TROI^ÈME PRINCIPE
Lorsque le participe est suivi d'un infinitif régi par une préposition, il s'accorde encore avec le complément qui le précède si ce complément lui appartient, et reste invariable si ce complément dépend de l'infiniiif.
On écrira donc variable :
L'Europe a reconnu que Pierre le Grand aimait la gloire , et qu'il Vavait mise à faire du bien. ( Voltaire.)
J*(ii piqrché gu^ ennemis, que f ai coktbaints (fe se renfermer dans leurs places^
(Yertot,}
w PÀRTiaPfi. 19
I4 analyse donne : // avait mis l' {la gloire) ; et ; J'ai coimuiNT çgdE {lesquels ennemis)^ le complément direct est, dans ces phrases, sous la dépendance du participe.
Mais on écrira invariable :
Pertout ki rayaru perçants de la vérité vont venger la vérité» qu'il a nécLiGi de MÊwre. (Fénelon.)
He faiteê rien qui ne soit digne des maximes de vertu que j'ai TÀCHi de vous inspirer, (Le môme.)
L'analyse donne : // a négligé de suivre que {laquelle vérité)^ et : J'ai taché d'inspirer que {lesquelles maximes) à vous. Le par- Uclpe a pour complément l'infinitif qui régit le pronom relatif.
Observation. — Le participe passé eu^ précédé d'un complément et suivi d'un infinitif, est soumis aux mêmes règles : s'il a pour complément le terme qui précède, il s'accorde avec lui ; si, au contraire, ce terme ne peut être considéré que comme complément direct do l'infinitif, le participe eu reste alors invariable.
Ainsi Ton écrim
Variable: Invariable :
Je suis persuadée que la sagesse que Les ravins, les forC'ts, les fleuves que
vous avez eue de garder le lit vous aura nous avons eu à traverser, ont retardé entièrement remise. (M"* de Sévlgné.) notre marche. (Bescher.)
En réfléchissant à la peine que J'ai Quels travaux n'ar-t-<>lle pas eu à sup-
eue d*i^prendre à déchiffrer la note. porter avant de se reposer dans le port
( J.-J. Rousseau. } où on la voit ? ( De Pradt. )
Paiticîpe passé précédé d'un oomplément direct et suivi de Finfinitif ^^r^.
Le participe passé d'un verbe pris dans le sens transitifs et précédé d'un complément direct, est quelquefois suivi de l'infinitif ^^rc, placé avant une expression attributive ; dans ce cas, l'accord se règle comme si le verbe être ne figurait pas dans la phrase.
On doit donc écrire :
J'ai refusé ces deux billets, parce que je les ai reconnus être faux.
Des temples furent élevés , avec le temps , à tous ceux qu'on avait supposés être nés de la divinité. (Voltaire.)
Le verbe être est ici, et dans tous les cas analogues, un terme purement explétif; il ne remplit dans la phrase aucun rôle, sa valeur est nulle ; et le plus souvent l'on peut le, retrancher sans faire subir au sens la plu§ légère modification, et même sans rompre l'harmonie des mots.
Essayons ce changemejat :
Tui refusé ces deux billets, parce que je les ai reconnds faux.
CRAIOIAIRE GÉNÉEtALE ET HISTORIQUE.
■■c le Umpt, à lou ceux qu'on avait uifntit ne*
Nous sommes entres dans ces détails, et nous avons consacré un paragraphe h ce fait grammatical, parce que beaucoup de personnes croient encore que, dans ce gallicisme, on doit considérer l'inSnitif être comme une expression essentielle, tenant lieu d'une proposition sou&-entendue et conséquenunent du verbe sous la dépendance duquel se trouve le complément direct placé devant le participe; d'où résulte VinvariabitUé du participe; c'est là une doctrine grammaticale fausse et contraire à tout esprit d'analyse et de li^que; car jamais un mot surabondant, une expression explétive qu'on peut supprimer sans altération ni modification du sens, ne peut être considérée comme im terme influent et essentiel.
Voltaire a donc écrit avec raison :
Participe laissé pricMé d'un complément et «n»!
