II. Il signifie en outre en face de
J* étais, sur les six heures, à la descente de Ménilmontant, presque vis-À-vis du \ Galant Jardinier. (J.-J. Rousseau.)
Quand on est tout seul vis-À-vis de l'infini, on est bien pauvre, (Voltaire.)
m. Au milieu du dernier siècle, quelques écrivains l'ont employé dans le sens de envers^ à l'égard de :
Sitôt qu'indépendamment des lois, un homme en prétend soumettre un autre à sa volonté privée, il sort à l'instant de l'état de société et se met vis-À-vis de lui dans l'état de nature. (J.-J. Rousseau.)
Je vois avec déplaisir la continuation de vos plaintes vis-A-vis de nos deux confrères, (J.-J. Rousseau.)
Voltaire s'est vivement élevé contre cet abus :
« Aujourd'hui, dit-il, que la langue semble commencer à se cor- » rompre, et qu'on s'étudie à parler un jargon ridicule, on dit : Cou- » pable vis-A-vis de nmis; bienfaisant vis-A-vis de nous; mécontent » vis-A-vis de nous; ingrat vis-A-vis de moi; fier vis-A-vis de ses «îi- » périeurs; au lieu de : coupable^ bienfaisant envers nous; difficile » ENVERS WOÎ15; mécontent de nous; ingrat envers moi; fier pour, » avec ses supérieurs,
» Une infmité d'écrivains nouveaux sont infectés de Temploi vi- » cieux de ce mot vis-à-vis; on a négligé ces expressions si bien » mises à leur place par de bons écrivains : envers^ avec^ à l'égard, » en faveur de,
» Presque jamais les Pélisson, lesBossuet, les Fléchier, les Mas- » sillon, les Racine, les Quinault, les Boileau, Molière même et la » Fontaine, qui tous deux ont commis beaucoup de fautes contre la » langue, ne se sont servis du terme vis-à-vis que pour exprimer une tt position de lieu. »
Quoi qu'il en soit, un très-grand nombre d'écrivains, et surtout de publicistes et d'orateurs , en font usage aujourd'hui , quoique l'Académie en condamne l'emploi en n'en donnant aucun exemple.
Voici, voilà.
Nous avons dit que vo/ri et voilà sont des expressions verbales; cependant, comme ces mots sont variables et toujours suivis d'un complément, on les a rangés dans la classe des prépositions.
Ils nous reste à faire connaître leur différence d'emploi.
Voici se rapporte à ce qui suit :
VOKa le code de l'égoïste : tout pour lui. (Dubay.)
Voici trois médecins qui ne nous trompent pas : Gaité, doux exercice et modeste repas. ( Domergue. )
Voilà se rapporte à ce qui précède ou à ce qui a été dit :
La droiture du cœur, la vérité, l'innocence, la règle des mœurs, l'empire sur les passions, voilà la véritable grandeur et la seule gloire réelle oue personne ne peut nous disputer, (Massillon.)
La soif de Vor, voilà le principe de tous les crimes. (Florian.)
Veiller^ régner sur soi, fuir ou vaincre le vice, Voilà de la vertu le plus noble exercice. ( Ducis.)
Ihi oomplément des prépotHûmi.
Les prépositions, comme les adjectifs et les verbes, ne peuvent avoir un complément commun, quand elles expriment des rapports Afférents ; ainsi Ton ne dira pas :
J*ai fait cela pour et À cause de vous.
J*ai fait cela À cause et par rapport à vous.
On doit dire, pour être correct :
J'ai fait cela pour vous et À cause de vous.
J'ai fait cela À cause de vous et par rapport à vous.
SLépéiition def prépofhîoiis.
Les prépositions à, de, en, se répètent généralement avant chaque complément :
VUoquence est destinée k exprimer les passions, À corriger les mœurs, À rendre les hommes bons et heureux.
Ce monde-ci n'est qu'une loterie
De biens, de rangs, de dignités, de droits. (Voltaire.)
Cependant on peut, dans les énumérations, ne les placer qu'avant le premier terme :
On divise l'ancien continent en Europe, Asie, Afrique. (Voltaire.)
60 GltiMMAIRB GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.
Quant aux autres prépositions, il dépend de l'écrivain, ou de les (exprimer une seule fois, ou de les répéter :
// n'est plus temps de reprendre cette besogne, malgré les erreurs et les fautes dont elle fourmille.
Ainsi, malgré mes soins et malgré ma prière.
Vous prenez dans César une assurance entière. (Voltaire.)
En gtinéral, la répétition rend la phrase plus énergique ; elle convient quand on veut exprimer une opposition : Dans la paix et DANS Icc guerre^ ou donner plus de valeur à toutes les pai'ties d'une «'numération :
Avec une femme aimable^ avec des enfants bien nés, et avec de bons /ttref, on peut vieillir doucement.
Mais une préposition ne se répète jamais avant deux noms qui forment une seule et même expression :
Crébillon doit sa renommée À Rdadamiste et Zénobie.
Il ne s'agit pas ici des personnages qui ont porté ce nom, mais d'une tragédie désignée au moyen de deux termes inséparables, qui n'éveillent qu'une seule idée.
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