GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET IIISTORIQIIE
C'est le plus souvent l'harmonie qui rè^le l'emploi de la préposition et qui en dc'tennine le choix :
Souvent, où le riche parle, et parle de doctrine, c'est aux doctbs à ae lotre, à écouter^ À applaudir, »*il8 veulent du moins ne passer que pour doctes^
(La Bruyère.)
De.
De s'emploie dans les phrases où Ton établit une comparaison, et se répète avant chaque terme :
Qui étaient les plus fous de nous ou des égyptiens?
On peut remplacer de par la conjonction ou qu'on répète avant le premier et le second terme de la comparaison :
On ne savait ce qu*il fallait le plus admirer dans Vauteur, ou SOM génie ou son AME. (La Harpe.)
Si les termes de la comparaison sont deux infinitifs, on exprime presque toujours la préposition de avant le second :
// aime mieux contredire que de se ranger au sentiment des autres.
Après un adjectif numéral ou un nom collectif modifié par un participe, on fait le plus souvent usage de la préposition de; ainsi l'on dit plutôt : // y eut cent hommes de tués^ une folxe d'hommes DE blessés^ que cent hommes tués, une foule d'hommes blessés.
Mais s'ils sont modifiés par un adjectif, la préposition se supprime :
// n'y a pas quatre monuments remarquables dans cette province.
Mais si le nom est représenté par le pronom m, en rapport avec un participe ou un adjectif, la préposition de est toujours exprimée :
Ces rosiers sont chargés de fleurs: s'il y en a de passées, i/ y en a de f raidies,
(Buffon.)
Autour, alentour.
Autour est une préposition qui veut toujours un complément, lorsqu'il n'est pas joint à un adverbe :
La terre est emportée avec une rapidité incroyable autour du soleil.
(La Bruyère.)
Ses gardes affligés
Imitaient son silence, autour de lui rangés. ( Racine.)
La plupart de ces iles se nomment Cyclades parce qu'elles forment comme une enceinte autour de Délos. (Barthélémy.)
Modifié par Tun des adverbes tout, ici, on l'emploie sans com- \)lément ;
L'éclipsé de soleil est annulaire lorsque le soleil, masqué par la lune, la déborde TOUT AUTOUR SOUS la forme d'un cercle lumineux. (Arago.)
J'ai laissé tout autour une garde éplorée. (Corneille.)
Leve% les yeux tout autour, et voyez, (Fénclon.)
On emploie ici autour pour exprimer la proximité, le voisinage :
// loge quelque part ici autour. (Acad.)
Alentour est aujourd'hui un adverbe qui n'admet plus de complément :
Les plaisirs nonclialants folâtrent alentour. (Boilcau.)
Une église se présente : il faut y entrer; vous tourna alentouh, vous regardei, vous cherche*: les portes sont fermées, les bedeaux les ferment pour gagner trente sous, (Victor Hugo.)
. . . Loin des doux rayons que rdpand l'œil du inonde,
La déesse aux vapeurs a choisi son séjour :
Les tristes aquilons y sifflent alentour, (Voltaire.)
Observation. — C'est du substantif entour, dont le pluriel est encore usité, que s'est formé Tadverbe alentour; îixx^û a-t-on écrit d'abord à Ventour, et conséquemment donné à cette expression un ^•oraplément déterminatif :
Elle 8*arrache d*k l*e?jtour de la tête son bandeau royal. (Amyot.)
. . . Chez un chapelier du coin de votre place,
A l'entour d'un castor j'en ai lu la préface (1). (Boîleau.)
Le malheureux lion se déchire lui-môme.
Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs. ( La Fontaine.)
Plus lard on Ta écrit en un seul mot et Ton a continué à le considérer comme préposition ;
Le lendemain, ayant fait filer des gardes du corps tout alentour de Sceaux, sans bruit et sans paraître, le lieutenant des gardes y alla et arrêta le duc du Maine. (Saint-Simon.)
Auprès de, au prix de.
Comme la comparaison suppose le rapj rjchement des objets, on a d'abord employé près de et auprès de pcui* exprimer une comparaison :
Pour vous régler sur eux, que sont-ils près de vous ? ( Racine. )
Dites, dites plutôt, cœur ingrat et farouche,
QvL*auprès du diadème il n'est rien qui vous touche. (Le mOme.)
(1) Dans l'édition de ses ouvrages qu'il donna en 1701, Boilcau changea ainsi le second de ces vers :
Autour d'un caudebec j'en ai lu la préface.
Aujourd'hui, auprès de^ dans ce sens, est le seul usité :
La terre n'est qu'un point AipnKS du reste de l'unirers, (Acadc^mic.)