^ p^articipe passé laissé suit les mêmes règles que les participes pa^sésfdes verbes transitifs précédés d'un complément et suivis d'un infinitif; quand le complément dépend du participe, celui-ci prend le genre et le nombre du complément^ tandis qu'il reste invariable quand le complément est sous la dépendance du verbe à l'infinitif.
On peut môme établir en principe, pour laissé et pour tous les participes passés, précétlés d'un complément direct et sui\îs d'un infioitiff ou'l's s'accordent avec le complément quand l'infinitif gui suit Q.Ù sens inlranaitif, et gu'ils sont invariables quand l'infinitif (juiesl placé après eux a le sens transitif.
Ainsi on éciira avec accord :
J'ai commencé ^ {a Aâlf, et fltfln tujet l'itendant tout m* plume, je L'ai LiiseiE oUtT tùM eontraïkie. ' ■ ■
■' ' EljêvôusâiTaisjëi toiit'du longqijereller.
Pour voir où tout cela pourrait enfin aller. ( Molière.) „',Vf<V fn'itatfHit p/tnm,à ifvt-M w»^ detuin; U menife votrs a uissiê rire el
■•■■^^PdB'éerift'ïiiiiS'àcCôrçt':'''''-'! "'.* '■>: i-^uiL-'; ; fv.i-.ij''. -.i!.-T ■ .ir.'i-!! l't ..ii.-ij;-
il* élatenf punit pwr ttt maux qu'it$ avaient Liiast faibb sou) leur aHtorUi.
. . (FÉnelon.)
Urului reproche à Caisivs le> rapine* qu'il a laissé eierci:» pur ks lieni en
iif. (Voltaire.) v,.', :v..-lv . i ri .■..;.:
DU PARTIQPE. "21
Quelques graimnairiens prétendent que laissé^ placé avant les întransitife tomber^ mourir^ mvrey etc., doit être considéi'é comme une sorte d'auxiliaire invariable, formant avec Tinfinitif une exprès- ^on verbale indivisible : le contraire est facile à prouver ; il suffit de placer le complément entre le participe et TinGnitif pour démontrer que ce complément est sous la seule dépendance du participe laissé ^ et non pas sous la dépendance de l'expression totale formée par le participe et Tinfinitif.
Ainsi Ton doit écrire :
Ses ennemis QU*i/ a laissés tomber, mourir, vivre,
parce qu'on peut dire :
H a LAISSÉ SES E5NE1IIS tomber, mourir, vivre,
transposition qui serait impossible, si le participe était suivi d'un infinitif ayant le sens transitif.
ParUoîpe fait précédé d'un complément direct et luivi
d'un infinitif.
Le participe fait^ suivi d'un infinitif, est toujours invariable; c'est une sorte d'auxiliaire qui n'a par lui-même aucune signification propre, et qui forme avec l'infinitif qui le suit une expression verbale indivisible :
Les serpents paraissent privés de tout moyen de se mouvoir, et uniquement destinés à vivre sur la place où le destin les a fait naIthe. (Lacépëde.)
Ce sont mes sentiments qu'il vous a fait entendre, (Molière.)
I^in de les décrier, je les ai fait paraître;
Et souvent, sans ces vers qui les ont fait connaître.
Leur talent dans Toubli demeurerait caché. (Boileau.)
Il prétend que cette comédie est à lui, et se plaint des imprimeurs qui L'on/ fait COURIR sous le nom d'un autre. (Corneille.)
De la cime des monts tout prêt à disparaître.
Le jour sourit encore aux fleurs qu*il a fait naître. (Micbaud.)
Dans ces exemples, le participe fait forme avec l'infinitif une expression verbale de sens transitif ; le complément qui le précède n'appartient pas au participe, et ne peut être attribué non plus à l'infinitif pris isolément ; il dépend de l'expression totale formée par le participe fait et V infinitif qui suit.
Cette construction n'est autre chose qu'un gallicisme y sans correspondance dans les autres langues : le participe communique le sens transitif à tous les infinitifs qu'il précède, sans excepter même ceux qui dé leur nature sont essentiellement intransitifs.
Cette forme est quelquefois traduisible en français par une seule expression ; mais il est presque impossible d'en trouver le juste