu'il A mal agi en cette circonstance.
Dans le premier cas, ignorer a le sens de douter ^ et dans le second, celui de savoir; d'où la raison de l'emploi du mode, emploi très-logique au fond, quoique en contradiction apparente avec les principes généraux de construction.
Il y a, il est.
Ces deux expressions impersonnelles n'ont pas la même valeur : il y a exprime quelque chose de particulier; il est^ quelque chose de général :
Il y A dans cette affaire des dangers auxquels vous ne pouvez échapper.
(Gîraul t-Duvivîer.)
// n'y A BIEN qui rafraicHiisse le sang comme une bonne action, (La Bruyère.)
// est des contre-temps qu'il faut qu*uQ sage essuie. ( Racine. J
Pour éviter Thiatus, les poètes emploient il est sans distinction de sens.
Illisible , inlisible.
Ces deux mots ont une signification tout à fait distincte : inlisible se dit au propre et dans le sens matériel des caractères, de l'écriture qu'on ne peut déchiftVer, lire :
Sa main ne forme que des caractèret illisibles. (Voltaire.)
Illisible se dit figurément des ouvrages si mal pensés et si mal écrits qu'on n'en peut supporter la lecture :
Pourquoi n'ont-il écrit que ^'illisibles ouvrages? (La Harpe.)
L'Académie n'a pas admis cette distinction, et dit également une écriture inlisible et une écriture illisible.
Imaginer, s'imagifier.
Imaginer^ c'est Concevoir par la pensée, créer, inventer :
La principale qualité d'un peintre» d*un poêle» c'est de bien iuaginer un dessin avant de l'exécuter. (Beauzée.)
Celui qui imagina les premiers caractères de l'alphabet a bien des droits à la reconnaissance du genre humain. (Girault-Du vivier.)
C'est la chaleur du génie et l'amour de son objet qui lui donnent d'iuAeiMERe/ iVinventer. (Vauvenargues.)
Imaginer a toujours un nom de chose pour complément direct. S'imaginer signifie Croire :
On s*iuAGiNE toujours qu'on a plus de pureté et de perfection qu'on n'en a en effets
Il s'imagine être un grand homme.
On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on se l'imagine.
[ La Rochefoucauld.)
S'imaginer a toujours pour complément une proposition subordonnée ou un infinitif exprimé ou représenté par le pronom le. Dans la phrase suivante :
On serait tenté d'iMAGiNER que dès les commencements la brebis a été confiée à la garde de l'homme. (Buffon.)
imaginer est employé d'une manière vicieuse, c'est s'imaginer qu'il fallait écrire.
Immunité, exemption.
Immunité se restreint à Taffranchissement de quelque chose d'onéreux; exemption s'étend à l'affranchissement de toute espèce
422 GRAMIUIRE GÉNÉBALE ET HOTOUdDE.
de choses. limnuniU l'eprésente la qualité, le titre en vertu desquels on est affranchi d'une charge ; exemption désigne le fait mérae par lequel on est exempté de telles ou telles choses déterminées : on dit les immunités d'une corporation , d'un ordre, les immunités des personnes et des biens; V exemption des impôts, du service militaire, d un vice, d'une chose quelconque à laqudle on peut être sujet. Enfin les immunités sont comme un droit fixe inhérent à la qualité de certaines classes d'individus ou de certaines choses ; les exemptions ne sont que des privilèges de faveur. «
Impertinent, insolent.
Ces qualificatifs s'appliquent aux personnes et aux choses avec tes nuances distinctives indiquées par Tétymologie. Impertinent se dit de celui qui fait ou dit ce qu'il ne lui appartient pas (quoél non pertinet) de faire ou de dire :
Toiit le monde n'a pas l'art Vart d'être impertinent. (Desmahis.) Voilà une impertinente remorçMe. (Diderot.)
Insolent se dit de celui qui agit ou parle caDirtôrenient à oe qui est d'usage {non ut solet).
