‹ Grammaire générale et historique de la langue françaiseChapitre 42 sur 153 · II. Plutôt livoillc une idée de choix, de pn»férence · texte numérisé non relu

II. Plutôt livoillc une idée de choix, de pn»férence

Je choisirai la mort plutôt que le parjure. (Corneille.)

// me semble que je suis plltôt fait pour commander que pour obéir,

(C. Delavigne.) Plutôt souffrir que mourir.

C'est la devise des hommes. (La Fontaine.)

La phrase suivante présente Temploi de ces deux formes :

La précision du style fut connue plus tôt che^ les peuples du Nord. Les teiiM* lions moins vives, l'imagination moins ardente, firent qu'on voulut VLVTùrpeindre que parler, (Thomas.)

Plutôt j précédé de ou^ donne h la conjonction plus de force, mais n'.ajoute rien au sens :

Le triste hiver, saison de mort, est le temps du sommeil ou plutôt de la torpeur de la nature. (Buffon.)

Il n'en est pas de même de plus tôt qui conserve toute sa valeur :

Que vous arriviez dans un mois ou plus tôt, tout sera prêt pour vous recevoir.

La vie,

Ou plus tôt ou plus tard, doit nous être ravie. (Raynouard.)

L'Académie écrit plutôt y en un seul mot, dans les phrases négatives, quand il a le sens de aussitôt^ dès que., dans les propositions affirmatives ; mais elle n'explique pas la raison de cette orthographe:

// n^eutpas plutôt dit, il n'eut pas plutôt fait telle chose, qu'il s'en repentit

Au reste, du reste.

1. Au reste s'emploie quand il y a un certain rapport logique entre ce qui précède et ce qui suit, et quand ce qu'on ajoute semble être la conséquence de ce qu'on a dit d'abord :

Pygmalion ne mangeait que des fruits qu'il avait cueillis lui-même dans son jardin, ou des légumes qu'il avait semés, et qu'il faisait cuire. Au reste, il ne buvait jamais d'autre eau que celle qu'il puisait lui-même. (Fénelon.)

C'est là ce qu'il y a déplus sage ; au reste, c'est aussi ce qu'il y a de plus juste.

(Marmontel.)

IL On emploie du reste quand ce qui suit n'a pas d'analogie avec ce qui précède, ou qu'il n'y a pas une relation rigoureuse entre les idées énoncées dans les deux propositions :

DE l'adyerbe. 83

n est capricieux; du reste, honnête homme, (Académie.)

Je ne demande à mes lecteurs que de lire tout, et de suite, avant que dejufjer, DU RESTE, qu'ils uscnt de tous leurs droits, (Girard.)

Je crois que vous pouvez compter sur sa parole ; du reste, je n'en réponds pas.

(Marmontel.)

Je vous ai dit ce que je pensais sur cette affaire; du reste, consulter des personnes plus éclairées que moi. (Académie.)

Du reste, il n*a rien fait que par votre conseili (Racine.)

Le plus souvent on trouve ces deux expressions employées indifféremment Tune pour Tautre, et les meilleurs écrivains n'ont pas toujours tenu compte des distinctions que nous établissons ici sous toute réserve, d'après les observations plus subtiles que solides do deux grammairiens dont tous les autres se sont faits les échos.

L'Académie, d'ailleurs, confond ces deux termes; et les exemples qui suivent prouvent que les écrivains les plus exacts d'ordinaire n'ont pas senti qu'il y eût entre eux la plus légère différence j

Nous sommes en état de résister, avec des forces inégales, à cette multitude innombrable d'ennemis qui nous environnent. Au reste, la paix entre eux et nous est devenue très-difficile. (Fénclon.)

Toute l'étude de Paul et Virginie était de se complaire et de s'entr'atder. Ai reste, ils étaient ignorants comme des créoles et ne savaient ni lire ni écrire

(Bernardin de Saint-Pierre.)

Rien moins, rien de moins

Ces deux locutions adverbiales se joignent toujours à un verbe pris négativement; mais la première ajoute plus de force à la n(igation, tandis que la seconde la détruit; ainsi, dans ces phrases :

Ne le craignes pas tant^ il n'est rien moins que votre père. (Académie.)

// îi'aspire à rien moins qu'à obtenir cette place; il ne l'accepterait point, lui fûtelle offerte. (Marmontel.)

Il ^'est RIEN MOINS que votre père^ signifie il ^'est point votre père.

Il ^'aspire à rien MOINS, signifie il ^s'aspire pas du tout. Mais dans les phrases qui suivent :

Il NE faut rien de moins dans les cours qu'une vraie et naïve impudence pour réussir. (La Bruyère.)

La Phèdre de Racine, qu'on dénigre tant, fi'était rien de moins qu'un cheff oeuvre. (Marmontel.)

Écoute% bien cet homme, il N*csf rien de moins qu'un sage. (Le même.)

c'est l'affirmation qui est exprimée.

La Bruyère a voulu dire : // falt surtout^ avant tout., dans lea cours ^ etc.;

Page 1