Que sont les peines du corps AuruÈs des tourments de l'âme! Quel feu peut être comparé au feu des remords! (ChatcaubriaDd.)
Tous les ouvrages de l'homme sont vils et grossiers AirpRÈs des moindres otivrages de la nature, aui»iœs du brin d'herbe ou de l'œil d'une mouche,
(Marmontcl.)
Mais si Ton veut marquer une opposition entre deux termes de nature différente, et que l'on compare deux objets auxquels on attache un prix réel ou métaphorique , alors on doit employer au prix de :
Que l'homme revenu à lui considère ce qu'il est au prix de ce qui est. (PascaL)
L'intérêt n'est rien au Prix du devoir. ( Marmontcl.)
Ce service n'est rien au prix de celui qu'il m'avait rendu. (Académie.)
Tous les aticietis philosophes ne sont rien au prix des modernes, (Thomas.)
Auprès de, près de.
Près de et auprès de éveillent également une idée de voisinage, de proximité :
Il me tira près D'une fenêtre pour me parler de vous, et m'ordonna très-sérieusement de vous faire ses compliments et de vous dire la joie qu'il avait de votre joli accouchement, (M""* de Sévigné.)
Je Tai yuprès du temple, où son hymen s'apprête. (Racine.)
Il vit deux femmes qui se promenaient sous des platanes auprès de sa maison.
(Voltaire.) , . . . n faut placer, Joad ainsi l'ordonne, Le glaive de David auprès de sa couronne. (Racine)
Msàsprès de exprime simplement la proximité, tandis que auprès de exprime une proximité plus déterminée, une idée d'assiduité ; ainsi Boileau a dit, pour n'exprimer que \?l proximité :
• . • Toujours près des grands qu'il prend soin d'abuser.
Et Corneille, pour exprimer une idée à! assiduité :
Reprends auprès de moi ta place accoutumée.
Dans le langage familier, on supprime quelquefois la préposition de^ pour marquer la proximité locale : Près les Tuileries^ près l'Institut, Mais la suppression de la préposition est de rigueur dans ces expressions et leurs analogues : Ambassadeur près la cmir df^ Rome; Commissaire roxjal près le Théâtre^Français^ etc.
Avec un nom de personne, on dirait, dans le même sens, auprès de :
l'ambassadeur de Sa Majesté Britannique auprès du roi de France,
A travers, au travers.
Ces deux locutions prépositives ne se construisent pas de la même manière.
V Au travers veut toujours la préposition de :
Nouêpoêsâmes au travers des écueiU et nous vîmes de près toutes les horreurs de la mort. (Fénelon.)
Au travers des périls un grand cœur so fait Jour. (Racine.)
A travers est toujours immédiatement suivi du terme qu'il régit :
Nous n'apercevons la vérité qu'A, travers le voile de nos passions.
(Saint^Évremond.)
A TRAVERS LES MURMURES ftattews des courtisans, Sully faisait entendre la voix de la vérité. (Thomas.)
L'homme marche à travers une nuit importune. (Chateaubriand.)
Conune il n y a pas dans les langues de mots dont la synonymie soit absolue, il faut nécessairement qu'il y ait une différence de sens entre deux expressions; certains granamairiens Tout signalée, mais d'autres Font contestée. L'Académie toutefois dit qu'à travers s'emploie pour désigner un passage vidé^ libre ^ et au travers j au contraire, pour désigner un passage qu'on se procure entre des obstacles^ ou en traversant ou en pénétrant un obstacle.
C'est en effet la distinction qu'on doit établir entre ces deux locutions ; mais nous conviendrons avec l'Académie que dans l'usage, cette distinction n'est pas toujours rigoureusement observée.
Avant, devant.
Avant se dit en parlant du temps, et devant en parlant de la place. Pourvu que nous arrivions avant Vheure oii on nous attend^ nom pouvons laisser les plus pressés marcher devant nous. Avant Dio^ gène^ qui dit à Alexandre : Retire-toi de devant 7non soleil^ aucun philosophe n'avait osé parler aussi librement à un roi.
Les exemples qui suivent feront encore mieux comprendre cette différence :
N'exigeons pas le prix avant la victoire^ ni le salaire àyKST le travail.
(J.-J. Rousseau.)
L'éloquence est née avant les règles de la rhétorique^ comme les langues se sont formées avant la grammaire. (Voltaire.)
Si la victoire volait devant lui, les vœux de la reine volaient devant la victoire. (Fépelon.)
Avant ^ en terme de grammaire, marque la priorité d'ordre : Cet adjectif est avant le substantif.