Une ebose impertinente est celle qui ne eonvient pas de la part de celui qui la fait ; une chose insolente est celle qui contrevient, soit à' un ordre naturel, soit à des règles ou à des bienséanee^ reçues :
Combien de fourbes insolents à vanter leur sincérité! (Bourdaloue.)
La plus graîide ignorance est souvent déguisée sous la plus insolente préiom^
Impie, irréligieux, incrédtUe.
Imftie^ dans son sens le plus général » s'applique à ee qui brave, outraga, viole toute chose digne de respect et de vénératàoa; mais nous le restreignons au sens d'irréligion , dans lequdi il a son v^ritabte lien de synonymie avec les deux autres mots ; il se dit donc de l'homme qui vit comme s'il ne reconnaissait point de dieu » Ott qui ose braver le dieu même qu'il reconnaît : le don Juan de Molière est impie. Irréligieux s'entend de celui qui a peu ou point de religion, ou qui se dispense de toute espèce de cuhe et d*hommages envers la divinité ; quelques gens sont irréligieux par système, mais beaucoup le sont par indifférence. Incrédule, littéralement qui ne croit pas , implique Tidée de nier une reli^on dans laquelle on a été catéchisé ; il y a peu d'hommes qui soient céel'*
lement incrédules^ mais le nombre de ceux qui affectent de l'être est considérable;
Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en matière de gouverne^ ment, la majoûté d'un peuple a le droit de tout faire, [A. de Tocqueville.)
Le commun caractère est de n'en point avoir ;
Le matin incrédule, on est dévot le soir. (Andrieux.)
De longuet ealamiiés publiques corrompent un peuple iRRéuGiEux, chacun se Mie de jouir de la vie. (Boiste.)
Impoli, 2^ossier, rustique.
n n*y a dans impoli que Tabsence d'une qualité; il y a dans gros^ sier un vice positif, qui se retrouve encore aggravé dans rustique. L'homme impoli est celui qui manque de politesse, et qui, par dé&ut d*^ducation ou par stupidité naturelle , n'a ni appris ni su dimner les manières qui plaisent dans la société. Le grossier ^ mmseulement ne plaît pas, mais il semble qu'il n'ait appris qu'à déplaire, par ses procédés et par ses formes désagréables. Le rustique n^a proprement ni formes m manières apprises ; il choque et éloigne tout le monde par ce que la nature inculte a de pliis brutal :
&n trouve des esprits nés pour tout C4mteêier, qui ne éamnei^ ^*mkblâmù «fut* voque aux hommes impous, aux caractères incivils. (Laveaux.)
Des jeunes gens se eroient naturels lorsqu'ils ne sont que gbossiers.
( La Rochefoucauld.]
Télémafjue fut surpris de voir, avec une apparence de simplicité rcstiqoi^ tout ee qui peut éharmer les yeux. (Fénelon.)
On les trouvait oeatpés du labourage et des autres soins de la vie RUSnQiiB, fÊiemd en les allait quérir pour commander tes armées. (Bossoet.)
• Imposer, en imposer.
Imposer signifie Inspirer du respect, commander Fadmiratioa, prendre de l'ascendant :
Aristide et Pénclès ihposaiert autant par la gravité de leur maitUi la force de leur éloqtience. (Barthélémy.)
Us demandent un chef digne de leur courace^
Dont le nom seul impose à ce peuple volage. (Voltaire.]
Soit timidité, soit paresse, Louis XU ignora le grand art des hommes en place, celui iToRosnt à la renommée. (Thomas.)
En imposer signifie Tromper, en faire accroire :
Le théâtre doit en iuposer aux yeux, qu'il faut toujours séduire les premiers.
(Voltaire.) Je sens avec effroi, dans le rang où nous sommes, Gombieii il est affreux d'en imposer aux hoimaes* (Gi éo la TondÊm.)